Un bruit singulier et pourtant si reconnaissable résonnait dans le gymnase. C'était haché, bruyant et torturé : des sanglots. Le gymnase était plutôt grand, ce qui faisait résonner le bruit contre ses parois et amplifier le volume de celui-ci. Une silhouette était roulée en boule dans un coin. Son visage était enfoui entre ses bras, eux-mêmes entourants ses genoux. Des soubresauts secouaient fréquemment son dos. Le silhouette était assez petite et fine. Ses habits étaient constitués en tout et pour tout d'une tenue de sport noire et blanche. Les larmes roulaient sur ses joues pâles. Ses yeux, fatigués par la tristesse, étaient fermés. Soudain, la porte s'ouvrit brutalement, claquant contre le mur. La silhouette se figea dans un mouvement tremblant tandis que les sanglots s'arrêtaient, rendus muets. Un jeune homme entra dans le gymnase. Ses yeux verts cherchèrent mécaniquement dans tout la superficie de la salle puis son regard s'arrêta sur la silhouette. Celle-ci tremblait encore, mais plus aucun son ne se dégageait d'elle. Le gymnase était dans le noir complet et la lumière vive dégagée par la porte ouverte illuminait délicatement le jeune homme. Ses cheveux châtains eurent là des reflets blonds. Sans prononcer un mot, le jeune homme fit un pas vers la silhouette. Celle-ci se tendit et tous ses muscles se contractèrent. Elle passa ses poings sur son propre visage pour y effacer toute trace de tristesse et se leva.

- Qu'y a-t-il ? Demanda-t-elle.

Sa voix résonna dans le gymnase vide mais aussi dans la tête du jeune homme. La silhouette se précisa un petit peu plus. Il s'agissait d'une jeune femme. Elle était grande pour une japonaise, sans doute un mètre soixante quinze. Elle possédait des cheveux mauves coupés à la garçonne. Ses yeux étaient restés fermés et elle faisait dos au jeune homme. Ce dernier ne put s'empêcher de rester muet un instant, l'observant en silence.

- C'est plutôt à toi qu'il faut le demander. Pourquoi t'être cachée ici, Sairento-sama ?

La voix du châtain était claire et une inquiétude persistait dans son ton. La jeune femme serra les poings et se mordilla la lèvre inférieure.

- Je t'ai déjà demandé de ne pas m'appeler ainsi. Quand m'écouteras-tu donc ?

- Je n'écoute pas tes mensonges. Sois sincère avec moi. Pourquoi t'es-tu cachée ici ?

- Tu n'as pas à le savoir.

Suite à cette réponse, il y eut un léger silence. Celui-ci n'était pas lourd ni chaleureux. C'était un silence respectueux et teinté d'une légère tristesse. La jeune femme desserra les poings et, cessant de maltraiter sa lèvre inférieure, elle se tourna vivement vers le jeune homme.

- Hayato. J'ai une mission à te confier.

- Oui, Sairento-sama ?

Elle fit claquer sa langue sur son palais en ouvrant deux magnifiques yeux vairons. Le premier, à droite, était d'un gris filandreux, comme si des lignes de code grises y étaient inscrites. Le second, à gauche donc, était couleur or. Là, on aurait cru voir un liquide doré qui menait une vie paisible dans son iris. Son regard se teinta d'agacement et se glissa dans celui de son interlocuteur. Celui-ci possédait des yeux noisette agrémentés de quelques légères teintes dorées. Le jeune homme détourna le regard, incapable de supporter un regard si intense.

- Rapproche toi de Kise Ryota.

- He ? La tapette de ta foutue Génération ?

- Ne conteste pas. Et… Ne l'insulte pas. Il te surpasse de loin, Hayato. Tu sais bien que notre équipe est encore un peu plus faible qu'eux tous, alors individuellement… Kise a besoin d'un ami. Tu seras celui-ci. Tu me feras des rapports journaliers.

