Chapitre douzième

Je m'écroulai dans mon lit, enfouissant mon visage au creux de mon oreiller. Peut-être que j'allais m'étouffer avec ?

- « Oh, ça ne va pas ? t'es tout blanc ? » s'inquiéta Kojirô. Il est gentil, le gars. Cela faisait près d'un mois qu'on se détestait cordialement et plus de quinze jours qu'on ne se tirait même plus gueule tellement on ne se supportait plus, et voilà qu'il prenait de mes nouvelles, naturellement.

- «Pffreu». Ça, ce n'était ni japonais ni français. C'était universel. Genre « lâche-moi, là, maintenant, oublie-moi pour le reste de cette éternité et peut-être celle qui vient après ». Mais je devais répondre. Être malade, c'était un ticket gagnant pour l'infirmerie et là, c'était le meilleur moyen d'être découvert. C'était déjà un miracle d'avoir tenu aussi longtemps, entre vestiaires et toilettes, mais là, je savais que je ne pourrais pas tricher. « Je vais survivre… » grommelai-je en me retournant vers le buteur, dans l'espoir de recommencer une vie normale… Mais la vision de Kojirô en boxer anéantit cette pensée. « Ma famille de manque, j'ai un coup de blues… » Je lâchai ces quelques mots avant de retourner m'enrouler dans ma couette et ruminer mon mal-être.

Mon premier réflexe avait été d'appeler Flo, mais qu'est-ce que j'allais lui dire ? En plus, je crois que tout jumeau qu'il fut, aimant et compatissant… il ne pourrait pas se retenir d'éclater de rire et là, c'était bien la dernière chose dont j'avais besoin. Et à bien y réfléchir, là, bercée, étouffée par la chaleur… Il ne pouvait pas m'aider… car c'était un garçon et moi… ben, une fille. Enfin, je crois.

Soyons clair(e) avec soi-même. L'homosexualité n'est pas un concept qui me dérangeait. Au moins, les homosexuel(le)s avaient une sexualité. A vrai dire… Ce n'était pas le fait de me considérer fille ou garçon qui me gênait. Ou plutôt, cela ne me gênait plus. J'étais arrivée, au fil de ces…six mois.. déjà six mois, juste six mois?… je ne sais plus… en tout cas, j'étais bien arrivée au point où je m'identifiais comme étant fille. J'assimilai ce fait avec un calme étonnant, et bizarrement, mon monde ne bascula pas non plus dans le chaos ou l'apocalypse. J'étais belle et bien une fille.

C'était déjà bien assez pour moi. Mais voilà, alors que j'avais mis six ans pour me faire à cette idée, on m'avait balancé en cinq minutes que j'avais une sexualité. Ou qu'on attendait de moi que j'ai une sexualité.

MAIS J'EMMERDE LA SEXUALITÉ, BORDEL DE COUILLES !

Pourquoi, mais pourquoi, au nom de quel dieu, je devais être une fille sexuelle ? Pourquoi est-ce que je ne pouvais pas être une fille frigide, sans envie, sans hormone, sans vie amoureuse ou vaginale ? Nooon, c'était trop demander au monde qu'il me laissât en paix !

Bon.

C'était fait.

Je ne suis pas du genre à regretter le passé. Je suis plutôt à fuir le futur, ne pas accepter les conséquences des actes présents, mais le vin est tiré, buvons-le, jetons-le par-dessus l'épaule, lavons-nous les pieds avec, que sais-je encore, mais voilà, il est là.

Donc, on me trouvait sexuellement attirant(e), et on attendait de moi que ce fut réciproque.

Le baiser de Yumi avait été agréable.

Soyons honnête. Il y a carrément pire comme sensation. C'était doux, chaud et froid à la fois et je me rappelais de cette main crispée mais aussi abandonnée dans, sur, autour de la mienne. Mais c'était mon premier baiser, et je n'avais rien pour comparer.

Si ce n'était mon imagination.

Et dans les vraiment peu, peu de rêves que mon subconscient avait consacré à cette partie de mon existence, je m'étais imaginée autre chose.

Ce n'était pas Yumi. Je l'aimais bien. Je l'aimais beaucoup. Elle était gentille et mignonne. Le physique et le mental réunis. Il y a carrément pire et difficilement mieux. L'avoir comme petite amie ne devait pas être dégueu, si on me permet l'expression.

Et face à tout ça, ma réaction instinctive avait été de me positionner comme une fille qui aime les mecs.

Bon, je n'étais pas lesbienne.

C'était déjà ça. Non ?

- « Hyûga ? » Je l'appelai mezzo forte depuis mon trou d'auto-apitoiement et je l'entendis grogner, signe qu'il était toujours là et qu'il m'écoutait. « Tu as déjà embrassé une fille ? » Et là, il y eu un bruit étranglé mouillé : sûrement avait-il avalé une gorgée de Coca de travers.

- « … …. ….. …. … … ouais ». Je crus un instant qu'il n'allait pas me répondre, tellement le silence dura, mais encore une fois, il me surprit en acceptant le dialogue.

- « Et est-ce que tu as déjà embrassé une fille que tu aimais ? Je veux dire, aimer vraiment ? »

- « … …. non, je ne crois pas. »