Re-bonjour tout le monde (ou au moins ceux qui prennent la peine de visiter cette page!)

Voici la suite, le deuxième chapitre de Blizzard. Etant incapable de résister à mes pulsions 'postatrices' (ça ne veut rien dire mais les barbarismes sont mes amis...), je mets la suite en ligne en espérant que ça plaira à certains.

Toujours dans le petit coin 'musique', pour les addicts: First snow, d'Emancipator (très inspirant pour ce récit!).

DISCLAIMER: comme d'hab', pas les droits...

Un grand merci à vivi-chan, à laquelle j'ai répondu sur mon profil étant donné son statut de 'guest'. Encore merci!


« Tu as toujours mon briquet ? »

Assis face à face, Sanji et Ace se jaugent du regard. Ace est assez beau dans son genre, ce que Sanji n'avait auparavant pas remarqué – il avoue être plus attiré par les femmes qu'autre chose – mais qu'il ne peut ignorer maintenant qu'il se retrouve à ses côtés.

Ace se trouve être celui qu'il a empêché de sauter la veille.

Ses joues sont constellées d'une myriade de petites taches de rousseur, certaines s'étalant même jusque dans son cou. Il a bien les yeux d'un noir profond, abyssal, et les cheveux bruns foncés mi- longs, ce qui ne semble pas le gêner le moins du monde. Même assis, il est grand.

« Ouais » grogne-t-il en plongeant une main dans sa poche de blouson, le regard absent.

Il en ressort le fameux briquet, que Sanji intercepte aussitôt avec un soupir de soulagement. Il déniche une cigarette, l'approche de l'objet… et hésite. S'il l'allume dans la camionnette, il risque d'intoxiquer Ace du même coup. Il ne peut décemment pas ouvrir la fenêtre sans faire chuter la température de vingt degrés, ce qui n'est pas préférable.

Il remet la cigarette dans la poche de son jean en soupirant.

« Tiens » dit-il en faisant glisser le briquet vers son compagnon, qui le reprend vivement et le fait disparaître immédiatement.

C'est carrément étrange, la manière qu'à ce gars d'être hypnotisé par un si petit truc. Enfin, si ça peut lui faire plaisir…

« Il fait bon ici… » soupire Ace en se laissant mollement tomber en arrière. « Ce n'est pas comme dehors… Je ne comprends même pas qu'on puisse atteindre des températures aussi basses… »

Sanji ouvre de grands yeux, surpris d'entendre une aussi longue tirade sortir de la bouche du brun. Il est resté plutôt silencieux depuis leur arrivée dans son 'refuge': ils n'ont pas échangé un mot de tout le trajet retour, après qu'Ace ait violemment interrompu le délire du blond. Celui-ci lui en a voulu –c'est quand même bien agréable de rêver ! –, puis a réalisé que cette intervention lui avait sans aucun doute sauvé la vie.

Un peu plus et il s'endormait.

Maintenant, tous les deux coincés dans la partie arrière de la camionnette – sans rien d'autre à manger que les restes des rations de survie de Sanji et les dizaines de barre chocolatées que Ace garde au chaud dans son blouson – ils sont assez embêtés. Et puis, ils ne sont ni l'un ni l'autre de grands adeptes du bavardage. Surtout entre quasi- inconnus.

Enfin, il faut bien détendre l'atmosphère.

«Bon… » murmure Sanji en se passant une main dans les cheveux, « Tu fais quoi dans la vie, toi ? »

Ace se rétracte, comme si la question ne lui convenait pas. Ses yeux s'obscurcissent encore plus et il lui jette un regard tourmenté qui signifie autant 'je n'ai pas envie de répondre' que 'j't'en pose des questions ?!'.

Le cuisinier lève les yeux au ciel et se décide à détourner son interrogation sur lui-même.

