Ils avaient vaincu la Malédiction.

Ils avaient réussi. Les deux générations mêlées, il était impossible qu'un Greengrass ou un Timberwolf retombent amoureux. Mais Luke était mort, et il ne pourrait même pas partager cette joie. Car oui, ils avaient vaincu la Malédiction, mais seulement pour l'enfant qu'elle tenait dans ses bras, le serrant contre elle, les larmes aux yeux. Leur enfant. Il ne verrait jamais ses yeux noisettes ni les boucles noirs qui se dressaient sur sa tête. Il ne connaitrait pas la joie de l'élever, d'entendre son rire cristallin remplir les pièces d'une maison, de le voir faire ses premiers pas, ou prononcer ses premiers mots.

Ils avaient vaincu la Malédiction en ayant cet enfant.

Cet enfant qui avait failli être le porteur d'un pouvoir énorme – en plus de celui que son père lui avait légué par la génétique -, le pouvoir de Jordan Timberwolf. En effet, si c'était Hermione Granger qui avait accouché à sa place, alors il aurait pris tout le Fluide qu'elle contenait, et Ryan n'avait plus qu'à le sacrifier pour recevoir ce pouvoir inconsidéré. Il aurait alors pu mettre ses plans à exécution.

Ce bébé était la seule et unique raison qui permettait à Astoria d'ouvrir les yeux le matin, de supporter chaque jour alors que son cœur était parsemé d'épines et la faisait atrocement souffrir, c'était la seule et unique raison. Sans lui, elle serait allée rejoindre Luke dans l'au-delà sans attendre.

Mais ses yeux curieux et rond, qui la fixaient le plus souvent fasciné, avec l'envie de découvrir le monde qui l'entourait était une attache à la vie. Elle remerciait Merlin chaque jour de lui avoir accordé le sang de son sang, la chair de sa chair.

Néanmoins, dans les iris verts d'Astoria se lirait à jamais une peine ineffaçable.

— Je ne sais vraiment pas comment je vais expliquer ça à Kingsley… soupira Harry en se préparant dans une des chambres du Terrier.

Ginny lui réajusta sa chemise en souriant avant de l'embrasser doucement sur la joue.

— Je suis sûre que tu trouveras comment lui dire. Il faut faire quelque chose contre… contre Ryan.

Ce nom, maudit, hait, bannit, qu'elle voulait effacer une nouvelle fois de sa mémoire, qu'elle voulait oublier pour toujours.

Ce nom qu'elle avait aimé. Ses gestes se firent soudainement plus hésitants et Harry lui prit les mains, inquiet.

— Ginny…

La jeune femme avait raconté tous ses souvenirs à Harry, sans n'en omettre aucun. Il avait le droit de savoir. Elle retira ses mains, désirant se détourner du regard perçant de son, désormais, petit-ami. Il la retint, cependant, connaissant la cause de sa culpabilité.

— Tu n'aurais pas pu empêcher que tout cela arrive. (La rousse baissa les yeux en respirant profondément, retenant son appréhension.)

— Si, j'aurais pu… Ryan m'a sauvé la vie à l'hôpital. C'était lui que Pansy (le prénom se bloqua dans sa gorge mais elle trouva la force de continuer) a vu lorsqu'elle est arrivée à ma chambre. Il savait que l'oubliette qu'il m'avait lancée il y a plus d'un an allait me tuer car je commençais à me souvenir de lui… S'il me détestait alors il m'aurait laissé mourir.

— Tu es persuadée qu'il t'aime toujours mais je ne crois pas que ce genre d'individu connaisse véritablement la signification du mot « aimer ». Il est un peu comme Voldemort, en somme…

— Il n'est pas comme lui, il est totalement différent ! Je me suis servi de lui, je l'ai brisé alors que… (Elle prit sa tête entre ses mains, désemparée) Si j'étais restée avec lui, il n'aurait jamais fait tout ça. J'avais la possibilité de le sauver, de nous sauver, et j'ai tout détruit…

— Arrête ça Ginny, gronda Harry d'une voix sévère. Ryan est comme il est, tu n'aurais pas pu changer ce qu'il était. Sa rage aurait fini par empiéter par ce qu'il ressentait pour toi, et tu aurais été la seule à prendre les coups jusqu'à ce qu'il se trouve de nouvelles victimes. Sa soif de pouvoir est trop puissante pour être contrôlée, de toute manière.

— Si tu le dis…

Harry prit le visage de celle qu'il aimait entre ses mains et déposa ses lèvres sur son nez, la faisant s'empourprer. Puis il transplana en lui faisant un petit signe d'au-revoir.

Ginny repensa à la chance qu'elle avait qu'Harry lui ai pardonné puis descendit les escaliers et trouva Hermione dans le salon qui semblait en proie à un dilemme.

Elle serrait dans ses mains un papier, une sueur froide glissant le long de son dos. Le hibou devant elle, appuyé sur le rebord de la fenêtre, poussa un cri, la forçant à se hâter, mais ses gestes se firent confus lorsqu'elle approcha la lettre du bec de l'animal avant de la retirer brusquement lorsqu'il tenta de s'en saisir. Il lança un œil oblique à la brune dont les doigts tremblaient.

