Bonne lecture !

Disclaimer : tous les personnages et l'univers d'Harry Potter appartiennent à JK Rowling.

Chapitre 12 – Le Prince des Serpentards

POV Harry

Après le banquet, je suis Blaise vers la Salle commune des Serpentards. A l'intérieur, je me repère assez vite, ce qui ne manque pas de surprendre mes nouveaux camarades. Je leur explique :

- En deuxième année, Weasley et moi avons pris du polynectar pour nous faire passer pour Crabbe et Goyle.

- Aaaargh ! Quelle idée de vouloir prendre l'apparence de Crabbe et Goyle ? Demande Pansy.

- On était persuadés que Malefoy était l'héritier de Serpentard et celui qui avait ouvert la Chambre des Secrets. On voulait le faire parler, et le seul moyen qu'on a trouvé était de se faire passer pour ses gorilles ... C'est comme ça qu'on est entrés dans cette salle commune.

J'attends l'explosion de fureur et d'indignation qui doit normalement suivre cette révélation mais rien ne vient. Au lieu de quoi, j'ai droit à une bourrade amicale de Nott et un rire tonitruant de Zabini qui me félicite pour ma fourberie.

- T'as eu raison de vouloir changer Potter ! Ta place est bien parmi nous !

Blaise et les autres m'accompagnent ensuite au dortoir. Il me montre plusieurs lits vides que je suis susceptible d'occuper.

- De nombreux serpentards ne sont pas revenus. Parce qu'ils sont morts ou en fuite me dit-il simplement. « Donc, tu as le choix ... ».

Inconsciemment, je me demande lequel est celui de Draco. Zabini, qui doit avoir le même 6ème sens qu'Hermione, devine mes pensées car il me montre le lit du milieu :

- Là, c'était celui de Draco.

- Je ... je ne sais pas si c'est une bonne idée... c'est comme si je lui prenais sa place ...

- Harry ... Je sais – nous savons tous – ce que tu as fait pour lui après la guerre. Toi plus que quiconque mérite de prendre sa place.

- Mais ...

- Il n'y a pas de mais. Draco le premier te dirait que sa Maison a besoin d'un nouveau Prince. Et crois-moi, toi seul est digne d'assumer l'héritage de Draco Malefoy.

Je regarde les autres. Personne ne contredit Blaise.

Le lendemain matin, je suis réveillé aux aurores par un Zabini tout sourire.

- Allez Harry ! Debout !

- Hein ? ... quoi ? ... non mais t'as vu l'heure ? Laisse-moi dormir ! Dis-je en enfouissant ma tête dans l'oreiller.

- Pas question ! Tu dois te préparer.

- Me préparer à quoi ?

- Douche, coiffure, habillage ... Tu ne vas quand même pas descendre dans la grande salle habillé comme un clodo pour tout premier jour en tant que Serpentard ?

- Tu fais chier Blaise ...

- Ouais, je sais !

Bon, manifestement, Blaise ne me laissera pas tranquille. Je me lève donc tant bien que mal et me dirige vers la salle de bain. A la sortie, je peux constater que Baise a déjà sorti des vêtements de ma penderie.

- Hé bien Potter, tu t'es amélioré niveau goût dis-moi !

Je souris à ces paroles qui me renvoient à de récents souvenirs.

Flash back

- Potter, il n'est pas question que tu sortes en rue habillé comme ça ! Surtout si je suis à côté !

- Malefoy, tu es mon ami. Tu es censé m'aimer comme je suis ...

- ça c'est des foutaises de Gryffondor. Un ami c'est quelqu'un qui a le devoir te dire en face ce que les autres n'osent pas te dire, même si ça fait pas plaisir. Alors, moi je te le dit : t'as des goûts de chiottes Potter et t'es habillé comme un sac ! Bon, maintenant, tu vas enfiler ce pantalon et ce t-shirt – c'est la moins pire de tes tenues - et on sort refaire ta garde-robe !

- Mais ...

- Tu ne discutes pas !

...

- Draco, je suis crevé... on peut rentrer maintenant ?

- Pas encore ...

- Comment ça pas encore ? J'ai au moins 10 pantalons, 20 chemises, autant de pulls, des shorts, et au moins 50 t-shirts ! Que faut-il de plus ?

- Des chaussures !

- Mais j'ai des chaussures !

- Tu as DEUX paires de chaussures. C'est ... indécent !

- T'es un vrai taré Malefoy ...

Fin du flash back

Je me souviens qu'après cette épuisante séance de shopping, j'ai eu droit à un cours – tout aussi épuisant – sur l'art d'assortir les vêtements.

