Chapitre V – Moldu
A ma grande surprise, quand enfin j'eus la possibilité de me soustraire des yeux scrutateurs de Daphné et que je pus parcourir le journal de ma mère, je n'en trouvais que des pages vides, avec au milieu une étrange phrase « Sois patiente ». En continuant de tourner les pages blanches, je finis par découvrir des notes de ma mère tout à la fin.
Malédiction de T. ? = Commencement (p.54 manuscr
C'était bien cette phrase qui m'intéressait le plus. Ma mère l'avait écrit très rapidement au crayon à papier, et de biais, comme si elle n'avait plus le temps. La phrase n'avait même pas été finie. De plus, elle n'avait pas ensorcelé cette partie-là. Soit elle avait oublié – ce qui était peu probable – soit on ne lui avait pas laissé le temps de blanchir les pages.
J'avais essayé à peu près tous les sortilèges que j'avais pu trouver pour dévoiler la vie de ma mère, mais aucun mot n'était apparu, me laissant frustrée et déçue. Je pensais enfin avoir la chance de trouver des indices sur le meurtre de mes parents, mais apparemment, ma mère avait pris toutes les dispositions nécessaires pour que personne ne puisse lire sa vie.
- Je crois savoir ce que le « T » veut dire, me murmura alors Astoria.
- Ah oui ? M'intéressais-je.
J'avais là aussi longtemps cherché ce que pouvait signifier cette lettre, mais aucune de mes hypothèses ne correspondaient.
- Oui. Rappelle-toi, Pansy est venue te parler de ta tante, n'est-ce pas ? Evelyn…
- … Timberwolf, soufflais-je, frapper par le nom de famille. Oui, tu as raison !
Je me levais précipitamment, un grand sourire aux lèvres.
- Astoria, tu es géniale ! Ce n'est pas le nom de famille de ma tante, mais celui de son mari ! Exactement comme ma mère qui, auparavant, s'appelait Katelyn Rivers, ma tante se nommait Evelyn Rivers !
Je me précipitais en-dehors de ma chambre, m'enfonçais dans les couloirs du Manoir, pour finalement tomber sur une porte. J'en saisis la poignée, la tournais et poussais le battant. Derrière se trouvait la magnifique bibliothèque des Malefoy. Je me rappelais la première fois que j'avais pénétré dans cette immense pièce, et mon cri de surprise, mêlé à de l'émerveillement. Je n'avais cependant pas le temps d'admirer tous ces ouvrages, il fallait que j'en trouve un, un parmi toute cette foule de manuscrits. Il me faudrait des jours et des jours pour trouver ce que je cherchais, et encore, je ne savais même pas s'il y en avait un exemplaire ici…
- Astoria, c'est là qu'il faudrait que tu m'aides. Tu connais bien cet endroit, non ? Je suis sûre que tu saurais me dire où chercher.
Si Astoria avait été devant Hermione, elle aurait blanchi sérieusement. A chaque pas que faisait la lionne, elle se rapprochait dangereusement du secret de l'ancienne Serpentard. Et cela l'effrayait. Devait-elle vraiment lui dire… ? L'entrainer dans cela ?
- Oui, finit par répondre Astoria. Je sais où tu peux trouver le livre concernant la Malédiction. Mais il n'est pas ici.
- Alors, où est-il ?
Astoria hésitait, je le sentais.
- Il est chez moi, chez les Greengrass, dans leur bibliothèque. Et je ne sais ni son titre, ni son emplacement là-bas. Le repérer parmi tous les livres de ma famille sera bien plus dur que ce tu ne peux penser…
Mon enthousiasme se refroidit instantanément, néanmoins, je refusais d'abandonner. Si ma mère avait tenu à marquer ces quelques mots, il devait y avoir une raison. Et je ferais tout pour découvrir ce qu'elle était.
- Tu ne travailles pas aujourd'hui ? Demanda poliment Daphné à Drago, assis dans le salon.
Il plia son exemplaire de la Gazette, et lui lança un regard critique.
- C'est le week-end, Daphné. Heureusement que je ne travaille pas.
- Oui, et puis que ce doit être ennuyant d'avoir comme affaire cette famille de moldu. (Elle plissa le nez d'un air dégoûté.)