— Qu'est-ce que tu attends, Hermione ? Dit délicatement Ginny dans son dos.

— Je… Je ne sais pas si je veux vraiment que… Balbutia-t-elle.

— Ecoute, sourit Ginny, tu l'envoies, et tu verras bien ce qu'il se passera. Je pense que tu le regretteras si tu ne le fais pas.

Ginny savait parfaitement ce qu'Hermione tenait dans ses mains, étant donné que cette dernière lui en avait beaucoup parlé. La brune, incertaine, finit par soupirer.

— Tu as raison.

Elle se rendit dans la cuisine, prit un morceau de papier et une plume puis se mit à griffonner quelque chose sous le regard interrogateur de son amie. Elle glissa ensuite le mot dans la l'enveloppe en compagnie de la lettre. Ensuite, elle revint dans le salon et la tendit, une bonne fois pour toute, à l'oiseau qui la prit soudainement dans son bec comme s'il avait peur qu'Hermione recule une nouvelle fois. Enfin, il écarta ses ailes et s'envola dans le ciel.

Les épaules d'Hermione se voutèrent sous le poids de l'angoisse. Elle n'allait pas avoir de réponse, elle le savait.

— Qu'est-ce que tu as rajouté ? Demanda Ginny.

Un vague sourire étira les lèvres de la brune quand elle pensa au mot qu'elle avait rajouté à la lettre qu'elle avait écrit des mois plus tôt, lorsqu'elle avait voulu expliqué le tout à Drago mais qu'elle n'avait pas eu le temps.

« Cher Drago Malefoy,

Je me suis mise à beaucoup réfléchir, ces derniers temps. A propos de ce que je ressens pour toi, mais aussi de ce que je te cache. Je sais que je ne peux pas tout te dire maintenant, cependant, je pense que tu as le droit de savoir. Et si j'écris cette lettre, ce n'est pas parce que j'ai peur de te parler en face de cette vérité – bien que je crains ta réaction – mais parce que je ne survivrais sans doute pas assez longtemps pour pouvoir te raconter ce qu'il s'est passé.

Tu m'as trouvé changée, n'est-ce pas ? La Astoria que tu as du connaitre n'était sûrement comme je le suis aujourd'hui. Si tu as eu ce sentiment, sache que c'est tout à fait normal : je ne suis pas Astoria. Vient alors la grande question : Qui suis-je ? Je suis persuadée que tu as fini par te rendre compte de détails et que maintenant la réponse te saute aux yeux. Je suis Hermione Granger. La Sang-de-Bourbe que tu méprisais tant à Poudlard.

Tu vas me détester, je le sais. Je m'y suis préparé. Le fait que tu puisses me haïr… C'est étrange, n'est-ce pas ? Que j'ai si mal alors qu'auparavant, cela ne me faisait ni chaud ni froid… Je crois que quelque chose a changé. J'ai appris à te connaitre, toi, le vrai Drago Malefoy. Peut-être même que je t'apprécie.

Mais ce n'est pas de ça que je dois te parler. Les élucubrations d'une pauvre née-moldue ne t'intéresseront sûrement pas ! Je n'ai cependant pas le courage de tout véritablement te raconter… Mais si tu demandes à Narcissa, elle le pourra. De plus, elle a quelque chose à t'avouer.

Je crois bien que c'est un adieu…

- Hermione.

P.S : Ne fais pas attention aux taches sur le papier. Ce sont juste les larmes d'une pauvre idiote. Rien de plus. »

— Je le sais ça, Hermione, dit la rousse en fronçant les sourcils.

Sans s'en rendre compte, la jeune femme avait récité mot pour mot la lettre qu'elle avait écrite à Drago. Elle ferma les yeux, contenant son émotion, puis murmura en réponse à son amie :

— Je nous ai donné une chance.

« […] Retrouve-moi au parc. »

Il faisait froid. La neige parcourait les rues, recouvrait les toits, laissant derrière elle un paysage blanc et lumineux. Ses pas crissaient dans la matière alors qu'elle s'avançait vers les grilles du parc d'attraction – fermé à cette période de l'année. Une douce mélancolie l'envahit, ainsi que les souvenirs de ce qu'ils avaient partagé ce jour-là. Elle ne savait pas si ce qu'elle faisait était une bonne idée, mais elle le devait.

Pour elle. Pour Drago.

Elle jeta un coup d'œil à son cadran magique – il était en retard ! Elle se frictionna les bras, la buée s'échappant de sa bouche lorsqu'elle soupira, lançant des regards autour d'elle dans l'espoir de le voir.

Il ne viendrait pas, fut alors sa seule pensée. Désespérée, elle hésita entre hurler ou rester stoïque. Aucune des deux options ne lui parut la bonne, cependant. Quelque part, elle s'en doutait, elle s'y était préparée. Elle regarda de nouveau sa montre et se promit que s'il ne se montrait pas dans dix minutes, elle partirait.

Ce serait un adieu.

