Ginny hasarda un sourire dans le miroir des toilettes, mais voilà qu'avec son air furibond, elle ressemblait plus à un gobelin qu'autre chose. Elle plongea son visage fatigué dans l'eau fraiche. Lorsqu'elle se releva et vit la silhouette qui se tenait derrière elle dans le miroir, elle sursauta, et poussa un juron.
- Par le caleçon de Merlin, est-ce que tu sais lire ? S'écria-t-elle, en véritable furie. Toilette des femmes. Es-tu une femme ?! Pas à ma connaissance !
- J'étais venu te dire bonjour, rien de plus. Dit l'homme, malicieux.
Alors que Ginny allait cracher toutes les immondices qui lui venaient à la tête, elle se força à réfléchir. Non, la mettre en colère était tout ce qu'il cherchait. Oh, qu'est-ce qu'il aimait la mettre dans tous ses états, la voir s'agiter, sortir de ses gonds… Mais elle n'allait pas lui faire ce plaisir.
Ryan Tonks, alias le Démon/Gobelin/Troll, bref, un véritable chiant, était son pire ennemi, et la rage qu'elle éprouvait à son égard était tout à fait fondée : il était arrivé il n'y avait seulement qu'une semaine à la Gazette, en tant que nouveau rédacteur, et déjà il lui faisait vivre un enfer. Elle se souvenait très bien de leur rencontre, d'ailleurs. Elle venait de rompre avec Harry et c'était là que tout avait commencé.
Flash-Back
Ginny patientait à la cafétéria derrière l'un de ses clients moldus pour acheter une boisson chaude. Lorsqu'elle arriva devant le comptoir, la vendeuse lui demanda poliment ce qu'elle souhaitait, et elle répondit d'une voix fatiguée un café noir, boisson moldue qu'elle appréciait particulièrement, le plus souvent quand elle était au travail et surchargée.
Le fait d'avoir autant de dossiers à gérer ne la dérangeait pas le moins du monde, au contraire, il fallait absolument qu'elle oublie les derniers jours qu'elle avait vécu et le meilleur moyen pour y arriver était de se plonger totalement dans le boulot, en négligeant presque son sommeil.
Sa rupture avec Harry avait été un coup dur et peu supportable. Il avait mal réagi et tenté de résoudre le problème, mais au fond d'elle, elle savait que c'était la bonne solution pour eux deux. Il fallait qu'elle s'éloigne de lui pour remettre de l'ordre dans sa tête et dans sa vie.
Elle se saisit du récipient que lui donnait la vendeuse et paya, mais se retournant brusquement elle heurta une personne et le contenu de son café alla se renverser sur la chemise de celle-ci. Elle poussa un juron parfaitement adapté à la situation, levant la tête vers celui qui lui faisait face.
Il était beau, plutôt charismatique, et plus âgé qu'elle, elle en était certaine. Ses cheveux d'un noir corbeau cachaient son front mais renforçait son regard gris, une bouche fine et entrouverte par un sourire à la fois amusé et narquois, un nez aquilin qui renforçait la sensation de puissance que semblait exercé cet homme.
Bref, c'était le genre d'homme pour qui chaque fille ayant un minimum de bon sens se retournerait dans la rue.
Seulement, Ginny et le bon sens, ça faisait deux. La preuve, elle était bien tombé amoureuse d'Harry, non… ?
- Excusez-moi, marmonna-t-elle, de mauvaise humeur, sans prendre en compte la chemise tâchée de l'individu.
Elle allait partir quand il la retint par le poignet.
- Vous ne seriez pas Ginny Weasley, par hasard ?
Elle se figea automatiquement et se dégagea de l'étreinte qu'il exerçait sur son bras.
- C'est possible, dit-elle, cherchant à s'enfuir au plus vite, ne supportant pas ces pupilles qui semblaient vouloir chercher les siennes.
- Enchanté ! Je suis Ryan, Ryan Tonks, sourit-il en lui tendant la main.
Elle hésita, regardant un instant les doigts longs et fins qui composaient cette main, et se demandant si elle devait vraiment saluer un parfait inconnu. Alors elle ignora son geste et fronça les sourcils.
