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CHAPITRE DEUX
Nos Meilleurs Sentiments

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Tony fronça le nez en découvrant les vêtements qui lui avaient été apportés. Pantalon de cuir, tunique de coton sur laquelle se rajoutait un plastron de cuir, brassards de métal, gardes-bras de cuir et de métal... il fallait sérieusement que quelqu'un expliqua aux asgardiens qu'il y avait une vie au-delà du cuir. Soupirant, il s'attela à se débarrasser de son costume parfaitement taillé. Autant pour la mode terrienne.

En jurant dans toutes les langues qu'il connaissait, il tenta d'enfiler le pantalon. Le cuir coinçait à ses cuisses. Alors qu'il allait renoncer et remettre son trois-pièces, le vêtement sembla soudainement se détendre, lui permettant de le remonter jusqu'à sa taille où il s'ajusta parfaitement. Bien sûr. À qui s'était-il attendu, à Asgard ? Sans grande surprise, ce fut la même chose pour tous les autres vêtements qu'il enfila.

Tony se demanda brièvement si c'était chose commune de porter des attires magiques. Probablement pas. Il devait recevoir un traitement de faveur, en temps qu'invité. Il espérait, en tous cas. Finir ses jours dans une prison asgardienne pour avoir commis un crime de lèse-majesté en insultant sans le faire exprès la royauté ne lui faisait pas vraiment envie.

Alors qu'il se retournait, le miroir en pied fixé près du lit lui renvoya une image à laquelle il n'était pas habitué. Il avait l'air... d'un viking. Il n'y avait pas d'autres mots pour le décrire. Son bouc ne faisait qu'ajouter une touche à l'allure générale que lui conféraient ses vêtements. Posées près du miroir, une paire de bottes – en cuir, évidemment – attendaient patiemment qu'il enfila ses pieds dedans.

Jetant un œil rapide à sa montre, avant de se rendre compte qu'elle ne fonctionnait plus ici, Tony décida qu'il lui restait sans doute un peu de temps. Il s'assit sur la fourrure recouvrant le lit et détailla la pièce. Avec un peu de chance, il pourrait retenir suffisamment de l'architecture du palais pour en ramener des esquisses sur Terre. Quand il pensait aux possibilités, sa tête se mettait à tourner.

Malgré sa bravade, il avait conscience de l'opportunité incroyable qui lui était offerte et comptait bien en profiter. Surtout considérant qu'il était le seul Avengers à avoir été invité, ce qui lui rappelait qu'il allait devoir enquêter sur ça. Non pas qu'il minimisât son implication dans le sauvetage de la Terre, mais il y avait définitivement quelque chose de pas net derrière cette histoire.

Scrutant les murs, Tony remarqua des frises courant le long de la démarcation du plafond. Le colosse au marteau de forgeron qui y était représenté ne laissait aucun doute sur la nature des histoires racontées par les peintures. Il s'en désintéressa rapidement, bien conscient qu'il risquait fort de n'y avoir que peu de vérité dans les dessins. La pièce, outre ses quatre murs usuels, était supportée par des poutres enchâssées dans le plafond et quatre piliers aux intersections des pans de pierre.

Les piliers semblaient banals, mais les poutre attirèrent son attention. Il savait que sur Terre, les plafonds supportés de cette façon duraient des centaines d'années mais que le bois tendait à pourrir ou à se faire dévorer par les termites. Si ce que Thor racontait était vrai – et pour le coup, Tony ne voyait pas l'intérêt de mentir – la civilisation Asgardienne avait l'âge de la Terre. Mais contrairement à sa planète natale, il ne devait pas y avoir eu plus de dix générations de dieux depuis.

Le palais avait donc, selon ses estimations, quelques deux milliards d'années. Si on en croyait les légendes, Thor avait au minimum deux millénaires. Le bois qui constituait les poutres ? Pas de la gnognotte. Sans grande conviction, Tony récupéra un crochet dans une articulation de son armure, monta sur le fauteuil rangé dans un coin de la pièce et gratta légèrement la poutre la plus proche.

À sa plus grande surprise, un éclat de bois de détacha sans difficulté et tomba à ses pieds. En fronçant les sourcils, Tony retenta l'expérience et réussit à enlever une plus gros écharde. Il retint de peu le couinement d'excitation qui voulait sortir de sa bouche. Descendant rapidement du fauteuil, il récupéra les deux éclats de bois et les cacha dans un interstice du Mark XII. Il remit ensuite le siège à sa place et glissa le crochet dans une poche de son pantalon de cuir.

Alors qu'il s'apprêtait à tenter de gratter les murs pour avoir des morceaux de pierre, on frappa à sa porte. Tony se retourna, son dos se raidissant imperceptiblement, avant de donner la permission d'entrer. La dame de chambre apparut, Thor sur ses traces. Le dieu eut un sourire satisfait en constatant l'armure de son compagnon d'arme. Il lui trouvait déjà un air prédateur dans ses habits midgardiens, mais là, il donnait l'impression d'un loup prêt à dévorer sa proie.

