Chapitre IX – Un secret pour un secret.

- Hermione.

Elle étouffait, elle mourrait, elle le sentait. La peur l'asphyxiait, la paralysait littéralement. Que se passait-il ? Ou était-elle ?

- Hermione !

Hermione ouvrit brusquement les yeux mais les referma aussitôt quand une lumière aveuglante lui brula la rétine. Elle osa tout de même réessayer, et s'aperçut qu'en vérité, la source lumineuse n'était pas si forte que cela.

- Astoria ? Où suis-je ? Murmura-t-elle.

Sa voix était rauque, elle avait la gorge sèche et la langue pâteuse. La jeune femme inspecta la pièce mais n'eut pas besoin de la réponse d'Astoria pour savoir où elle se trouvait le Manoir Malefoy. Elle n'avait jamais été dans cette pièce, mais elle reconnaissait bien là le style propre au Manoir.

Alors qu'elle voulut se lever, elle se rendit compte de quelque chose : ses mains étaient liées entre elles derrière son dos, et ses pieds l'étaient tout autant. Impossible donc de se mettre debout. De plus, c'étaient des cordes magiques… Incassables.

- Astoria ? Vous êtes réveillée ?

Hermione se tourna vers la voix, et le visage effrayé de Narcissa Malefoy lui apparut dans l'ombre. Celle-ci était attachée tout autant qu'elle, mais elle réussit à se glisser tout de même vers sa belle-fille.

- N-Narcissa ? Vous aussi ?

La femme hocha de la tête. Hermione remarqua alors qu'elle avait les larmes aux yeux, qu'une étrange marque bleue barrait le dessous de son œil, comme si on l'avait frappé.

- Il va bientôt revenir… Il faut que nous trouvions un moyen de nous échapper, dit-elle d'une voix convaincue quoique tremblotante.

- Qui ? Qui va revenir, Narcissa ?

- Je… (La mère de Drago laissa échapper une larme.) Tout est de ma faute. Je ne sais pourquoi il vous a impliqué, mais… il faut que nous partions.

La porte s'ouvrit brusquement faisant sursauter Hermione.

- Partir ? Ricana la voix de l'inconnu. Mais non, pas tout de suite enfin ! J'attends le petit Drago, je suis sûr que cela l'enchantera de voir cette scène !

- Ne le mêle pas à ça Ryan, persifla Narcissa en se débattant. Il n'a rien fait. Il n'est pas responsable. C'est moi la responsable. Ne leur fait pas de mal !

- Bien sûr que tu es la responsable, pauvre idiote ! Cracha l'homme. Mais tu crois que tu vas m'avoir avec ton petit discours ? Il va payer pour ce que tu m'as fait.

Hermione, ne comprenant rien à la conversion, le détailla des yeux. Les cheveux blonds clairs avaient été remplacés par du noir corbeau, leur couleur naturelle. Cela faisait encore plus ressortir ses prunelles grises. Une rage sourde emplie Hermione. Mais ce n'était pas la sienne. C'était celle d'Astoria. « Tu savais tout. Tout, Astoria. Tu ne m'as rien dit. Pourquoi ? » Pensa-t-elle.

- J'ai essayé de te prévenir. Hermione, tu… Tu ne sais pas… C'est trop tard maintenant.

Hermione remarqua trop tard que « Ryan » avait les yeux fixés sur elle dans un regard meurtrier. Elle se tassa contre le mur alors qu'il s'approchait brutalement d'elle.

- Qu'est-ce que tu fais, sang-de-bourbe ? Je sens le Fluide. Si tu essayes de te libérer…

La jeune femme tremblait de toutes les parcelles de son corps. « Sang-de-bourbe »… L'homme esquissa un sourire mauvais.

- Oui, Hermione Granger, je sais qui tu es.

Toute couleur quitta le visage de l'ancienne Gryffondor. Elle n'osa pas se tourner vers Narcissa, de peur de voir son expression stupéfaite. Il savait. Alors c'était lui… Lui qui les avait fait changer de corps. C'était étrange, elle connaissait enfin son identité mais… elle avait tellement de questions qui restaient sans réponse c'était comme avoir un puzzle à construire, elle avait toutes les pièces, mais elle n'arrivait pas à les assembler…

- On ne réagit pas ? Oh, c'est vrai, j'avais oublié ! Narcissa ne savait pas, n'est-ce pas ? Tu ne l'as pas dit à Drago non plus, bien entendu. Il t'aurait déjà tué. Il te déteste. Il te détestera bien plus en apprenant. J'adore détruire les familles !

- Mes parents… C'était vous ?! Vous les avez tués ?!

