Un peu plus court que les autres, mais on en apprend plus sur la famille d'Hermione ! -notamment sur sa mère...-
Chapitre XVI - Le Carnet
Hermione, affalée dans un canapé, poussa un soupir de frustration. « Je t'aime », ces trois mots, aussi simple soient-ils, la torturaient depuis la veille déjà. Elle n'avait même pas eu le courage de répondre. Et depuis, elle évitait Malefoy comme la peste. Sachant pertinemment qu'il ne venait pratiquement jamais dans le petit salon froid, elle s'y rendait la plupart du temps, trouvant son réconfort dans la solitude. Par habitude – habitude inutile, soit dit en passant -, elle y emmenait le Carnet de sa mère, qu'elle feuilletait, espérant qu'un simple mot ne se découvre à elle.
Qu'attendaient-ils tous d'elle ? Les paroles de Drago qui résonnaient incessamment à ses oreilles, ce Carnet qui refusait de se dévoiler… Hermione sentit une larme de rage couler le long de sa joue et venir s'écraser contre le cuir du manuscrit. Et alors, le décor autour d'elle disparut, tout s'écroula. Hermione venait d'entrer dans le monde de sa mère. Le Carnet…
« 16 ans.
Maison des Rivers – 19h
La jeune fille est couchée sur son lit, et regarde fixement le plafond. En bas, on peut entendre des rires, des applaudissements. Elle ferme les yeux, tente d'enfouir son mal-être, mais elle ne peut pas. Pourquoi sa sœur, et pas elle ? Par Merlin, pourquoi n'a-t-elle pas le sang de ses parents, au lieu de ceux de ses grands-parents ?
On lui a toujours dit qu'elle ressemblait beaucoup à sa grand-mère maternelle. Les mêmes cheveux bruns bouclés, broussailleux – mais sa mère appliquait chaque week-end une panoplie de sort censé les assouplir, et les rendre brillants – des yeux lapis-lazuli, et ce nez qui fait la particularité des Rivers.
Mais elle, elle aurait aimé avoir les yeux noirs de sa sœur, son petit nez remonté qui lui donne un air de lutin, et son menton volontaire. Plus que tout elle aurait aimé être une Sorcière.
- Pourquoi est-ce que tu pleures ? Demande alors une voix.
Elle se retourne, et aperçoit un jeune homme, dans l'encadrement de la fenêtre. Son cœur fait un bond quand elle voit ses beaux cheveux corbeau, et ses yeux en amandes qui la regardent tendrement. Il est inquiet, elle le sait.
- Je ne pleure pas, rétorque-t-elle en essuyant discrètement les larmes sur ses joues.
Il entre, et lui caresse gentiment la joue.
- Si, tu pleures. C'est encore à cause de ta sorcière de sœur ?
Elle plonge ses yeux dans les siens, et finit par soupirer.
- Tu ne devrais pas être ici. Si mes parents te voient…
- Quoi, ils me transformeront en vers de terre ?
Un sourire perce les lèvres de la jeune fille. Elle repose sa tête sur l'oreiller, tandis qu'il s'assoit près d'elle.
- C'est son anniversaire, devine-t-il enfin, en entendant le bruit qui provient d'en bas.
- Exact. Elle l'a reçu. La lettre. Contrairement à moi, elle pourra aller à Poudlard… je suis heureuse pour elle, mais tu connais mes parents. Désormais, il n'y en aura que pour elle.
- Katelyn ! Hurle une voix, en bas.
- Je crois qu'on m'appelle, souffle l'adolescente en se levant. On se revoit avant que tu partes à Poudlard, n'est-ce pas ?
- Bien sûr !
Il gratifie sa phrase d'un sourire, et s'évanouit dans l'obscurité de la nuit, tandis que la jeune fille ouvre sa porte et descend les escaliers qui la mènent au salon. Là, sa petite sœur de 11 ans, Evelyn Rivers, lui prends la main, et la tire vers la table.
- Regarde, regarde ! Pépie-t-elle, en lui désignant une lettre.
Même si elle sent son cœur se serrer, Katelyn s'en saisit, un sourire aux lèvres, et la lis. Elle aussi, aurait aimé la recevoir lors de ses 11 ans. Elle aussi, aurait aimé que sa vie soit ponctuée d'évènements étranges, et qu'on finisse par lui dire qu'elle est une sorcière.
Mais elle n'en est pas une.
Elle est une moldue. Une Cracmolle.
- C'est génial Evy ! S'exclame-t-elle d'un ton joyeux, mais factice. Elle se penche et prend sa sœur dans ses bras. Ses yeux s'embuent quand elle voit derrière l'épaule de sa petite sœur les visages désapprobateurs de ses parents.
