La ballon rebondissait à un rythme régulier sur le béton. Le filet frémissait encore du dernier panier marqué. Le basket-ball évacuait totalement l'esprit du joueur. Celui-ci ne pensait qu'à se défouler, qu'à marquer, dribbler, passer, s'entraîner. Chacun de ses mouvements s'améliorait à chaque pas, chaque dribble, chaque tir. Il n'entendait plus que ses pas et le ballon sur le béton et le frémissement euphorique du filet. Encore, encore et encore… Il revenait sur sa proie, esquivait des adversaires imaginaires, sautait et marquait. Un grand sourire d'amusement pur ouvrait son visage délicat. Ses cheveux blonds rebondissaient sur ses joues pâles à chaque mouvement. Ses yeux ambrés, cernés de longs cils rebondis, avaient perdu le reste du monde de sa vision, ne voyants que le demi-terrain devant lui. Mais le blond ne savait pas qu'il n'était pas seul. Devant la grille du terrain, une silhouette l'observait. Sous ses vêtements larges, elle tremblait. Ses poings se serraient régulièrement et elle se mordillait parfois la lèvre inférieure. Non, elle ne voulait pas se montrer. Non, elle ne voulait pas se dévoiler. Il allait falloir qu'elle reste dans son rôle… Le blond, après un nouveau dunk, resta accroché quelques secondes à l'anneau de métal, un grand sourire fiché sur le visage. La silhouette déglutit. Ses décisions étaient bien mises à mal par ce grand blond. Celui-ci se retourna et, soudain, la remarqua. Progressivement, ses yeux s'écarquillèrent. Puis, sa bouche s'entrouvrit. Le ballon rebondit seul sur le sol, glissant à quelques mètres du jeune homme. Ce dernier restait immobile, ne parvenant pas à réaliser qui se tenait là, derrière la grille. Alors que la silhouette esquissait un mouvement de recul pour s'enfuir, le basketteur se mit à courir vers la grille à une vitesse jamais atteinte par un homme. Il ouvrit celle-ci et la silhouette n'eut le temps de s'en aller. La main du blond se referma sur le poignet fin et d'apparence fragile de la silhouette. Sa voix s'éleva :

- Keicchi !

La silhouette trembla plus fort encore et se débattit faiblement, fermant obstinément la bouche.

- Je t'en prie, Keicchi… Passons un moment ensemble, veux-tu ?

Kei fronça les sourcils sous sa capuche noire. Ses lèvres rouges s'entrouvrirent et une voix précieuse et pourtant si chaleureuse retentit dans la cage du terrain de basket-ball.

- Tu vas prévenir Seijuro que tu m'as vue, n'est-ce pas ?

La dernière fois qu'il l'avait vue, le blond n'avait pas fait tant attention à sa voix. Cette fois-ci, son coeur se réchauffa doucement et il se sentit aussitôt complet. Que lui arrivait-il ? Lui qui était venu ici pour oublier cette personne dont il ne savait rien…

- Non, il ne m'en a pas donné l'ordre, à moi. Je veux simplement passer un moment avec toi, Keicchi. Je ne sais plus rien de toi, mais je me souviens de ton importance dans ma vie. Je ne te laisserais pas t'enfuir sans réponse.

De là où il était, le blond avait une vue imprenable sur ses lèvres rouges et sa poitrine… bandée ?! sous son haut large à capuche. Il s'inquiéta légèrement. Que lui était-il arrivé ? Etait-elle blessée ? Un mouvement de la part de la jeune femme lui fit perdre le fil de ses questions. Elle avait baissé la tête.

- Bien, j'imagine que je n'ai pas le choix. J'espère simplement que personne ne viendra nous rejoindre, auquel cas je partirais sans dire au revoir.

- « Au revoir » ? Tu voudras bien me revoir ?

- J'y serais menée, de toute façon. Et le jour où on se reverra, je ne me cacherais plus.

- Alors, viens avec moi, nous allons sur un banc !