Il lui adressa un petit sourire amusé.

- J'aurais aimé. Mais j'ai laissé quelqu'un s'en charger à ma place. Ta mère, cette Cracmolle, elle devait mourir. Bientôt ce sera ton tour, ne t'inquiète pas. Cependant… pas tout de suite. J'ai besoin de toi. Tu possèdes quelque chose qui m'appartient. (Il s'arrêta un instant et soupira :) Bien, je vois que Drago n'a pas l'intention de venir, pourtant, je lui avais laissé un message ! Tant pis, je vais commencer sans lui…

L'homme sortit une baguette, l'air déçu. Il s'écarta d'Hermione qui tremblait toujours, mais de fureur.

- Pourquoi ? Pourquoi Astoria ? Pourquoi moi ? S'écria-t-elle.

- Astoria ? Oh, eh bien, elle empoisonnait mon frère avec ses idées idiotes. Et puis, elle était une Greengrass. C'était le destin.

Il haussa des épaules. Puis, avant qu'Hermione ne puisse réagir, la rage d'Astoria implosa dans son esprit.


Drago cherchait Astoria depuis une bonne demi-heure déjà. Il l'avait entrainé sur la piste de danse puis… trou noir. Tout ce dont il se souvenait était qu'elle était partie en courant sans qu'il ne puisse la retenir. Depuis, il fouillait la pièce des yeux sans la trouver. Sa mère avait elle aussi disparue, et cela l'inquiétait.

Où étaient-elles bien passées ?

Soudain, une tornade rousse fonça sur lui. Il reconnut tout de suite Ginny Weasley et son expression furibonde, suivie par Hermione Granger. Celle-ci – il devait l'avouer – avait bien changé. Au revoir, les cheveux emmêlés… Même son visage semblait arborer des traits nouveaux. Comme si elle n'était plus elle-même. Elle resta discrètement en arrière quand Ginny l'aborda.

- Malefoy ! Aboya-t-elle.

Le jeune homme, agacé, leva les yeux au ciel.

- Weasley. Que me vaut cet honneur ?

Comme s'il avait le temps de parler à cette traître à son sang ! Il avait des gens à trouver, lui ! De plus… Que faisait-elle au bal ?

- Est-ce que tu saurais, par hasard, où serait Herm… Astoria ? Demanda-t-elle en croisant les bras sur sa poitrine et en le toisant de ses pupilles vertes.

Tiens donc ! Alors comme ça, Astoria avait, en plus de la sang-de-bourbe, Weasley en amie… Drago tiqua. Sa fiancée ne lui avait jamais parlé de ses relations…

- Non. Je la cherche, justement, répondit-il d'un ton sec. Au déplaisir de t'avoir croisé, Weasley. J'espère qu'on ne se reverra pas.

L'autre devint rouge en entendant ces mots, mais l'attrapa par le bras alors qu'il partait.

- Ne lui fais pas de mal. Ou ce n'est pas qu'à moi dont tu auras à faire, Malefoy.

Il se dégagea vivement. Elle croyait lui faire peur ? Lui ? Il ricana intérieurement. Il en avait traversé des choses. Un père violent. Ensuite, c'était Voldemort. Et cette peur permanente de mourir. Cette angoisse qui lui avait fait vivre un enfer. Derrière Weasley, Granger lui lança un regard étrange, et rien qu'un instant, il crut le reconnaitre. Il cligna des yeux, elles avaient disparues.

Astoria n'était pas dans la salle de bal, alors elle devait être dans sa chambre, voilà ce qu'il en conclut après quelques temps de réflexions. Il quitta la réception et monta les escaliers. La porte de la chambre était entrouverte. Le jeune homme s'y glissa, sûr d'y trouver sa future femme, mais rien. Elle était vide.

Il allait sortir de la chambre, quand un courant d'air frais passa sur son visage. La fenêtre était ouverte, il ne l'avait même pas remarqué. Les rideaux volaient autour comme des fantômes. Il s'avança dans la chambre obscure, seulement éclairée par quelques rayons de lune. La pleine lune, se souvint-il. Il ferma l'ouverture rapidement, et c'est avec horreur qu'il découvrit le message, écrit avec du sang à même la vitre. « Manoir Malefoy. Elles sont toutes les deux là-bas. L'une d'entre elles va mourir. »

Le sang de Drago ne fit qu'un tour. Il se concentra sur l'image du manoir et transplana.


Oui, Astoria explosa littéralement. Elle réussit à briser les liens et se jeta sur Ryan.