Le châtain prit un petit temps à réfléchir. Puis, sous l'argument mental qu'il pourrait rejoindre plus régulièrement celle qui lui était si importante, il acquiesça d'un signe de tête. Un sourire satisfait étira les lèvres de la jeune femme. Hayato ne put s'empêcher de fixer ces dernières. Quelques secondes plus tard, il s'aperçut qu'il n'avait toujours pas bougé et que la satisfaction apparue dans le regard de son homologue féminin laissait place à de l'agacement. Alors le jeune homme s'excusa et sortit du gymnase. Il referma la porte derrière lui et tendit l'oreille un instant. Un sanglot lui parvint et il frissonna, triste. Hayato aurait voulu que celle qu'il considérait comme son amie puisse enfin être en paix. Malheureusement, ce n'était pas son choix mais celui de… De qui, d'ailleurs ? Lui même ne le savait pas. La jeune femme ne lui racontait que très rarement ses soucis. Le châtain prit finalement la route sur son vélo, incapable de se décider à retourner réconforter son amie - apeuré à l'idée qu'elle l'envoie balader. Mais, finalement, n'était-ce pas ce qu'elle avait fait, à l'instant ? Elle l'avait envoyé en « mission » pour être seule, non ? Hayato était confus. Il n'aurait su le dire. Il pédala plus fort sur son vélo. Bientôt, le jeune homme arriva devant un immense lycée moderne. Tout devant, non loin des grilles, se dressait un immense cerisier aux rares fleurs roses encore ouvertes. Un tapis de ces fameuses fleurs s'était formé autour du tronc imposant. Sous ce cerisier, Hayato put voir la chevelure blonde de celui qu'il cherchait. Jaloux de l'intérêt de son amie pour cet homme, il répugna légèrement à rejoindre le basketteur, mais il soupira et prit sur lui. Le châtain passa les grilles et s'approcha du blond qui était - pour une fois - seul - sans compter les filles qui l'observaient de loin. Le basketteur n'avait pas bougé d'un pouce lorsque qu'Hayato l'avait appelé. Celui-ci s'approcha encore plus de lui et put remarquer les yeux fermés du blond. Ce dernier dormait. Hayato soupira et dut se rappeler pourquoi il faisait cela. Oh, oui, c'était vrai, son amie. Il posa donc sa grande main sur l'épaule du blond et le réveilla doucement.

Oi… Le blond… Ooi… Debout !

Le jeune homme se réveilla en sursaut et le châtain retira sa main, réticent à l'idée d'approcher le blond.

- Que… Qui es-tu ? Et pourquoi tu me réveilles ? Demanda d'une voix endormie ce dernier.

- Mon nom est Ukita Hayato. Je viens de la part d'un vieille amie à toi… On peut aller quelque part de plus discret pour parler ? Je ne suis pas sûr que tu ai envie qu'on entende parler d'elle.

Le blond hocha la tête et, avec lenteur, s'appuya sur le tronc avant de se lever. Hayato put alors le détailler du regard. Il ne l'avait encore jamais rencontré en personne et ne savait de lui que ce que son amie avait bien voulu lui confier. Le blond dirigea le châtain dans le lycée jusqu'à une salle de classe vide. Là, ils s'assirent sur les bureaux et se jaugèrent du regard.

- Tu viens de la part de Keicchi ? Demanda doucement le blond.

On aurait dit que sa voix aurait pu se casser à n'importe quel moment. Il tremblait légèrement. Hayato décida de ne pas être trop dur avec lui, bien au contraire.

- Oui. Elle… Euh… Elle a décidé que je serais l'intermédiaire entre elle et toi dorénavant.

- L'intermédiaire ? Elle se confie à toi ?

- Pas exactement… Même si parfois ça arrive, c'est très rare. Elle me dit juste le strict nécessaire, et la plupart du temps c'est des mensonges.

- Des mensonges ? Elle ment souvent ?

- Oui. Pourquoi cette question ?

- Aominecchi m'a dit qu'elle ne mentait jamais avant.

- Elle a beaucoup changé depuis le temps, et pas forcément en bien.

- Pourquoi tu as accepté de faire l'intermédiaire ?

Hayato se figea. Il déglutit et ses joues chauffèrent légèrement, se teintant de rose. Le châtain détourna le regard et le blond eut un mauvais pressentiment.

- Si je fais l'intermédiaire, ça veut dire que je la verrais plus souvent.

Et effectivement, la raison sembla mauvaise au blond qui fut aussitôt jaloux.

- Tu es qui pour elle ?

- Un ami, peut-être. Mais, principalement, je suis l'un de ses joueurs.

- Ses joueurs ?

- Mizuno-sama est mon capitaine.

- Ton… Quoi ?! Tu veux dire que… Je…

- Oui. Tu vas devoir jouer contre elle. Et je peux t'assurer qu'elle n'a pas l'intention de ménager l'un d'entre nous.