Astoria qui descendait les escaliers l'avait très bien entendu, et se retenait de se jeter sur elle. Drago se demanda un instant ce qui intéressait tellement sa future femme sur les Granger. La Astoria qu'il connaissait… qu'il avait connu… montrait à tout le monde son visage de Sang-Pur, c'est-à-dire qu'elle n'aurait jamais pris le parti de Moldu, surtout pas devant sa propre sœur. Et puis même… Cet intérêt… Presque personnel, sentimental. Comme si elle les connaissait. Drago avait appris à observer, à interpréter. Et ce qu'il analysait d'Astoria le laissait perplexe. Une personne pouvait donc tellement changer en si peu de temps, à cause d'un simple évanouissement… ?
Ou alors, peut-être était-ce parce qu'ils étaient les parents d'Hermione Granger. L'amie de l'Elue, celle que toutes les petites sorcières rêvent d'être plus grandes. Il se rappela toutes ces années où il l'avait haït, cette miss-je-sais-tout et ses cheveux indomptable, exactement comme elle. Cela lui semblait si loin, maintenant. Peut-être qu'Astoria avait une sorte d'admiration pour la fille des Granger, et qu'elle prenait le parti des Sang-de-Bourbe, désormais.
Néanmoins, il se cachait quelque chose de bizarre derrière tout cela, Drago en avait l'intime conviction. Il fallait qu'Astoria recouvre la mémoire. Sinon… Lui, Drago Malefoy, était en danger de mort.
Soudain, un frisson lui remonta lentement le bras, et il ferma brusquement la main. Ses ongles s'enfoncèrent dans sa peau, déchirèrent la chair, et une goutte de sang coula le long de sa paume pour atterrir sur le cuir du canapé. Avant que l'une des deux Greengrass qui se toisaient méchamment ne remarque qu'il saignait, il se leva et monta à l'étage. Elles le regardèrent sortir de la pièce avec étonnement.
- Drago… commença Astoria en voulant le suivre, mais Daphné lui lança une pique et il entendit sa fiancée répliquer.
Merci Daphné, au moins, elle ne le suivrait pas. Drago se tendit brutalement en sentant la vague de douleur arriver. Il ouvrit violemment la porte de son bureau avec une force qu'il ne possédait pas, et qui alerta sa mère, Narcissa. Il fouilla parmi les bouteilles qui se trouvaient sur un petit plateau, en renversant quelques une au passage, mais cela lui parut sans importance.
Enfin, il trouva ce qu'il cherchait. Il déboucha la potion, et voulut en renverser le contenu dans sa bouche. Sauf qu'il n'en restait qu'une goutte. Avec un cri de rage, Drago balança la fiole sur le mur. Le verre éclata en petits morceaux qui se répandirent sur le sol. Narcissa Malefoy se figea en voyant la scène lorsqu'elle entra dans le bureau. Son fils se tenait la tête entre les mains, les yeux fixés sur le sol où son sang coulait en petit filet de sa paume droite.
- Drago, que s'est-il passé ? Demanda la femme en s'approchant de lui.
Mais d'un regard froid, il l'arrêta.
- Je n'en ai plus, murmura-t-il, comme pour lui-même. Cependant Narcissa l'entendit. Une expression horrifiée prit place sur son visage d'ordinaire neutre.
- Il faut que vous partiez. Toi, Astoria et Daphné. Continua-t-il. Maintenant.
Le ton de sa voix était sans équivoque.
- Mais… Bredouilla tout de même sa mère en s'approchant un peu plus.
- MAINTENANT ! Hurla-t-il.
Narcissa devint blême, et recula précipitamment. Alors qu'elle allait sortir, Drago lui attrapa le bras.
- Et dis à Daphné de prendre ses affaires, je ne veux plus d'elle ici.
Avec sa voix rauque et puissante, Narcissa se demanda si c'était bien son fils qui venait de lui adresser la parole. Elle hocha de la tête à contrecœur, et descendit prévenir les filles.
Il entendit des paroles en bas, suivit d'un rire sarcastique de Daphné, mais n'en eu cure. Il ferma la porte blindée de son bureau. Quand un « clic » survint, il sut qu'il ne pourrait en sortir sans l'intervention d'une personne extérieure. Et cela lui allait bien. Malgré tout, il tenait à prendre ses précautions en éloignant sa famille. Sa mère trouverait bien un quelconque dîner où emmener Astoria, et Daphné, eh bien Daphné retournerait chez elle, et se serait tant mieux.