Un grincement derrière elle la fit sursauter, rompant ses noirs songes. Elle se retourna lentement et écarquilla les yeux, ne pouvant empêcher un immense sourire de fleurir sur ses lèvres.

« Il est là ! » fredonnait joyeusement son cœur en une litanie immuable qui lui réchauffa instantanément les joues.

Il se trouvait derrière la grille, l'ayant légèrement entrouverte, comme une invitation à venir le rejoindre. Ses cheveux blonds étaient recouverts d'une fine couche de neige, ce qui lui donnait un air fantomatique, malgré son visage rougi par le froid. Hermione hésitait, elle n'était venue ici que pour lui faire comprendre ses sentiments et s'excuser, néanmoins elle s'avança, passa la grille qu'il referma derrière elle.

Elle ne savait pas où il voulait aller comme ça – illégalement, de plus, mais à vrai dire son esprit était tellement remplie qu'elle ne s'en préoccupa pas. Les lieux étaient différents de ce qu'ils avaient découvert la prochaine fois. Les attractions restaient immobiles, les rires et les cris gais ne résonnaient plus, le temps s'était arrêté pour cet endroit qui attendait patiemment le retour du soleil et des vacanciers.

— Avançons, dit Drago en passant devant elle.

Elle se pétrifia en entendant le son de sa voix mais le rattrapa ensuite en voyant qu'il s'éloignait. Le ciel était couvert par d'épais nuages gris, et les flocons tourbillonnaient autour d'eux, Hermione leva le nez, appréciant le contact froid sur son visage.

« Je ne sais pas si tu accepteras cette lettre… Si tu accepteras ce que j'ai à te dire. »

Les mots qu'elle lui avait écrits sur le petit morceau de papier lui revenaient à l'esprit, comme des fantomes venus la hanter.

Ils passèrent à l'endroit où Drago avait découvert les hot dog et mangé en riant, puis devant une des attractions qu'ils avaient fait. Les souvenirs se cumulaient peu à peu et ils revivaient le moment.

« Mais ce que je ressens ne peut s'exprimer par des mots, même si j'essaye. »

Hermione trébucha contre un caillou mais il la rattrapa délicatement.

— Il vaut peut-être mieux que je te prenne la main, tu es tellement maladroite… Soupira-t-il.

Pas de sarcasme, pas une pointe de moquerie dans sa voix quand il joignit ses doigts aux siens. Maintenu par cette poigne ferme, la jeune femme ne put s'empêcher de rougir jusqu'aux oreilles et le cacha à l'aide de son écharpe dans laquelle elle s'enfonça jusqu'au nez.

« Je ne t'ai pas menti, ce jour-là, dans la clairière, alors que tu te battais intérieurement contre Greyback… »

Ils s'immobilisèrent devant la grande roue. Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase pour Hermione. Voulait-il la faire culpabiliser en l'emmenant ici, en lui rappelant ce qu'il lui avait dit ? Il s'était dévoilé alors qu'elle se cachait constamment… Il lui avait fait confiance en lui révélant ses sentiments alors qu'elle le trahissait en lui mentant.

« Je t'ai dit la vérité, la pure vérité. »

— Et si on oubliait ? Finit par murmurer Drago.

Le cœur d'Hermione s'immobilisa dans sa poitrine. Elle n'avait pas envie d'oublier, elle ne pouvait pas l'oublier ! Sa déception du se lire dans ses yeux car lorsque Drago se retourna vers elle, il rit.

« Moi, Hermione Granger… »

— Tout ce temps, tu n'étais pas Astoria. Tu as toujours été toi, et je le savais. Je l'ai su depuis le début… Mais je ne voulais pas me l'avouer, pour ne pas voir la vérité. C'était beaucoup plus simple de m'aveugler que de reconnaitre ce fait…

Du bout de ses doigts, il caressa doucement sa joue, ce qui provoqua un frissonnement chez la jeune femme.

— Je voudrais que tu oublies mes réactions excessives, ma brutalité, et tout ce que j'ai pu te faire de mal…

— Ce n'était pas toi, se pressa-t-elle de dire. Et tu avais toutes les raisons de me détester après tout… (Dans ses pupilles se lurent un sourire désolé.) Je suis Hermione Granger.

Son propre ton lui parut étrange à l'oreille.

— Exact. (Son sourire s'agrandit encore plus quand ses yeux descendirent sur les lèvres d'Hermione cachées par l'écharpe qu'il repoussa délicatement.) Tu es Hermione Granger.

Leurs respirations se mêlèrent tandis qu'il s'approchait, passant une main dans la nuque de la brune pour détruire la distance qui les séparait.

« …je suis tombée amoureuse de Drago Malefoy »

Leurs lèvres s'unirent alors que la neige arrêtait de tomber, comme si le temps lui-même retenait son souffle devant leur amour commun.


Coucou tout le monde ! Voilà, c'est la fin de la Malédiction... Mais sachez que j'écris une suite, The Last Time ! si ça vous dit, je peux aussi la poster sur ff ^^

En espérant que cette fin vous ai plus (y'a intérêt, j'ai fait une happy end ! xD) !

~Abby