Attention. Cette fiction parle de la deuxième mondiale, du point de vue de quelqu'un dans les camps de concentration. Elle risque fortement d'heurter les esprits, ne la lisez pas si vous êtes trop sensibles. Bonne lecture !
Auschwitz. 1944.
Une caresse, une douce et apaisante caresse sur les cheveux. Puis quelques mots doux murmurés à l'oreille, rassurants, tendres. Un sanglot, le cœur lourd. Il déteste lorsqu'elle pleure, alors il la prend dans ses bras, et la berce tout contre son cœur.
Adrien Agreste chassa une larme disgracieuse de la joue de sa petite sœur. Il plaça doucement sa main derrière sa tête, et l'attira conte lui. La petite se lova contre lui, cherchant sans doute chaleur et réconfort. Adrien était mal-installé, son corps entier semblait réclamer une position plus confortable. Mais il persistait. Dos contre des poutres de bois qui lui entaillait le dos à chaque changement de direction du train, il essayait tant bien que mal d'absorber les coups, pour laisser sa petite sœur dormir en paix.
Il reprit ses caresses, sachant pertinemment qu'elles apaisaient la petite fille. Comme ça, malgré son dos grinçant et sa position peu commode, il espérait que tout ceci ne soit qu'un rêve. Un très mauvais rêve.
Comme il n'arrivait pas à trouver le sommeil, il regarda autour de lui, détaillant sans peine la pièce dans lequel ils étaient retenus. Bien sûr, ils n'étaient pas les seuls prisonniers, bien au contraire. Adrien regarda tristement les gens qui l'entourait ; des hommes, des femmes, des enfants ou des personnes âgées. Et sur aucun visage il ne voyait l'ombre d'un sourire, ni même une once d'espoir. Car chacun savait où le train allait. Et jamais personne n'en était jamais revenu.
Le jeune garçon avait de la peine à croire ce qu'il lui arrivait. Lorsque l'Allemagne avait envahi la France, il s'était crut en sécurité, grâce à son titre de noblesse. Et voilà où il se retrouvait. Dans un train en direction vers Auschwitz, le plus grand camp d'extermination d'Allemagne. Dans un train en direction de sa destinée. De la mort.
Il continua sa fouille du regard, même s'il eut rapidement tout regardé. La pièce était sombre, puait la transpiration et ne comportait pas de fenêtre, pour le grand malheur d'Adrien qui commençait à se sentir quelques peu nauséeux. Soudain, le train vira violemment et le blondinet tomba, entraînant sa jeune sœur dans sa chute. Il tenta d'absorber la chute comme il le pouvait, mais c'était inévitable ; la petite fille se réveilla.
Elle aussi espérait être dans un rêve. Elle ne supportait pas cette pièce close, ni les têtes d'enterrements que tiraient les gens autour d'elle. Elle ne comprenait pas tout, mais suffisamment pour se rendre compte de la gravité de la situation. Pourtant, lorsqu'elle ouvrit les yeux après un sommeil remplis de cauchemars, ce n'était pas un rêve. Ils se trouvaient bel et bien dans ce maudit train, qui les amenait, un peu plus près chaque seconde vers la fin.
Lorsque Adrien vit les yeux bleutés de sa sœur se remplir de larmes cristallines, il s'agenouilla pour se mettre à sa hauteur. Il lui fit un sourire rassurant, tout en essayant de consoler sa petite sœur :
— Chuuut. Marinette, calme toi … Tout va bien se passer, je te le promets.
Marinette n'était pas sa vraie petite sœur. Adrien n'en avait jamais eu, et la petite ne lui ressemblait pas du tout. Elle n'avait pas sa blonditude, ni ses yeux d'émeraude. Elle, elle avait de jolis et fins cheveux noirs, qu'elle nouait toujours en deux petites queues de cheval basses. Lorsque le soleil s'amusait à s'aventurer dans ses mèches, il y avait de jolis reflets bleutés qu'Adrien adorait regarder. Marinette avait des yeux d'océans ; de grands yeux rêveurs, joyeux et lumineux, qui pouvaient lire en ceux qui si plongeaient trop longtemps. Elle savait lire la tristesse dans les yeux des gens, et elle savait redonner de la joie grâce à son sourire précieux.
Mais depuis quelques temps, son regard avait changé. Il était terne, fatigué. Et Marinette ne souriait plus. Elle pleurait à longueur de journée. Et dieu comme Adrien détestait lorsqu'elle pleurait.