Depuis, j'ai bien appris ma leçon : j'enfile donc un pantalon à pinces noir ainsi qu'une chemise blanche et un débardeur gris anthracite en cachemire. Blaise vient à mon secours pour nouer parfaitement ma cravate vert et argent. Je décide de laisser tomber la robe de sorcier aujourd'hui. Je remonte sur mon nez ma nouvelle paire de lunettes, une petite chose ultra-légère sans monture et aux verres affinés magiquement.

Je termine en ouvrant le placard à chaussures. Pas moins de 10 paires (le minimum selon Malefoy) sont alignées. Je choisis une paire de JM Weston noires parfaitement cirées.

J'ai par contre renoncé à coiffer mes cheveux. C'est une cause perdue. Même Malefoy l'a admis, c'est dire.

C'est ainsi vêtu que je pénètre dans la Grande Salle, suivi de Blaise, Pansy, Théodore et Milicent. J'entends les murmures sur mon passage.

- Tu as vu Potter ?

- T'es sûre que c'est lui ?

- Il est canon !

Je regarde autour de moi et je vois des dizaines d'élèves – féminins et masculins – qui me dévisagent sans vergogne. C'est vrai qu'hier j'étais en tenue made in Potter, à savoir un jeans, un t-shirt informe et ma robe de sorcier par-dessus.

Ce matin, le pantalon me fait des jambes interminables et le pull légèrement près du corps laisse deviner une carrure insoupçonnée. Je ne suis pas vraiment musclé, mais j'ai un peu épaissi depuis la guerre. Et surtout, j'ai grandi. J'admets que je n'ai plus rien à voir avec le gringalet que j'étais en arrivant à Poudlard. Ceci dit, pas de quoi fouetter un niffleur non plus ... Je suis encore loin de rivaliser avec le corps divin de Malefoy ...

Oulà ... j'ai dit ça moi ?

A la table des Gryffondors, le teint de Ron oscille dangereusement entre le gris et le vert, celui de Ginny va vers un rouge brique qui jure lamentablement avec ses cheveux. Dean, Seamus et Neville ont l'air de carpes hors de l'eau. Hermione, qui a vécu ma « transformation » de l'intérieur – la traîtresse soutenait Draco dans son entreprise de relooking – esquisse un petit sourire en coin.

Assis à la table des Serpentard, je détaille les autres élèves de ma maison.

Ainsi, je remarque pour la première fois les soeurs Greengrass, Daphné et Astoria. Je m'arrête sur cette dernière, une jolie brune aux longs cheveux, aux yeux de biche et au teint pâle. C'est donc elle, la fiancée de Draco.

C'est définitif, je ne l'aime pas. Par contre, elle semble tout-à-fait au goût de ce cher Théodore qui semble complètement subjugué. Pourquoi ne pas provoquer un certain rapprochement entre ces deux-là ? Bonne idée ... Il faut que j'échafaude un plan. Après tout, je ne suis pas un Serpentard pour rien...

Le petit-déjeuner se passe dans la bonne humeur. Je suis étonné d'avoir été si vite adopté par mes nouveaux condisciples.

Alors que je termine mon café et ma dernière bouchée de muffin aux myrtilles, j'entends un bruissement d'ailes. Des hiboux par dizaines s'engouffrent dans la Grande Salle pour déposer le courrier. Un battement d'ailes plus important attire soudain l'attention de tous : une magnifique grue cendrée vient d'entrer et se pose devant moi, écartant au passage les autres volatiles dans un concert de hululements protestataires.

La grue cendrée est un oiseau migrateur, capable de couvrir des distances de plusieurs milliers de kilomètres. A coup sûr, elle m'apporte une lettre d'outre-atlantique.

Je détache fébrilement le parchemin de sa patte.

« Cher Harry,

Je suis bien arrivé à Salem. Tout ici est très différent de Poudlard. Il n'y a pas de système de répartition en maisons et pas d'uniformes ! Il n'y a pas de dortoirs non plus, mais une résidence étudiante où nous sommes deux par chambre. Mon colocataire s'appelle Edward. Même si je n'ai pas encore pu vraiment faire sa connaissance, il a l'air sympa.

Pour la première fois de ma vie, je me sens libre. De recommencer une nouvelle vie, de faire des choix. Si tu savais ce que ça fait de dire mon nom sans que cela provoque un frisson de dégoût ! Et ma Marque ? Personne ici ne sait ce qu'elle représente. Tout le monde pense qu'il s'agit d'un tatouage super cool !

