Bonjour tout le monde!
Un grand merci à pelotte K pour sa review à laquelle j'ai répondu par PM! J'ai aussi fait un grand nettoyage dans tout Blizzard à la chasse aux fautes mais il doit en rester, c'est tellement vicieux ces petites choses là... Enfin bon, voici le sixième chapitre de Blizzard à l'atmosphère bien plus sombre que les précédents mais surtout plus riche en révélations sur ce qui a amené Ace là où il est à présent.
Désolée pour le retard d'une journée mais je n'avais pas tout relu hier. Je poste donc aujourd'hui et encore désolée!
Personnellement, je trouve que "Ezio's family" (BO d'Assassin's Creed 2) est parfait pour la lecture de ce chapitre. Tentez le coup!
Il ne neige plus…
Non, il ne neige plus. Les nuages ont progressivement disparu pour laisser la place à un ciel blanc, froid et brillant, presque agressif pour les yeux. On dirait un bout de métal chauffé à blanc.
Ace avance d'un pas bancal, les mains dans les poches. C'est qu'il aurait presque froid, maintenant que le beau temps est revenu. Il lui arrive de croiser de temps à autre un passant pressé qui lui jette un regard désintéressé, le plus souvent avec un paquet de vivres sous le bras. Les gens recommencent à sortir.
Bientôt, les parcs retentiront de nouveau de cris d'enfants. Les parents se presseront tôt le matin pour rejoindre leur travail. Les personnes âgées claudiqueront sur les trottoirs pour aller se ravitailler, heureux d'avoir pu tenir sur leur réserve de vivres.
Et dans toute cette populace endiablée qui retrouvera le monde réel, il y en aura forcément qui le reconnaîtront. Ce sera la fin de la belle vie, le retour dans le trou.
Pour lui, le Blizzard est une échappatoire.
Enfin, pour le moment, la rue ne grouille pas de monde. Il est quasiment seul. Si on fait abstraction des quelques lumières qui brillent derrière les rideaux des fenêtres au-dessus de lui, on pourrait même presque croire qu'il est la seule personne encore vivante sur une planète dépeuplée. Presque.
Et Marco ?
Marco doit se terrer dans un coin, c'est bien connu. Il a peut-être même une idée d'où. L'unique endroit où personne – à part Ace – n'aurait l'idée de chercher.
Dans un arbre.
Le parc municipal est fermé quand Ace arrive devant la grille. Aucun problème.
Le brun se saisit d'un barreau froid, serre le plus fort qu'il peut et se hisse en faisant bien attention à répartir son poids là où il faut. Pied droit puis pied gauche. Il se soulève de toute sa masse… un mètre de plus de dévoré. Ainsi, mètre par mètre, il arrive au sommet.
Puis il tourne sur lui-même pour passer de l'autre côté de la grille.
L'opération peut paraître simple mais ce n'est pas pour autant qu'elle l'est. Combien de fois Ace a-t-il dû prendre la poudre d'escampette alors qu'une mère en furie lui hurlait dessus parce que son gamin avait voulu suivre son exemple ? Il ne les compte même plus.
Il atterrit souplement de l'autre côté, les pieds en avant, puis se redresse en vérifiant que tout va bien. Bon, ça a l'air d'aller, il a bien encaissé le choc.
Il reprend son chemin d'un pas tranquille, avançant entre les rangées d'arbres morts et décharnés qui tendent désespérément leurs bras vers le ciel, espérant peut-être une quelconque pitié, un peu de lumière et d'eau de sa part. En hiver. Autant demander de la neige en pleine canicule.
Il n'y a même plus d'écureuils, aucun animal à gambader sur le gazon poudreux. Ici, tout est blanc, poudreux, moue. Ici, tout est glacial.
Soudain, Ace s'arrête.
Il vient d'arriver devant un chêne, le plus grand, le plus solide, le plus vieux, le plus tenace du parc. Un chêne antique où les gosses aiment grimper à la saison chaude, quand leurs mères ont le dos tourné. Un chêne aux branches multiples mais au tronc creux, qui tiendrait presque chaud quand il fait froid. Un chêne que Ace apprécie autant que…
Marco.
Silhouette perchée comme un oiseau, niché au cœur de l'arbre.
Marco.
« Est-ce que, depuis que tu le connais, tu as remarqué que Ace avait un comportement bizarre ? »
En entendant cette phrase, Sanji a soudain envie de répondre : « c'te blague ».
Un comportement bizarre ? Depuis qu'il le connaît, Ace a toujours été bizarre. Il a essayé de sauter dans les remous gelés de la rivière, il s'est enfui avec son briquet pour réapparaître le lendemain et, par la même occasion, lui sauver la vie, il lui a montré comment faire de la luge sur une pente déserte avant de cambrioler un magasin, il l'a amené ici, à la planque, puis à déserter pour retrouver un ami… Est-ce que quelqu'un de 'normal' ferait ça ? Sanji a de gros doutes.
