Chapitre XII - Greyisback

Hermione enfouit sa tête dans l'oreiller. Elle voulait hurler. Oui, encore. Elle avait l'impression que c'était la seule chose qu'elle savait faire, ces derniers temps. Se morfondre. S'enfoncer dans les ténèbres de sa vie.

Qu'était-elle, désormais ? Qui était-elle ? A vrai dire, elle ne savait plus. Le mieux aurait été que le Carnet lui dévoile ses secrets, mais, bien entendu, il restait vide. Que des pages blanches qu'Hermione feuilletait avec l'espoir de découvrir une quelconque phrase, rien qu'un mot.

Elle se blottit sous les couvertures, se débattit un long moment contre le sommeil puis finit par s'endormir, ce qu'elle redoutait plus que tout. Car les cauchemars l'assaillaient désormais sans cesse, ne lui laissant plus un instant de répit.

Elle se retrouva dans une pièce. Hermione connaissait cette pièce – bien que quelques détails avaient changé – oui, en prenant la place d'Astoria elle avait tenté d'enfouir sa peur, mais voilà que les souvenirs remontaient à la surface, qu'elle pouvait même entendre les cris de douleurs et de frayeur qu'elle poussait quand Bellatrix Lestrange se penchait sur son bras pour lui inscrire sa marque…

Elle entendit un grincement, et se retourna brusquement vers la personne présente avec elle. Son cœur rata un battement quand elle découvrit Drago Malefoy.

- Malefoy ? Demanda-t-elle, mais les yeux vides du jeune homme quand il dépassa le pan de la porte lui fit comprendre que déjà, il regrettait ce qu'il allait faire…

- Malefoy, insista Hermione en s'approchant de lui. La porte formait entre eux une distance que la jeune femme trouva insurmontable surtout quand il la ferma sous ses yeux.

- Drago ! cria la brune en tambourinant sur la porte, mais derrière le blond était imperturbable, et elle entendit ses pas s'éloigner. Un ricanement bien connu retentit derrière elle, et elle frissonna. « Non, non… Ce n'est qu'un rêve. »

Une main lui empoigna brusquement les cheveux, si fort qu'elle poussa un cri de douleur. Elle se retrouva nez-à-nez avec celle qui avait régner sur ses cauchemars pendant de nombreuses nuits… Bellatrix. La rouge-et-or se dégagea brusquement, frappant la femme dans les côtes, et se rua sur la porte, la tapant de ses poings. Mais c'était inutile, alors Hermione fouilla dans ses poches à la recherche de sa baguette puis abandonna, ne trouvant rien. Le sentiment d'être sans défense revint, si vite qu'elle en fut submergé. Elle essaya de se calmer, et de réfléchir à une solution.

« Ce n'est qu'un rêve, il faut juste que je me réveille… » Mais, si ce n'était qu'un rêve, pourquoi tout cela avait-il l'air si clair ? Si réel ? Oui, la douleur n'avait rien d'imaginaire, elle le savait. Hermione posa les yeux sur Bellatrix qui grimaçait par terre – elle avait vraiment frappé fort – puis avisa les grandes fenêtres. Elle courut vers elles, essaya d'en ouvrir une – en vain – quand elle sentit qu'on lui enfonçait un bâton dans la gorge.

- Tu vas souffrir, siffla une voix à ses oreilles. Endoloris !

Hermione hurla.

Quand elle se réveilla, elle tremblait de tous ses membres. C'était étrange, mais malgré tout, elle sentit soudainement rassurée. C'est alors qu'elle remarqua qu'un bras entourait sa taille, et qu'un souffle lui caressait la nuque. La respiration lente et régulière d'une personne endormie se fit alors entendre. La jeune femme se tourna prudemment et découvrit le visage de Drago.

Ce n'était pas le même que celui du rêve, comprit-elle. Il avait changé. Elle rougit quand il enserra bien plus sa taille, mais, contrairement à ce qu'elle aurait fait auparavant, elle ne le repoussa pas.

Hermione s'assoupie dans les bras du jeune homme et lorsqu'elle ouvrit les yeux, deux heures plus tard, le blond avait disparu.

