GAJEVY WEEK

THЀME 2 : I Love You

.


- Des chocolats et des fleurs ?

- Nan, trop classique.

- Un dîner au resto ?

- Trop cher.

- Un collier ?

- Si elle l'aime pas, je me fais plumer.

- Je sais pas, moi, une écharpe ?!

- Une écharpe ? Plus pourri comme cadeau, tu meurs…

- Gajeel, bon sang, fais un effort !

- Mais c'est toi qui propose des trucs nuls, aussi !

Lily pose brusquement son verre sur la table et fixe son meilleur ami, ses sourcils levés en accent circonflexe. Gajeel grommelle une phrase incompréhensible et finit par décroiser ses bras massifs, évitant soigneusement le regard accusateur du grand Noir.

- C'est ta première Saint-Valentin avec Levy, et je comprends que tu veuilles marquer le coup, mais si t'y mets pas du tien on y arrivera pas avant ce soir, autant te prévenir tout de suite.

L'étudiant se prend la tête entre la main et gémit :

- J'vais rien trouver, c'est sûr.

- Dis pas ça, allez, soupire Lily en lui frottant l'épaule. De toute façon, Levy est pas non plus la fille la plus exigeante au monde, si ?

- Non, ça va, elle est pas trop chiante, mais bon, j'ai quand même intérêt à assurer…

- Tu peux pas lui offrir un livre ?

- Un livre ? ricane Gajeel. T'as vu ma gueule ? Tu me vois vraiment entrer dans une librairie ?

Lily grimace. Non, c'est sûr qu'il n'a pas exactement le profil type du rat de bibliothèque. C'est peut-être à cause des piercings partout sur son visage, ou les cheveux en bataille, ou encore les yeux rouges, là…

- Et puis, de toute façon, soupire le punk avec lassitude, elle a déjà tellement de livres que si je réussissais à en trouver un qui pourrait éventuellement lui plaire, elle l'aurait déjà lu.

- Ouais, et puis, un livre pour la Saint-Valentin, c'est pas idéal non plus… remarque son meilleur ami en se frottant le menton, dubitatif.

- C'est toi qui as proposé.

Lily ne relève pas, en train de se creuser activement les méninges. Il cherche ce que l'étudiant en métallurgie peut bien acheter à sa petite-amie. Ça fait trois mois qu'ils sont ensemble, maintenant, et le professeur de karaté a rarement vu Gajeel s'impliquer autant dans une relation. Il met du parfum, il se lave même le dimanche matin (enfin… le matin à 16h, hein) et a rangé son appart' plusieurs fois de suite quand celui de sa copine était en travaux pour l'accueillir. Bref, Lily comprend tout à fait le level de stress que doit ressentir le grand brun à l'approche du jour V.

Brusquement, le karatéka frappe un grand coup sur la tête qui fait sursauter son acolyte.

- Je sais !

Les yeux pleins d'étoiles d'espoir, Gajeel demande, avide :

- Ah oui ? Qu'est-ce que c'est ?!

.

- Un costume de Bunny Boy, sérieusement, Lily ?

Gajeel ne sait pas vraiment s'il doit rire ou pleurer. Il se passe la main sur le visage et lâche un profond soupir. À côté de lui, Lily fait une moue d'excuse à la vendeuse qui retient difficilement un fou rire. Voir un mec couvert de piercings et un grand Black baraqué dans un magasin de sex-toys propret du centre-ville, ce n'est pas donné à tout le monde. Gajeel se promet qu'à l'instant même où ils seront hors de la boutique (tout en s'étant assuré que personne ne les ait vus rentrer ou sortir), il va étrangler son meilleur pote.

- Ben quoi ? Si tu prends une rose en plus, c'est romantique, non ?

- Romantique ? Romantique ?!

