Un garçon de treize ans était assis sur un banc. La cour de son collège, autour de lui, était pleine à craquer et il avait choisi un coin reculé. Ses cheveux émeraudes tombaient sur son visage rond. Ses yeux d'un vert plus clair, cachés par des lunettes aux bords noirs, étaient fixés sur un manuel scolaire qu'il tenait entre ses mains. À ses côtés, sur le banc, se tenait maladroitement une statue de taille moyenne à l'apparence d'une couronne. Dans le reste de la cour, certains groupes d'élèves le regardaient de travers, le trouvant assez atypique. Pourquoi avait-il besoin de se bander les doigts ? Et pourquoi diable apportait-il chaque jour un objet différent ? Il avait beau leur répliquer, lorsqu'ils osaient lui demander, qu'il s'agissait de son objet chanceux du jour, les autres enfants ne le croyaient pas. Pour eux, l'horoscope n'était que des foutaises. Un groupe en particulier se détachait du lot. Ses membres étaient plus musclés et plus intimidants que les autres. Ils étaient aussi plus grands : ils faisaient parti du club de boxe. Ce jour là, à cet instant, ils décidèrent d'aller voir cet enfant si atypique. Ils se postèrent donc face à lui, un homme semblant être le chef en haut d'une formation en v. Le garçon aux cheveux verts ne leva pas les yeux de son manuel. Pourtant il les avait vu venir, depuis l'autre bout de la cour, jusqu'à lui. Mais il ne s'inquiétait pas et préférait revoir sa dernière leçon de chimie. C'était sa matière favorite alors il ne souhaitait pas avoir une mauvaise remarque. Il se fichait bien que quiconque tente de lui parler. Aussi, lorsque le garçon ne répondit pas à la salutation du boxeur, ce dernier se mit en colère. Il attrapa le jeune homme par le col et le souleva avec sa force stupéfiante. Le garçon, les yeux écarquillés de stupeur, lâcha son livre qui retomba sur la terre avec un léger bruit sourd. Les yeux dans les yeux, le boxeur asséna à l'autre élève un coup puissant dans la mâchoire. Il y eut un « crac » inquiétant. Alors que le capitaine du club de boxe levait à nouveau son poing, une fille, un peu frêle, intervint, s'approchant précipitamment :
- Ca suffit ! Akahito-kun, écarte toi de ce garçon. J'ai prévenu les professeurs, ils ne vont pas tarder à arriver.
Le prénommé Akahito souffla bruyamment, énervé, relâcha avec retenue le garçon aux cheveux et partit, non sans lancer un regard plein de colère aux deux enfants qui restèrent finalement seuls. Les autres élèves avaient décidé de leur laisser un cercle à ne pas approcher, de peur que quelque chose leur soit reproché. Alors que le garçon se relevait et massait du bout des doigts sa mâchoire, la jeune fille attrapa le livre tombé au sol et le tendit à l'élève avec un sourire. Ce fut ce sourire qui intrigua le garçon. Il semblait si plein de bonté, si heureux, si doux… Il était empli d'un amour auquel l'élève se refusait obstinément. Les yeux de la jeune fille, posés sur les siens, étaient d'une étrange couleur vairon. Son oeil droit était gris, d'un gris très particulier, comme s'il était un tissu très finement tissé. Son oeil gauche, lui, était d'une couleur or délicate qui apaisait tous les maux. Ses longs cheveux violets tombaient délicatement sur ses épaules frêles. Elle semblait innocente, naïve, douce et incroyablement faible. Pourtant, elle était si tendre… Sans pouvoir s'en empêcher, le garçon répondit à son sourire, néanmoins d'une façon plus retenue, et attrapa le livre qu'il glissa sous son bras. La jeune fille glissa un regard vers la statue.
- Tu es Cancer, n'est-ce pas ?
Devant le regard surpris du garçon, elle se justifia :
- J'écoute l'horoscope d'Oha Asa tous les matins. Aujourd'hui, cette statue est l'objet chanceux des Cancers.
Le sourire du garçon s'agrandit. Il tendit sa main bandée à la jeune fille.
- Mon nom est Midorima Shintaro, et toi ?
- Je m'appelle Mizuno Kei.
C'est ainsi que Shintaro et Kei se rencontrèrent.