Drago Malefoy, assis dans le salon, tournait rapidement les pages de la Gazette du Sorcier. Il était énervé. Agacé. Il posa le journal d'un coup sec, et se leva brusquement. Un horrible mal de crâne le tenait. Il oubliait la moitié des choses qu'il faisait, ces derniers temps. Il ne se souvenait plus d'avoir quitté l'hôpital en compagnie d'Astoria. Le jeune homme s'était réveillé en l'entendant hurler son nom, et s'était précipité dans sa chambre pour la voir se débattre avec ses propres draps.

Il n'avait toujours pas compris le besoin qu'il avait eu de la protéger… de la serrer contre lui. Elle s'était tue, et il s'était assoupi. Lorsqu'il s'était réveillée, elle s'était tournée vers lui, et il eut peur un instant qu'elle ait les yeux ouverts et l'ai vu. Heureusement, elle était endormie et il put quitter la chambre rapidement, sans faire de bruit.

Et maintenant, il s'en voulait. Et ça non plus, il ne le comprenait pas. Il ne se comprenait plus… En lui, se battaient deux forces : celle qui l'attirait irrémédiablement vers Astoria, celle qui l'appréciait, le Drago d'autrefois qui restait encore en lui malgré tout, et l'autre. L'autre, froide, mauvaise. Qui l'entrainait vers les ténèbres. Il se prit la tête entre les mains, et se força à réfléchir, le cœur battant, espérant que « la voix » le laisserait tranquille.

- Drago ? Retentit alors une voix.

Il releva la tête et ses yeux tombèrent sur sa mère.

- J'emmène Astoria au dîner chez les Nott, aujourd'hui. Est-elle réveillée ?

Il frémit et pinça les lèvres, lançant un regard noir à Narcissa Malefoy. D'où lui venait toute cette colère ? Il se le demandait bien…

- Elle dort encore, répondit-il en fixant le sol d'un œil résolu. Sa mère soupira et quitta la pièce en faisant claquer ses talons sur le sol. Quelques minutes plus tard, elle revint accompagnée d'une Astoria encore dans le vague, habillée et prête. Celle-ci lança un bref regard à Drago mais le détourna rapidement, nerveuse, dès que leurs yeux se croisèrent. Il pinça les lèvres.

- Nous revenons bientôt, mon chéri, dit Narcissa en tendant son manteau à Astoria puis en enfilant le sien.

Il tourna la tête, et entendit le claquement habituel du transplanage. Sans qu'il ne sache pourquoi, son rythme cardiaque s'accentua. Il souhaita un instant qu'elles soient restées avec lui. Qu'elles ne l'aient pas laissé seules dans le Manoir. Il grimaça quand une nouvelle vague de douleur vint le submerger. Le mal de tête s'accentua alors qu'il luttait en vain.

- C'est bientôt fini… ricana la voix.

Et Drago Malefoy perdit le contrôle.

Hermione n'apprécia pas plus que cela d'être trainé de force à un dîner de Sang-Pur. Elle avait bien d'autres choses à faire. Malheureusement, Narcissa Malefoy était le genre de personne à qui on ne pouvait rien refuser.

« - Rappelez-vous, Hermione, Théodore Nott était l'un des meilleurs amis d'Astoria, ainsi qu'un camarade de Drago. » Lui avait dit la mère de celui-ci.

Ils étaient rassemblés autour de la table du salon, les deux femmes face à face bavardaient gentiment tandis que Théodore et celle qu'il croyait être Astoria fixaient leur assiette, incapables de prononcer rien qu'un mot. A vrai dire, Hermione se sentait coupable. Coupable de mentir car elle en avait assez de mentir, de se faire passer pour quelqu'un qu'elle n'était pas…

Quand les plats furent servis, Hermione s'aperçut qu'elle tremblait lorsqu'elle se saisit de sa fourchette. En contemplant le contenu du récipient posé devant elle, elle eut envie de vomir. Encore. Elle posa une main discrète sur le ventre quelque peu gonflé et sentit les larmes remonter à la bordure de ses yeux.

Elle avait pu assumer le fait de changer de corps… Mais que faire, maintenant ? Elle n'arrivait pas à accepter le fait qu'un être grandissait en Astoria… non, en elle, maintenant. Le repas passa rapidement, la jeune femme picorant légèrement dans son assiette, ne touchant que très peu aux mets. Puis, lorsque tous se retrouvèrent à parler, elle se leva discrètement et demanda à Théodore de l'amener aux toilettes. Celui-ci fronça les sourcils mais la conduisit devant une porte. Elle ferma soigneusement cette dernière derrière elle, puis vomit dans les toilettes.