Poussant un soupir las, et dissimulant avec difficulté les prémices d'un sourire amusé, la jeune femme se laissa guider jusqu'à un banc non loin du terrain de basket-ball.

- Tu étais venue me voir, Keicchi ?

- … Oui. Je voulais voir combien tu avais progressé. Ton coach s'est très bien occupé de toi.

- Merci ! C'est mon capitaine, surtout, qui me pousse à me surpasser ! Kasamatsu-sempai est un vrai tsundere !

Le basketteur souriait, avec l'impression que cette fois tout allait parfaitement bien. Mais le manque de sourires de la part de Kei le refroidit légèrement.

- Je sais. Répondit platement la concernée.

- Alors ! Mes questions. D'abord, comment est-ce que tu vas, côté santé ?

La jeune femme ne put s'empêcher de sursauter à cette question. Elle ne s'attendait pas à ça…

- Je vais bien, Ryota. Du moins, pas plus mal qu'avant.

- Qu'avant ? Tu allais mal à cette époque ?

- Ca, c'est à toi de t'en souvenir.

- Oh… D'ailleurs, pourquoi je ne m'en souviens pas ? Je veux dire… Tu es importante pour moi ! Alors pourquoi tu as simplement disparu de ma mémoire ?

Là, Ryota s'était calmé et regardait très sérieusement Kei. Il avait besoin de cette réponse.

- Je peux m'effacer des mémoires à demande… Mais ça ne dure qu'un certain temps déterminé.

- Et combien de temps ça fait ?

- Un an et six mois.

- Je retrouverais mes souvenirs quand ?

- Dans trois mois.

- Et on se reverra quand ?

- Dans trois mois.

Le blond sembla réfléchir quelques instants, puis il attrapa la main de Kei par surprise. Celle-ci n'eut pas le temps de retirer sa main que Ryota regardait minutieusement la chevalière à son majeur.

- Qu'est-ce que c'est ?

- La chevalière de ma famille.

- C'est gothique.

- Oui.

- Pourquoi ?

- Ma famille vivait en France durant l'époque médiévale.

- Oh ! Tu sais parler français ?

- Oui.

- Alors, dis-moi, que veut dire « Kei » en français ?

- Ca signifie « la femme du silence » ou « l'homme solitaire », suivant la personne.

- Ca te va bien, maintenant. Mais j'ai entendu dire que t'étais pas comme ça avant…

- Par qui ?

- Aominecchi.

Kei se mordit la lèvre inférieure et Ryota le nota mentalement.

- Il ne devrait pas déjà se souvenir de moi. Expliqua-t-elle en remarquant le regard interrogateur du blond.

- Il se souvient de quelques moments. Ni du début, ni de la fin… Et donc ça importe peu aux yeux d'Akashicchi, mais pour moi ça importe beaucoup. J'ai insisté et il m'a raconté ce qu'il se souvenait de toi. Tu étais très proche de chacun d'entre nous.

- Pourquoi ai-je l'impression qu'il s'agit là d'un reproche ?

- Parce que c'en est un. Tu étais très proche de chacun d'entre nous, mais tu nous as forcé à t'oublier et tu as disparu dans la nature.

- Je suis revenue.

- Certes, mais mon petit doigt me dit que ce n'est pas pour nous retrouver…

- Non, en effet.

- Alors pourquoi être revenue ? Tu ne te rends pas compte que tu nous tortures ?

- Je vous torture ? Et bien, c'est flatteur. Mais je ne m'arrêterais pas en si bon chemin. Je compte bien faire gagner l'Inter-lycée suivi de la Winter Cup à mon club.

- Ton… Club ? Comment ça ? Tu nous as remplacé ?

- Vous remplacer ? C'est idiot. Vous n'êtes pas importants. Non, je me suis créée une équipe pour me retrouver au sommet. Et pour gagner, il faut que vous ayez le moins d'information possible sur moi. Ni Satsuki-chan, ni Seijuro. Si l'un d'entre eux me connaissaient, chacun d'entre vous aurait été au courant et m'aurait empêché d'atteindre mon but.