Midorima était partout à la fois. On lui faisait souvent des passes. Il marquait sans même s'en soucier tant c'était, à cet instant, naturel pour lui. Il ne cessait de repenser à Kei, ne se concentrant qu'à peine sur le match qu'ils avaient gagné d'avance. Il se souvenait enfin de sa rencontre avec Kei. Midorima avait appris quelque chose de nouveau sur elle : elle écoutait l'horoscope Oha Asa, comme lui. Et cette simple information l'avait plongé dans d'autres souvenirs, plus doux encore. Il se souvenait qu'elle l'avait embrassé plusieurs fois et, lors de ces souvenirs, il avait eu la sensation, des années plus tard, que ces baisers étaient restés sur ses lèvres. Il se souvenait aussi de cette force de caractère qu'elle n'avait pas montré en premier abord. Elle l'avait maintes fois réprimandé d'être imprudent, alors qu'elle l'était bien plus que lui. Et il se souvenait encore que c'était lui, Midorima Shintaro, qui avait présenté Kei à l'équipe de basket avec laquelle il passait de plus en plus de temps. Il avait même senti des remords à l'évocation de ce souvenir. Mais pourquoi sentait-il tout ça ? Pourquoi Kei semblait avoir de plus en plus d'importance pour lui ? Il avait bien réussi à l'ignorer pendant ces trois mois, du plus qu'il pouvait du moins. Alors pourquoi ne pouvait-il plus s'empêcher de penser à elle depuis que la plupart de ses souvenirs lui étaient revenus ? Midorima n'avait finalement aucune réponse à ses questions. Il attrapa le ballon, que Takao venait de lui passer, se pencha légèrement en arrière, sauta et lança le ballon. Il retomba au sol et, ignorant les gesticulations de son coéquipier trop effervescent à son goût, retourna dans ses pensées tout en trottinant. Le joueur avait bien changé depuis son collège et il était beaucoup plus distant. Il se demandait si ça n'avait pas un rapport avec Kei, finalement. Il se souvenait que la jeune femme, toujours le sourire aux lèvres, jouait un véritable rôle de médiateur entre lui et son équipe, ce qui leur permettait d'être plus proches. Puis, finalement, ses pensées se tournèrent vers son prochain match. Si il gagnait celui-ci, peut-être que le prochain serait contre elle ? Il voulait la voir, sans même comprendre son envie. Il savait juste qu'il avait envie d'explications, mais des explications à quoi ? Au fait qu'elle l'ait fait l'oublier ? Non, bien sûr que non, Midorima ne s'inquiétait pas de la vie des autres. Pourtant… Il avait peur. Il sentait son coeur se serrer et l'angoisse obstruer sa gorge. Et il ne comprenait pas cette peur, ni ses envies actuelles. Il était perdu. Il attrapa à nouveau le ballon, sauta, le dos légèrement penché en arrière, et tira. Il marqua, inévitablement, après que le ballon ait parcouru une haute courbe. Midorima retomba au sol et regarda le temps affiché sur le panneau des scores. Il ne lui restait plus que trois secondes. L'écart de points était énorme. En même temps, qui aurait pu battre Shutoku, l'un des lycées rois, parmi les faibles équipes qu'ils étaient obligés d'écraser pour passer ? Personne. Le jeune homme aux cheveux verts retourna à son banc, ignorant le grand bruit qui annonçait la fin du match. Un fois assis sur le banc blanc, il attrapa une bouteille d'eau et une serviette. Il passa la serviette sur son visage puis la glissa sur sa nuque. Ensuite il ouvrit sa bouteille d'eau et se désaltéra lentement. Une fois ces actes terminés, il reposa la bouteille d'eau et entreprit de rebander ses doigts. Il ne mit pas bien longtemps, par habitude, et attrapa entre ses doigts à nouveau bandés son objet chanceux. Ce jour-ci, l'objet nécessaire était une cuillère orange toute simple. Midorima glissa son regard las sur ses coéquipiers. Ceux-ci discutaient bruyamment non loin de lui. Estimant qu'il ne serrait pas dérangé de sitôt, Midorima monopolisa un banc entier pour s'allonger. Il ferma les yeux, fatigué. Il eût tôt fait qu'une bouteille d'eau se déversa sur son visage. Il rouvrit vivement les yeux, surpris. Son regard tomba sur la bouteille d'eau qui gisait à présent sur son torse. Rectification : sa bouteille d'eau. Irrité, le jeune homme chercha du regard le coupable. Puis il se rendit compte de la situation. Ses coéquipiers étaient entrain de suivre joyeusement son entraîneur vers les vestiaires. Maugréant, Midorima les rejoignit avec ses affaires. Dans le vestiaire, il reposa toutes ses affaires, ainsi que sa cuillère, se déshabilla, prit une douche, se sécha et se rhabilla avec son uniforme scolaire. Il laissa ses coéquipiers en plan et partit du complexe sportif. Il avait entendu Takao exprimer sa surprise de ne pas être demandé par le jeune homme. Mais il l'ignora. Une fois proche de son vélo, il se saisit de son téléphone vert. Sur l'écran, on pouvait voir l'image de l'équipe de Teiko, au collège, prendre la pose en souriant. Même Midorima souriait. Une voix se fit entendre au dessus de son épaule :
- Très jolie photo. Si je me souviens bien, c'est moi qui l'ai prise. Et mes souvenirs sont toujours exacts.
