GAJEVY WEEK
THÈME 6 : Song
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Autour des corps enfiévrés, la musique pulse, les baffles vibrent, le sol tremble des dizaines de pieds qui le frappent en rythme. Les bras se balancent, les têtes roulent : il n'y a plus que l'instant qui compte. Sous les lueurs des projecteurs qui se baladent sur le public, les gens dansent et hurlent, la foule est en furie.
Gajeel donne un coup de coude à Lily, son meilleur pote. Le grand Noir nage dans le délire le plus total : c'est son groupe préféré, Aerosmith, qui est là-bas, sur la scène. Il hurle à s'en arracher les cordes vocales, connaît toutes les chansons par cœur, et est sans doute le seul, du haut de son mètre quatre-vingt-dix-huit, à avoir une vue correcte du concert. À côté de lui, Gajeel se marre comme une baleine : c'est difficile de réagir autrement à la vision du professeur de karaté de vingt-trois ans perdre toute once de contrôle de soi en face de Steven Tyler, qui se démène sur l'estrade en agitant ses cheveux longs et en se tortillant autour du micro.
« I don't wanna miss one smile,
I don't wanna miss one kiss,
Welle, I just wanna be with you,
Right here with you, just like this … »
- Je vais me chercher à boire ! hurle le punk à son ami qui l'entend à peine, tous ses sens focalisés sur le groupe.
Gajeel se fraye un chemin à travers la foule en sueur, jouant des coudes pour atteindre le bar, où une jolie jeune femme aux cheveux blancs essuie un verre. Il lui demande une bière, qu'elle lui apporte dans la minute. Le coude posé sur le comptoir, à moitié tourné vers la scène qui s'illumine aléatoirement, il voit une petite jeune femme aux cheveux bleus et aux hanches rondes s'avancer vers le bar. Elle fait une tête de moins que lui et pèse probablement moins de la moitié de son propre poids, mais elle est vêtue d'une combinaison bleu marine et de boots cloutées, et ses yeux sont soulignés de noir. Elle fait à la fois dure à cuire et ridiculement jeune.
La fille se juche sur un tabouret et commande à boire. Un shot de vodka. Gajeel hausse un sourcil appréciateur et sourit.
- Pas sûr que ça t'empêche d'avoir soif, déclare-t-il en posant sa bouteille de bière.
Elle se tourne vers lui et le dissèque du regard, ses yeux olive le détaillant de haut en bas. Elle finit par sourire et avale son verre cul sec.
- Pas sûr que je cherche à ne plus avoir soif.
Puis elle quitte le bar avec un sourire espiègle tout en roulant des hanches. Hypnotisé par le roulis de son bassin, Gajeel ne quitte pas ses fesses des yeux jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans la foule.
« Don't wanna close my eyes
I don't wanna fall asleep
Cause I'd miss you baby
And I don't wanna miss a thing… »
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Levy pousse la porte du disquaire. Elle sourit en voyant l'enseigne en néons rouges, où le nom de la boutique clignote et fait de l'œil aux passants. Bob&Bob Records*, pour les deux grands Bob de la musique, et sans doute aussi pour le propriétaire du magasin, Bob Pegasus. C'est son endroit préféré dans toute la ville. Depuis toute petite, elle a une passion pour les vinyles. Sa collection égale presque celle de ses livres, et tous ces objets encombrent son petit studio du dessus du frigo au dessous du tapis, en passant par le tiroir du lave-vaisselle.
Le carillon familier résonne à ses oreilles, elle plonge déjà au milieu des rayons après un bref salut à Luxus, le vendeur, qui passe sa vie avec son casque vissé sur les oreilles. Elle sourit en entendant la chanson « I Don't Want To Miss A Thing » d'Aerosmith dans les haut-parleurs. Elle est allée à leur concert deux semaines plus tôt et en a gardé un très bon souvenir.
« I could stay awake just to hear you breathing,
Watch you smile while you are sleeping,
While you're far away and dreaming,
I could spend my life in this sweet surrender,
I could stay lost in this moment forever… »
Levy commence à fouiller dans les bacs. Elle cherche un vinyle avec une pochette très particulière des Gun's N Roses, qu'elle avait vu quelques jours plus tôt coincé entre deux autres disques. Arrivée à la section G – elle aime bien regarder ce que Bob a mis de nouveau en rayon avant – elle tend la main pour saisir l'objet convoité quand une main l'attrape avant elle. Elle relève la tête, indignée – elle l'a vue en premier ! – quand elle se rend compte de qui vient de le prendre.
