Révélations

Un visage. Un autre. Des dizaines voire des centaines. La foule est telle un banc de sardines. Compacte. Puis déliée. Tu passes inaperçue au milieu de tous ces gens. Invisible, tu circules entre ceux qui vont au travail, les ados qui vont en cours, les mères avec leurs enfants et les couples... Cette vie normale qui t'as été refusée. En écho à cette pensée, ta tête te lances douloureusement. Mais tu as déjà pris plus que la dose recommandée d'antalgique. Tous les bruits, les klaxons et les cris n'arrangent rien. Slalomant entre ces personnes si pressées, tu pries pour que les Avengers ne cherchent pas à te retrouver. Vu que tu leur a piqué quelques trucs tu n'es à l'abri de rien... Tu continues ta route en soupirant. A grandes enjambées tu traverses la ville et fini par te retrouver devant un immeuble miteux que tu connais bien: ta planque. Le seul endroit où tu es sûre de ne blesser personne et d'être tranquille! Tu ouvres la porte grinçante, monte les escaliers vermoulus et te voilà devant ton appartement. Le 26 sur la porte luit d'un air terne mais cela te rassure. C'est un de tes points de repère et cela te fait du bien de revenir ici après tout ce qu'il s'est passé... Tu te penches malgré tes articulations craquantes et trouves la clé que tu a caché par sécurité sous une latte branlante près de l'entrée. Le verrou proteste mais tu finis par rentrer dans ton "chez toi".

"_Home sweet home..." murmures-tu à toi même.

Une odeur douceâtre de moisissure assaille tes narines alors que tes yeux s'habituent à la pénombre qui règne ici. Tes chaussures volent et rejoignent le parquet gondolé dans un bruit mat. Un frisson remonte le long de ta colonne vertébrale quand le froid glacial qui règne dans la pièceatteint ta peau. Des volutes de condensations s'échappent de ta bouche gercée...

-Quelques heures plus tard-

Après plusieurs heures de rangement intensif, ton appartement ressemble enfin à quelque chose de décent! Le chauffage gronde doucement dans un coin de la pièce. Avec un soupir tu t'assois dans le canapé fatigué et craquelé qui trône au centre de la pièce. Quelques sirènes résonnent au loin. Des gens discutent dehors malgré la fraîcheur de ce mois de novembre.

"_La vie suit sont cours..." penses-tu.

Dans ce cocon sûr que tu chéris, tu peux enfin te détendre... C'est ta dernière pensée avant de sombrer dans un profond sommeil...

...

Tout est sombre autour de toi... Tu flottes... Un cri. Puis un autre. Du sang. Partout. Tu hurles. Un corps se jette devant toi. Impulsion. Du sang. Encore.

...

Tu te réveilles en sursaut, les mains crispées sur les accoudoirs déjà mals en point. Un goutte de sueur froide roule sur ta tempe et ta respiration est saccadée. Ton mal de crâne est à son paroxysme et ta vision est brouillée... L'inconscience te fauche une nouvelle fois...

Impitoyable.

-Ellipse temporelle-

Lorsque tu émerges à nouveau, tu reconnais immédiatement les yeux qui sont penchés sur ton visage.

"-Steve...?" articules-tu difficilement.

"_ Eh, ne bouges pas, tu es très faible [ton nom]."

Il te soulève délicatement du parquet, ses mains dans ton dos et sous tes genoux. Tu sembles peser autant qu'une plume dans ses bras puissants. Tu te sens misérable. Une nouvelle fois il est là pour t'aider...

"_ Comment m'as-tu retrouvé?"

"_ Tu nous as dit que tu voulais partir le soir même où on t'a trouvé. Bien sûr qu'on allait placer un mouchard dans tes affaires!"

Il te sourit et te serre plus fort contre lui. Et ça te brise le cœur. Tu ne peux pas faire ça. Ils vont finir par se manifester et tu vas tout massacrer autour de toi. Comme d'habitude.

Dans un effort surhumain tu te décolles de son torse musclé et de l'emprise de ses bras. Tes pieds nus retrouvent le parquet froid et rugueux et tu entoures ton pauvre corps de tes bras, une expression douloureuse sur le visage.

"_ Va-t-en." dis-tu.

"_ Non, tu ne vas plus nulle part toute seule! J'en ai assez de te retrouver soi à moitié morte, soi évanouie! Tu dois rester avec nous, on peut t'aider." réplique-t-il en agrippant ton poignet.

Tu te mords la lèvre inférieure violemment. Un goût de fer se répand dans ta bouche.

"_ Tu ne comprends pas! Vous risquez tous la mort en restant à mes côtés!"

"_ Et pourquoi donc?"

Sa prise se resserre sur ton avant-bras et il fait en sorte que tu le regarde. Lui faire face, les yeux embrouillés de larmes, voilà le summum du pitoyable! Plus aucune dignité...

"_ J'ai tué des gens Steve, tu ne te rends pas compte..." murmures-tu...

"_ Comment ça 'tué des gens'?"

Sa main vient doucement caresser ta joue et soulever ton menton.

"_ Je... Ne contrôle pas mes pouvoirs..."

Un sanglot t'échappe. Avant que tu n'ai pu faire un autre mouvement, les bras du super-soldat t'entourent et te collent contre son corps, si vivant.

"_ Un héros comme toi ne devrait pas s'occuper d'une criminelle de mon espèce. Des gens sont morts par ma faute. Rien ne changera jamais ça. Je ne veux plus faire de mal à personne Steve!"

Tu cries presque cette dernière phrase. Tu ne te retiens plus et les larmes roulent le long de tes joues.

"_ Mais qu'est ce qui est si dangereux [ton nom]?"

Ses yeux semblent te supplier et tu ne supportes pas de voir cette lueur de souffrance dans ses grandes orbes bleues qui te fixent depuis tout à l'heure... Tu te mords une nouvelle fois la lèvre inférieure. La coupure s'ouvre un peu plus et du sang se répand à nouveau sur tes papilles.

"_ La définition scientifique c'est psychokinèse... En gros je peux agir sur la matière via mon esprit... Toute les matières..."

Des images arrivent par flash et tu ferment tes paupières, les serrant le plus possible, comme si cela pouvait faire disparaître les images des corps de ta famille qui s'impriment sur ta rétine. Tu finis par tout lui raconter... Comment un cambriolage a mal tourné et que tu n'as pas pu maîtriser ta rage... Un vrai bain de sang... Ton esprit, si puissant avait tué les personnes que tu chérissais le plus au monde... Tu t'étais contrôlée jusqu'à ce jours là, le seul symptôme de tes "dons" étant ces migraines si dévastatrices... Puis tu t'étais enfuie, errant pendant plusieurs semaines, et c'est là qu'il t'avait trouvé, dans cette ruelle de New York.

En larmes, tu t'accroches comme à une bouée de sauvetage au t-shirt désormais trempé du héros américain... Un main dans ton dos et une autre dans tes cheveux, il les caresse doucement, dans l'espoir que tu te calmes.

"_ J'ai peur..."

Ta voix se brise.

"_ Tu n'as plus à avoir peur, je vais t'aider..."

Sa prise se resserre un peu plus dans ton dos et, à ta plus grande surprise, ses lèvres viennent doucement rencontrer les tiennes... Tes larmes se tarissent et tu entoures son grand corps de tes minces bras...

C'est fragile. Mais tu penses avoir enfin trouvé quelqu'un qui pourra t'aider...

En l'embrassant à nouveau, tu te rends compte qu'une rencontre peut tout changer.

Et ce, à jamais...

The end.