Hello!
Post du troisième chapitre de Blizzard. Celui-ci était déjà écrit au 3/4 bien avant le chapitre deux, mais j'ai eu du mal à le finir pour faire une transition un minimum potable (et encore, franchement, on sent le minimum...). Je ne crois pas avoir grand chose de plus à dire...
Pour la musique, je ne sais vraiment pas quoi conseiller donc je vous laisse le choix, sachant que cette partie est peut-être un brin plus joyeuse avec du gros n'importe quoi à certains moments. Si vous connaissez un morceau qui irait, je suis preneuse! (Ce serait même génial de votre part de m'envoyer le titre et l'auteur par MP, si vous avez une idée).
« T'es sûr de ce que tu fais, là ? »
Ace, un large sourire aux lèvres, se retourne vers le blond.
« Il ne neige plus ! Vive le dégel ! »
Devant lui s'étale une magnifique pente – Sanji la qualifierait plutôt de 'descente de l'enfer' – qui le tente diablement.
Il s'accroupit avec excitation puis se laisse franchement tomber dans la neige…
… avant de pousser comme un forcené avec les muscles de ses bras pour projeter toute sa masse en avant. Son corps fait un bond spectaculaire sous l'impulsion et disparaît de la vue du blond qui patiente trois bons mètres derrière.
« Qu'est-ce que… MAIS IL EST TIMBRÉ ! »
Le cuisinier franchit en un temps minime la distance qui le sépare de la pente pour jeter un regard effrayé vers le bas. Ace glisse comme sur une luge en hurlant – et peut-être même plus vite que sur une luge.
« C'EST TROP COOOOOOOOOOOOOOOOOOL ! »
Sanji gémit. Non, ce n'est pas trop cool. C'est le genre de trucs qui lui dresse les poils des bras, qui lui éjecte les yeux des orbites, qui maltraite ses doigts de chef… C'est la terreur absolue.
En bas, le point de la taille de l'ongle du blond représentant son accompagnateur bouge.
« Tu viens ? » entend-t-il de là où il est.
Il n'hésite pas une seule seconde.
« Très peu pour moi ! Je tiens à la vie ! »
« Mais c'est marrant ! Arrête, tu peux pas laisser passer ça ! Si tu te décides pas, je viens te chercher ! »
« Dans tes rêves, gamin ! »
Ok, ce n'est pas très sympa de dire ça – et en plus faux, puisqu'il a vingt ans et lui dix-neuf – mais Sanji avait envie de le dire. Ça lui fait se sentir… puissant. Plus grand, plus âgé. Plus cool.
Peut-être même plus charmeur – charmant.
« Je ne suis pas un gamin ! T'es plus petit que moi ! »
Ace, ou comment casser de manière fine les rêves des gens.
« On s'en fiche ! Je reste ! »
Ace ne répond pas, ou plutôt il répond à sa manière ; le petit point qui le représente commence à remonter la pente le plus vite possible, ce qui ne plaît mais alors pas du tout à Sanji.
Fichu. T'es dans la mouise jusqu'au cou si tu ne bouges pas.
Mais non. Tout va bien se passer.
Tant pis. Tu l'auras voulu.
Mais non.
« Mon gars, tu vas déguster ! » s'exclame les lèvres surmontées des joues rougies par le froid d'Ace qui se précipite sur lui.
Sanji n'a pas le temps d'esquiver, pas le temps de s'enfuir. Il se rend compte bien trop tard que, comme d'habitude, sa conscience avait raison sur toute la ligne.
« BANZAÏ ! »
Le sol se rapproche très rapidement, puis la sensation de glisser à une allure folle le prend aux tripes. Il n'entend plus que le sifflement du vent déchaîné et le rire d'Ace qui s'est jeté à ses côtés sur la neige.
Sanji ose ouvrir un œil.
Et reste ébloui.
Ok, ce n'est sans doute pas la meilleure chose à faire, c'est dangereux et mal vu. Mais bon sang, dévaler une pente à cette vitesse merveille et avec un si joli panorama, ça vaut tous les risques du monde. Le manteau blanc scintille sous un rayon de soleil, il fait presque bon et il a l'impression de voler.
Jusqu'à ce qu'Ace braille d'un coup :
« COLLISION ! »
Avec horreur, Sanji voit alors débouler une petite forme grise, qui se trouve très rapidement identifiée comme étant un chien. Un chien suicidaire courant en plein milieu de leur piste.
Plus que deux secondes…
Sanji a tout juste le temps de le voir se retourner et pousser un jappement effaré avant de percuter le corps.