- Alors, c'est tout ce qu'on est pour toi ? Des obstacles à ta réussite ? On ne compte même pas un tout petit peu ?

Ryota se sentait vide, comme si on lui avait donné un coeur pour lui retirer violemment ensuite. Il avait froid et les larmes menaçaient de venir n'importe quand. Le jeune homme avait lâché la jeune femme sans même s'en rendre compte. Il baissa la tête, attendant douloureusement la réponse de Kei.

- Effectivement.

Le choc lui coupa la respiration. Il s'y attendait, pourtant… Une larme roula sur la joue de Ryota. Le blond regardait ses mains sans les voir.

- Seijuro ne compte pas. Tetsuya ne compte pas. Daiki ne compte pas. Satsuki-chan ne compte pas. Shintaro ne compte pas. Atsushi ne compte pas. Et tu ne comptes pas. Vous êtes tous mes adversaires. Et je compte bien vous écraser, tous en même temps. C'est l'heure de gloire des Mizuno, c'est l'heure de gloire de mon héritage. Maintenant, si tu veux bien me permettre, je m'en vais. Passe une bonne journée. Et ne faiblis pas, je ne veux pas d'un adversaire faible. J'en vois beaucoup trop pour ça.

Sans que Ryota ne réponde, la jeune femme partit. Les paroles de celles-ci résonnaient dans la tête du blond. « Tu ne comptes pas »… Les larmes, une par une, humidifiaient les joues pâles du basketteur. Ce dernier tremblait, de froid ou de douleur il ne savait pas.

Cela faisait deux heures, ou peut-être plus, qu'il était là, il ne savait plus. Il pleurait, le coeur douloureux. Jamais on n'avait vu son visage aussi dévasté. Un mannequin pleurer sincèrement ? C'était rare… Aussi, lorsque Daiki l'avait vu ainsi, en pleurs et assis sur ce banc, il s'était retenu de le charrier. Il s'assit à son côté sans dire un mot et posa sa main puissante sur l'épaule musclée du blond. Celui-ci leva un regard perdu sur le bleuté. Ce dernier, bien que ce n'était pas dans ses habitudes, sourit sincèrement au blond.

- Hey, Kise… Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?…

Sa voix avait été plus douce que d'ordinaire, évitant de blesser son ancien coéquipier. Ryota explosa à nouveau en sanglots et se précipita dans les bras de son ami.

- Aominecchi… Sanglota-t-il. C'est Keicchin…

Le bleu se raidit, surpris, mais enserra Ryota de ses bras musclés pour le réconforter. Kei ? Kei avait parlé à Kise ? Et elle avait été désagréable avec lui ? Non, méchante pour qu'il soit dans cet état… Daiki avait soudain peur, peur d'apprendre la dure réalité une seconde fois. Kei n'était plus la même, non.

- Elle… Elle m'a dit que… Aucun d'entre nous… De la Génération des Miracles… Aucun… Ne compte pour elle…

Un grand froid s'empara du grand corps de l'As de Too. Ce dernier avait toutes les peines du monde à le croire, et pourtant… Il devait bien se l'avouer : le blond ne jouait pas la comédie et Atsushi n'avait pas menti non plus.

- Je… Murasakibara me l'a dit, oui… Mais…

- Ne lui cherche pas d'excuse, Daiki. Ordonna une voix pleine de colère.

Le concerné sursauta et les deux hommes se tournèrent vers la voix. Là se tenait leur ancien capitaine, Seijuro Akashi. Son regard vairon était effrayant, mais les hommes savaient bien que ce regard tueur ne leur était pas destiné. Ceux qui touchaient à la Génération des Miracles finissaient toujours en très mauvais état, par l'opération, non pas du Saint Esprit, mais de Seijuro. Mais ce qui inquiéta soudain le bleu, ce fut que leur ancien capitaine ait entendu le nom de Murasakibara. Il avait promis de ne rien dire, après tout… Mais visiblement, c'était trop tard, le mal était fait : Seijuro demanda d'une voix froide à Daiki :

- Murasakibara t'a dit qu'aucun d'entre nous ne compte pour elle quand ?