- On se connait ?
- Je viens de… eh bien vous savez, la Gazette du Sorcier, chuchota-t-il, ayant abaissé sa mains et se rapprochant pour éviter que les moldus ne les entendent.
- Eho, il y a des gens derrière vous, finit par intervenir une femme coléreuse derrière le dénommé Ryan.
Ginny la remercia intérieurement de la sauver du sorcier. Elle adressa un (faux) sourire désolé à l'homme et s'éclipsa, n'ayant pas le temps de reprendre un café, son travail l'attendant. Elle avait néanmoins sentit les deux yeux qui la suivait alors qu'elle traversait la rue pour se rendre à la Gazette.
Fin du Flash-Back
Et encore, ça, ce n'était absolument rien. Il avait été aimable, au début, du moins.
Par la suite, il n'avait fait que la chercher, jouant au jeu du chat et de la souris, se plaisant à lui enlever ses dossiers et à lui rire au nez ! Le pire était sans doute qu'il recevait tous les lauriers et que la plupart des employés (particulièrement les employées féminines) la voyait comme une rabat-joie prête à finir vieille-fille.
Cependant… Elle le remerciait. Elle oubliait Harry, grâce à lui. Elle pouvait mettre toute sa colère sur Ryan Tonks et se battre contre ses sentiments. Elle revivait – enfin.
Sans qu'elle ne s'en aperçoive, il s'était rapproché. Trop. Elle se retourna brusquement, effrayée, ne sachant pourquoi d'ailleurs, mais son cœur battait trop vite pour que ce soit autre chose. S'appuyant de ses deux mains sur le rebord du lavabo, elle lui adressa un regard noir.
- Me dire bonjour ? Pourquoi n'irais pas me dire bonjour très, très, très loin ? Là où je ne suis pas ?
Elle ne lui laissa pas le temps de répondre et se glissa habilement sous le bras par lequel il avait tenté de la rattraper pour marcher d'un pas vif jusqu'à la sortie. Agaçant. Qu'est-ce qu'il l'agaçait ! Il sortit à sa suite, et elle le maudit intérieurement. Tous ses collègues avaient les yeux fixés sur eux – la plupart étaient de vraie pipelette, surtout en ce qui concernait les ragots… Et voir Ginny Weasley et le très séduisant Ryan sortir des toilettes n'étaient pas – du tout – banal.
Elle s'enferma dans son bureau, souriant triomphalement à Ryan qui levait les yeux au ciel en soupirant, désespéré par son attitude, puis baissa les stores – les murs des bureaux avaient été remplacés par des baies vitrés l'année dernière et depuis que Ryan était arrivé, Ginny trouvait que c'était une très mauvaise idée. Elle n'avait pas envie de sentir constamment ses yeux froids sur elle !
- Ginny, gronda le concerné derrière la porte, je t'ai mentit, je n'étais pas venu te dire bonjour.
Sa phrase eut le don d'attirer l'attention de la rousse. Ah bon, vraiment ? Si ce n'était pas ça, alors ce devait être pire, songea-t-elle en grimaçant.
- Que veux-tu ? Demanda-t-elle, espérant qu'il se dépêche.
- Ouvre-moi, exigea-t-il, sa voix étouffée par le verre qui les séparait.
- Oh que non ! Si tu ne me dis pas ce que tu veux maintenant, tu peux partir. J'ai du travail. Alors ?
- Très bien, le patron t'en parlera.
Elle entendit ses pas s'éloigner et fronça les sourcils. Elle n'avait pas l'habitude qu'il abandonne aussi vite. Après tout, la plupart des personnes de la Gazette étaient d'accord pour dire que lorsque Ryan voulait quelque chose, il l'obtenait… De gré ou de force.
Et puis, le patron ? Sérieusement ? Un sourire naquit sur les lèvres de la jeune femme alors qu'elle allait s'assoir sur sa chaise et se mettait au travail. Sa menace – si c'en était une – ne la touchait absolument pas.
Quelques heures plus tard on toqua à sa porte et elle alla ouvrir en découvrant son patron. Elle soupira, Ryan avait tenu parole !