Le jeune homme sursauta, son épaule évitant de peu la mâchoire de l'individu, et il fit brusquement volte-face. Là, devant lui, se trouvait la femme qui lui avait tenu l'esprit occupé durant tout le match. Ses yeux vairons étaient posés insensiblement sur ses yeux verts. Midorima fut surpris de remarquer les changements qui s'étaient effectués chez la jeune femme. Ses cheveux violets étaient coupés aussi courts que pour un garçon. Ses formes rappelaient cependant inlassablement qu'elle était une femme, et une jolie femme surtout. Sa silhouette était encore fine, mais Midorima pouvait voir les muscles finement taillés derrière ses vêtements à l'allure d'une mauvaise fréquentation. Il ne doutait plus que Mizuno Kei puisse s'être réellement améliorée en basket-ball. La jeune femme le salua alors :
- Bonsoir, Shintaro. Ca faisait longtemps, tu ne trouve pas ?
- Bonsoir Kei. Si, très longtemps. Pourquoi es-tu finalement venue me voir ?
- J'ai réussi à me décider. Il faut bien que je te vois et te parle avant que nos équipes ne se rencontrent.
Le coeur de Midorima rata un battement. « Avant que nos équipes ne se rencontrent » ? Cela voulait-il dire que le prochain match serait contre son équipe ? Il tenta de se rappeler le nom de la prochaine équipe concurrente mais dû s'avouer vaincu rapidement : il ne s'était pas préoccupé, à aucun moment, d'obtenir cette information. Il demanderait le lundi suivant.
- N'as-tu aucune question à me poser, Shintaro ?
Chaque fois que Kei prononçait son prénom de sa voix chaleureuse, et pourtant précieuse, Midorima sentait une chaleur lui envahir le coeur. Il avait peur de cette sensation. Qu'est-ce que tout cela signifiait ? Il réfléchit plutôt à une question qu'il pourrait poser à Kei sans se ridiculiser. Finalement, le jeune homme secoua négativement la tête.
- Non. Souffla-t-il.
Kei attrapa son poignet. Un frisson parcourut l'échine du jeune homme. Sa peau était froide, comme si Kei était restée trop longtemps dehors. C'était peut-être le cas, après tout. Midorima regarda les lèvres de la jeune femme bouger sans entendre de mot. Lorsqu'elle fronça les sourcils, il se reconcentra.
- Pardon ? Je n'ai pas entendu.
- Je te demandais si tu voulais qu'on aille au restaurant.
La surprise se lut dans le regard de Midorima. Il n'aurait pas cru qu'une femme l'inviterait à manger, encore moins dans un restaurant et encore moins cette femme là. Il se ressaisit cependant rapidement, conscient que ses coéquipiers allaient sortir du complexe sportif d'une minute à l'autre. Le jeune homme acquiesça d'un signe de tête et les deux lycéens partirent ensemble à un restaurant, seuls dans la douce fraicheur nocturne de l'été. Une fois au restaurant, ils s'assirent et commandèrent. Ils n'avaient toujours pas échangé un mot et Midorima, perturbé par ses récents souvenirs, fuyait le regard de Kei. Cette dernière finit par craquer :
- Shintaro, que t'ai-je fais pour que tu me fuis de la sorte ?
- Rien, Kei. À part me supprimer mes souvenirs.
- Je ne te les ai pas supprimé. La preuve est que tu en as déjà retrouvé une bonne partie. N'est-ce pas ?
Midorima ne répondit pas et Kei prit ce silence pour une approbation.
- Peux-tu me raconter tes souvenirs à mon propos, s'il te plaît ?
Le jeune homme sentit une colère sourde l'envahir.
- Tu es venue me voir uniquement pour savoir ce que je sais de toi, c'est ça ? Si c'est le cas, pars tout de suite, nanodayo.
Les yeux vairons trouvèrent les siens et il s'y perdit un instant. Puis, Midorima reprit ses esprits et se força à regarder son plat. Il y eut un court silence, plutôt pesant, jusqu'à ce que Kei réponde enfin :
- Non, je ne suis pas venue juste pour ça. Ca fait… Partie des raisons pour lesquelles j'ai finalement accepté de venir te voir. Mais ce n'est pas pour ça que j'ai besoin de te voir.
Sa voix avait appuyé sur le mot « besoin », ce qui intrigua Midorima. Ce dernier lui lança un regard curieux et demanda :
- Pourquoi aurais-tu besoin de me voir ? Après plus d'un an sans me voir ?