SBAM !
Il ferme les yeux sous le choc, les dents serrées. L'impact se répercute dans chacun de ses membres engourdis et les secoue affreusement, lui arrachant un grognement heureusement inaudible.
L'épisode glissade se termine brutalement lorsqu'il heurte un nouvel obstacle. Cette fois, la chose reste de marbre et stoppe net le blond.
Il lui semble que ses poumons se vident.
« Chouchou ! » crie quelqu'un proche de son oreille. « Chouchou, est-ce que tu m'entends ?! »
Chouchou n'a pas l'air de t'entendre, en revanche moi si, je t'explique.
« Oh mon Dieu ! OH MON DIEU ! ASSASSINS ! CHOUCHOU NE REPOND PLUS ! »
Sanji lève difficilement la tête, une voix au fond de son crâne lui conseillant de se faire discret. Le dernier obstacle était en fait un vieil homme pas très grand, mais apparemment assez solide pour arrêter sa course sans se faire emporter. Son regard déborde de fureur tandis qu'il pointe un doigt accusateur sur quelqu'un devant lui, qui doit être Ace.
Et tout ce qu'arrive à penser la conscience du blond est:
Oh mon Dieu, ce gars a des favoris…
Il s'en pendrait. La honte.
« Mais monsieur… » balbutie la voix d'Ace à quelques pas de là, « c'est votre chien qui est venu se placer en plein milieu de notre trajectoire… On n'y est pour rien, je vous jure… »
Hurlement ou explosion.
« NE JUREZ PAS ! »
D'accord. Moment ou jamais de se tirer le plus vite/loin possible.
Sanji fait preuve de capacités de régénération étonnantes en se redressant brutalement, une main en train d'épousseter de manière aussi désinvolte que possible ses vêtements trempés. Ridicule et inutile, mais classe.
« Eh bien monsieur, je crois que nous allons devoir nous quitter… »
Le blond s'approche de 'Mr. Favoris' et saisit sa main pour y fourrer lestement un objet rectangulaire dans la main.
« Un excellent dédommagement en ces temps difficiles ! » (il saisit la manche d'Ace) « Ravi d'avoir fait votre connaissance, et prompt rétablissement à Coucou ! »
Et hop ! Le temps que le vieil homme réagisse, ils sont déjà loin. Sanji a toujours été doué pour se tirer d'affaire subtilement.
Ils s'affaissent dans une rue un peu plus loin, les hurlements furibonds de 'Mr Favoris' derrière eux.
« Tu lui a filé quoi ? » râle Ace, plié en deux alors qu'il essaye de reprendre son souffle.
Sanji s'appuie difficilement contre le mur.
« Une barre chocolatée. 'En ces temps difficiles'… »
Ace gémit, rire lui massacre les côtes, il a des élancements.
« Au fait… »
« Hum ? »
« Chouchou, pas Coucou. »
Ils se jettent un regard mutuel.
Puis explosent de rire.
« C'était cool, non ? »
Sanji se passe une main sur le visage, les traits tirés par la fatigue. Il allumerait bien une cigarette, mais il commence à manquer, il ne lui en reste plus que deux. Maigre butin.
« Je ne sais pas, au fond, si 'cool' est LE mot qui définirait mieux ça... C'était, hum… Je ne sais pas exactement, c'était sympa, rafraichissant, marrant… »
« Cool, quoi. »
Sanji lance un regard noir à l'impertinent, qui presse sa manche contre sa bouche pour dissimuler son sourire.
Contagieux.
« Bon, on va chercher quelque chose à se mettre sous la dent. On n'a rien mangé d'autre que des barres chocolatées, si ce n'est pas une misère ! »
Ace hausse les épaules, mais suis le blond lorsque celui-ci fait quelques pas dans une direction prise au hasard. Avoir l'idée, c'est bien. Savoir comment la mettre en œuvre, c'est mieux.
« Hum… » bafouille-t-il, essayant de se donner une contenance, « est-ce que par hasard tu saurais où on peut trouver un magasin ? »
Le brun lui offre un nouveau sourire joueur.
« Suis-moi ! »
Il prend le sens inverse avec une jubilation non retenue. Sanji – comme d'habitude – hésite puis se décide à emboîter le pas de son 'ami'.
Etrangement, même s'ils ne se connaissent que depuis deux jours, le courant passe plutôt bien. Quelques heures plus tôt, Sanji n'en aurait pas mis sa main au feu. Mais l'épisode de Coucou – Chouchou – la glissade, leur franche rigolade ont changé la donne. Le blond est plus décontracté, il commence même à trouver que la neige a des vertus, comme celle de lui éviter une solitude qui deviendrait pesante, à la longue. Même si pour ça il doit se taper un brun tapageur et complètement barré.