La brune passa une main tremblotante sur son front en sueur.

- Il n'est pas de Drago, n'est-ce pas ?

Elle leva la tête, et regarda, les yeux écarquillés, le Serpentard au visage grave.

- De quoi est-ce que tu parles… ? Demanda-t-elle d'une voix blanche au fils Nott.

- De l'enfant que tu portes, Astoria. Ne le nie pas.

Il s'accroupit près d'elle et leurs yeux se rencontrèrent.

- Je te connais mieux que personne, après tout… Et aujourd'hui, tu m'avais semblé tant… changée. Je comprends mieux pourquoi maintenant.

Elle resta muette. Puis elle ouvrit la bouche et murmura quelques mots :

- Je suis désolée… Tellement désolée…

Si seulement elle avait pu finir… « Je suis désolée, désolée de te mentir à toi aussi. Je voudrais pouvoir vous dire la vérité… Mais que se passerait-il si je le faisait ? Il vous tuerait à votre tour… Je ne sais pas quel est son but, je ne sais pas pourquoi il veut cet enfant… Mais je sais qu'il est prêt à tout… Et que ses pouvoirs dépassent l'imagination… Je ne peux pas faire cela, je ne peux pas vous mêler à cette histoire ! »

Il la prit doucement dans ses bras, croyant comprendre la raison de sa douleur. Puis, il lui chuchota à l'oreille.

- Ne t'inquiète pas. Je ne dirais rien. Ce sera à toi de l'avouer à Drago…

Elle frémit en l'entendant prononcer ce nom et se dégagea gentiment de son étreinte. Drago, Drago… Ce pressentiment qui lui étreignait le cœur… Drago… La jeune femme se releva, et sécha ses joues d'un coup de manche. Théodore la suivit du regard alors qu'elle quittait la pièce sans un mot.

Narcissa l'attendait dans le hall, un léger sourire crispé relevant la commissure de ses lèvres foncées.

- Vous me semblez bien pâle, Astoria… Dit-elle d'une fausse politesse en la voyant arrivé. Vous devriez rentrer. Je compte rester un peu plus longtemps, mais je pense que Drago sera heureux de vous retrouver.

- Je vais le rejoindre, alors… Souffla la concernée.

Après avoir fait ses « au revoir » aux Nott, elle transplana et arriva au Manoir. Elle resta un instant immobile, piquée par le silence insidieux. Il faisait sombre… Bien plus qu'à la normale. Les rideaux rouges avaient été tirés, et l'un d'entre eux laissait passer une lame lumineuse du soleil. Hermione posa ses affaires sans même regarder où, trop occuper à fixer le haut des escaliers.

Elle monta les marches, frissonnant au moindre bruit. Le Manoir s'éveillait lui semblait-il ou du moins, quelque chose d'obscur et de ténébreux l'attendait. Elle arriva à la dernière marche et s'arrêta, enfin arrivée.

Puis, un bruit. Elle se tourna vers la source Drago. Il était sorti de nulle part, ses cheveux blonds transperçant la noirceur du couloir.

- Enfin rentrée, Hermione… Sourit-il.

Elle le regarda, stupéfaite. « Hermione. » Il l'avait appelé Hermione. Hermione ! Pas Astoria, mais Hermione ! Elle recula d'un pas, agrippant rambarde de ses bras faibles.

- Qu-Qu'est-ce que tu veux dire ? Hermione ? Bégaya-t-elle, tenant à peine sur ses jambes.

Ses yeux… Ils étaient si vides… Il n'y avait rien au fond… Rien…

- Je sais tout, petite sang-de-bourbe. Depuis le début… Et Drago aussi. Il a remarqué les détails, tu sais. Je crois qu'il ne veut juste pas se l'avouer. (Le blond ricana). C'est un abruti. C'est un outil.

La voix changeait, muait, devenait plus grave. 'Drago' grandissait, ses cheveux se fonçaient, prenant une teinte brune, tandis que des poils poussaient sur ses joues. C'est ainsi qu'Hermione comprit. Elle avait devant elle le monstre de ses cauchemars.

- Tu m'as reconnu, petite ? Je suis revenu te hanter…

Il avait été tué… il était mort… Non ! Pourquoi… ? Hermione recula encore plus, effrayée.