Je crois que je vais être heureux ici, Harry. Bon, pour être honnête, pas complètement puisque tu n'es pas là ... mais heureux quand même.

Et toi ? Comment s'est passée la rentrée ? Raconte-moi tout !

J'attends avec impatience de tes nouvelles.

Draco »

Je me sens bizarre. Je suis content. Content qu'il se plaise à Salem. Content qu'il soit libéré de l'emprise de son père. Mais il y a autre chose que j'ai du mal à identifier. Au fond de moi, j'espérais qu'il se sente seul, déprimé et que ça lui donne envie de revenir vite.

Je me secoue, honteux de penser tout ça. S'il est heureux, je devrais l'être aussi car normalement, on se réjouit du bonheur de ses amis.

Alors pourquoi je n'y arrive pas ?

Au moment de renvoyer la grue cendrée à la volière pour qu'elle se repose, elle me tend la patte à nouveau. Un deuxième message que je n'avais pas vu la première fois y est accroché.

« Harry,

Ce petit mot écrit en vitesse pour te dire que la grue cendrée nous appartient. Je l'ai achetée directement en arrivant pour qu'on ait un moyen de s'écrire sans devoir passer par les services postaux.

C'est un mâle. Je l'ai appelé Mercutio. Parce que ce nom me fait penser à Mercure, le messager des dieux mais surtout parce que c'est mon personnage shakespearien préféré (et oui Potter, je connais les grands auteurs moldus!). C'est le meilleur ami de Roméo et sa loyauté est sans faille. Comme toi.

Amitié,

Draco »

Et là, j'ai tellement honte de moi et de mon comportement que mes yeux commencent à me piquer. J'essaye de reprendre contenance le plus vite possible avant que les autres ne remarquent quoi que ce soit. Trop tard. L'oeil aiguisé de Blaise me sonde mais il ne dit rien. Ça c'est aussi une grande différence avec les Gryffondors : on ne demande pas d'explications. Et c'est tant mieux.

A la sortie de la Grande Salle, Hermione m'attend. Je vois bien qu'elle m'en veut.

- Salut Hermione

- Comment tu as pu me faire ça Harry ? Comment as-tu pu m'abandonner, toute seule, avec ... avec ... eux, dit-elle des sanglots dans la voix en montrant vaguement le groupe de gryffondors mené par Ron quelques mètres plus loin.

- Je suis désolé, Hermione. Je sais que ce sera dur pour toi mais je ne pouvais pas faire durer cette mascarade plus longtemps.

- Tu aurais dû m'en parler, j'aurais pu te suivre ou aller ailleurs... je ne sais pas, à Serdaigle par exemple.

- Non, Hermione. S'il en a bien une qui mérite d'être à Gryffondor, c'est toi. Tu es la personne la plus courageuse que je connaisse et c'est pourquoi tu vas t'en sortir.

- Et que va-t-il se passer maintenant ? Tu vas me mépriser ? On va arrêter d'être amis ?

- Jamais de la vie ! Tu es et tu resteras toujours ma meilleure amie ! Et ne t'en fais pas pour les autres serpentards, ils ne sont pas comme on le croit. Je vais leur expliquer la situation et ils comprendront.

- J'espère Harry, dit-elle sur un ton triste en s'éloignant.

Je suis à peine arrivé devant la classe de DCFM que je me fais violemment plaquer contre le mur. La scène a un goût de déjà-vu.

- Alors, Potter ? Tu as trouvé ta vraie place ? Avec les mangemorts ?

- C'est bon, Ron ! T'en as pas marre de toujours ressasser la même chose ? dis-je en me dégageant.

- T'as pas à me dire ce que je dois faire, sale fils de...

Je ne lui laisse pas le temps de terminer sa phrase car je lui balance une droite bien calibrée.

Alors qu'il est au sol, je lui jette :

- Tu sais quoi, Weasley ? Tu devrais être content ! Je t'ai laissé la place ! Tu as toujours été jaloux de moi, de l'ombre que je te faisais. Alors, c'est bon maintenant, réjouis-toi ! Tu vas enfin pouvoir exister ... Voyons donc comment tu vas te débrouiller sans moi ... enfin, si tu y arrives ...

Et là, je pars en le laissant écumer de rage.

Le reste de la journée s'est passé sans encombre mais c'est épuisé que je regagne mon dortoir sitôt après le repas du soir. A peine arrivé, je m'empare d'un parchemin et d'une plume pour répondre à Draco.

« Mon cher Draco,

Je suis heureux de savoir que tout va bien pour toi à Salem. Merci pour Mercutio, c'est une excellente initiative !