« Le cuir asgardien te sied, mon ami. Le repas a été servi et tu es attendu.

— Tout me sied, Point Break. Mais merci. Si tu veux montrer la route... »

Thor hocha la tête et tourna les talons, puis Tony lui emboîta le pas. Cette fois, le dédale de couloirs sembla à l'ingénieur plus familier. Il repérait un schéma dans la construction et commençait à visualiser la façon dont le palais avait été bâti. Comme une immense toile d'araignée tissant ses fils autour d'un nid central : la salle du trône. Si la bâtisse royale l'avait submergé sous ses montagnes outrancières d'or, ce n'était rien à côté de la salle du trône.

Chaque centimètre carré de surface sur lequel il posait ses yeux était doré. Feuilles d'or, statues en or, bas-reliefs en or, trône d'or, et la liste continuait. Tony déglutit, submergé par l'orgie métallique sous ses yeux. Les asgardiens avaient beau être des dieux quasi-immortels, leur sens esthétique était à vomir. Il jeta un regard à Thor qui paraissait vaguement mal à l'aise. « Tant mieux, » pensa-t-il avec un rictus satisfait. Si les goûts terriens commençaient à déteindre sur lui, Asgard ressemblerait peut-être à quelque chose d'ici à ce qu'il devienne roi.

La salle du trône était vide. Une fois la surprise passée, Tony réalisé vite qu'ils ne pouvaient décemment pas manger ici. Aucune table n'avait été mise, pas de sécurité pour veiller sur les majestés. Le repas devait avoir été servi ailleurs. Thor lui donna raison lorsqu'il bifurqua pour une salle adjacente, de taille relativement plus modeste et où l'opulence générale prenait place sur l'abondance dorée. En lieu et place du métal précieux, les gemmes s'alignaient en un camaïeu de rouges et d'ocres sur des murs de marbre rosé. Heureusement, ou Tony n'aurait pas réussi à avaler une bouchée sans se mettre à vomir.

Une table avait été dressée au centre de la pièce, assez sobre considérant la richesse étalée sur les murs. Personne n'y était encore installé mais des gardes étaient postés aux quatre coins de la salle, tout d'or vêtu – sérieusement, cuir et or ? Fallait varier de temps de temps. Thor se plaça à gauche du siège présidant la table, probablement la place d'Odin, et invita Tony à venir à ses côtés. Il ne s'assit pas, cependant, aussi l'ingénieur se retint d'en faire de même.

« Mes parents nous rejoindrons sous peu. Apprécie-tu ton séjour jusqu'à présent ? demanda le dieu d'une voix posée.

— C'est très... doré, chez toi. J'avoue avoir hâte de savoir à quoi ressemble une fête asgardienne.

— Cela ne m'étonne pas, rit Thor. Tu aimeras, j'en suis sûr. Attend un peu de goûter l'hydromel.

— Si ça saoul un dieu, aucun doute que je vais apprécier, sourit-il narquoisement. »

Sur ces mots, les soldats se raidirent tous d'un même geste alors que Thor reprenait son sérieux. Tournant la tête vers la porte par laquelle ils étaient entrés, Tony vit enfin le couple royal. Il les classait facilement dans les cinq personnes les plus intimidantes qu'il ait jamais rencontré. Tout dans l'armure légère de Frigga, la démarche d'Odin, leur aura commune, criait la lignée monarchique.

Thor avait ces mêmes caractéristiques, à moindre mesure. Tony comprenait mieux l'effet qu'un exil sur Terre pouvait avoir sur un homme de sa carrure. S'il avait été élevé par ces deux monstres de charisme, pas étonnant qu'un peu d'humilité lui ait fait du bien. D'un autre côté, cela mettait aussi en relief l'attitude de Loki. Le dieu du chaos avait visiblement été élevé par les mêmes personnes, mais lui n'avait pas connu la chance d'un exil terminé en romance. Il avait récupéré tous les mauvais aspects de sa situation. Cela laissait un goût amer sur la langue de Tony.

À ses côtés, Thor replia un bras contre son ventre et s'inclina. Jugeant prudent d'en faire de même, il l'imita sans lâcher du regard les silhouettes dorées. Hors de question qu'il exposa son cou à des êtres légendaires en lesquels il n'avait aucune confiance.

« Relevez-vous, mon fils, midgardien. Vous êtes les bienvenus à notre table, commença Odin.

— Ta vue m'emplit de joie, Thor, continua la reine alors qu'ils obtempéraient. Hommages à toi, Tony Stark de Midgard.

— Hommages et respect, Frigga d'Alfheim, Odin Père-de-toute-chose, récita machinalement l'ingénieur avec un signe de tête pour chacun.