Elle les déteste ! Ne peuvent-ils pas l'aimer pour ce qu'elle est, au lieu de lui reprocher chaque jour de ne pas être comme eux ?! Elle se promet d'aimer ses enfants, quoi qu'il arrive, même s'ils sont différents.
Elle relâche l'étreinte, et bredouille qu'elle doit remonter pour réviser son contrôle de math. Ce n'est qu'une excuse pour ne pas subir les remarques acides des deux adultes si elle décide de rester. Alors, d'un pas lourd, elle se rend dans sa chambre, et ferme la porte derrière elle. Elle se laisse glisser, dos au mur, et étouffe un sanglot.
Elle ne se sent même pas sombrer dans le sommeil. »
« 18 ans.
Manoir des Timberwolf – 13h
- Comment as-tu pu croire que je ressentais la moindre chose pour toi ? Tu n'es qu'une vulgaire Cracmolle, comment un Sorcier comme moi pourrait t'aimer ? Allez, dégage !
Le claquement de la porte retentit dans ses oreilles. Elle se tient sur le perron de la porte, serrant son petit sac dans sa main, droite comme un i. Elle a l'impression d'avoir rêvé, l'impression que cette dernière minute n'est qu'un affreux cauchemar et qu'elle va se réveiller d'un instant à l'autre.
Mais elle ne se réveille pas.
Et la douleur qu'elle ressent dans sa poitrine est plus que réelle.
Qu'a-t-elle fait pour mériter ça ? Un jour plus tôt, il lui dévoilait ses sentiments, un jour plus tôt, elle avait décidé de partir pour être avec lui ! Ils avaient le projet de déménager à Londres, et même de fonder une famille…
Tétanisée, elle se repasse les derniers moments qu'elle a passés avec lui en se demandant ce qu'elle a fait de mal. Les larmes dévalent ses joues sans qu'elle ne s'en rende compte. Alors c'est ça, elle est condamnée à pleurer pour le restant de sa vie ?
Pourquoi faut-il que les gens lui rappellent chaque jour qu'elle est née sans pouvoirs ? Qu'elle est différente ?
Elle s'écroule sur le sol en hurlant. De petites perles d'eau s'écrasent sur sa robe, la plus belle de son dressing, qu'elle a mis spécialement pour lui, car elle sait à quel point il l'apprécie. Elle le hait ! Elle le hait ! Elle les hait tous, à vouloir la rabaisser, à penser qu'elle n'est que la pauvre petite Katelyn à qui il manque quelque chose !
Elle se relève d'un bond, essuie ses larmes, s'en voulant d'être venu, d'avoir cru tout ce que ce beau parleur qui s'était dit être son meilleur ami lui avait raconté pendant 10 ans.
Cependant, elle ne sait pas que deux yeux tristes l'observent intensément tandis qu'elle passe la grille…
- Oh, ma chérie, je suis si triste pour toi ! Murmure Jane Rivers, en berçant sa petite fille dans ses bras, alors qu'elle sanglote doucement. Ce garçon ne te méritait pas, tout simplement. Ne t'inquiète pas, il y en a pleins d'autres, prêt à concourir pour ton joli minois !
Elle essuie tendrement les joues de Katelyn, et part dans la cuisine pour lui ramener une bonne tisane.
- Allez, bois ça ! Tu verras, tu oublieras tous tes soucis ! Et je peux t'assurer que ça marche mieux que les potions de ses fichus sorciers, rajoute-t-elle en gratifiant sa remarque d'un clin d'œil, qui arrache un sourire à sa petite fille.
Sa grand-mère a toujours été un modèle pour elle. Mariée trois fois, divorcée trois fois, elle a toujours lutté férocement pour les droits de la femme. Indépendante et libre, elle est contre sa propre fille, bien qu'elle est accepté la nature de sorcière de celle-ci, qui espère un jour que sa lignée ne soit composé que de sorciers. Et elle aime plus que tout Katelyn, qu'elle considère comme son propre enfant.
D'ailleurs, celle-ci se rend souvent dans la petite maison de sa grand-mère dès qu'elle a un problème et qu'elle doit en parler. C'est donc, tout naturellement, qu'elle a raconté son histoire à Jane.
Elle boit une gorgée du breuvage, et grimace car elle le trouve trop fort. Mais elle ne tarde pas à en reprendre, apaisée par la chaleur du liquide qui se répand en elle. Oui, l'amour de sa grand-mère est un bien meilleur remède que toutes potions que les sorciers peuvent inventer.