- Je te hais ! Si tu savais ! Tu croyais que j'étais morte ? Eh bien regarde-moi, je suis bien vivante, et je te jure que je ne te laisserais pas l'avoir. Jamais, jamais tu m'entends ?! Je mourrais s'il le faut !

Ryan, surpris par l'attaque, se redressa brusquement et plaqua la jeune femme contre le mur, la tenant par le cou sans appuyer pour autant. Il n'était plus si calme que cela, maintenant. D'une main, il sortit sa baguette et la plaça contre la joue d'Astoria. Aussitôt, Hermione sentit comme la pointe d'un couteau déchirer la chair. Elle poussa un long cri de douleur. Les larmes coulèrent sur ses joues, dévalant la blessure, ce qui lui arracha d'autres cris.

- Alors comme ça, tu vis encore ? Je vais remédier à ce problème.

Hermione se débattit du mieux qu'elle put, mais rien ne put le faire lâcher. Le ton de sa voix évoquait une telle colère que même Narcissa s'était réfugiée dans le coin, observant la scène sans ne pouvoir rien faire.

La jeune femme s'attendit à ce qu'il la torture, à ce qu'il la brise, puis la tue. Mais non. Il souffla juste sur son visage. Puis un affreux rictus vint remplacer son air furieux, et il laissa tomber la Gryffondor qui s'écroula sur le sol. Une abominable douleur lui clouait la tête. Elle se sentait… vide. Oui, vide était le mot.

- Astoria… ? murmura-t-elle.

Un dernier espoir subsistait. Astoria ne pouvait pas mourir. C'était impossible. Mais aucune réponse ne survint.

- Astoria, je t'en supplie, réponds-moi… Tu avais raison, tu avais raison, j'aurais dû t'écouter. Je suis désolée… Réponds-moi !

Elle éclata en sanglot, mais Astoria ne répondit pas. Elle se recroquevilla sur elle-même et ne cessa d'appeler son amie, sans se soucier de la quantité impressionnante de sang qui coulait sur sa joue. A travers sa vision brouillée, elle vit Ryan s'avancer vers Narcissa, et pointer sa baguette sur elle.

- Adieu, Mère. Souffla-t-il. Avada Kedav…

- Stupéfix !

Ryan évita le jet lumineux juste à temps, puis se tourna vers celui qui lui avait jeté un sortilège. Drago.

- On se reverra. Je reviendrais. Et je prendrais ce qui m'appartient.

Il jeta un long regard à Hermione puis transplana.

Drago se précipita vers sa mère, baissant sa baguette, mais celle-ci l'arrêta du regard et lui désigna le corps secoué de tremblements d'Astoria. Celle-ci murmurait une longue litanie qu'il n'arrivait pas à entendre clairement, même en s'approchant. Il remarqua avec effroi alors que l'individu qui avait tenté de tuer sa mère avait défiguré sa future femme, et que celle-ci saignait abondamment.

- Astoria, lève-toi, il faut que l'on aille à St-Mangouste.

- Non ! S'écria la jeune femme. Non, elle n'est pas morte. Ce n'est pas possible, non. Pourquoi tout le monde meurt ? J… J'en ai assez…

Drago pensa qu'elle devait parler de sa mère. Qu'elle devait croire que celle-ci était morte. Il la souleva dans ses bras et tenta de la mettre debout mais elle se débattit et retomba sur le sol.

- Laissez-moi tranquille ! Je n'ai jamais rien demandé. Je voulais juste… vivre une vie normale. Le repos, après la guerre, c'est ce que l'on m'avait promis.

Il ne comprenait absolument rien à ce qu'elle disait mais il lui prit la main et transplana à St Mangouste.


Cela faisait déjà deux jours qu'Hermione Granger était internée. Pansy et Ginny étaient venues la voir, mais elles n'avaient pas réussi à lui arracher le moindre mot. Elle fixait le mur d'un regard vague. Elle ne mangeait qu'à peine. Ses yeux étaient cernés de poches noires aux reflets violets, ses joues creusées, et, sur l'une d'entre elles, elle arborait une cicatrice de la longueur d'un doigt, si profonde que les Médicomages n'avaient pu l'effacer, même avec l'aide de la magie.

C'est dans cet état que Narcissa Malefoy la trouva lorsqu'elle entra dans la chambre d'hôpital.

- Hermione, n'est-ce pas ? Dit-elle en s'approchant de la jeune femme.

Celle-ci bougea enfin ses pupilles qui vinrent se poser sur Narcissa.

- Vous… Vous ne m'en voulez pas ?

Cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait pas ouvert la bouche, et sa langue était aussi lourde que du plomb.

- De quoi ? Ryan… Ryan est mon fils. Je sais qu'il est capable des pires horreurs et que ce n'est pas de votre faute si vous êtes tombés dans son viseur.

