Chapitre VII – Astoria Greengrass

Hermione fut agacée de n'apprendre que maintenant qu'un bal avait lieu le soir même. Elle aurait voulu quitter le manoir Greengrass le plus rapidement possible, comme elle l'avait expliqué à Malefoy, mais celui-ci l'avait convaincu de rester jusqu'à la fin du bal. Ensuite, elle pourrait rentrer si elle le souhaitait.

Mais là, Hermione regrettait sincèrement d'avoir accepté la proposition de Drago. Des couturières lui tournaient autour comme des mouches, en s'extasiant sur la délicatesse de la robe, ou sur sa beauté. Hermione n'avait jamais été très robe, la première fois où elle en avait porté une était le jour du bal du tournois des trois – plutôt quatre, cette fois-ci – sorciers. Et celle qu'elle avait portée n'avait rien de comparable avec… celle-là, pensa-t-elle en déglutissant.

Elle se demanda avec inquiétude comment elle ferait pour se déplacer avec autant de tissus autour d'elle. La jeune femme avait l'impression d'être un paquet emballé, et cela ne lui plaisait vraiment, vraiment pas. Son énervement fut à son comble quand un éclat de rire parvint à ses oreilles. Drago Malefoy avait choisi le plus mauvais moment pour apparaitre. D'un geste rageur, elle se tourna vers lui, et ce qui devait arriver arriva. La robe se déchira dans toute sa longueur, amplifiant le rire de Malefoy, et la colère d'Hermione.

Alors qu'elle allait lui cracher des insultes au visage, les couturières réapparurent et poussèrent de petits cris perçants en affichant des visages horrifiés. Elles se lamentèrent beaucoup avant que l'une d'entre ne parle à la jeune femme :

- C'était la seule robe de bal que nous aurions pu vous mettre, madame ! Comment allez-vous faire pour aller au bal, maintenant ?

- Je n'irais pas, tout simplement, dit Hermione d'un ton sec en se débarrassant de la robe bien trop encombrante, et en se rhabillant.

Elle sortit de la pièce malgré les protestions des autres femmes, mais fut malheureusement suivit par un Drago moqueur.

- Tu es obligée d'y aller, tu sais. Lui dit-il. Ce bal a été organisé pour nos fiançailles.

- Je n'ai pas de robe. Tu veux que j'y aille comment, en sous-vêtements, peut-être ? Contrattaqua-t-elle.

Au regard qu'il lui lança, elle sut qu'au contraire, cela lui plairait bien. Elle leva les yeux au ciel et s'arrêta pour lui faire face.

- Mère pourrait te prêter une robe, suggéra-t-il. Vous avez à peu près le même gabarit.

Elle grimaça, puis soupira.

- Très bien, mais j'établis comme condition qu'elle soit simple à porter, pas trop lourde, et sans artifice ! Ce qui inclut : pas de voile, de corset, de…

- C'est noté, la coupa-t-il en souriant, avant de la dépasser et de descendre les escaliers.

Quelques heures plus tard, il revint en compagnie de Narcissa, qui portait dans ses bras un vêtement caché sous du plastique, sans doute pour le protéger à la manière moldue. Elle adressa un éblouissant sourire à sa future belle-fille, et entreprit d'enlever la bâche qui recouvrait l'habit. Quand ce fut fait, Hermione resta sans voix.

Au contraire de la robe rose bouffante qu'on lui avait fait enfiler bien plus tôt, celle-ci était d'une beauté mais aussi d'une simplicité à couper le souffle. Des manches courtes, le tout en soie, un col en bordure argenté. Le bas de la robe était bien plus court que la dernière, elle lui arriverait largement en dessous des genoux. Hermione s'inquiéta cependant de la couleur noire : elle ressemblait souvent à un zombie, cela faisant ressortir son teint laiteux. Puis, elle se souvint qu'elle était dans le corps d'Astoria.

C'était peut-être absurde, mais cela lui fit comme si on venait de lui donner un coup de poing dans le ventre. Bien sûr, qu'elle était dans le corps d'Astoria. Elle y était depuis déjà trois semaines maintenant ! Et rien qu'une seconde, elle s'était crue Hermione Granger… Quelle idiote.

Drago fronça les sourcils en voyant la lueur joyeuse des yeux d'Astoria s'éteindre. On aurait dit que quelqu'un venait de souffler la bougie qui la faisait sourire. Astoria… De plus en plus mystérieuse et distante. Dans chacun de ses gestes, il avait l'impression de la connaitre. Et pourtant, elle avait tant changé.