C'est le gars du concert, celui qui était au bar, avec les piercings et le marcel noir. Ses yeux rouges très reconnaissables et ses cheveux en bataille lui confirment que c'est bien lui. Il la dévisage un instant, fronce les sourcils comme s'il ne la reconnaissait pas, puis esquisse un sourire carnassier et tourne les talons avec le vinyle entre les mains.
Levy se demande s'il ne l'a juste pas reconnue ou s'il l'a oubliée. Après tout, deux semaines plus tôt, elle portait une combinaison moulante que Cana lui avait prêtée et un maquillage qui a ruiné au moins cinq de ses cotons quand elle s'est lavée le visage après le concert. Aujourd'hui, elle arbore une jolie robe orange et un bandeau à fleurs. Pas exactement le même accoutrement.
L'étudiante en art aime bien changer de peau, des fois. La brésilienne est la seule à connaître son côté rockeur et elle adore l'aider à se « déguiser ». Au matin, Levy est redevenue la mignonne jeune femme que ses amis, et de manière générale, le monde extérieur, connaissent.
Un peu dégoûtée d'avoir laissé filer les Gun's N Roses, elle finit par repartir avec un énième vinyle des Beatles et le nouveau disque des twenty-one pilots. Pas question de se laisser abattre. Pourtant, quand elle sort, elle voit le gars aux piercings adossé à une moto rutilante, sur le parking du Bob&Bob.
Levy s'avance timidement. Il est en train de pianoter sur son portable, le sac en plastique du magasin posé sur la selle du bolide. Elle a rarement vu un engin pareil et détaille le véhicule d'un œil impressionné. Le gars relève la tête et émet un espèce de ricanement en la voyant.
- Tu t'es changée en princesse pendant ces deux semaines, crevette ?
Il se rappelle d'elle. Elle sourit et hausse un sourcil moqueur.
- En tout cas, t'es resté le même crapaud, crétin.
Il renverse la tête en arrière et rit d'un rire rauque. Il finit par baisser les yeux sur elle et donne un coup de menton en direction de la moto.
- Tu veux faire un tour ? demande-t-il avec un sourire en coin.
Elle hausse les épaules et s'approche avec le même air espiègle qu'elle avait au concert.
- Pourquoi pas.
Il s'installe devant le guidon et elle se juche sur la selle derrière lui, ses mains agrippées à ses épaules larges. Quand elle est en place, il lui tend le sac en plastique et lance en démarrant le bolide.
- Tiens, ça, c'est pour toi, au fait. J'crois que tu l'avais repéré avant moi.
Levy lève les yeux au ciel, attrape le sachet et le coince sous son bras. Elle glisse les mains autour du torse du brun et se tient fermement. Alors que la moto quitte le parking sur les chapeaux de roues, elle crie pour couvrir le vrombissement du moteur :
- Tu t'appelles comment, au fait ?
- Gajeel, répond-il sur le même ton.
- Moi, c'est Levy !
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Don't wanna close my eyes,
I don't wanna fall asleep, yeah,
I don't want to miss a thing...
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*petit clin d'œil au livre Princesse Vinyle, que je vous recommande TRÈS chaudement.
Vous pouvez voir cet OS comme la rencontre et le début de la relation entre Gajeel et Levy décrite dans le texte 2, dans notre monde :p (avec un Lily humain, un Luxus vendeur de vinyles, une Cana brésilienne, un Gajeel qui vagabonde ici et là et une Levy qui aime bien, des fois, se glisser dans la peau d'une autre le temps d'un concert). Et au fait, allez checker les paroles de « I Don't Want To Miss A Thing » sur Google parce que ça me fait vraiment penser à Gajeel ,)
Hop, et demain, le dernier drabble, Jealousy (Jalousie) ! J'hésite à poster un dernier texte sur le thème Différences… ça vous dit ?
Merci à tout le monde pour vos follows, vos favs et vos reviews ! Le GaVy vaincra ! XD