Hermione écarquilla des yeux.

- Votre fils…

- Ce sera notre secret, d'accord, Hermione ? Drago ne le sait pas, Lucius non plus. C'est une affaire que ma famille a écarté bien vite… Je peux vous raconter, si vous voulez.

La jeune femme hocha de la tête, et Narcissa s'assit sur un fauteuil.

- Tout a commencé deux ans avant mon mariage avec Lucius, trois ans avant la naissance de Drago donc. J'étais jeune, je venais de quitter Poudlard, et on m'annonçait que j'allais me fiancer. Ma sœur, Andromeda, avait réussi à quitter notre cage de Sang-Pur en s'enfuyant avec un Né-Moldu, Ted, si je me souviens bien, qu'elle aimait. Je l'admirais. Elle avait cette force, ce courage que moi, je n'avais pas. Puis, un jour, je rencontrais quelqu'un. Je tombais amoureuse, et ensuite vinrent les complications. (Elle prit une pause et planta ses yeux dans ceux d'Hermione.) Ce n'est pas bon d'aimer un loup solitaire. Il finit toujours pas s'enfuir. C'est ce que j'ai fini par comprendre, mais bien trop tard, malheureusement. J'étais enceinte, et seule. Andromeda a alors pris la décision de me venir en aide. Ma famille a accepté qu'elle prenne l'enfant avec elle quand il naîtrait. J'ai eu le temps de l'appeler Ryan, de voir son petit visage… (Des larmes perlèrent dans ses yeux.) Puis il est devenu mon neveu, Ryan Tonks, quand ma sœur l'adopta.

« Ryan a grandi sans savoir qui était sa véritable mère, bien qu'Andromeda l'aimait comme son fils. Il était différent, cependant. De son père, il avait hérité une caractéristique bien spécifique… C'était un loup-garou. Un accès de rage le prit un jour et il quitta la maison.

« Je ne connais pas la suite. Je sais juste que Ryan a fini par apprendre que son enfance n'avait été qu'un mensonge et que sa propre mère l'avait abandonné. Il me déteste autant qu'il hait Drago. Il pense que celui-ci lui a volé la place qui lui revient de droit.

« Je le comprends. C'est moi qui ai fait de lui un monstre. Je comprends qu'il me haïsse à ce point… Mais je ne laisserais pas d'autres personnes subir ces tortures à ma place.

Hermione avait écouté patiemment l'histoire de Narcissa. Elle compatissait. Cette femme avait dû abandonner son bébé mais avait continué à avancer. La brune ne se doutait pas qu'être un Sang-Pur était aussi compliqué. Elle-même n'en avait vu qu'un aperçu, à travers le corps d'Astoria.

- Acceptes-tu de garder ce secret ? Et je garderais le tien. Un secret pour un secret.

L'ancienne Gryffondor esquissa un petit sourire triste.

- J'accepte.

La porte s'ouvrit alors soudainement.

- Hermione ! Tu as l'air d'aller mieux ! S'écria Ginny. Puis, elle se rendit compte de son erreur en voyant Narcissa Malefoy assise sur le fauteuil, qui la toisait de ses yeux gris. Elle blêmit brusquement.

- Je… Je…

- Ne t'inquiète pas, Ginny. Elle sait. La rassura Hermione, bien que son propre visage eut pris une teinte plus sombre.

- Je vais vous laisser, dit alors Narcissa en se levant. Nous nous revoyons bientôt, Astoria.

Hermione acquiesça et regarda la mère de Drago fermer la porte derrière elle en partant. Ensuite, elle se tourna vers Ginny qui se tordait les mains en grimaçant.

- Tu sais, je commence à comprendre pourquoi Astoria n'a rien voulu me dire. Je sais maintenant ce qu'il y a au bout du chemin. Alors, je te prie de m'excuser pour ce que je vais faire. Mais d'autres personnes n'ont pas besoin d'être impliquée. Je compte régler ça, même si je dois moi aussi en mourir. J'espère que tu comprendras, et que me pardonneras à ton tour.

Ginny écarquilla des yeux.

- Qu'est-ce que tu veux dire par là ? Herm…

- Oubliette, la coupa son amie en pointant sa baguette, qu'elle avait discrètement pris sur sa table de chevet, sur la rousse.

Elle observa alors le regard vert de son amie se vider de tous souvenirs la concernant, un léger voile humide recouvrant ses yeux. Elle venait de perdre une alliée précieuse et sa plus grande amie. Mais c'était la meilleure chose à faire, elle le savait. Parce que la fin était proche.