- Elle… Elle sait, n'est-ce pas ?

- Savoir quoi ?

- Qu'aucun des membres de la Génération des Miracles ne pourra être à fond avec elle en face.

- À ton avis, pourquoi vos souvenirs ne vous reviendront que dans bientôt un mois ? Ne ?

- K-Keicchi n'est pas comme ça !

Un sourire moqueur apparut sur le visage d'Hayato.

- Eh~ Sairento-sama est diaboliquement manipulatrice, tu sais… À moins que tu ne la connaisses pas ?

- C-C'est faux ! Keicchi n'a jamais été manipulatrice ! Mais… Comment tu l'as appelée ?

- Sairento-sama, ça te dérange ?

- Je ne comprends pas pourquoi tu l'appelles comme ça…

- Elle est silencieuse, secrète. Elle te tire dans les pattes sans même que tu t'en rendes compte. Elle arrivera toujours à être maîtresse d'elle-même face à d'autres, et elle est donc toujours menteuse : ce qui revient à être silencieux avec la vérité. Sairento est le mot le plus en accord avec sa personne, je trouve.

Les deux hommes se défièrent du regard, puis Hayato soupira. Il s'expliqua :

- Ok. Ecoute… Je suis pas là par hasard. Je sais pas exactement pourquoi elle m'a dit de te rejoindre, même si j'en ai ma petite idée, mais je sais que t'as besoin de soutien et pas d'un nouveau défi. Donc, je te promets pas qu'on sera les meilleurs potes, mais… Ca te dirait qu'on essaie de s'entendre ?

Le blond hésita un instant, puis sourit au châtain.

- Oui, et puis… Tu pourras me donner de ses nouvelles !

- Tiens, tu t'inquiètes pour elle ? C'est mignon…

- Ukita-kun ! Fais un effort ! Grogna le blond.

- Appelle moi Ukita, Kise.

- Ne, je peux ?! Super ! Allez, viens, Ukita, je te paye un verre.

Hayato sourit à Kise et le suivit hors du lycée.

Aomine était, comme à son habitude, allongé sur le toit du gymnase. Il avait cours d'arithmétique, alors il avait préféré rater l'école. De toute façon, il était bien trop concentré sur un certain visage féminin pour se concentrer sur des mathématiques. Quel intérêt de savoir que ? ンモマ² × ? ンモマ + ? = ?(? − Ɑ) + ß lorsqu'on est obnubilé par deux yeux vairons uniques ? Il n'y en avait aucun et ça Aomine en était certain. Donc, il était là, observant le ciel sans pour autant lui donner une quelconque importance. Pourtant, celui-ci était magnifique en ce beau jour. Les nuages étaient éparses et prenaient souvent la forme de moutons. Ils défilaient rapidement, poussés par le vent fort d'Avril. Le bleu était omniprésent entre ces tâches blanches transparentes. Insensible à ce spectacle digne d'intérêt, le jeune homme était perdu dans ses pensées, pensées toutes tournées vers la même personne. Depuis qu'il avait entendu retrouvé son premier souvenir, il n'avait qu'elle en tête. Mizuno Kei. Il revoyait ses cheveux violets aussi courts que ceux d'Akashi, et donc moins longs que ceux de Murasakibara. Il revoyait ses yeux, l'un gris, l'autre doré. Tous deux étaient unis en une harmonie étrange et délicate. Il revoyait son sourire, source de chaleur et de bien-être. Et il se rappelait qu'il ne reverrait plus un tel sourire sans que celui-ci ne soit faussé. Cette simple pensée suffisait à lui étreindre le coeur et à lui donner la gerbe. Fort heureusement, cette pensée était chassée par la suivante, qui lui expliquait qu'il allait bientôt retrouver tous ses souvenirs en sa compagnie. Et cette pensée là lui donnait le sourire et le rassurait. Oui, il en était sûr, Mizuno Kei avait plus d'un tour dans sa manche. Mais Aomine savait bien qu'il finirait par la faire redevenir telle qu'elle était auparavant. Pour cela, il était prêt à tout. Il passa une main dans ses cheveux couleur nuit. Un petit sourire était apparu sur son visage. Il était calme, serein. Soudain, une mélodie le fit sursauter. Aomine se calma avec un petit rire nerveux en attrapant son téléphone. Ce n'était rien d'autre qu'un appel, pourquoi avait-il eu si peur ? Il mit ça sur le compte de sa plénitude précédente. Le jeune homme décrocha sans, comme à son habitude, regarder qui appelait. Aussi fut-il très surpris d'entendre une voix douce, précieuse et chaleureuse, pourtant tremblante de tristesse, à l'autre bout du fil.