- Que se passe-t-il ? L'interrogea-t-elle poliment, cachant derrière un masque souriant son inquiétude.
- Eh bien il se trouve que nous avons besoin de plus de monde en Autriche pour cadrer…
Et blablabla, Ginny, pétrifiée, n'écoutait le monologue de son patron que d'une seule oreille. Elle avait compris. Elle allait pouvoir s'éloigner de l'Angleterre et par conséquent d'Harry. C'était une opportunité qu'elle ne pouvait que saisir.
- J'accepte ! Le coupa-t-elle, toute à sa joie.
- Vraiment ? S'étonna son patron. Malgré ce que je vous ai dit ?
- J'ai besoin de m'écarter un peu de ce pays, et je suis persuadée que l'Autriche est un magnifique territoire !
- Très bien, dit l'homme, toutefois peu convaincu. Il suffit de signer ici et tu feras partit de ceux qui iront en Autriche pour le prochain article.
Ginny arracha presque la feuille des mains de celui qui lui faisait face puis la posa sur son bureau, se saisit d'une plume et apposa sa signature en bas d'une main tremblante d'allégresse. Elle tendit ensuite le document à son patron qui la remercia et partit.
Se doutait-elle un instant qu'elle venait de signer un pacte avec le diable ?
La nuit tombait, engloutissant dans son obscurité la lumière du jour mais Ginny resta tard à la Gazette, occupée par ses dossiers. Elle était certainement seule – du moins elle le croyait - à cette heure.
Soudain, une ombre apparaissant au pas de sa porte la fit sursauter. Les battements de son cœur se calmèrent quand elle reconnut la silhouette indistincte de Ryan.
- Qu'est-ce que tu fais ici ?! S'écria-t-elle, d'un ton un peu trop mesquin à son gout.
- Je travaille, dit-il narquoisement, comme si c'était évident.
Elle leva les yeux au ciel puis se reconcentra sur son dossier, celui que lui avait donné son patron pour qu'elle l'analyse avant de partir en Australie.
- Tiens, tu vas en Australie alors ?
Ginny sursauta quand elle découvrit Ryan penché au-dessus de son épaule et lisant les feuilles qu'elle tenait entre ses mains.
- Arrête, siffla-t-elle en le foudroyant du regard. Ça ne te regarde pas.
Un étrange sourire releva les commissures des lèvres de Ryan, un éclat brillant dans ses iris gris.
- Oh si, ça me regarde. A ton avis, pourquoi ai-je demandé au patron de venir te voir ?
Ginny mit quelques secondes à comprendre et l'épouvante prit vite la place de la surprise. Non. Non. Elle allait devoir supporter Ryan Tonks pendant un mois… Un long et interminable mois…
Elle ouvrit la bouche et la ferma, décontenancée, devant un Ryan qui se retenait de rire, jubilant de l'étonnement qu'il avait créé dans l'esprit de la jeune femme.
Fichu Ryan. Une fois de plus, il l'avait bien eu… Mais elle ne se laisserait plus faire, elle se l'était promis. Reprenant contenance, elle lui demanda de sortir et se remit sur son dossier, beaucoup moins heureuse d'aller en Australie maintenant.
Deux semaines plus tard, en Australie.
Ginny, les joues rouges, venaient de se réfugier dans les toilettes de l'hôtel, claquant la porte derrière elle. Impossible. Impossible. Comment avait-elle pu se laisser avoir ainsi ?
Non. La question était surtout : comment avait-elle pu apprécier ça ? On toqua à la porte et elle se ratatina dans un coin, effrayée par ses propres sensations, ramenant ses genoux contre sa poitrine.
- Ginny ! Je suis désolé… Je te promets que ça n'arrivera plus.
« Mais je veux que ça arrive à nouveau ! » couina une voix dans sa tête, qu'elle écrasa aussitôt, horrifiée par ses pensées.
- Va-t'en, dit-elle sèchement, seulement pas assez pour couvrir les trémolos de son timbre.
Il ne s'en alla pas, et cela faillit la rendre folle. Elle revivait en boucle la scène, se battant intérieurement contre ses sentiments, contre ce qu'elle avait ressenti. Elle le détestait, elle le détestait, comment osait-il lui faire vivre un tel cauchemar ? Elle pensa à Harry, se força à penser à Harry, comme s'il allait arriver pour la sauver.