A vrai dire, Marinette avait changé depuis la mort de ses parents. Ceux-ci étaient boulangers, de bons boulangers même. Probablement les meilleurs boulangers de Paris. Ils étaient gentils, aimants et leur pain devait vraisemblablement être le meilleur de Paris – bien qu'Adrien préfère leurs pâtisseries. Puis un jour, ils avaient eu une fille. Bébé déjà, elle ressemblait à un ange tombé du ciel, découvrant le monde de son regard nouveau. Enfant, elle était pleine de vie. Adrien aimait beaucoup les enfants, et très vite, il avait noué quelque chose de très fort avec la petite fille. Il la considérait un peu comme sa petite sœur, et elle pensait pareil.
— Tu es Ladybug après tout, tu es la plus forte ! Renchérit-il.
Une facette de Marinette qu'Adrien adorait était son imagination. Parfois, elle se prenait pour une super-héroïne au costume coccinelle et prétendait sauver Paris contre les méchants. La petite rêvait d'un monde candide, un monde dans lequel elle pouvait s'épanouir et grandir en pleins sérénité. Un monde loin de la guerre, du sang, des bombes.
Mais Marinette avait tout perdu en même temps. Sa joie de vivre, son imagination, et ses parents.
Depuis qu'ils étaient morts, injustement fusillés par les allemands, Marinette n'était plus la même. Ses rêves étaient hantés des pavés de Paris se peignant de leurs sangs, elle revoyait leurs agonies, leurs morts en boucle. Tout était sa faute, elle s'en voudrait éternellement. Les parents de Marinette lui avaient dit de se cacher, de faire attention de ne parler à personne. Et dans son insouciance propre, elle ne les avait pas écouté, et elle avait gambadé, comme à son habitude, tombant né à né avec les envahisseurs allemands. Une petite fille, juive qui plus est, qui souillait ainsi les chaussures d'un nazi. C'était inacceptable. Elle allait se faire fusiller, mais les boulangers avaient accourus, priant pour épargner la vie de leur chère fille, s'ils prenaient la leurs à la place. Ce qu'ils avaient fait. Avant de capturer sans remords Marinette, et de la balancer dans le premier train en direction d'Auschwitz.
Adrien avait assisté à toute la scène. Le cœur en miette, à cause de la mort de ses deux amis, il avait hurlé, il s'était déchaîné pour sauver Marinette. Mais il était trop faible, le nombre de soldat eut raison de lui. Et il fut emprisonné avec sa petite sœur, le cœur lourd de regrets.
Adrien poussa un soupir sonore, et ferma les yeux. Bon sang. Il ne regrettait pas son acte ; il était même plutôt fière d'avoir défendu Marinette. Mais au fond de lui, il était déçu. Alors c'était comme ça qu'il allait mourir ? Comme un vulgaire chien à travailler dans des conditions inhumaines ? Et Marinette ? Pourrait-elle supporter cette vie ? Elle, qui semblait si frêle et fragile, comme si un coup de vent aurait pu la briser en deux. Il secoua la tête. S'il y avait eu une fenêtre dans le wagon dans lequel ils se trouvaient, il aurait probablement jeté Marinette par la fenêtre, pour lui permettre de s'échapper. Elle n'avait que 8 ans ... Elle avait encore toute la vie devant elle.
Marinette eut un faible sourire à l'allusion de Ladybug. Dans son petit poing, Adrien pouvait voir qu'elle serrait le pendentif qu'il lui avait offert lors de son anniversaire passé. Un joli pendentif d'or et d'argent, prenant la forme d'une coccinelle, joliment décoré de rouge et de noir. La petite l'avait immédiatement adoré, et depuis ce jour, jamais elle ne l'avait quitté. Elle disait toujours, en riant, que même si elle mourrait, elle l'aurait toujours avec elle. Car il était un peu comme son porte-bonheur. Ou son porte-malheur, songea amèrement Adrien.
— Seulement si tu es mon Chat Noir ! gazouilla la jeune enfant, tirant le blond de ses pensées.
Elle lui offrit un sourire enfantin, et le cœur d'Adrien se serra. Elle était si adorable, si mignonne. La vie était si cruelle. Pourquoi une enfant devait aller dans un lieu comme ces camps ? Elle ne méritait pas ça, au contraire. Elle était si insouciante, si frivole et rigolote.
Adrien lui offrit tout de même un sourire pour ne pas l'inquiéter. Pour elle, il avait accepté de se prêter au jeu, devenant donc Chat Noir, un héros charismatique et sexy, dragueur et amoureux de Ladybug. Faisant un petit sourire, tout comme le ferait Chat Noir, il déclara, prenant sa voix enjôleuse qui faisait tant rire la petite fille :
— Alors my lady, tu veux jouer à chat ?
La petite fille éclata de rire, joignant ses mains en applaudissant légèrement. Adrien fit un faible sourire ; la voir sourire lui remontait le moral, lui faisait oublier où il se trouvait, et vers quoi il allait.