Gajeel sort du sex-shop comme une tornade, rapidement suivi par Lily qui fait signe à la vendeuse de mettre la tenue de côté, et percute violemment quelqu'un à l'extérieur du magasin. Le brun grommelle vaguement une excuse, à bout de nerfs, quand une voix qu'il aurait préféré ne surtout pas entendre à ce moment précis s'exclame :

- Gajeel ? ? Lily ? ?

- Oh, hello, Mirajane, fait le propriétaire du dojo Edolas.

La mannequin les dévisage tour à tour, avant de lever les yeux vers l'enseigne du sex-shop. Elle les fixe à nouveau, un sourire coquin aux lèvres. Gajeel lève les mains comme si elle était en train de le pointer avec un flingue, l'air à la fois impuissant et désespéré :

- Pas mon idée.

- Je savais pas que vous fréquentiez ce genre d'endroit, dis donc, réplique la jeune femme en ignorant son intervention, le regard mutin.

- C'est lui qui m'y a traîné de force ! se défend le punk, tandis que Lily déclare avec un sourire :

- On cherche un cadeau de Saint-Valentin pour Levy.

Mirajane sourit d'un air entendu.

- Elfman était en galère ce matin aussi. Mais heureusement pour vous, je viens vous sauver la mise !

Gajeel grommelle un « pas sûr que ce soit vraiment un événement heureux » alors que la jolie jeune femme l'attrape par la main et le tire à sa suite. Durant tout le reste de l'après-midi, il se fait traîner de grande enseigne en petite boutique par son meilleur ami et la cover-girl, en passant même par une boulangerie et une pépinière. Au soir, il a le dos moulu et les pieds en compote, et il doit encore se dépêcher de rentrer à temps pour se doucher, s'habiller et tout préparer.

.

Levy soupire en glissant la clef dans la serrure. Elle a mal au dos et ses talons hauts lui meurtrissent les pieds. La galerie d'art où elle travaille organisait un vernissage cet après-midi, et son patron a fortement insisté pour qu'elle s'y rende, à son bras. La jeune femme est surprise que Gajeel ait pris la nouvelle aussi bien. Quand elle l'a appelé, vers midi, pour le prévenir de sa sortie et de son retard de ce soir, il avait l'air plutôt… occupé. Loin de sa possessivité habituelle, il a raccroché deux secondes après qu'elle lui ait expliqué, laissant une Levy décontenancée à l'autre bout du fil.

La galeriste est un peu déçue. Aujourd'hui, c'est le 14 février, et elle aurait aimé pouvoir rentrer un peu plus tôt pour se doucher et se changer, d'autant plus que le vernissage a traîné en longueur. Même si bon, elle ne s'attend pas à des fontaines de chocolat ou à des cadeaux mirobolants, elle sait que Gajeel n'est pas ce genre d'homme, et puis elle-même ne tient pas forcément à fêter la Saint-Valentin. Disons que cet événement ne lui fait ni chaud ni froid : si elle reçoit une lettre, un petit cadeau mignon, une attention, ça lui fait plaisir, si non, elle n'en a pas grand-chose à faire.

Quand la jeune femme aux cheveux teints en bleu pousse la porte d'entrée, elle fronce les sourcils et suspend son geste. Le vestibule est plongé dans l'obscurité. Bizarre. Elle est pourtant certaine d'avoir laissé la petite lampe sur le guéridon allumée en partant. Levy déteste rentrer dans un appartement tout noir, elle trouve ça particulièrement sinistre, surtout qu'elle y habite seule et que son copain ne vient jamais à l'improviste, même s'il a les clefs. Elle fait un pas à l'intérieur, prudemment. Soit Gajeel est encore venu lui piquer des pastilles pour le lave-vaisselle parce qu'il est toujours à court, soit quelqu'un est entré par effraction. C'est étrange, pourtant, la serrure n'a pas été forcée.

Elle allume la lampe sur la petite commode, referme la porte et se dirige vers le salon avec coin cuisine. Les stores sont baissés, trois bougies sur la table basse sont allumées et les néons de la hotte également. Une odeur de poulet et d'épices flotte à travers la pièce, une odeur qu'elle connaît bien puisque c'est celle de son plat préféré.