- Allo ? Fit-elle.

Le coeur d'Aomine accéléra son rythme dans sa poitrine. C'était sa voix. Pourtant, il avait la sensation désagréable qu'elle pleurait. Il peina à reprendre une respiration normale et souffla :

- Kei ? C'est toi ?

- Daiki… Je… Je peux compter sur toi, n'est-ce pas ?

Le coeur d'Aomine fit un véritable bond dans sa poitrine et se réchauffa à l'entente de son prénom. Et dire que quelques jours auparavant, il ne se souvenait plus d'elle… Le jeune homme se mordilla la lèvre inférieure, tic nerveux qu'il avait eu à force de regarder Kei plus jeune.

- Evidemment. Tu peux me faire confiance. Murmura-t-il, ému.

- Je… J'ai mal, Daiki… Ca recommence… J-Je ne pourrais plus vous protéger encore bien longtemps…

- Nous protéger ? Mais…

- Oui, je sais, je vous fais du mal… Mais je pensais que tu me connaissais assez pour comprendre que ce n'est que pour que vous alliez mieux par la suite…

- J'étais certain que tu n'aurais jamais dis ça sincèrement… Qu'est-ce qu'il t'arrive ? Pourquoi… Pourquoi t'être éloignée de nous ? Pourquoi avoir décidé de nous faire, tous sauf Murasakibara, t'oublier ?

- Ecoute… J'accepte de te donner toutes ces réponses. Mais je n'ai qu'une seule et unique condition à cela : garde tout ça pour toi jusqu'à l'Inter-lycée. Je…

Un sanglot se fit entendre de l'autre côté du téléphone.

- Kei ?! Ca va ?! Paniqua Aomine.

Il se sentait démuni, incapable de lui refuser quoi que ce soit, et incapable de l'aider.

- D-Désolée, je ne vais pas pouvoir rester encore bien longtemps… Rejoins moi demain matin au terrain de Basket-ball à côté de Teiko où nous avions l'habitude d'aller. Disons… Neuf heures.

Perdu, triste et démuni, Aomine ne put qu'accepter. Il promit aussi de respecter sa condition. Puis, Kei raccrocha, alors qu'un sanglot lui échappait de nouveau. Le jeune homme s'en sentait plus mal que jamais. Peut-être que… Peut-être qu'un jour il arriverait à être insensible face à elle, comme il l'était avec bien des personnes. Mais ça, il en était bien peu sûr… Poussant un soupir frustré, Aomine s'affala à nouveau contre le toit en béton et envoya un message à Murasakibara.

« Je lui ai parlé. »

Sairento veut dire silencieux/se en japonais.

Pour être franche, j'ai eu énormément de mal avec cette fichue formule de maths, alors quand j'ai réussi à l'écrire, j'ai refusé net de réécrire cette partie. J'espère que ce chapitre vous a tout de même plus. Je n'en suis pas très satisfaite, mais il faut bien vous donner des réponses, à un moment donné ! De toute façon, l'Inter-lycée n'est plus très loin dans l'histoire. En fait, d'ici un ou deux chapitres normalement…

Anna-my-absolut : Ohayo ! Merci pour tous ces beaux compliments, ça fait plaisir ! J'essaie vraiment qu'elle soit mystérieuse en fait, je filtre les informations (si je m'écoutais, vous en auriez déjà beaucoup plus). Ce personnage, je l'aime beaucoup. Donc je vais vous le faire découvrir pas à pas, autant ses bons côtés que ses mauvais ! ;) Je me doute qu'elle rassure pas vraiment, vu comment elle a parlé à Ryo-chan ^^ Sur ce, j'espère que ce chapitre t'a plu et que tu reviendras me lire au prochain ;)

N'oubliez pas de me laisser vos avis, bons comme mauvais, c'est vraiment positif pour l'histoire, pour ma manière d'écrire, mais aussi pour vous, chers lecteurs : en effet, ça vous permet d'influencer l'histoire ! (La preuve : j'ai mis ici plus d'informations sur Kei que j'aurais voulu au départ, et le prochain chapitre sera à révélations.)

Bonne journée/soirée/nuit et à mercredi prochain pour une nouveau chapitre !

Jenkins.