Chapitre quatrième

Il y a des choses qui ne changent jamais à Tôhô. Au bout de quatre ans ici, j'avais compris que j'étais loin d'avoir fini ma journée de cours quand je rentrais de l'entraînement. Je devais encore me farcir la tonne de devoirs et préparer mes cours du lendemain. J'avais beau être en section sport-études, il me fallait garder une moyenne générale plus qu'acceptable. Bah, je m'y étais fait. En fait, c'était marrant de voir à quel point je m'étais habitué à mon train-train quotidien. Et à quel point tout le monde autour de moi s'y était fait.

La rentrée avait eu lieu il n'y a qu'un mois. Tout juste un mois. Bon, pour moi comme pour l'équipe, le retour au lycée avait un air de vacances. Parce que notre camp de printemps était une sorte de grand nettoyage du même nom pour le corps. On suait par tous les pores de la peau et même par là où on ne pensait pas pouvoir naturellement suer. On se levait le matin plus fatigué qu'on s'était couché la veille. Le pire ? C'est qu'on aimait ça…

Mais je n'étais pas assez maso pour rester dans ce que me faisait office de dortoir. Je ne supportais pas cet endroit et en général, je me contentais de poser mon sac de sport, d'attraper livres et cahiers nécessaires et puis zou ! Direction la salle d'études. Le bonus ? C'est qu'elle était juste dessus la cantine et que comme ça, je pouvais être le premier à manger.

Ah… changement de plan… ou pas….

En entrant dans ce qui devait être ma chambre, je trébuchai un peu à cause de la pénombre ambiante. Je grommelai avant de réaliser qu'il y avait un peu plus de cartons que d'habitude, et une forme non identifiée étendue sur le second lit. On m'avait plus que prévenu sur ce dernier point. J'allais avoir un camarade de chambre. La seule chose qui rendait ce dortoir soutenable m'était enlevée. Honnêtement ? C'était assez hypocrite de ma part, parce que j'avais passé les quatre dernières années de ma vie en pensionnat, mais il y avait une limite à tout…

Bref, mon compagnon de chambré était arrivé, et il roupillait comme un tanuki. Heureusement, il ne ronflait pas. Manquerait plus que ça… Je m'en tins à mon plan, à savoir me préparer pour aller étudier là où l'herbe était plus verte et certainement pas rose. Je me comprends. Ne me demandez pas de m'expliquer, c'est au-delà de mes moyens ! Mais je devais être maudit. J'allais sortir dans le couloir quand Toyotomi-san me harponna. Cette femme avait dû être baleinier dans une autre vie… Elle me donnait toujours l'impression qu'elle me voyait comme une sorte d'anguille visqueuse et dégoûtante qui allait muter en un monstre encore plus immonde…

Donc, la harpie en avait après moi. Elle voulait que je mette le nouveau au parfum. Le problème ? Je n'avais aucune idée de quoi elle parlait. Je n'utilisais ma chambre que pour dormir et les douches un quart d'heure le matin. Le reste de la journée, je le vivais dans les salles de cours, le terrain de foot et les vestiaires. Ne voulant pas contrarier Achab (1) plus que de nature, j'obtempérai. Je rentrai dans l'antre et m'approchai de la forme dans le lit. Après tout, ce n'était pas – ou plus – l'heure de la sieste. Je secouai. Une fois, deux fois. La troisième fois ? Ah, j'eus une réaction. Il se retourna, me jeta un truc inarticulé à la figure, genre protestations en langue étrangère… Et il me frappa. Sauf que lui était allongé, et moi debout en position penchée sur lui. Et je vous laisse imaginez où je reçus le coup… Mon nez ? Intact… Mon œil ? Lentement tournant au noir. Ma fierté ? Largement égratignée, surtout si on rajoute le regard pétillant de joie de la sale morue salée de Toyotomi en me voyant quitter le dortoir en me tenant la tête…

Je n'avais pas vu la tête du nouveau et je savais déjà qu'elle ne me revenait pas….

Achab, le capitaine du navire baleiner Pequod dans le livre de Moby Dick, par Herman Melville. Je m'amuse à faire une métaphore sur le thème de la baleine, du harpon et des gens hargneux. On s'amuse de ce que l'on peut...