Cela lui fit l'effet d'une douche froide. Harry. Dans le fond, Harry l'avait abandonné, Harry n'était plus son petit-ami. Elle avait l'impression, cette fois, que c'était bien plus réel qu'auparavant. Elle avait toujours pensé qu'ils allaient se marier, avoir des enfants ensemble… Qu'elle construirait sa vie avec lui.
Mais Harry et elle avaient rompus. Il avait préféré ses Mangemorts à elle, Ginny Weasley. Alors que Ryan était là, il avait toujours été là. Il était prêt à lui faire oublier ce pourquoi elle avait souffert.
Allait-elle refuser ? Devait-elle refuser ?
Elle se leva, lentement, se regarda dans la glace. Elle avait changé. Tout avait changé.
Elle ouvrit la porte et se retrouva face à Ryan qui soupira de soulagement en la voyant sortir, les traits tendus de son visage s'effondrant.
- Gi… commença-t-il, voulant s'excuser pour le baiser qu'il lui avait donné il y avait quelques minutes, mais il ne put finir sa phrase car elle avait posé ses lèvres sur les siennes.
Un mois plus tard.
- Quoi ?! Tu racontes vraiment n'importe quoi, persifla la jeune femme en fusillant celui qui lui faisait face du regard.
- Non, tu es encore amoureuse d'Harry Potter, cracha l'autre, furieux. En vérité, tu te sers de moi. Tu n'es avec moi que pour l'oublier ou pour le rendre jaloux !
- Ou alors c'est toi qui est complètement fou mon pauvre ! Se moqua-t-elle, blessée qu'il ne lui fasse pas confiance.
- Eh bien alors dis-le. Vas-y, dis-le !
Il s'approcha dangereusement, les bras croisés sur son torse, lui faisant signe de prononcer les trois mots dont elle était si effrayée. Elle ouvrit la bouche puis la referma, pinçant ses lèvres. Il secoua sa tête, poussant un ricanement déçu, puis planta ses pupilles argentés dans celles émeraude de la Ginny.
- Tu vois. Tu n'es pas capable de me le dire.
- Ce n'est pas ça. Tu ne comprends pas ! Je…
- Sois franche, s'il te plait ! Et tu verras que j'ai raison.
Elle réfléchit, se mordant la lèvre inférieure, sachant pertinemment qu'il avait raison et il trouva tout de suite détestable l'idée de la perdre. Non… Pas encore. Il ne pouvait pas encore perdre… Il serra son poing, enfonçant ses ongles dans sa peau d'où perlèrent quelques gouttelettes rouges.
Elle lui ressemblait tellement… Tellement que c'en était devenu une torture, une addiction, une drogue. Il aurait souhaité n'avoir jamais rencontré son regard vert et perçant qui le faisait maintenant tant souffrir.
Quand il vit son visage désolé, masque qu'elle n'abordait que peu souvent, il comprit. Il avait perdu depuis longtemps, de toute manière. Parce qu'il ne l'avait jamais gagné. Refusant qu'elle fasse un pas de plus pour rejoindre son Potter de malheur, il la repoussa brusquement et elle trébucha, se cognant violemment sur le sol, évanouie.
Un peu effrayé par ce qu'il venait de faire, il sortit sa baguette et la pointa sur elle. Elle ne devait pas se souvenir de lui, ou des sentiments qu'elle éprouvait pour Potter. Elle devait l'oublier pour qu'à son tour il l'abandonne. Mais il ne pourrait jamais la laisser aux mains d'un autre.
Alors qu'il lui retirait ses souvenirs des derniers mois, il enleva aussi les excuses qu'elle comptait livrer à l'Elu puis, rangeant sa baguette, il la contempla une dernière fois, la rage lui brulant les yeux.
- Ce n'est pas un adieu…
Le faible équilibre qu'il avait réussi à tenir depuis sa disparition menaçait de s'écrouler à tout moment…
Et maintenant, plus rien ne le retenait pour qu'il réclame vengeance.