- Je vais essayer la robe, vous me laissez seule ? Demanda-t-elle en prenant délicatement l'habit dans ses mains.

Tout le monde sortit de la pièce, bien que Drago décida de ne pas trop s'éloigner. Il n'était pas dupe sur les intentions du père de sa fiancée. Et bien que le jeune blond n'aimait pas plus que cela Astoria Greengrass, il se sentait le devoir de la protéger.

Hermione enfila la robe en prenant soin de ne pas l'abîmer, comme elle avait fait avec la dernière. Elle s'admira dans la glace avec une admiration non retenue : Astoria était vraiment belle. Même si quelques caractéristiques d'Hermione ressortaient sur le corps, cela n'enlevait rien à la grâce et à la prestance insufflée par l'anatomie de l'ancienne Serpentard. Puis, soudainement, une ombre voila le visage de la jeune femme. Ses yeux maintenant chocolat, mordorés de paillettes vertes et dorés, prirent une teinte sombre.

- Il faut que nous parlions, lâcha Hermione d'un ton abrupt. Maintenant.

Astoria ne tenta pas de se cacher. Elle savait qu'elle aurait à répondre de ses actes. Maintenant qu'Hermione avait compris, c'était trop tard pour empêcher que cette histoire ne l'éclabousse. La jeune Granger allait devoir elle aussi subir les malheurs de la Malédiction, parce qu'elle s'en était bien trop approché. Et pourtant, Astoria avait essayé de la prévenir…

- Je suis là. Je vais te raconter mon histoire. Mais, je veux d'abord te demander une faveur. Ne me juge pas. S'il te plait. Mes mots ne seront jamais assez forts pour que tu puisses comprendre ce que j'ai pu traverser, Hermione.

L'expression féroce de la rouge et or s'évanouit.

- Je ne te jugerais pas. Je te le promets.

Astoria Greengrass soupira.

« Tout s'est déroulé lors de ma sixième année. Tu n'étais pas là, tu étais bien trop occupé à sauver le monde, pendant que mes parents, eux, organisaient déjà mon futur mariage avec Drago Malefoy, individu que je n'avais aperçu que quelques fois dans la Salle Commune de notre maison, mais sans plus.

Poudlard grouillait de Mangemorts. Les murs suintaient de magie noire. Ils nous forçaient à nous entrainer sur des premières années en cours, ils nous divisaient pour mieux régner, gardant avec eux les plus mauvais. J'avais déjà des remords auparavant lorsque je transformais une souris en théière, inutile de te dire que je refusais – intérieurement – chaque exercice sur les élèves, mais je n'avais jamais la force de me soulever contre ces pratiques barbares comme le faisaient les Gryffondor. Quelque part, je les enviais.

Puis un jour, toute une flopée de nouveaux est arrivée. Personne ne savait d'où ils venaient, et personne n'avait osé leur demander, pas avec leur visage menaçant, et leur aura dangereuse de prédateurs. Une rumeur circulait, on murmurait que c'était des Mangemorts, ou du moins des fidèles de Tu-Sais-Qui, qui devaient infiltrer l'école et éliminer les cibles. Une vague de peur s'était répandue parmi les élèves.

J'appris rapidement par mon père que c'étaient des Loup-Garou ayant rejoint le Lord, et qu'ils avaient effectivement comme mission de nous infiltrer. Il m'intima l'ordre de ne pas m'en approcher.

Il y avait parmi eux quelqu'un qu'on ne pouvait que remarquer. Au début, il ne distinguait pas vraiment des autres. Il était chez les Serdaigle, intelligent, donc. Il était de ceux qui ont sourire franc, et toujours une blague à dégainer quand l'atmosphère est trop lourde.

Je l'ai croisé plusieurs fois dans la bibliothèque, lieu où je me rendais souvent. Puis un jour, ce fut inévitable, nous nous adressâmes la parole. De là vint une forte amitié. Et je commençais à ressentir des sentiments pour lui. Si tu savais maintenant à quel point je me sens coupable… Lui ne m'aimait pas encore comme je l'aimais, si je m'étais écartée, si j'avais établis une barrière entre nous, alors rien de tout ça ne serait arrivé. Mais j'étais jeune, et amoureuse.

Quelques semaines plus tard, il me demanda d'être sa petite amie. J'acceptais. Mais avant même de recevoir mon premier baiser, un… accident arriva. Je montais la tour d'astronomie pour me rendre en cours, quand une force puissante me poussa à monter plus haut. La curiosité, sans doute. Je me retrouvais donc en hauteur, le vent souffla, et je tombais.

