Chapitre dix-huitième
Finalement, le plus malheureux des trois était bien Kojirô, qui vivait lui, une totale révolution dans ce qui constituait son univers bien ordonné. Ça ressemblait à peu près à ce que Samuel avait vécu quand il était devenu Samantha, à la différence qu'on ne l'obligeait pas à changer de sexe. Mais il avait seize ans, et à cet âge, la révélation comme quoi il était peut-être homo était extrêmement déstabilisant, autant que l'annonce qu'un petit garçon de dix ans était en fait une fille.
Lui, le Tigre.
Lui, Monsieur Muscle-qui-tappe-jusqu'à-ce-que-ça-passe.
Lui, homosexuel?
Ce n'était pas possible.
Il n'était en rien comparable aux homos.
Bon, laissons tomber les clichés... Il avait assez de discernement pour savoir que les séries télés n'étaient pas le reflet de la réalité.
Ouais, mais bon !
Il ne voulait pas y croire...
Il ne pouvait pas être homosexuel.
Déjà, il n'avait jamais trouvé le moindre mec attirant, n'avait jamais fait un seul rêve ou eut une pensée dans ce sens. Pourtant des mecs, il en avait constamment sous les yeux, et pas les plus pourris du lot. Et à poil, qui plus est. Or, les scènes de douche collective n'avaient jamais éveillé quoi que ce fut en lui, si ce n'était un profond énervement à devoir supporter les autres qui ne pouvaient pas se la fermer pendant dix secondes...
Non, définitivement pas gay.
Il attendait juste la bonne fille.
Et il n'avait pas le temps pour ça.
Lui se donnait à 100 %, 200 % pour le foot.
Voilà, c'était ça.
Ouais, mais Tsubasa, et Misugi aussi.
Ils se donnait aussi à fond dans le foot.
Et ils avaient beau être des génies, lui aussi d'abord en était un ! Donc si les deux zouaves pouvaient allier foot et amour, pourquoi pas lui?
Hein, pourquoi pas ? On se le demande.
Et puis... il devrait trouver les filles mignonnes, même s'il ne voulait pas sortir avec, non ?
Sauf que, dans la classe... Ouais, il y avait deux-trois filles pas trop mal, jusqu'à ce qu'elles ouvrissent leur bouche. Ou qu'il les regardât directement. Parce que là, ça voulait dire noter leur couche de maquillage ou sentir leur parfum à deux balles.
Non, toutes moches et/ou connes, et plus souvent, les deux à la fois.
Seules Yumi et Ayaka semblaient à part. L'une parce que voilà, elle n'était ni moche ni conne, juste... trop calme. Il avait envie de lui donner des baffes, parfois. L'autre... ce n'était même pas une fille. Un extra-terrestre avec des seins. Non, Ayaka n'était pas une fille. Trop vive, trop directe, trop... En fait, elle aurait fait un très bon mec, si elle ne faisait pas du 95B et si elle savait courir sans piailler tous les dix mètres...
Bientôt Manu serait plus féminin qu'elle, bien qu'il n'eut pas les ongles peints, du maquillage et ce fameux 95B. D'ailleurs, à bien y regarder, il avait les cheveux presque aussi longs qu'elle. Et il était plus fin, plus nerveux qu'elle. Et il savait courir. Et parler foot.
En fait, Manu était exactement ce qu'il cherchait chez une fille.
…
Attendez, il n'avait pas pensé, ça, hein?