« Moi, je cuisine. Enfin, je cuisinais. Je me suis fait virer du restaurant où je travaillais pour… (Il hésite)… pour une raison stupide. Vraiment. Du coup je n'ai pas-… je suis parti en camionnette. »

Ace lève les yeux, l'encourageant ainsi à poursuivre, mais les mots restent bloqués dans la gorge de l'autre qui n'a pas non plus très envie de déballer sa vie. Alors il se tait en plissant les lèvres, comme pour retenir les paroles qui cherchent à s'en échapper.

Un lourd silence vide de sens s'installe entre eux.

Sanji a les yeux qui fuient, il se demande s'il a bien fait d'amener Ace 'chez lui'. D'un côté, le brun n'a pas l'air de vivre dans un endroit précis, il donne l'impression d'un nomade ou, en tous cas, l'impression de celui qui n'a pas réellement d'adresse fixe. En ce moment, ne pas avoir d'endroit chauffé où se réfugier est terrible.

D'un autre côté, cela peut-être dangereux. Sanji sait se défendre, si jamais l'autre devenait agressif, mais il trouve ça stupide de ne pas prévoir à l'avance, de ne pas essayer d'anticiper. S'il avait eu un peu de jugeote, il aurait fait comme Ace hier il se serait enfui aussitôt 'réveillé'.

Mais ç'aurait été de la lâcheté.

« Bon, écoute » grommelle soudain Sanji, qui en a plus que marre de tourner autour du pot. « Je ne sais pas pourquoi, mais les températures à l'extérieur sont inabordables. Tu ne peux pas repartir comme ça, surtout que, de ce que j'en déduis de ton attitude, tu ne dois pas avoir trente-six endroits où te rendre. Je ne sais pas non plus pourquoi tu te baladais seul ce matin à une heure pareille –ça ne me regarde pas – mais il va falloir que tu fasses un choix. Soit tu restes ici et tu arrêtes de me fixer avec ce regard… malsain (Ace fronce les sourcils), soit tu… je ne peux pas vraiment te demander ça mais ce n'est pas possible là… soit tu t'en v-… Oh et puis merde ! »

Sur ces mots, le blond bondit vers la porte arrière de la camionnette, la fait coulisser rapidement et la referme aussi sec. Deux cigarettes apparaissent entre ses doigts striés de petites coupures minimes, qu'il allume aussi vite que possible à l'aide d'une allumette orpheline. La flamme qui apparaît à son bout vacille, fragile, tente de résister à l'air glacé qui gèle tout sur son passage puis s'éteint, vaincue.

Les lèvres du jeune homme se referment autour du bâton cancérigène.

On a beau dire, fumer un peu détend chaque muscle de son corps. Garder un repère de son train-train quotidien le rassure.

Il exhale la fumée de ses poumons avec un petit sifflement.

Aucun signe de vie d'Ace à l'intérieur. Soit il est sonné par un tel emportement, soit il n'en a rien à faire et est en train de dévorer une énième barre de chocolat en déchirant le plastique avec ses dents. Un geste qui a fait sourire Sanji, juste avant de grimacer lorsque l'autre a englouti d'un mouvement de mâchoire la barre entière, dévoilant ainsi sa bouche baveuse et un magnifique sourire carnassier à la vue de sa réaction.

Ce gars est vraiment bizarre.

Encore serait-il un peu plus bavard… Mais non, il s'enferme dans un mutisme étonnant pour quelqu'un à l'air si… puéril. Et puis, à part son prénom, il n'a rien voulu révéler sur lui. Rien. Le trajet du retour vers la camionnette a été uniquement meublé par une simple phrase :

« De toute façon, avec cette température, tous les commerces sont fermés. Les gens ont peur du froid, ils préfèrent rester au chaud. »

Sanji n'a pas rêvé, Ace a encore bien insisté sur les deux adjectifs, il en est certain. Pour lui, il s'agit d'un tic involontaire: le brun ne souffre visiblement pas de la neige au-dehors, comme si un simple blouson le protégeait aussi efficacement que plusieurs vestes faites pour résister à un froid polaire. Sanji s'en est bien rendu compte après une demi-heure à ses côtés: Ace dégage une de ces chaleurs corporelles… Infernale. Pas étonnant qu'il n'ait aucun problème à se déplacer avec un temps pareil.