On me transporta à l'infirmerie. Je faillis mourir, ce jour-là. J'étais tombée sur le dos, mais heureusement, un taillis se trouvait là et avait amorti tant bien que mal ma chute. Mon père arriva, et quand il vit celui que j'aimais à mon chevet, il fut pris d'une colère noire. C'est là que Luke apprit mon nom de famille.

Depuis ce jour, il m'évitait, et dès que je me retrouvais en sa présence, m'ignorait ou pire, lorsque je croisais ses yeux, je pouvais y lire une pointe de dégout et de mépris. Je n'avais jamais compris son attitude, et j'avais fini par m'y faire. Puis, je tombais – tout comme toi – par hasard sur le passage secret de la bibliothèque de mon manoir, et put y « lire » la Malédiction. A partir de là, tout fut clair.

Lui et moi ne formeraient jamais de nous. »

Astoria s'arrêta un instant, la voix étranglée par l'émotion. Puis, elle reprit.

- Dans la Malédiction, il y a un schéma type, avec les trois personnages principaux. Ces trois personnages sont : le Timberwolf, la Greengrass, et celui ou celle qui aura pour but de les détruire – peut-être inconsciemment, mais c'est ainsi. La Malédiction est une histoire qui doit sans cesse se répéter, même si nous apprenons de nos erreurs. L'amour ne se contrôle pas. C'est ce que j'appris quand je revis Luke Timberwolf, trois ans plus tard.

« Lorsque son regard croisa le mien, je redevins l'adolescente de seize ans folle amoureuse. Qu'importait cette Malédiction. Tant qu'il était avec moi, le reste ne comptait pas. Je pouvais mourir demain que cela ne m'aurait pas dérangé si on m'avait proposé rien qu'un effleurement de sa part. Cela peut sembler incongru, mais c'était vrai.

Je crois qu'il a tenté de résister à cette attraction commune. Il ne voulait pas que je meure – il ne voulait pas mourir non plus. Mais le Destin faisait en sorte de nous rejoindre. »

- Je crois que c'est tout ce que j'ai à te raconter.

Hermione se mordilla une lèvre. Non – Non. Il manquait quelque chose. Ça ne collait pas. Elle avait tellement de questions… Elle n'arrivait pas à croire qu'Astoria lui cachait encore des choses !

Et puis, ce Luke Timberwolf. Timberwolf comme le nom de famille de sa « tante ». Ses yeux s'écarquillèrent quand elle comprit.

- Par Merlin. Astoria ! Ce Luke, c'est m…

Soudain, on frappa à la porte.

- Tu as fini les essayages Greengrass ? Ou tu veux qu'on te laisse encore trois siècles pour t'habiller ? Demanda la voix railleuse de Drago Malefoy, un peu étouffée par le battant en bois.

- Je suis prête, répondit la jeune femme en remettant en place le tissu froissé d'une main distraite.

Les deux Malefoy entrèrent suivis de toutes les couturières qui tournaient autour d'Hermione telles des abeilles. Drago lui lança un regard qui exprimait presque le désarroi, ce qui figea Hermione. L'avait-il entendu parler … ? Depuis combien de temps était-il derrière cette porte ? Mais quand le regard de Malefoy glissa vers la robe, Hermione en soupira presque de soulagement. Il était juste impressionné par l'habit, voilà tout.

- Merci beaucoup Narcissa de me prêter cette robe. Elle est magnifique !

- C'est normal.

Une heure plus tard, Hermione avait retiré la robe, mais des coiffeurs étaient arrivés pour la torturer, ne cillant même pas lorsqu'elle poussait un cri de douleur. En grinçant des dents, la jeune femme se demanda si les Sang-Pur n'étaient tout simplement pas des Robots. Cela semblait logique, après tout. Aucun sentiment. Juste la domination, et leurs idéaux stupides et hors d'âge.

Quand ils eurent finis, Hermione eut le droit de se regarder dans le miroir. Elle y découvrit le visage d'Astoria parfaitement mis en valeur. Ils avaient même réussis à faire ressortir les paillettes vertes de ses yeux, qui avaient pourtant presque disparut pour laisser place au chocolat d'Hermione. Dans ces prunelles, Hermione ne pouvait désormais plus lire qu'une infinie tristesse, une mélancolie impossible à combler. Ce n'étaient pas que ses yeux ce n'étaient pas que ceux d'Astoria. C'était les leurs.