- Mamie, j'ai pris ma décision.
Celle-ci, surprise, se tourne vers Katelyn, qui semble soudainement très sérieuse. Le flot de larmes s'est tari, et la douleur s'est estompée. Ne reste que dans la poitrine de la jeune femme un cœur desséché, qui a décidé de ne plus souffrir. Qui a décidé de ne plus battre pour aucun homme, car tout ceux qu'elle a rencontré jusqu'ici l'ont déçu, l'ont trahi.
Elle sait qu'elle comprendra. Sa grand-mère l'a toujours comprise, mieux que quiconque.
- Je vais quand même partir.
Un silence suit sa déclaration.
- Mon Ange, tu ne devrais pas faire cela…
- Si, je le dois. C'est la seule chose qu'il me reste à faire. Je ne pourrais pas rester une seconde de plus avec mes parents, et habiter en face de… de chez lui. Je pars demain.
Elle se lève, pose la tasse, et monte à l'étage, portant sa petite valise, celle qu'elle avait préparé pour quitter chez elle et partir en quête d'aventure avec son soi-disant petit ami. Elle se change, ne supportant plus le contact de cette robe sur sa peau, et lorsqu'elle redescend, elle la tient dans sa main comme un vulgaire chiffon.
Puis, elle se place devant le feu qui ronronne dans la cheminée, et y lance la robe. Sa grand-mère la regarde faire, stupéfaite. Katelyn fixe ses yeux sur le tissu qui prend feu, regardant avec plaisir les petites fleurs brodés disparaitre dès qu'une flamme les effleure.
Oui, une nouvelle Katelyn vient d'apparaitre.
Froide, distante, réservée.
Une Katelyn qui se promet de ne plus jamais souffrir. Une Katelyn qui se promet de ne plus jamais aimer.
20 ans.
Gare – 15h30
- Je ne veux pas que tu y retournes, s'écrie sa grand-mère, catégorique.
Les passagers se tournent vers elle, surpris par ses grands gestes. Katelyn soupire, habituée à ce genre de scène. Elle est venue passer une semaine chez Jane, pour les vacances de Noël, au lieu de rester chez elle. Mais voilà, la vieille femme ne peut s'empêcher de lui faire une scène !
Accaparée par les grommèlements de sa grand-mère, elle bouscule un jeune homme, dont les lunettes tressautent sur son nez. Ses nombreux livres, qu'il tient en pile dans ses bras, tombent sur le sol. Les gens s'écartent, mais aucun ne l'aide, surtout pas Katelyn qui lui jette un regard méprisant, avant de continuer à avancer. Sa grand-mère proteste, et ramasse les livres du brun, qui ne cesse de s'excuser.
Lorsqu'il tient tous ses livres, c'est honteux qu'il repart dans l'autre direction. Jane soupire, attristée par l'attitude de sa petite fille.
- Pourquoi ne l'as-tu pas aidé ? Demande-t-elle, quand elle arrive à sa hauteur.
- C'est un homme, répond-t-elle d'un ton glaçant, comme si c'était évident.
- Ce n'est pas une excuse. Tous ne sont pas comme ton Jordan Timberwolf !
A l'évocation du nom tabou, Katelyn tressaute et lance un regard assassin à sa grand-mère.
- Bien sûr que si ! Aboie-t-elle.
Enfin, elle aperçoit son train.
- Au revoir, grand-mère.
Celle-ci acquiesce, et disparait dans la foule de voyageurs. Katelyn ne peut s'empêcher de lancer un regard d'espoir vers l'endroit où elle est partie, mais elle se reprend vite et monte dans le train.
Un mois plus tard
Pouvait-elle se douter que cet « au revoir » serait le dernier ? Qu'un mois plus tard, elle reçoive cette lettre, et que la stabilité qu'elle avait enfin réussie à acquérir dans sa vie s'effondrait ? Parce que cela se passait toujours ainsi, pour Katelyn. On lui donnait quelque chose pour lui enlever aussi vite. Elle serrait le papier dans ses mains, respirant difficilement. Ce n'est pas encore perdu, pensait-elle. Et le « pas encore » résonnait inlassablement dans ses oreilles comme une promesse de mort.
- Nous te laissons un mois pour t'occuper de tes affaires familiales, et ensuite tu reviendras, lui dit son patron, en face duquel elle se trouvait.
Katelyn hocha de la tête, sentant son cœur de pierre peu à peu se fissurer. La douleur revenait. Ce qu'elle avait toujours tenté de fuir l'assaillait, faisant tomber ses défenses une à une.