Mais soudain, le silence se fit, et Adrien comprit que le train s'était arrêté Il ne s'était pas rendu compte qu'il était déjà arrivé, et son cœur se mit à battre à la chamade. Très fort, il serra la main de Marinette de toutes ses forces, avant de l'étreindre sûrementpour la dernière fois. La porte du wagon s'ouvrit dans un fracas, provoquant des cris de peur. Adrien aussi avait peur, si peur que son corps refusait de bouger, regardant les soldats qui faisait sortir violemment les gens du wagon, les repartissant dans des files différentes. C'est uniquement lorsqu'on lui arracha Marinette des bras, et qu'elle poussa un cri strident qu'il réagit. Un courant l'électrifia et il bondit en avant, pour essayer d'attraper la main que lui tenait Marinette.
— Adrien ! Hurla t-elle.
Leurs doigts s'effleurèrent, mais il ne parvint pas à ramener la petite vers lui. Un allemand lui donna un coup à la tête, en grognant dans son dialecte infecte :
— Bewegt ! ( Bouge ! )
Adrien secoua la tête, les larmes rapidement s'écoulant de ses yeux. Il se leva péniblement, sous le regard suspicieux d'un garde et sortit du wagon, suivit par les autres passagers. On lui assigna la fille de droite, et il s'y rangea sans plaisir. Du regard, il cherchait Marinette, sans la trouver. Son ventre se serra, il paniquait. Où était-elle, bon sang ? Croyant reconnaître sa chevelure bleuté, il courut vers la petite fille, bousculant sans scrupule des gens aux têtes déplorables. Il souriait, il la retrouvait enfin ! Il avait eu si peur d'être séparé d'elle, de ne pas pouvoir la soutenir dans cet Enfer. Doucement, il prit la main de la petite fille pour la serrer dans ces bras.
Mais ce n'était pas Marinette. Son cœur se déchira, et la tristesse refit surface. Il repoussa la petite fille avec dégoût et se remit à la recherche de celle qui comptait vraiment. Mais c'était sans compter sur les soldats allemands qui le voyait se balader. Adrien entendit quelques cris venant de leurs parts, mais il n'y prêta pas attention. Les larmes coulaient sur ses joues sans vouloir s'arrêter. Pourquoi ? Il n'avait rien fait de mal ... Pourquoi devait-il être ici ?
— Marinette ? Demande t-il.
Peut être qu'elle n'était pas loin, qu'il ne la voyait simplement pas. Peut-être qu'elle répondra, et qu'il pourra aller la rejoindre. Il tendit l'oreille, mais il n'entendit rien hormis la frénésie des gens autour de lui. Il panique, il trébuche, et reste couché dans la boue, à se vider de larmes. Adrien se sentait seul. Adrien se sentait mal. Rien ne pouvait être fait pour soigner son mal, ni même combler le vide au fond de lui.
Sentant son estomac se contacter, il se retourna vers le sol, et vomit tout ce qu'il avait dans l'estomac.
L'humiliation. Oui, mais pas que. Les rires. Il se relève, la mine grise, s'essuie la bouche, sans pouvoir arrêter ses larmes. Un soldat vient vers lui, Adrien espère qu'il va l'aider, peut-être lui tendre la main. Mais il est naïf, trop naïf. Il se fait pointer dessus par un fusil, et l'allemand parle à nouveau :
— Setzst dir in der Warteschlange ! ( Remet-toi dans la file '' d'attente '' ! )
Adrien le regarda sans comprendre. Il ne parlait pas allemand, et il n'en avait pas envie. Cette langue le dégouttait, et ces habitants aussi, surtout depuis qu'ils avaient envahi la France. S'il n'était pas actuellement dans un camp de la mort, il aurait probablement prit les armes pour combattre les envahisseurs.
Il comprit ce qu'il devait faire quand l'allemand pointa son doigt sur la lignée de gens qui attendaient nerveusement quelque chose. Mais quoi, se demanda t-il. Il se mit tout de même dans la file, sans cesser de chercher Marinette du regard.
Il la vit au dernier moment, alors qu'elle rentrait dans une salle aux murs jaunâtres. Il eut juste le temps de lire la peur et la souffrance sur son visage. Dans ses yeux, il vit qu'elle le cherchait, qu'elle pleurait. Ses grands yeux bleus étaient marqués par la tristesse, à jamais défiguré par la peur. Adrien grava cette image dans son esprit, tandis que son ventre se tordait à nouveau. La porte se ferma sur Marinette, et il voulut crier. Mais les mots ne sortaient pas de sa bouche, seuls les larmes coulaient abondement.