- Tu crois qu'une simple porte en acier pourra m'empêcher de sortir, petit crétin ? Ricana la voix.
Drago frissonna. Ça commençait. Et rien, absolument rien, ne pourrait l'arrêter.
Hermione fronça les sourcils lorsque Narcissa annonça à Daphné d'une voix tremblante qu'elle devait quitter le Manoir. Celle-ci lui lança un regard surpris, puis éclata de rire.
- Vraiment ? Est-ce Drago qui a demandé cela ?
Narcissa, profondément choquée par le comportement de son fils, hocha de la tête.
- Astoria et moi devons aussi quitter le Manoir pour ce soir, Daphné, alors ne vous vexez pas. Drago fait cela pour vous protéger. Nous ne sommes pas en sécurité, ici.
D'un geste de la baguette, Daphné ramena sa valise parfaitement rangée.
- Et bien venez donc à la maison pour cette nuit ! Je suis sûre que Mère sera ravie de te revoir, Astoria. Cela fait bien longtemps que tu ne lui as pas écrit.
- C'est une excellente idée, merci de votre proposition ! S'exclama Narcissa sans laisser le temps à Hermione de répondre.
Alors que celle-ci voulait monter – soi-disant pour faire son sac mais surtout pour comprendre ce qui arrivait à Drago – Narcissa l'arrêta.
- Je suis sûre que vous avez encore des affaires chez vous, n'est-ce pas ? Alors allons-y tout de suite.
- Mais j… commença Hermione, quand Daphné prit sa main et celle de Narcissa. Trop tard pour faire demi-tour, elles avaient transplané, et se trouvaient désormais devant un grand manoir.
- Le Manoir des Greengrass. Lui signala Astoria. Cette famille… Ma famille… n'est pas aussi prestigieuse que celle des Malefoy, mais elle est bien plus riche. C'est pour cela que Drago et moi devons-nous marier. Ma famille y cherche la célébrité, et la sienne veut couvrir ses dettes.
« Mais pourquoi ne pas avoir marié Daphné, plutôt ? Elle, elle a le même âge que Drago. Tu es plus jeune, n'est-ce pas ? »
- Daphné est déjà mariée, si tu veux savoir. Même si cela ne se voit pas. Et je peux te dire que j'ai eu de la chance en tombant sur Drago… Mon père voulait un garçon, et il n'a eu le droit qu'à deux filles. Il ne nous voit pas vraiment comme sa progéniture…
Une main apparut soudainement dans son champ de vision, puis le visage agacé de Daphné suivit.
- Astoria, je crois que nous t'attendons tous ! Dépêche-toi un peu, tu as l'air d'une sotte à rester planter ainsi dans l'allée !
Hermione se reprit et leva les yeux vers la porte d'entrée qui était ouverte, et où se tenait une femme aux cheveux grisonnants, un masque froid mais les mêmes yeux verts et chaleureux qu'Astoria. Narcissa alla l'embrasser, et Hermione s'avança elle aussi. La femme la prit dans ses bras puis lui embrassa les deux joues, avant de la regarder plus attentivement, un frêle sourire aux lèvres.
- Tu as changé Astoria, fit-elle remarquer. Mais où est donc ton fiancé ? (Elle jeta un regard inquiet dans le dos de sa fille.)
- Il est euh…
- Oh, Drago se sentait mal, et a insisté pour que nous y allions sans lui ! Répondit Narcissa d'un ton faussement enjoué, coupant ainsi la parole à sa belle-fille.
Mrs Greengrass hocha de la tête, et ne posa plus de question sur le fils des Malefoy. Elle les laissa pénétrer dans le Manoir. Hermione sentit peser sur elle le regard de Daphné, comme si elle s'attendait à une réaction. Mais la brune ne dit rien, se contentant de sourire quand Narcissa se mit à admirer la décoration d'un air émerveillé. Quelques fois, elle se demandait si la mère de Drago savait son secret, parce que la Narcissa qu'elle voyait là – papillonnante, tout sourire – était loin d'être celle dont elle avait eu l'aperçu au Manoir Malefoy. On aurait dit que Narcissa Malefoy voulait la protéger.
Mais de quoi ? De la famille d'Astoria, peut-être.
Daphné semblait elle aussi suspicieuse. Mais chaque doute qu'ils pouvaient avoir ne les mènerait à rien, Hermione le savait. Jamais ils ne penseraient que c'était possible de pouvoir changer de corps.