- Tu oublies que tu m'as aperçue à t'observer il y a trois mois. Et, pour le reste du temps, ce n'est que de la lâcheté… Il n'empêche que, oui, j'ai besoin de te voir. Parce que, mine de rien, tu étais… Très important, pour moi. Alors oui, tu m'as oubliée. Mais j'aimerais savoir si ce dont tu te souviens à présent est le plus important.
- Le plus important ? C'est quoi, ça, pour toi ?
- Une discussion que nous avons eu, tous deux, ainsi que quelques moments tendres.
Midorima avala difficilement sa salive et glissa à nouveau son regard vers son assiette, se concentrant sur son plat. Finalement, il déclara :
- Je me souviens de notre rencontre, suite à cet idiot de boxeur. Je me souviens de tes habitudes, de ton ancien caractère. Je me souviens t'avoir présentée au club de basket-ball. Je me souviens l'avoir regretté par la suite. Je me souviens aussi… Que tu m'as embrassé, quelques fois. Alors je ne crois pas me souvenir du plus important.
Kei médita sur ces paroles en silence, puis déclara :
- Tu te souviens d'une partie du plus important.
Midorima lui lança un regard intrigué, mais il n'eut rien de plus.
- Dis-moi, Shintaro, je connais les grandes lignes mais… Que s'est-il exactement passé l'année dernière ?
- Ne compte pas sur moi pour t'expliquer si tu ne veux pas m'expliquer ce qui est important dans ce dont je me souviens.
Le jeune homme déposa ses couverts et lança un regard de défi à la jeune femme.
- Je suis désolée, mais tu ne pourras le découvrir que par toi-même. Tu es intelligent, tu y arriveras rapidement.
Enervé, Midorima se leva de table et la regarda froidement.
- Tant que je ne saurais pas, tiens toi éloignée de moi.
Sur ces derniers mots, le jeune homme sortit d'un pas pressé du restaurant. Il était empli de rage. Dans le restaurant, Kei soupira tristement puis tourna son regard vers la cuillère orange posée non loin des couverts. Un sourire tendre étira ses lèvres, à l'abri des regards. Ce matin là, Oha Asa avait déclaré que les Cancer seraient les plus chanceux et d'autant plus avec l'objet chanceux du jour (une cuillère) et la couleur chanceuse du jour (le orange). Kei se souvenait bien, elle, de ce qui la liait à la Génération des Miracles et qu'elle tentait désespérément de rompre…
Bonjour !
Alors, cette fois-ci, j'ai écris bien plus vite que prévu. Du coup, peut-être que je vais en publier un en avance la prochaine fois, si j'avance bien.
J'aime bien Midorima, je trouve son caractère passionnant ! (Car j'ai quelques points en commun avec lui, sans doute.) Alors bon, j'ai eu cette idée de faire le chapitre entièrement de son côté, en oubliant un peu les autres.
Néanmoins ! Vous avez vu ? Je vous ai donné de nouvelles informations sur Kei ! (Oui, je suis un peu surexcitée aujourd'hui. Le manque d'exercice physique et la douleur mentale de l'écran et de la réflexion, vous voyez ?) À présent, on peut presque dresser son portrait… Je dis presque, car on n'a toujours pas tous les éléments. J'ai beaucoup d'ambition pour cette petite… Enfin, petite… Elle est plus grande que moi T.T (Oui, je suis au courant qu'il s'agit d'un simple personnage de fiction, et alors ? C'est même moi qui l'ai inventé de toute pièce !)
J'espère que ce chapitre vous a plu, n'hésitez pas à me laisser vos avis, qu'ils soient négatifs/positifs, complets/concis ou autre… Tous les avis sont bons !
Anna-my-absolut : Salut ! Merci de ton avis ^.^ Dans le dernier chapitre, tu peux t'imaginer tout ce que tu veux à propos de la scène avec Daiki, mais c'est fait exprès que ça change d'un coup comme ça ;) Il s'agit d'un bond de trois mois sans aucune précaution. (Et oui, en tant qu'auteur, je peux me permettre de ne pas mettre de gant pendant les ellipses ! Même si de toute façon, les gants gênent pour écrire…) Ne t'en fais pas, tu m'aides déjà énormément : tu m'aides à avoir un avis et, par conséquent, à ne pas me dire que ça ne sert à rien d'écrire cette fiction. C'est vraiment encourageant de savoir que derrière les « followers » il y a des gens qui apprécient ce que j'écris ! Alors je te remercie de m'écrire parfois des reviews, c'est ce qui m'aide à écrire, tu vois. ^.^
À mercredi prochain ;) (ou avant, qui sait ?)
Jenkins.