Et puis d'abord, qu'est-ce que c'est que cette question ? Nami peut-elle être aussi aveugle ?
« Tout dépend de ce que tu considères comme un 'comportement bizarre' », finit-il par répondre du bout des lèvres, presque méfiant.
Elle veut sans aucun doute parler de sa tentative manquée de suicide. Le reste de leurs aventures ne doit pas être assez 'bizarre' pour qu'elle prenne la peine d'y songer. A-t-il le droit de divulguer ce qui s'est passé ce soir-là ? Pas vraiment. Lorsqu'il a volontairement arrêté le geste d'Ace, un accord tacite s'est fait entre eux, celui de ne rien révéler des événements qui avaient failli avoir lieu. Raconter cela à Nami, ce serait violer ce pacte silencieux et, dans un sens, trahir Ace. Bizarrement, Sanji a développé une forte affection pour le brun dont il ne se rend compte que maintenant.
Mais, justement pour le bien d'Ace, ne devrait-il pas tout déballer à Nami ?
Sanji a lâché son croissant depuis longtemps. Les sourcils froncés, il enfouit sa main tremblante dans sa poche pour masquer sa réaction à la rousse. Celle-ci fait les cent pas, attendant vainement qu'il développe pour reprendre la parole à son tour. Voyant qu'il n'ajoute rien de plus, elle souffle comme un bœuf et finit par s'assoir en tailleur en face de lui, mordant férocement dans son croissant.
« Je ne te demande pas la mer à boire. Est-ce que tu as trouvé Ace étrange par moments lorsque tu étais avec lui ? Est-ce qu'il a fait quelque chose d'anormal, quelque chose de… Je ne sais pas moi ! Quelque chose que tu ne verrais pas le commun des mortels faire en temps normal ! »
Sanji reste de marbre. Il hésite toujours. Il a beau être au service de toutes les femmes quelles qu'elles soient, il n'en reste pas moins un homme avec des principes.
Principes qui s'envolent au fur et à mesure du discours de la voleuse.
« OK, on va faire un deal. Pas d'argent en cause cette fois, juste des paroles. Si tu me racontes ce que je veux savoir, je te raconterais ce que toi tu veux savoir. Tu as forcément des interrogations. Je suis sûre que je peux y répondre. »
Les mots dévalent alors instinctivement les lèvres du blond avec ironie et sans qu'il puisse les arrêter.
« Pourquoi le soleil est plus chaud l'été que l'hiver ? »
Nami sourit d'un air espiègle.
« Le soleil ne change pas de température. Tout dépend de la position de la Terre par rapport à lui : l'hiver, le Pôle Nord est dans l'ombre, il fait donc plus froid sur la moitié Nord de la Terre tandis qu'il fait chaud dans le sud. Le phénomène inverse se produit pendant l'été quand le Pôle Sud est dans l'ombre et où il fait jour au Pôle Nord. Compris ? »
Sanji acquiesce, éberlué d'avoir reçu une réponse aussi rapide.
« Maintenant que tu m'as posé une question, c'est mon tour. Pas la peine de protester », renchérit-elle sévèrement. « Hum… Est-ce que Ace a tenté de mettre le feu à ta camionnette en ta présence ? »
« Non. Depuis combien de temps vous vivez dans la rue ? »
« Moi, un an : Kaku et Kumadori, sept mois. Est-ce qu'il s'est déjà énervé, est-ce qu'il a eu des réactions violentes ? »
« Je crois qu'il s'est plusieurs fois de suite renfermé sur lui-même quand je lui posais des questions assez indiscrètes. Mais rien de plus. Est-ce que tu aimes vivre ici ? »
« A ton avis ? Je préférerais largement être installée dans un studio douillet où Ace n'aurait pas à allumer un feu pour nous réchauffer quand il neige dehors. Est-ce qu'il s'est déjà caché à la vue de certaines personnes que vous avez croisées ? »
Silence. Puis…
« Oui. C'était une femme d'une trentaine d'années, brune avec un sourire d'ange. Joli comme un cœur. »
« Makino » souffle aussitôt Nami.
Elle a les yeux perdus dans le vague, nul doute qu'elle voit de qui il veut parler. Et ça ne semble même pas l'étonner.
Sanji commence à en avoir assez d'être laissé pour compte dans une affaire qui, maintenant, le concerne autant que les autres.
« Qui est cette Makino ? D'où vient Ace ? Pourquoi tu me poses toute ces questions ? »
La rousse sursaute, comme réveillée en plein songe. Elle lui jette un regard sombre, entre la colère et la désapprobation.
Nul doute qu'il va être servi.
Il neige.
Ça a recommencé. Les flocons tombent avec abattement des nuages au-dessus d'eux, dernier sursaut de la tempête qui se sait condamnée. Le soleil revient, plus fort que jamais.
Ace est installé contre le tronc de leur chêne aux côtés de Marco. Le blond bouge à peine, les paupières closes et la respiration calme.