Greyback.

Elle n'avait que ce nom à l'esprit. C'était donc lui… ! Lui qui contrôlait quelques fois le corps de Drago. Comment avait-elle pu ne pas s'en rendre compte… ? Elle le comprenait maintenant… Astoria, Pansy et elle n'avait pas été les seules atteintes… Drago, pour une raison inconnue, l'était tout autant… Mais c'était bien pire pour lui. Car un monstre avait pris possession de son esprit…

L'instinct de la proie prit le dessus. Hermione tourna les talons et s'enfonça en courant dans les ténèbres d'un couloir, ne se souciant plus de savoir le pourquoi du comment. Elle se sentait redevenir l'Hermione d'avant, celle qui fuyait dans la forêt pour échapper aux partisans de Voldemort.

Elle entendit le ricanement de son ennemi percer le silence. « Fuir, fuir ne sert à rien. Se cacher, oui, se cacher » pensa-t-elle en arrivant dans une pièce. Elle fouilla le petit bureau privé des yeux, y découvrant des photos légendées d'un nom, Lucius Malefoy, puis elle tomba sur un placard inséré dans le mur. Le cœur battant, elle se réfugia à l'intérieur.

Plus un bruit. Plus un bruit sauf ce tambourinement incessant. Son cœur. La peur l'animait, la crainte le révoltait, et il était parti dans un galop soutenu.

La Bête arriva dans la pièce, et Hermione trembla de plus belle. Il restait encore une touche de Drago dans ce monstre… Mais si peu qu'Hermione comprit que celui-ci avait gagné contre le vert-et-argent. Exactement comme elle-même avait « gagné » contre Astoria.

Elle refusa de continuer de penser à cela. Drago ne pouvait pas être mort. Pas lui, pas maintenant. Ses genoux chancelèrent, mais elle se rattrapa de justesse. Heureusement, elle n'avait émis aucun son.

- Petite sang-de-bourbe… ricana le monstre. Tu as oublié quelque chose. Je suis un loup-garou.

Et la porte du placard s'ouvrit en grand, laissant tomber sur le sol une Hermione effrayée. Elle poussa un cri quand le mi-animal, mi-homme fonça droit sur elle, mais elle réussit à l'éviter de justesse. Elle se releva, tendit la main, et alors, sans qu'elle comprenne son geste, un coupe-papier posé sur une table vint se glisser dans sa poigne, comme poussé par une force invisible. Cependant, Greyback la saisissait déjà par la cheville et la fit retomber à terre.

Elle cacha son arme improvisée sous sa manche, et se recroquevilla sur elle-même, attendant l'attaque.

- Je ne compte pas te tuer, Hermione Granger. Le Loup a encore besoin de toi. Mais… Ceci est un avertissement.

Elle frémit au contact répugnant d'une griffe sur sa joue, qui suivait le trajet exact que formait sa cicatrice.

- Et puis, Il ne m'a pas dit que je ne devais pas t'enlever quelques morceaux au passage, ricana le monstre en enfonçant sa griffe un peu plus profonde dans la plaie de la jeune femme.

Celle-ci sortit alors son coupe-papier et le planta dans l'épaule du loup-garou, avant de s'enfuir à toute jambe. Un cri de douleur précéda son départ en trombe, mais elle ne s'y attarda pas et courut le plus vite possible jusqu'à ce qu'elle reconnut être le bureau de Drago. Elle actionna le verrouillage, et s'y enferma à double tour.

Puis elle se laissa glisser au sol en hurlant, frappant le marbre de toutes ses forces, se repliant sur elle-même, sur sa terreur, sur sa faiblesse, sur sa souffrance…

« Par Merlin, pourquoi… Pourquoi n'est-ce pas un cauchemar ? Pourquoi ne me réveillais-je pas ? Pourquoi… ? Je vous en supplie… Laissez-moi partir, laissez-moi me réveiller… Je ne pourrais pas en supporter plus… »

Elle ne se sentit même pas prise par le sommeil, semi-conscience agitée par des visions cauchemardesques. Alors, elle fut réveillée par une sensation de chaleur sur sa joue. Elle ouvrit doucement les yeux, et plissa les yeux devant la lumière.

- Par Salazar, Hermione… Murmura une voix.

Le visage de Narcissa Malefoy était parsemé de larmes, petites perles d'eau qui coulaient le long de son menton.