Devant les plaques chauffantes, Gajeel se dandine sur le son d'une chanson de Major Lazer, qui pulse à travers la radio rétro posée sur un coin de l'étagère de la cuisine. Levy pouffe en voyant le tablier ridicule Charlotte aux fraises qu'il porte autour de la taille et le grand brun se retourne en sursautant.

- Qu'est-ce que tu fais ici ? demande la jeune femme avec un sourire irrépressible, en avançant jusqu'à son petit copain.

Il pose la spatule en bois qu'il tient dans la main et l'attrape par la taille pour l'embrasser lentement, prenant le temps de savourer ce contact. Avec son habituel sourire carnassier, il pointe ensuite du doigt la petite table dressée à côté de la fenêtre.

- Joyeuse Saint-Valentin, crevette.

Levy écarquille les yeux. Sur la table sont disposés des couverts pour deux, trois paquets-cadeaux aux formes biscornues et un grand plat de galettes de maïs. Seule concession à l'esprit romantique du 14 février, des cœurs en papier rose et rouge mal découpés servent de décoration à leurs verres à pied. Les yeux olive de la jeune femme se tournent vers son petit ami :

- Ne me dis pas que tu fais des fajitas !

- D'accord, je ne te le dirais pas, gihi, ricane Gajeel en lui volant un autre baiser avant de retourner à sa gazinière.

Quand la garniture est prête, le punk sort le dessous-de-plat, le met sur la table et pose le plat dessus. En vrai gentleman, il tire la chaise à sa crevette qui le regarde s'activer d'un air abasourdi. Elle s'assoit machinalement et il la sert, en grimaçant parce qu'il a oublié de prendre les gants dans le tiroir et que le plat est brûlant. Levy pique le premier morceau de poulet et de poivrons et le porte à sa bouche. Devant elle, Gajeel la fixe, anxieux. Jusque-là, il maîtrise, mais reste à voir si elle va aimer. Levy porte la cuisine mexicaine au rang d'art, sans doute parce qu'elle a été élevée par une nounou qui venait de Guadalajara, et elle adore les fajitas par-dessus tout. Quand sa bouche s'arrondit dans une moue de surprise, le brun est crispé jusqu'aux racines de cheveux.

- C'est super bon !

Il se détend d'un coup et émet un « gihi » assuré, comme s'il était certain qu'elle allait apprécier. La petite jeune femme dévore le reste du plat, même si Gajeel non plus n'est pas en reste, et il finit le repas en beauté en posant sur la table un sac en papier contenant des chaussons aux pommes encore tous chauds. Levy pousse un cri enfantin en découvrant les viennoiseries, ce qui arrache un sourire bourru mais tendre à l'étudiant.

Enfin, vient le temps des cadeaux. Levy râle pour la forme – « Tu n'avais pas à m'acheter quoi que ce soit, et trois trucs, en plus ! » – mais il la coupe en disant :

- Allez, crevette, ouvre-les, tu crèves d'impatience.

Elle fait la moue, et attrape le premier paquet, celui qui est emballé de façon bizarre. Elle défait le ruban mal noué et écarte le papier cadeau. Ses yeux s'arrondissent d'étonnement en découvrant le cadeau.

- J'me suis dit que t'aimerais, explique Gajeel, un peu anxieux. Tu m'avais dit que t'étais nulle avec les plantes, alors je me suis dit qu'un cactus, ça craignait pas trop, même avec toi… et puis comme ça, on peut quand même dire que je t'ai offert des fleurs, non ?

Levy rigole et caresse les pétales roses de l'unique fleur, qui pousse au milieu des épines du tout petit cactus. C'est vrai qu'elle n'a vraiment pas la main verte, mais un truc aussi riquiqui que ça, elle pense tout de même réussir à le garder en vie. Et il est vraiment trop mignon, avec ses épines minuscules et sa fleur rose bonbon.