- Je… Et bien… Euh…

L'As de Too déglutit et trouva rapidement une excuse à son ami :

- On parlait de Kei et il m'a dit qu'on ne comptait sans doute par pour elle étant donné qu'elle nous évitait…

Il avait à nouveau détourné le regard, mais ce n'était qu'un demi-mensonge. Seijuro décida de le croire, même si ses yeux de l'empereur n'avaient pas raté ce signe du mensonge. Ce n'était pas le moment d'amener la discorde entre eux, après tout. Tant que cela ne nuisait pas à leur relation et à leur basket-ball, ça lui allait. Aussi le capitaine avança vers Ryota et posa une main tendre sur sa chevelure blonde, surprenant le jeune homme.

- Ne t'attache pas à cette idiote, Ryota. Elle ne sait pas ce qu'elle rate en ne nous donnant aucune importance. Et nous allons lui montrer. As-tu de nouvelles informations sur elle à nous communiquer ?

- Oui, elle… Elle compte nous « écraser », comme elle dit, à l'Inter-lycée et à la Winter Cup.

« écraser » ? Tiqua Daiki. Elle avait utilisé le même verbe qu'Atsushi utilisait d'ordinaire… Lorsque le regard du bleu croisa celui du rouge, ils surent qu'ils avaient tous deux pensé de même. Ryota, lui, ne réfléchissait pas. Il avait arrêté de pleurer mais son regard était vide, perdu dans le vide. Daiki s'était écarté de lui, gêné de servir de peluche. Ryota ne s'en était presque pas aperçu, plongé dans une sorte de transe.

- Elle m'a aussi dit que sa famille était originaire de France. Elle est capable d'effacer la mémoire momentanément. Elle m'a dit que ça durait 1 ans et six mois en règle générale et qu'il nous restait trois mois pour retrouver la mémoire. Elle a été surprise qu'Aominecchi ait déjà retrouvé quelques souvenirs.

- Trois mois ? Ce sera pour l'Inter-lycée… Elle l'a prévu avec exactitude… Quelle manipulatrice… Réfléchit à haute voix le capitaine.

- Ce n'est pas une manipulatrice. Rétorqua Daiki, un peu fermement.

Seijuro planta son regard vairon dans celui, plus bleu que les océans, de Daiki.

- Daiki, reviens à la réalité. Elle n'en était pas une, mais elle en est devenu une. Et je suis bien curieux de savoir pourquoi elle en est devenue une.

Tous se turent dans un silence presque religieux, perdu dans leurs pensées ou dans leurs souvenirs.

Salut ! Me revoilà pour un troisième chapitre.

Désolée du retard, j'ai eu trop de choses à faire pour le poster hier… Alors je pense que je vais plutôt poster un chapitre tous les mercredis, j'ai plus de temps ce jour-là.

Alors, pas trop déçus ? Kei est si mystérieuse ! J'aime beaucoup la rendre si mystérieuse. Mais, du coup, j'ai été obligée de réécrire plusieurs fois ce chapitre, pour filtrer les informations à son sujet… Fichu mystère. Dans ma tête, tout est déjà tracé, mais tout peut changer pour autant avec le temps (trop de « temps »).

Vous pensez quoi de mon écriture ? De mon style ? Des personnages ? Je ne sais pas si je les fais très fidèles à leurs personnages, j'essaie…

Si vous pouviez me laisser vos avis, ça me ferait très plaisir et ça m'aiderait à faire une fiction qui vous plaise plus encore.

Merci beaucoup de me suivre, j'espère ne pas vous décevoir !

Jenkins.