Celui-ci marche d'un pas rapide, tournant de temps à autre la tête pour voir s'il est bien suivi. Dans ces moments-là, un grand sourire vient fendre son visage en deux, ce qui lui donne un air indéniablement plus jeune. Beau, aussi.
« Où est-ce qu'on va ? » s'inquiète soudain Sanji, farfouillant dans ses poches dans l'espoir de dénicher un paquet salvateur.
Et – ô miracle ! – ses doigts rencontrent un petit bâton, bonheur de son cœur et malheur de ses poumons. Il le guide aussitôt entre ses lèvres.
Mmmmh…
Néanmoins, il n'a pas oublié que son briquet n'est plus en sa possession. Il tend le bras vers Ace puis… hésite.
Non.
Sa main retombe le long de son corps. Il se saisit de sa cigarette, l'écrase dans sa paume et la laisse retomber au sol. Petite poussière grise meurtrière.
Même s'il ne sait vraiment pas ce qu'il fait.
« J'y vais souvent. C'est un tout petit supermarché. Les caissières viennent pas toujours. En fait, je crois que tout le monde s'en fiche un peu, de ce magasin. »
« Excuse-moi mais s'il n'y a personne… Comment on va faire pour rentrer et payer ? »
Il y a un silence. Sanji n'est pas bête, il comprend avec quelques secondes de retard.
« Ah, ok. Ça ne te dérange pas tant que ça de voler ? »
Depuis un petit bout de temps, Ace lui tourne le dos. Ses épaules se voûtent lentement mais sa voix ne flanche pas lorsqu'il reprend la parole. S'il y a une réaction, elle est bien physique, pas morale, et bien enfouie au fond du brun. Mais rien n'est sûr.
« Non. Et puis franchement, tout le monde s'en fiche. C'est paumé. Personne n'y va plu : le commerce fait faillite. Et avec la neige, je suis sûr que c'est fermé. Mais je connais une entrée discrète. »
« Et pratique ? »
Ace se fige et fait volte-face.
« Pas vraiment. »
Il se gratte l'arrière de la tête d'un mouvement désinvolte et plisse les yeux, un immense sourire découvrant sa mâchoire entière. Décidément, si le brun voulait un jour séduire, il n'aurait aucun mal à trouver une amie rapidement.
« Ouais, ça nous arrange pas. M'enfin si tu veux pas te nourrir essentiellement de barres de chocolat dans les prochains jours, on n'a pas trop le choix. »
Le fumeur acquiesce. Puis ferme les yeux.
« D'accord. »
Le sourire d'Ace tombe mais pas les rides autour de ses yeux qui témoignent de sa joie, bien cachée. On dirait un grand gamin, un enfant qui s'amuse de la situation.
Il reprend ensuite sa marche avec célérité. Sanji le rattrape et décide d'avancer à ses côtés, essayant de lutter contre le réflexe instinctif qui lui ordonne de se mettre à la recherche d'une cigarette sur le champ.
Il résistera.
Peut-être.
« On y est. »
C'est un bâtiment gris, ni très haut, ni très large. Miteux. Les murs noirs, crasseux, ont sans aucun doute connus des jours meilleurs. Les vitres ont été brisées à plusieurs endroits par des impacts d'origine inconnue, sûrement par une arme dangereuse, peut-être même un revolver. Quant à la luminosité, on n'y voit absolument rien. Les rayonnages sont sombres, semblent vides.
Cependant, on ne peut pas s'y tromper au vue de la petite lumière dans les yeux noirs d'Ace.
« Qu'est-ce qu'on attend alors ? » lance Sanji alors que ses lèvres s'étirent dans un petit sourire sarcastique.
Son compagnon hausse les épaules, les contours de ses yeux toujours plissés. Il doit être hilare, au fond de lui-même.
« Que tu avoues ton désintérêt pour les barres chocolatées. J'attends. » rétorque Ace en se mordant les lèvres.
« Mon Dieu, j'avoue tout ce qu'il faut. Mais par pitié, je veux arrêter d'ingérer ces choses industriellement modifiées. »
« Des CIM quoi. »
« Tout à fait. Une horreur. Enfin, est-ce que ce serait stupide d'espérer dénicher des produits frais dans ce taudis ? »
« Débile. »
« Je m'avoue vaincu. C'est une petite mort pour un cuisinier. »
Les sourcils du brun atteignent des sommets.