- C'est trop chou ! Merci !

La jeune femme attaque le deuxième cadeau avec un sourire gourmand. Elle se sent comme une gosse à Noël, c'est fou. Et devant elle, Gajeel la dévore du regard, son cœur d'acier attendri par les joues rosies et les yeux pétillants de sa petite copine. Au final, cette journée de torture dans les magasins n'a pas été si terrible que ça.

Elle déballe un bandeau noir avec un nœud sur le côté et des motifs de croisillons bleu marine. Elle caresse du doigt le tissu satiné et sourit. Levy a toujours adoré les bandeaux. Elle en porte tous les jours, en toutes occasions, et elle est prête à casser la figure à n'importe qui qui oserait lui dire que c'est pour les enfants. Et celui-là est particulièrement joli.

- C'est Lily et Mirajane qui m'ont aidé à choisir, avoue le brun. On en a fait, des magasins de fringues, pour en trouver un bien. Mais bon… t'aimes ?

- Oui. Beaucoup.

Levy se penche par-dessus la table pour embrasser le grand brun. Il fait durer le baiser, les yeux fermés, puis lui tend le dernier cadeau. C'est le plus petit, il a une forme biscornue et pique par endroits. La bleue défait le paquet, sort l'objet du papier chiffonné et l'examine sous toutes les coutures. C'est un bijou d'oreille en forme de dragon. Les ailes de l'animal sont délicatement ciselées, ses yeux sont représentés par deux petites perles rouges translucides qui rappellent la couleur des yeux de Gajeel, et ses écailles sont d'un noir luisant.

- J'ai mis longtemps à le faire, celui-là, explique le brun avec un coup de menton. Il m'a pris six semaines, je crois. Je pensais pas te l'offrir à la base, mais je l'ai terminé avant-hier et je me suis dit : pourquoi pas ? C'est pas une bague, ou un bracelet, mais c'est bien quand même, non ?

Levy reste muette. Elle savait son copain doué de ses mains – et pas qu'en matière d'arts plastiques – et qu'il aimait bien tripatouiller du métal, mais une œuvre d'art telle que celle qu'elle tient en ce moment même… elle n'était pas au courant qu'il était capable de faire une chose pareille. Elle se lève et va s'asseoir sur les genoux du brun, le bijou dans ses mains. Sans un mot, elle le tend à Gajeel, qui hoche la tête et écarte les cheveux bleus de son oreille. Elle sent le dragon s'enrouler autour de son cartilage, la pointe de la queue de l'animal traversant son lobe. Quand les petites griffes s'agrippent à sa peau, elle frissonne. Levy tourne la tête vers l'étudiant et l'embrasse à nouveau. Il colle son front au sien et souffle, tout contre ses lèvres :

- Je t'aime. Crevette.

- Joyeuse Saint-Valentin. Baka, répond Levy avec un sourire coquin, en dézippant la fermeture Éclair de sa robe.


.

Ici, Lily est humain (et noir, comme vous avez pu le remarquer – pour moi il ressemble à ça, ok ? XD), et l'intrigue se déroule dans notre monde à nous. Le coup des fajitas, c'est de moi, parce que j'adore ce plat. Les bijoux d'oreille en forme de dragon, c'est mon grand rêve d'avoir ça un jour, donc autant en donner à notre Levy préférée puisqu'elle, elle a un mec pour le lui offrir… *va pleurer en mangeant des chocolats*

J'espère que ce petit one-shot coquin (la partie avec le Bunnyboy m'a fait bien marrer toute seule, haha) vous aura plus, on se retrouve demain pour le one-shot Children/Parenthood. Laissez une ch'tite review si ça vous dit, moi j'y vais, bisous !

(ah, et oui, en effet, celui-ci est beaucoup plus long que le drabble d'hier… disons que j'étais inspirée)