Jane Rivers était atteinte d'un cancer incurable. Il ne lui restait que 3 semaines à vivre.
Katelyn alla préparer ses affaires, et un jour plus tard, elle se retrouva devant la petite maison de sa grand-mère. Quand elle toqua, elle eut peur un instant que personne ne lui répondit, et que celle qui l'avait toujours aimé ai été emporté par la Faucheuse. Mais un homme – celui qu'elle avait bousculé à la gare, se rappela-t-elle – lui ouvrit, un sourire triste planté sur ses lèvres.
- Katelyn Rivers, je présume ? Demanda-t-il en la faisant entrer.
Bizarrement, la répulsion qu'elle éprouvait auparavant pour lui s'était envolée. Bien qu'elle se demanda pourquoi il se trouvait là, elle l'observa avant de lui répondre.
- Oui, et puis-je savoir votre nom ?
- Lewis, Répondit-il simplement. Votre grand-mère est en haut, elle est très fatiguée et ne peut vous recevoir.
- Je monte la voir, signala Katelyn en posant sa valise dans le salon et en prenant l'escalier.
Il acquiesça et la regarda gravir l'étage. Arrivée en haut, Katelyn souffla et essaya de reprendre contenance. Qu'allait-elle dire à celle qui l'avait pratiquement élevée après l'avoir tant déçue ? Dans un élan d'égoïsme, Katelyn se dit qu'elle aurait même préféré que ce soit sa propre mère à la place de Jane, là, sur ce lit de mort…
32 ans.
Une tasse de tisane dans les mains, Katelyn observe avec mélancolie la photo de sa grand-mère, morte il y a déjà douze ans. Les cartons s'empilent autour d'elle, et une bague brille à sa main. Elle a gagné. Pour une fois dans sa vie, Katelyn sait qu'elle a réussi à atteindre le vrai bonheur, celui que l'on trouve par petite dose mais qui dure longtemps. Oui, elle est tombée amoureuse pour la deuxième fois, mais cette fois-ci, tout est différent.
Elle pose une main délicate sur son ventre gonflée et un sourire nait sur son visage.
- Hermione Jane Granger, murmure-t-elle.
Son mari, Lewis Granger, passe alors le pas de la porte d'entrée, un carton rempli dans les bras. Elle le regarde et elle se demande si enfin les malheurs ont disparu. Ne devine-t-elle pas que son horizon est couvert de nuages noirs… ?
17 ans plus tard
Ça fait bientôt trois ans que Katelyn a ce pressentiment, et elle ne sait pourquoi, c'est aujourd'hui qu'il est le plus violent. Comme si l'ombre de la mort déployait ses sombres ailes sur cette journée. Katelyn a toujours cru important de tenir un journal magique, non seulement parce qu'il enregistre les souvenirs sans qu'elle est besoin d'écrire, mais aussi parce qu'elle n'a pas besoin de magie pour s'en servir. Elle repose le manuscrit quand elle entend sa fille, Hermione, descendre les escaliers. Pourtant, elle ne tourne pas la tête vers elle. Lewis, à côté d'elle, bavasse gentiment, n'ayant pas entendu la jeune femme arrivé derrière eux.
- Oubliette.
Ce n'est qu'un murmure et pourtant Katelyn a l'impression qu'on lui a crié ce mot dans les oreilles. Elle connait ce sort pour avoir lu les livres de sortilèges de sa sœur, mais elle ne connait pas la raison du pourquoi Hermione le leur lance. Elle entend sa fille quitter la maison, tandis que sur chaque photo son visage a disparu. Alors pourquoi se souvient-elle ? Intriguée, la femme se demande si Hermione a bien prononcé le sort, mais lorsqu'elle regarde son mari et aperçoit ses yeux vitreux, elle se rend compte que oui.
Cinq ans plus tard
Un froid glacial habite Katelyn depuis qu'elle a apprit que Jordan, celui qu'elle aimait avant, a épousé il y a bien longtemps sa petite sœur, Evelyn, et qu'ils ont eu un enfant ensemble, un certain Luke qui doit avoir à peu près le même âge qu'Hermione. Ce n'est pas la jalousie, ni de la peine qu'elle ressent. Mais un intense sentiment effrayant : de la peur. Peur de quoi ? Elle se le demande bien. Dehors, la pluie tapote contre les carreaux, et la solitude se fait ressentir chez Mrs Granger.
Soudain, on toque à la porte. Un instant, elle croit que c'est son imagination. Et pourtant, elle sait qu'elle a bien entendu. Elle savait qu'il allait venir, depuis le début.
D'un mouvement raide, elle quitte le canapé. Lewis apparait derrière elle, fronçant les sourcils.