— Les éloges sont parvenues jusqu'à Asgard pour tes exploits contre les Chitauris. Le conte de tes exploits nous voit impatients. »

Tout en parlant, le roi tira la chaise de Frigga puis prit place, les invitant d'un signe de la main à en faire de même. Suivant d'une œillade discrète les mouvements de Thor, Tony s'appliqua à les répliquer. Une seconde plus tard et des servants entraient déjà pour apporter les premiers plats. Il assista avec répulsion au ballet organisé de ces esclaves qui n'avaient d'employés que le nom. Les monarchies lui donnaient encore plus envie de vomir que l'abus de doré dans un palais.

Alors que les plateaux se dévoilaient sous leurs yeux, Frigga discuta de sujets légers avec Thor, demandant le récit de ses récents exploits et des nouvelles de la Terre. Le dieu se fit le plaisir d'entretenir la conversation jusqu'à ce que le dernier plat ait trouvé place sur la table et que le personnel commença à les servir. Tony accepta poliment tout ce qu'on mettait dans son assiette, prêtant une oreille attentive à ce que disait Thor pour mieux comprendre comment aborder Frigga et Odin lorsque son tour viendrait.

Alors qu'ils entamaient une pièce de viande accompagnée d'une purée de pommes et de patates douces, le roi attaqua :

« Tony Stark. On vous avait conté plus exubérant.

— Je suis à table avec trois dieux, excuse-moi de tenir ma langue.

— Sois sans crainte, tu es notre invité. L'homme qui a vaincu les Chitauris mérite la table du roi.

— Et j'apprécie. Mais mes camarades ont prit part autant que moi dans la défaite de l'armée. Je ne les vois pourtant pas à mes côtés. »

Le sourire d'Odin ne vacilla pas mais Tony remarqua le tressaillement de son doigt sur son couteau. Intrigué mais n'en laissant rien paraître, il attendit que le monarque offrit une réponse.

« Tu as pourtant été celui qui porta le coup final. Tu mérites ces honneurs. Le peuple d'Asgard te connaît comme le Marchand de Mort. Ce titre est tien désormais. »

Tony ne vit même pas le changement de sujet, trop choqué par l'utilisation de son ancien surnom et l'arrivée d'une nouvelle flopée de serviteurs, certains apportant des plats et d'autres de petites cassettes de bois et des coffres. Alors qu'on changeait son assiette pour la remplacer avec une nouvelle, gorgée de fruits et de pâtisseries, Odin ouvrait l'une des cassettes et la tendit à Tony.

« Asgard te remercie, Tony Stark de Midgard. »

Dans la cassette, une dague finement ciselée reposait sur du velours rouge. Son nom était gravé sur le manche et la lame faisait bien vingt centimètres. C'était une arme magnifique, et Tony n'avait aucune foutre idée de comment s'en servir.

« Elle a été forgée pour toi, par les nains. Tu es le seul à pouvoir t'en saisir et tu ne la perdras jamais. Tu trouveras sous le velours deux flacons de bile de bilgsnipe. Elle est hautement toxique, mais incolore et inodore, ajouta Frigga alors qu'il se saisissait de la boîte. »

Après les avoir copieusement remercié, ce à quoi ils répondirent ne faire que leur devoir, Tony recommença à manger et la discussion revint à des sujets plus mondains. Un sentiment de malaise avait prit possession de l'ingénieur, mais il n'arrivait pas à mettre le doigt sur ce qui le dérangeait. Alors qu'il finissait ce qui ressemblait à un chausson aux pommes et au miel, Thor annonça regagner ses appartements.

Profitant de l'occasion et se sentant comateux, Tony s'excusa et le suivit, avant de bifurquer vers la suite qui lui avait été offerte. Il se laissa tomber tête la première sur le matelas et s'endormit dans la minute. Au même moment, Thor se redressait en sursaut du fauteuil dans lequel il s'était affalé et se mit à courir en direction de la salle du trône. Et alors que l'ingénieur dormait du sommeil du juste, le dieu du tonnerre hurla à son père de lui donner des explications.

Selon ses estimations, on avait fait ingurgiter plus de cinq pommes d'Idunn à Tony Stark durant le repas.


Un petit retard pour lequel je m'excuse, mais j'ai été invitée hier soir et j'ai complètement oublié de poster ce chapitre. Je sens les questions arriver ! Je vous ai déjà offert quelques réponses, mais leur lot d'interrogations allaient avec. Je veux d'abord clarifier le tutoiement. Qu'on soit bien clair, à part l'espagnol et le français, trèèèès peu de langues distinguent le vouvoiement et je ne pense pas que l'omni-langage en fasse partie. Donc j'avais le choix entre faire tout le monde se vouvoyer, y comprit Odin envers Thor, ou un tutoiement général. J'ai préféré le tutoiement.
Concernant le contenu du chapitre, j'ai essayé de le faire le plus concis possible mais je me suis sans doute un peu étalée. Ça ira mieux ensuite. L'intrigue va bientôt arriver, ne vous en faites pas. J'ai hâte de savoir ce que vous aller penser de la suite, ahahaha.
Bref, j'ai bien envie de connaître vos avis sur ce deuxième chapitre ! N'hésitez pas à laisser une petite review, ça fait toujours plaisir, héhé.

Je vous embrasse,

Amako.