Une mèche rebelle se détacha du lot et vint encadrer le visage ovale et de porcelaine de la jeune femme. Il restait encore une heure avant le début du bal. Une heure, et elle serait livrée en pâture aux Sang-Purs. Une heure où, plus que tout, elle devrait se faire passer pour Astoria Greengrass, femme timide et discrète, qui préférait rester dans l'ombre de son fiancé en acceptant son destin plutôt que de se montrer dans la lumière.

Soudain, un tapotement la fit sursauter. Elle se leva précipitamment en voyant un vieux hibou rapiécé frapper de son bec la vitre. Elle ouvrit la fenêtre, les mains tremblantes, et s'empara de l'enveloppe.

« Hermione Granger »

Cette lettre lui était adressée. A elle, Hermione Granger, pas à Astoria Greengrass. Ce devait être Pansy. Avec empressement, elle détacha le sceau et ouvrit la lettre.

« Tu n'es pas seule. - P »

Avec étonnement, Hermione reposa le papier sur la table. La porte s'ouvrit derrière elle, et elle cacha la lettre dans son dos en se retournant vers le venu. Elle s'attendait à Drago, ou même à Narcissa. Ce ne furent pas eux, pourtant, mais Ana Greengrass.

- Tu es splendide ma chérie, dit-elle d'une voix douceâtre. Je n'arrive pas à croire que ton mariage arrive bientôt. Tu es si jeune pourtant !

Son sourire se tordit en une grimace, elle reprit tout de même contenance en regardant le cadran de sa montre magique.

- C'est étrange. Ton fiancé devrait être déjà arrivé !

- Je peux aller l'attendre en bas, lui proposa Hermione.

Elle hocha de la tête, l'aida à mettre la robe, puis elles descendirent sans un mot. Ana Greengrass prétexta un imprévu pour s'échapper, quand soudain la porte d'entrée s'ouvrit en trombe, dévoilant un Drago essoufflé, et loin d'être prêt pour le bas. Hermione s'approcha de lui, et quand il la remarqua ses yeux orageux s'éclairèrent.

- Astoria, souffla-t-il. Tu… (Il allait dire quelque chose mais son expression se troubla quand il vit enfin la jeune femme dans son ensemble. Cependant, il se reprit et continua :) Tu t'intéresses à l'affaire des Granger, n'est-ce pas ?

L'ancienne Gryffondor, la respiration coupée à l'évocation du nom de ses parents, ne put que bouger légèrement la tête. Le blond passa machinalement une main dans ses cheveux, nerveux.

- On a retrouvé leur meurtrier. Mort. Un suicide, apparemment. Tout correspond… La seule chose qu'on ne connait pas est son mobile.

La jeune femme se sentit défaillir. Elle tanguait mais Malefoy l'attrapa par le bras pour la stabiliser.

- Et… qui est-ce ?

Sa voix vibrait d'émotions, entrecoupé par ses tremblements.

- Je suis désolé… Je ne peux pas te le dire. Son identité doit rester secrète jusqu'à ce que nous soyons sûrs à cent pour cent.

Il lut la déception et la colère dans les yeux de sa fiancée, mais se tut. Astoria avait bien plus qu'un simple intérêt pour cette famille. Il en était désormais persuadé.

- Je vais aller me changer, dit-il enfin après quelques minutes de silence où chacun avait été plongé dans ses propres réflexions.

Quand il eut disparut, Hermione se laissa tomber sur le fauteuil le plus proche, bouleversée. Elle ne se sentait pas vengée, la blessure qu'elle possédait en elle ne s'était pas refermée. Le meurtrier était peut-être mort, mais cela ne changeait rien au fait que ses parents l'étaient aussi. Et rien, absolument rien, ne pourrait les ramener.

Hermione fondit en sanglot. Elle avait réussi pendant des jours à oublier sa peine, et voilà que celle-ci revenait à la charge. Se souvenant dans un sursaut qu'elle était maquillée et que tout le monde pourrait alors voir qu'elle avait pleuré, elle s'empressa d'interrompre ses larmes et s'essuya les joues avec maladresse. Vérifiant dans un miroir qu'aucune trace ne la trahirait, elle attendit Drago avec lassitude.

Quand enfin il arriva, il lui lança un regard indéfinissable. Il avait revêtu son plus cher costume, et Hermione ne put s'empêcher de songer à quel point il était beau. Elle ferait sans doute tâche, à côté. Il lui prit le bras, puis l'entraina vers la salle de bal où résonnaient déjà les rires des convives, ainsi qu'une douce musique. Les portes s'ouvrirent, dévoilant le couple aux restes des invités.

Bienvenue en Enfer, Hermione.