« Mes condoléances. »
Sanji grogne et, sans s'en rendre compte, monte une nouvelle cigarette sortie d'on ne sait où à sa bouche. Automatiquement, Ace l'allume d'un geste vif.
« Merchi. »
Puis, il ajoute :
« Paix aie mon âme. »
Ace ricane puis sautille d'un pied sur l'autre, avant de bondir en avant avec cet air enfantin qui lui va si bien.
« J'ai faim. »
« Let's go ! »
Ace bondit en avant et fonce vers l'arrière du bâtiment pour disparaître de la vue du blond. Largué, Sanji se presse à sa suite.
En effet, il y a une entrée et en effet, elle n'est pas pratique. C'est une porte de service condamnée par de grosses planches de bois brunes. La plupart pendent lamentablement dans le vide, certaines tiennent encore par miracle. Ace se charge d'achever le miracle en donnant de grands coups de pieds dans le bois vermoulu, lorgné par un blond qui cligne des yeux pour être bien sûr de ce qu'il voit.
Mais oui, Ace fait ça tous les jours, mais enfin, c'est habituel pour lui !
Et c'est que maintenant que tu comprends dans quel foutue situation tu t'es mis…
Ce qui est fait est fait, comme on dit. Et puis quand on a faim, on a faim.
Génial, voilà monsieur le grand philosophe…
Soudain, la porte craque et Sanji sursaute. Jetant une série de coups d'œil aux alentours, il vérifié anxieusement que personne ne les a vus. Ce n'est pas dans ses habitudes de braquer un magasin, même vide.
Il emboîte néanmoins le pas au brun quand celui-ci s'introduit dans le puit noir qui leur fait face sans repousser le bout de porte défoncée derrière eux.
Ils avancent dans l'obscurité, tâtonnant à droite à gauche dans le but de trouver la lumière. Les résultats de leur recherche sont nuls. Sanji finit par agripper le t-shirt de son compagnon tandis que celui-ci se guide à l'instinct et au peu de souvenirs qu'il lui reste.
« Ah ! C'est bon, j'ai la poignée ! »
« La poignée de qu… »
Les mots se coincent dans sa gorge alors que la lumière du dehors l'assaille. Les vitrines crasseuses laissent passer un flot de soleil qui se déverse sur les rayonnages autour d'eux. En s'approchant, le blond aperçoit les empreintes de pas qu'ils ont laissées comme seul trace de leur passage. Il y a celles, grosses et profondes, des boots noirs d'Ace et les siennes, plus simples et fines. C'en serait presque touchant…
« Hey cuistot ! Les produits congelés du coup, c'est pas la peine ? »
Sanji soupire, interrompu dans sa rêverie. Qu'elle rustre ce crétin!
« Sauf si t'as envie de crever. En gros, on évite. Ils ont eu assez de temps pour se réchauffer, je suppose. Cherche plutôt des choses sèches, des biscuits, des gâteaux, des bonbons même ! Et prend de l'eau, je commence à avoir vraiment soif… »
Il y a un grand fracas dans les rayonnages qui étire un sourire amusé sur les lèvres du blond. Ace ne se le fait pas dire de fois, il s'exécute sans faire d'histoire.
Sanji se décide enfin à rejoindre Ace et à fouiller lui-aussi dans l'immense fatras qu'est la boutique. L'autre n'a pas menti : tout semble abandonné depuis bien longtemps déjà, plus personne n'est venu ranger les étagères depuis un bon moment.
« Ch'est bon, ch'ai tout che qu'il faut », grogne soudain une voix derrière lui.
Ace, la bouche pleine de spéculoos, ou la séduction incarnée.
« Qwoa ? Pourquoi tu me rech'ardes comme cha ? »
Soupir. Qu'a-t-il bien pu faire à Dieu pour tomber sur un spécimen pareil, hein ? Même pas foutu de manger correctement…
« Rien. Passe-moi un peu d'eau. »
Ace lui tend la bouteille, il l'ouvre, avale goulûment quelques gorgées et se détend un peu. C'est bon. Personne ne va les pincer.
« On fait quoi maintenant ? », demande-t-il en haussant les sourcils alors qu'Ace déchire l'emballage d'un nouveau paquet de biscuits aux pépites de chocolat.
Le brun lui répond par un sourire en coin, charmeur.
« J'ai une idée. Vu qu'on n'a rien d'autre à faire, je vais te présenter des amis. »
A la prochaine pour les quelques lecteurs - anonymes ou non - qui passent de temps à autre. Merci à eux.