Ce qui leur est était arrivé, à Pansy, Astoria, et elle, était aussi mystérieux que les pouvoirs de sa mère. C'était impossible, et pourtant réalisable. Mais personne ne devait jamais l'apprendre.
- Ma chérie, apparemment, tu n'as pas eu le temps de prendre tes affaires. Si tu veux te changer pour aller voir ton Père, ta chambre t'attend en haut !
Hermione se tourna vers la mère d'Astoria. « Se changer ? Mais pour quoi faire ? Je suis déjà habillé pour dîner… » Seulement, vu le ton qu'avait pris Mrs Greengrass et ses yeux résolus, Hermione pivota des talons et monta les escaliers, tachant de ne pas montrer qu'elle ne connaissait absolument rien de ce manoir et de ce qu'il renfermait. « Astoria, si tu voulais bien m'aider… »
- Tourne à droite, c'est la deuxième porte.
Hermione obéit et se retrouva dans une grande pièce baignée par la clarté du soleil.
- Si je ne peux plus te répondre, Hermione, avant, tu dois savoir que ce que tu cherches se trouve dans la bibliothèque, au troisième étage. La porte est bloquée par un mécanisme magique, il faudra que tu tapes deux petits coups, puis un grand, et un petit. Ensuite, la porte s'ouvrira. Mais je ne pourrais pas t'aider… Murmura la voix fatiguée d'Astoria.
- Ne me laisse pas Astoria ! Pas maintenant ! Pas aujourd'hui quand j'ai besoin de toi ! S'exclama Hermione, sans tenir compte du fait qu'on pouvait l'entendre en bas.
Elle se fichait qu'on la prenne pour une folle. Astoria allait mourir si Pansy et elle ne trouvait pas un moyen d'inverser ce qui leur était arrivé. Hermione faisait le plus de recherche possible de son côté, mais elle n'avait toujours rien trouvé… Pas une seule piste n'avait pu la mener vers une simple hypothèse. Elle avait même cherché du côté de la magie noire, se souvenant de ce qu'Harry lui avait raconté à propos du professeur Quirell, et de Voldemort qui habitait autrefois en lui. Mais elle avait fini par conclure qu'il ne leur arrivait pas du tout la même chose qu'au célèbre mage noir. Elle n'avait pas sa propre tête derrière celle d'Astoria.
- Si j'avais le choix, je serais restée. Affirma celle-ci. Mais si je veux survivre dans ce corps encore un peu, il ne faut plus que j'agisse. Je vais… m'endormir, en quelque sorte. Et si je sens que tu es en danger, ne t'inquiète pas, je me réveillerais, même si je ne pense pas que je te servirais à grand-chose.
Hermione serra les dents, angoissée de devoir rester seule face à la famille des Greengrass. « Je n'y arriverai jamais » pensa-t-elle, plus pour elle-même que pour Astoria, car celle-ci c'était déjà endormie. Le soupçon d'espoir qui était restée en Hermione s'évapora quand Astoria ne répondit pas. Et si elle ne se réveillait jamais… ?
- Astoria ! S'exclama Daphné depuis les escaliers. Dépêche-toi, Père t'attend et tu sais à quel point il a horreur des personnes en retard !
Hermione se changea rapidement, espérant que ses goûts vestimentaires plairaient aux Greengrass, puis descendit rejoindre les autres. Ils étaient tous déjà assis autour d'une grande table de bois clair. Celui qui semblait être le Paternel, était un être paraissant sans pitié. Hermione l'avait tout de suite très bien imaginé avec un masque de Mangemort, donnant des ordres pour traquer les Sang-de-Bourbe « voleurs de magie », ou éliminer les moldus. Avec un seul regard pour ce personnage antipathique, elle avait su qu'elle le détestait déjà.
- Tu es en retard, lui signala-t-il d'une voix froide.
Tout chez cet homme lui semblait froid. Autant ses paroles que ses yeux pétrifiants. Il lui désigna d'un signe la place à sa droite, et elle hésita un instant, ce qu'il remarqua. Le regard qu'il lui lança l'incita à aller s'assoir. Autant ne pas se créer encore plus de problèmes. Ce qui la dérangea le plus lors du repas, c'est qu'elle s'attendait toujours à ce que Drago soit là pour lui lancer des piques et alléger l'atmosphère. C'était comme si… comme s'il lui manquait. Mais non, elle détestait Drago Malefoy. Pas autant qu'elle l'avait cru auparavant, certes. Mais elle le détestait quand même.