Ici, la rentrée a été un peu chahutée. Figure-toi que j'ai demandé à McGonagall de me répartir à nouveau. La discussion que nous avions eue toi et moi il y a quelques semaines ne me sortait pas de l'esprit et il fallait que je fasse quelque chose. Hé bien, crois-le ou non, je suis désormais à Serpentard ! Tout se passe très bien. Je m'entends particulièrement bien avec Blaise et Théo. Bien sûr Hermione m'en veut un peu car je l'ai laissée tomber dans la fosse aux gryffondors mais je me suis expliqué avec elle.

Bon, je ne te parle pas des Weasley, tu imagines leur réaction.

Je dois te dire autre chose et j'espère que tu ne m'en voudras pas : j'occupe ton lit dans le dortoir. Blaise et les autres ont l'air de considérer que je dois te « remplacer » en quelque sorte. Mais comment peut-on remplacer Draco Malefoy ? Il est unique !

A bientôt.

Harry »

Je relis mon texte. J'aurais voulu lui en dire tellement plus comme le fait qu'il me manque et que j'ai bien failli pleurer en sachant pourquoi il avait appelé notre grue cendrée « Mercutio ». Mais il va encore me prendre pour un poufsouffle ... Donc, je m'arrête là.

Mon regard tombe alors sur la photo encadrée de Draco et moi que j'ai posée sur ma table de nuit.

Je me demande si Draco a fait pareil dans sa chambre à Salem.

Je sens un poids sur mon lit. Blaise vient de s'y asseoir et je ne l'avais pas entendu arriver. Il me surprend en pleine phase de contemplation nostalgique et il regarde à son tour la photo.

- C'est dingue ! Si quelqu'un m'avait dit il y a un an que Potter et Malefoy poseraient ensemble, tout sourire, sur une photo moldue qui plus est, je l'aurais traité de fou ! Me dit-il en riant.

- J'aurais fait pareil, crois-moi ! Mais voilà, les choses ont changé.

- Je vois ça ...

Il se tait un instant puis reprend :

- C'est extraordinaire ce que tu as fait pour lui au procès. Tu as fait ce qu'aucun d'entre nous n'a osé faire.

- Blaise, ne te reproche rien ! Toi et les autres n'étiez pas en position de faire quoi que ce soit. Draco le sait, il ne t'en tient pas rigueur.

- C'était mon meilleur ami tu sais ...

- Oui et il l'est toujours !

Blaise reste bizarrement silencieux. Il finit par me regarder et me dire d'un air grave :

- Draco a beaucoup de défauts. Il est arrogant, calculateur, méprisant et imbu de lui-même. Mais il a une qualité inestimable : sa loyauté en amitié. Il ne donne son amitié qu'à très peu de personnes Harry. Tu ne t'en rends peut-être pas compte pour le moment, mais tu as beaucoup de chance. Draco est prêt à tout, absolument tout, pour ses amis.

Quand Blaise me dit ça, je repense au drame de Shakespeare et à Mercutio qui est mort pour son meilleur ami.

- Je sais Blaise, je sais que j'ai de la chance. En trois mois, j'ai découvert Draco comme je ne l'avais jamais vu en 7 ans.

- C'est ça le problème de Draco : il donne une fausse image de lui, pour se protéger. Mais quand, il se livre enfin, c'est tout entier ... et là, il est particulièrement fragile.

Je reste silencieux. Que veut-il me dire ?

- Ce que j'essaye de te dire Harry, me répond-il comme s'il avait lu mes pensées, c'est que pour Draco, l'amitié est le sentiment le plus sacré, le seul sentiment qu'il s'autorise à connaître, et encore, avec un nombre très limité de personnes. Il a couché avec un nombre incalculable de filles et de garçons mais j'ai largement assez de mes 5 doigts pour compter ses amis, dont tu fais partie maintenant. Et Draco ne supporte pas d'être trahi dans son amitié. S'il l'est, sa réaction est irrémédiable.

- Je ne ...

- Ne confond pas l'amitié qu'il te donne avec autre chose que tu pourrais souhaiter.

- Blaise ! Le fait que Draco et moi sommes devenus amis tient déjà du miracle ! Que pourrais-je souhaiter de plus de sa part ?

Blaise rit doucement.

- Harry, crois-moi, il viendra un jour où l'amitié de Draco ne te suffira plus. Et ce jour-là, ne fais pas la même erreur que moi.

Sur ces paroles sibyllines, il s'en va. Qu'a-t-il voulu dire bon sang ? Et c'est quoi cette histoire ? Draco couche avec des filles ET des garçons ?

Je suis complètement perdu.