Une nouvelle rafale de vent glacé vient le cueillir, secouant son corps de violents tremblements. Si les températures continuent à chuter de la sorte, ils seront bientôt transformés en bonhommes de neige. Ou agonisants.

Au moins, la neige a arrêté de s'amonceler sur les trottoirs et les routes. Elle bloque toujours son vieux tacot, mais ne constitue plus un réel problème pour se déplacer : leurs traces encore récentes n'ont pas été recouvertes. En revanche, le terrible manteau blanc ne risque pas de fondre.

Sanji s'en veut de ne pas avoir prévu la chose. Ça fait bientôt un an qu'il parcoure les routes du pays en solitaire, espionnant de temps à autre les femmes dans les cafés ou les restaurants – c'est leur compagnie qui lui manque le plus – et grappillant ici et là des informations sur l'actualité – ou la météo. Et il ne s'est rendu compte de rien.

Après tout, peut-être que personne ne s'attendait à cette vague de froid spectaculaire…

Ouais, c'est ça mon gars… Et les météorologues, ils comptent pour du beurre ? C'est pas censé être leur métier, ça ? Non, arrête de te chercher des excuses.

Oh, c'est bon hein. Il n'y peut rien lui, si la situation tourne aussi mal.

Alors là, chapeau ! Comment ça t'y peux rien ?! Je te signale que t'as failli mourir à cause d'un de tes stupides rêves éveillés, que tu as manqué de ne pas intervenir alors qu'un mec tentait de mettre fin à ses jours…

Il a hésité à réagir !

CHAR-MANT ! Malheureusement c'était pas une femme, parce-que là t'aurais même plongé pout la réceptionner, quitte à te noyer ! Un pur et simple CAS DÉSESPÉRÉ !

Et oh, on se calme !

La porte derrière lui coulisse.

« Tu parles avec qui ? »

Et merde. Il a parlé tout haut. Asile psychiatrique, bonjour, vous avez un nouveau patient potentiel.


Ace joue avec une allumette.

Le mince bâton pivote entre ses doigts agiles, disparaissant et réapparaissant au fur et à mesure de ces mouvements. Il trouve ça amusant.

L'aut' blond s'énerve comme un malade à l'avant, tapant sur son volant quand l'irritation due à son impuissance se fait trop forte. Il ne supporte absolument pas d'être coincé de la sorte.

Ace s'en fiche, lui. C'est le premier hiver que le froid asseye la ville de la sorte mais ça ne l'affecte pas plus que ça : quand il était gosse, les autres l'appelaient 'la chaudière', qu'on pouvait le laisser dehors en t-shirt à moins deux sans vraiment qu'il réagisse. Et ça n'a pas changé.

« J'en ai marre ! MARRE ! »

Et voilà, ça recommence. Ace, rieur, apporte la cigarette à ses lèvres et sort le briquet pour y faire surgir la flamme.

Il adore le feu. Il passe un doigt au travers sans le moindre problème, sans ressentir le moindre picotement, sans garder aucune trace de brulures. Il aime faire ça, discrètement, pour éviter de se faire hurler dessus. En général, les gens trouvent ça étrange, bizarre, presque effrayant. Ils ne le trouvent pas normal.

Mais ça ne le dérange plus.

« Fait chier ! »

Sanji débarque dans l'habitacle, les lèvres serrées. Il commence à faire les cent pas puis se les humecte avant de faire apparaître une cigarette dont ne sait où et de tendre la main vers Ace pour demander le briquet. Ace fait la moue, refuse. Le blond, encore plus exaspéré, recommence à tourner en rond, cette fois de manière plus cocasse.

« C'est déjà arrivé que cette fichue ville soit assaillie par la neige comme ça ?! » s'énerve-t-il en levant un bras accusateur vers le pare-brise.

Dehors, les flocons tombent toujours. Si ça continue, bientôt, le capot de la camionnette sera entièrement recouvert.

