Chapitre vingt-et-unième
Le Destin, avec un grand «D» majuscule, se caractérise par ce côté imprévisible. Qui sait de quoi demain est fait ? L'Histoire, avec un grand « h » majuscule, et les histoires, avec un petit « h » mais aussi un petit « s », ont toujours été d'accord avec ce principe : on n'est toujours que rien avant de devenir quelque chose. C'est ainsi que des fils de fermier et écuyers se retrouvent prince puis roi, sauveur de la princesse et du royaume. Bah, c'est même arrivé à un certain plombier bedonnant et moustachu. Si ça, ça ne donne pas espoir au reste du monde...
Donc, non, rien ne distingue un héros, un grand du monde, de son voisin. Un jour, le héros arrêtera d'être un ado boutonneux complexé par l'absence de muscle à ses bras, un homme d'affaire angoissé par la réalisation de ses taux et quota, pour se relever, se magnifier. Les acteurs, chanteurs et autres « stars », héros moderne de la culture contemporaine, ont tous été des enfants comme les autres, certains étant tout de même plus riches que d'autres.
La richesse, à Tôhô, était quelque chose d'assez commun, avouons-le. Le cas de Kojirô Hyûga est assez exceptionnel à ce point de vue. Ceci dit, depuis quand Kojirô Hyûga n'avait-il jamais quelque chose comme les autres ? Ceci dit bis, ceci n'est pas le propos de ce chapitre.
Parlons plutôt statistiques. Étant donné la population nippone, le taux de jeunes de quinze à dix-huit ans, de sexe masculin, étant donné le nombre de classe du lycée Tôhô, sa réputation, étant donné le fait que l'âge du capitaine est quarante-cinq (ou bientôt dix-sept si on considère le cas Hyûga ou Ozhora), le tout rapporté à la superficie dudit lycée... les probabilités qu'un héros se manifestât n'étaient pas si aberrantes que ça.
Après tout le débat consiste à définir ce qu'est un héros.
Parce que oui, dans la société moderne, il y avait eu depuis quelques décennies de rupture de stock de princesses – ou même de duchesses, marquises ou filles de maharajah – et encore plus du type « demoiselle en détresse ». C'est vrai, de nos jours, même les femmes au sang-bleu pratiquent l'auto-défense et possèdent au pire un spray lacrymogène, au pire un taser, le tout en passant par la panoplie de garde-du-corps et autres joyeusetés.
La même constatation s'impose pour les royaumes à sauver, à moins de considérer Twilight, Justin Bieber et la prochaine tournée d'Ariana Grande comme étant une menace planétaire – ce en quoi l'auteure approuverait vigoureusement s'il lui restait des neurones à agiter vigoureusement. Malheureusement, nul héros ne s'était dressé entre ses pauvres petits synapses terrifiés et ils avaient été Baby-baaaaby-baaaabyyyyy-fié quelques temps déjà auparavant.
Donc, un héros à Tôhô...
Prenons un jeune homme au hasard. Ah, voilà, Kenda Nakamura. Rien que son identité, une sorte de Pierre Dupond, en dit long sur son non-héroïcité. Il est membre de l'équipe de base-ball, aime bien les jeux MMORPG et affectionne beaucoup le rock américain des années 80-90. Il a décidé, après l'obtention de son diplôme, d'aller à l'université pour étudier la biologie, et la géologie en particulier. Son plus grand crime est, pour le moment, avoir volé vingt euros dans le porte-monnaie de sa mère il y a deux ans pour aller s'acheter des revues dites « cochonnes ». Ou alors, c'est peut-être d'avoir fait accusé son frère d'avoir embouti la nouvelle voiture de Papa avec son vélo. Oui, un adolescent banal, en train de remonter le chemin « par derrière les vestiaires » avec son meilleur ami de l'époque, un anonyme qui le restera, parlant avec enthousiasme du film vu au cinéma le week-end dernier.
- « Et là, le gars sort son fusil et PAM ! Il a- [...] »
Et pam le caillou dans la poubelle vide, selon un angle assez spécial, faisant résonner le métal encore et encore. La probabilité de réussir ce « tir »: environ 3%. La probabilité que cette poubelle soit justement celle derrière les vestiaires des footballeurs (rapporté aux nombres de poubelles et à la superficie du comp-, rooh, on s'en tape) : 2%. La probabilité que ce bruit soudain interrompe un baiser qui n'aurait jamais dû avoir lieu : 100%.
Hé oui, certains héros s'ignorent eux-mêmes...