Daphné, Narcissa et Mrs Greengrass parlaient à voix basse, jetant tout de même quelques yeux inquiets au patriarche qui mangeait en silence. Un instant, Hermione crut entendre le mot « Moldu » mais elle chassa cette idée de sa tête, jusqu'à ce que Mr Greengrass donne un grand coup de poing dans la table, ce qui la fit sursauter. Aussitôt, tous se turent, attendant qu'il parle.
- Vous donnez bien trop d'importance à ces deux Moldus en parlant d'eux ainsi dans ma maison ! Ils ne méritent pas tant d'attention de votre part, ce n'était que deux créatures de race inférieure, égale aux Elfes de Maison ! Cessez tout de suite. Parlez donc de choses décentes, des choses de femme, au lieu de vous impliquez dans ces affaires qui ne vous concernent pas. (Il s'arrêta, avant de murmurer :) J'espère que ces deux insectes seulement bons à être écrasés ont bien souffert avant de mourir.
En entendant ses mots, le visage d'Hermione s'enflamma. Elle allait se jeter sur l'homme, quand une main la retint juste à temps. Comment osait-il… ? Comment osait-il traiter ses parents de « créatures de race inférieure » ?! D' « insectes seulement bons à être écrasés » ?! Tout tanguait autour de la jeune femme, comme si toute cette douleur qu'elle avait enfouie au fond d'elle remontait à la surface en un raz-de-marée, destinée à détruire ce qu'il restait d'elle.
Elle se leva brusquement, si brusquement que son assiette se brisa sur le sol. Elle ne cilla pas sous le regard curieux et rageur du père d'Astoria, elle le soutint au contraire. Narcissa se leva à son tour, prétextant que sa belle-fille devait avoir mal à la tête, mais Hermione se dégagea de sa main qui empoignait son bras. Elle aurait voulu cracher au visage de cet homme, mais se contenta de lui tourner le dos malgré les ordres qu'il lui lançait. Pensait-il lui faire peur ? Si c'était le cas, il se trompait lourdement sur son compte. Hermione Granger n'avait pas peur des tyrans. Elle les méprisait. Elle se rendit dans la chambre d'Astoria, et y ferma la porte à clef, en lançant quelques sortilèges pour être sûr que personne ne vienne la déranger.
Puis, enfin, elle se laissa couler. Sa vue se brouilla sous l'assaut des larmes, et elle se recroquevilla sur elle-même, émettant quelques hoquets de douleur qui soulevaient son corps.
Elle revoyait leur visage… Leur sourire, leur odeur. Tout en eux lui manquait. On lui avait enlevé une partie d'elle-même, une partie qu'elle ne retrouverait sans doute jamais. On lui avait enlevé sa source d'amour la plus fiable, infinie. Et partout où elle allait, elle pouvait les voir. Dans le soleil qui se levait, lorsque sa mère prenait son thé le matin, et lui ébouriffait gentiment les cheveux en riant. Dans le parfum de mente qu'exhalait son père, parce qu'il cachait toujours de ces bonbons dans sa poche, qu'il oubliait souvent de manger.
Ils étaient morts sans même savoir à qu'elle point elle les aimait, parce qu'elle leur avait retiré leur mémoire, pensant les sauver. En vérité, elle les avait tués. Et maintenant, Astoria allait sans doute elle aussi mourir par sa faute. Elle le savait, elle le sentait. Dès qu'Astoria prononçait un mot, elle ressentait sa faiblesse, son envie d'abandonner, de tout lâcher. Il ne lui restait plus que sa volonté qui lui permettait de vivre.
Elles étaient perdues, toutes les trois. Jamais elles ne pourraient rentrer dans leur corps. C'était une certitude qui la terrifiait, mais la rendait sereine en même temps. Elle savait que, qu'importe ce qu'il se passerait, elle finirait par dire la vérité un jour ou l'autre. Elle n'était pas le genre de personne qui aimait vivre dans le mensonge.
Un nouveau spasme la secoua, mais sa douleur s'apaisa, lui laissant un étrange vide dans le cœur.
Hermione Granger allait sans doute mourir, mais elle l'acceptait.