- Qui est-ce ?
- Lewis… S'il te plait, va dans la chambre. Maintenant.
Il la regarde, désorienté, ne sachant quoi pensé, mais devant les yeux décidés de sa femme, il décide d'obéir. Alors elle ouvre la porte, et accueille la mort avec un grand sourire.
Jordan Timberwolf, qui la regarde de ses grands yeux hagards.
Hermione sortit du journal en suffoquant, les joues mouillées, épouvantée. « Un meurtre familial », avait-il dit… Et c'était son oncle, le père de Luke, le grand père de l'enfant d'Astoria, qui avait tué ses parents… Elle n'en avait désormais plus l'ombre d'un doute. Sur les nerfs, Hermione ressentit le besoin irrationnelle de se défouler lui picoter les doigts. Elle se leva d'un bond et lança le carnet de toutes ses forces, celui-ci heurtant le mur puis retombant dans un bruit mat sur le sol. Un cadre qui avait été touché par le projectile vacilla avant de s'écraser à son tour sur le tapis, milles petits éclats de verre l'entourant.
Puis, après le vacarme, ce fut un silence assourdissant qui envahit la pièce. La jeune femme, dont la poitrine se soulevait au rythme des battements furieux de son cœur, s'assit lourdement sur le canapé et se replia sur elle-même, se laissant le temps d'ingérer ces informations.
Puis dans un flash, elle revit cette scène qui n'avait cessé de la hanter depuis la mort de ses géniteurs. Cette scène qu'elle savait incomplète, oubliée.
« Et, dans le coin le plus obscur de la pièce, une ombre, deux yeux rouges sanglants, l'observe et la scrute. »*
C'était dans leur chambre qu'elle avait trouvé ses parents. Elle n'avait pas été seule. Il avait été là. Mais il ne l'avait pas tué…
« La silhouette monstrueuse sortit de l'obscurité et Hermione ne put retenir un cri de frayeur, reculant par instinct. Une bête, un affreux démon au pelage noir ensanglanté se trouvait devant elle, tous crocs dehors. Néanmoins la jeune femme fut déstabilisée par ses yeux presque humains, humides, comme dissimulés par un voile de larmes, qui tournaient frénétiquement dans leur orbite. Le Loup-Garou – Hermione avait déjà étudié cette espèce et savait à peu près à quoi ils ressemblaient – ne semblait pas savoir ce qu'il faisait là, ni ce qu'il s'était passé. Hermione recula une nouvelle fois, retenant son envie de vomir, assaillie par l'odeur du sang. Le Loup remarqua son mouvement et un grondement sourd jaillit de sa gorge, alors la brune, apeurée, glissa sur le sol et se cogna la tête contre une commode se trouvant derrière elle. Ce fut le noir. »
Maintenant, elle se souvenait de tout…
- Astoria ? L'appela soudainement Drago dans un couloir proche de la pièce, semblant inquiet.
Hermione se redressa sur le canapé, toute pensée stoppant son court dans son esprit. Ce que lui avait appris le Carnet de sa mère, c'était bien qu'il fallait souffrir pour trouver le bonheur… Que ce bonheur soit ensuite court, ou pas. Avait-elle le droit d'aimer Drago ? Avait-elle le droit de le faire souffrir ensuite ? Voilà pourquoi elle ne pouvait répondre au jeune homme et pourtant, Merlin seul savait à quel point elle avait envie de le faire…
- Je suis là, dit-elle d'une voix forte pour qu'il puisse l'entendre.
Le blond apparut au pas de porte, scrutant la scène d'un œil réprobateur.
- C'est toi qui as fait cela ?
La gorge nouée, n'arrivant pas à ne poser rien qu'un regard sur le nouvel arrivant, Hermione ne put qu'hocher de la tête en signe de réponse.
Il vint, sans un mot, s'assoir près d'elle, et prit ses mains entre les siennes.
- Je ne sais pas ce que tu as, mais sache que si tu vas mal, je suis là… Il murmura ces quelques paroles, comme s'il avait honte de les prononcer. Il n'en avait pas l'habitude, c'était certain. Drago Malefoy n'était pas le genre à s'épancher sur ses sentiments.
Au lieu de lui répondre, Hermione devina que le silence leur était bien plus bénéfique. Ainsi, aucun mot mensonger ne pourrait dépasser la barrière de ses lèvres. Il fallait à tout prix qu'elle évite de faire souffrir Drago. Alors, elle posa en douceur sa tête sur l'épaule du jeune homme et ferma les yeux.
« Je sais… »
[*Voir chapitre III]