« Non. Je crois que c'est la première année. Les bulletins météo annonçaient un refroidissement, mais je ne pense pas qu'ils pensaient que ce serait fort à ce point-là… »

Sanji absorbe son regard dans la blancheur de la neige, l'air songeur. Il saisit sa cigarette entre l'index et le pouce pour tirer dessus – et alors il réalise qu'elle n'a jamais été allumée.

« Mon briquet, s'il-te-plaît. »

« Je préférerai… »

« S'il-te-plaît. Je ne suis pas d'humeur. »

Ace hésite. Et s'il décidait de ne pas lui rendre… ? Bah, tant pis. Il ira le rechercher pendant son sommeil.

« Merci. »

Cette fois, Sanji ne se soucie plus vraiment d'intoxiquer son invité ou pas. Il fait plus froid que jamais à l'extérieur, et tout ce manège commence à lui passer par-dessus la tête. Dire que la veille il observait simplement le pont où Ace était déchiré par l'envie de sauter… Tiens d'ailleurs, pourquoi ? Non, ce ne sont pas des questions à poser.

Alors le blond se rassoit, las, et annonce d'une voix vaincue.

« Bon… On va rester là le temps que ça se calme… C'est ce que font les autres dehors… En attendant, je vais préparer ce que je peux avec ce qu'on a. Tu m'en diras des nouvelles. »

Soudain, une idée émerge de son esprit brumeux.

« Au fait, t'aurais pas un portable ? »

Ace lève ses yeux noirs vers lui et hoche lentement la tête de manière négative.

« Zut. Tu dois bien être le seul. »

« Toi non plus, tu n'en a pas. »

« Moi, ce n'est pas pareil… »

« Ah oui ? Et pourquoi ? On doit avoir à peu près le même âge, on a tous les deux des situations assez précaires… »

Les prunelles de Sanji s'éclairent d'une étincelle d'intérêt, tandis qu'Ace se fustige intérieurement.

« Situation précaire ? T'as quel âge ? »

« Vingt piges. »

Le cuisinier marque un temps d'arrêt, alors que deux secondes plus tôt il était prêt à sourire. Vingt ans ?!

Mon gars, on dirait pas mais il est plus vieux que toi… C'est quoi son problème ?!

« Tu-as-vingt-ans ? »

« Ça t'étonne. Ça vous étonne tous. Ouais, ça fait vingt années que je traîne ma carcasse dans cette ville pourrie jusqu'à la moelle… »

Ville pourrie jusqu'à la moelle… Il ne la porte pas dans son cœur en tous cas !

Les secondes s'égrènent lentement et avec elles, le silence.

« Je vais me coucher… » lance soudain Ace en s'allongeant à même le sol, dans un sac de couchage usé déniché dans les affaires de Sanji.

Le blond soupire mais acquiesce.

La voix de son compagnon s'élève une dernière fois.

« Demain, je te montrerai un truc cool… »

Sanji ne sait pas ce qu'un 'truc cool' signifie pour Ace. Tout ce qu'il peut conclure de ses paroles, c'est qu'il est assez optimiste pour penser qu'ils pourront se déplacer dans quelques heures.

En jetant un coup d'œil au pare-brise, Sanji n'en jurerait pas…


Objectif: poster deux chapitre en une semaine. Done!

Personnellement, s'il y a bien une chose que je déteste, ce sont les fics en hiatus. Vous connaissez la maxime 'Ne fais pas aux autres ce que tu n'as pas envie qu'on te fasse'? Cette fic sera terminée, cependant, je ne peux pas certifier la date exacte de sa fin (comme tout le monde, je ne suis pas voyante - malheureusement ou heureusement). Je pense donc que la publication sera plus ou moins rapide et certainement irrégulière.

Sur ce, vous voyez le bouton en-dessous où est inscrit un mot commençant par un 'r'? Ce serait totalement génialissime de votre part de cliquer dessus et d'écrire quelques lignes sur votre ressenti. Vraiment.

WP.