Pourquoi Marinette était dans cette salle ? Pourquoi elle n'était pas dans la même file que lui ? Adrien regarda devant lui. Étrangement, il ne voyait que des hommes. En jetant un coup d'œil dans la file où se trouvait avant Marinette, il ne vit que des femmes et des enfants.
Soudain, des cris horrifiés s'élevèrent de la salle où été enfermée Marinette. Adrien paniqua et il se mit à hurler à ceux devant et derrière lui :
— Pourquoi ils crient ? Qu'est ce qu'ils se passent dans cette salle ?!
Quelques visages se retournèrent, le regardant avec pitié. Adrien tremblait, son corps faible convulsé de spasmes interminables. Il devait paraître bien pitoyable, mais il s'en fichait. Il était faible. Il était tristement faible. Et bon sang qu'il l'assumait.
Sentant sa voix qui s'éraillait, il continua à hurler, attendant coûte que coûte une réponse à ses questions.
— Répondez moi ! Qu'est ce qu'il se passe, bon sang ...
L'homme devant lui se retourna, et lui fit un regard confus. Regardant autour de lui, il gratta sa chevelure grasse, en chuchotant, comme s'il avait peur qu'on l'entende, évitant cette fois-ci le regard d'Adrien.
— Ils se sont fait gazer. C'est fini pour eux.
Le monde d'Adrien s'effondra. Et il s'effondra avec lui.
Gazer. Gazer.
Non. Non. C'était impossible, tout simplement impossible. Le cœur d'Adrien saigna, les larmes n'arrêtaient pas de couler.
— Non.
Il se prit la tête entre les mains, tout en la secouant, les yeux déments.
— Je suis désolée, marmonna l'homme.
— C'est impossible.
Il se mit à rire, fixant le sol comme s'il allait lui donner une réponse.
— Marinette ...
Soudainement, il éclata de rire, un rire gras et fort. Tous les regards se retournèrent vers lui, vers sa démence. La pitié se lisait dans les regards, même la peur parfois. Un soldat accourut vers lui, pointant son arme vers lui. Adrien lui envoya un coup de poing au visage, d'une force qu'il ne pensait pas avoir. Lorsqu'un deuxième, puis un troisième accoururent, Adrien tenta de frapper le plus possible. Mais le nombre eut raison de lui, une fois de plus, et un coup derrière la tête lui fit voir les étoiles.
Il sentit qu'on le traînait, puis qu'on le jetait sur le sol. Sa tête cogna sur le carrelage froid, taché de jaune et de rouge. Les yeux entrouverts, des larmes coulant sans arrêt, il voyait distraitement rentrer des enfants et des femmes à ses côtés. Mais, son regard fût attirer par un éclat rougeâtre. Se redressant quelques peu, il attrapa l'objet de sa convoitise.
Avec un hoquet d'horreur, il se rendit compte qu'il tenait dans sa main le pendentif de Marinette.
Le joli pendentif coccinelle qu'il lui avait offert.
Celui qu'elle avait dit ne jamais quitter.
— Marinette ...
Il serra fort dans sa paume, essayant d'y trouver une petite chaleur, un léger réconfort pour soigner sa peine. Mais il n'y parvient pas. Marinette était morte.
Morte. Ce mot résonnait dans la tête d'Adrien, comme une lente et étrange mélodie. Il ne pouvait pas y croire ; il ne voulait pas y croire.
Un pschitt désagréable se fit entendre. Le blond leva la tête, souriant doucement à la mort qui l'attendait. Il le savait, il s'était résigné.
Alors c'était comme ça qu'il allait mourir ? Comme un poisson hors de l'eau, luttant pour trouver de l'oxygène. Mais il était heureux, il souriait grandement. Il allait rejoindre Marinette. Il allait pouvoir s'excuser de ne pas avoir été là le moment fatidique.
S'il n'avait pas pu sauver Marinette lorsqu'elle était en vie, pourrait-il la sauver dans sa mort ? Il ferma les yeux, tout en faisant son plus beau sourire – car il serait éternel. Il n'y avait qu'un seul moyen de trouver la réponse à sa question ...
Et même mort, un pendentif coccinelle fortement serré contre son cœur, Adrien Agreste, souriait, fidèle à ses convictions.
Sortez vos mouchoirs. Je suis désolée, je suis juste tellement horrible. ;_; La vie est si cruelle omg. Je suis désolée de vous sortir ce pitoyable chapitre après le gros d'avant. J'espère tout de même qu'il vous plaira. C'était celui que je redoutais le plus, la seconde guerre mondiale, c'est pas un sujet facile. Mais je voulais le faire. Voilà. Je suis désolée ;_;
N'hésitez pas à laisser des reviews, ou à suivre. Il reste encore deux chapitres avant la fin de cette petite fiction ~