« Si tu t'endors, tu meurs. » le prévient Ace en lui secouant l'épaule.
Marco se dégage de l'étreinte avec un agacement palpable avant de faire mine de se ré-assoupir. Ce n'est qu'un jeu, Ace le sait, mais il a toujours du mal à ne pas réagir quand Marco mime l'endormissement. Peut être qu'il est trop sensible pour ça.
« Ça ne m'amuse pas, Marco. C'est pas marrant du tout. Imagine que, d'un coup, tu t'endormes vraiment. Je ne pourrais pas savoir si tu le fais exprès ou non et tu… mourrais bêtement sans que je fasse rien contre… contre ça. »
Marco rouvre les yeux.
« Calme-toi. Je ne compte pas crever maintenant. J'ai encore quelques « belles » années devant moi ! »
« Fais attention, c'est tout ce que je dis. »
« Ace aurait-il enfin gagné en maturité ? Tu n'étais pas comme ça avant… »
« C'est bon, j'ai compris. »
Le blond hoche lentement la tête.
« Désolé. Un jour tu réaliseras que certaines choses t'échappent et t'échapperont toujours, sans que tu puisses rien faire contre elles. Laisse le passé là où il est, tu t'en porteras bien mieux. Tu te fais du mal pour rien en ce moment. »
« Et si on changeait de sujet ? Je ne veux pas en parler. J'ai croisé Makino hier, ça m'a bien suffit… »
« Tu as croisé Makino ? »
Ace acquiesce.
« Tu as lui demandé des nouvelles au moins ? »
Ace se tasse contre le bois et se renfrogne.
« N'importe quoi », soupire Marco. « Et après on dit que c'est moi qui n'est pas sociable… »
Un flocon téméraire vient s'accrocher sur les sandales du blond. Encore moins frileux que Ace, il les porte même en hiver sans jamais attraper du mal. C'est peut-être aussi pour ça que ces deux-là s'entendent si bien en temps normal : ils sont aussi étranges l'un que l'autre et attirent autant la chaleur.
En attendant, ils sont bien embêtés. Marco ne veut pas vexer Ace, mais il était beaucoup plus tranquille et paisible avant sa venue. Surtout que le brun est toujours aussi buté. Quant à Ace, il cherche un sujet de conversation stable sans en trouver. Un sujet de conversation où ils pourraient parler sans entrave, mais qui ne concerne ni ce qui s'est passé (inabordable), ni leur situation actuelle (pas glorieuse), ni leur futur (très hypothétique).
En somme, il cherche l'impossible.
Alors le silence s'installe et avec lui, la neige qui tombe.
« Ça fait beaucoup à répondre » siffle Nami, récalcitrante. « Je veux bien te dire ce que tu as envie d'entendre, mais alors j'aurai aussi le droit à une dernière question à laquelle tu devras répondre. »
« Ça marche. »
Nami se relève alors brutalement, laissant le bout de croissant qui n'a pas été mangé abandonné sur le sol. C'est le moment que choisit la neige pour se manifester.
Manquait plus que ça…
Sanji suit la rousse lorsqu'elle quitte la pièce, traverse ce qui a dû être – quand l'immeuble était encore habitable –, une salle de bain, puis sort de l'appartement squatté par Kaku, Kumadori et Nami. Ils se retrouvent sur le palier qui possède encore un plafond, par bonheur. L'endroit est sale mais moins froid que le reste.
Nami ne lui laisse pas le temps de s'extasier sur le fait d'avoir un toit au-dessus de sa tête : elle s'engage dans les escaliers menant aux étages supérieurs à toute vitesse, s'arrête au palier suivant, ouvre une porte qui pend sur ses gonds et entre dans une pièce aux murs noirs de suie et qui empeste la fumée, la destruction, la mort. Des cendres recouvrent presque entièrement le sol.
Son guide s'avance sans prêter garde aux menus détails et saisit un sac que Sanji n'a pas aperçu auparavant, empilé avec un tas d'autres objets dans un coin. Le sac est d'un jaune pétard et ne devait pas être là au moment où la pièce a été détruite puisqu'il est encore en bon état. Nami tire sur les cordons qui le ferment et plonge sa main à l'intérieur. Puis elle en sort une photo.
« Tu le reconnais ? »
Sanji ne peut que pâlir, hébété.
Ace et Marco marchent côte à côte.
« Ace ? »
« Hum ? »
« Ça va faire combien de temps ? »
La bouche du brun s'affaisse.
« Deux ans. »
« Tu le reconnais ? »
Bien sûr qu'il le reconnaît. C'est Ace, à n'en pas douter. Mais un Ace avec un sourire qui lui mange toute la figure, un Ace aux yeux rieurs, un Ace à l'air plus heureux que jamais. Un Ace encore adolescent, aux joues rondes et à la silhouette pas encore tout à fait formée. Un Ace qui n'existe pas aux yeux du cuisinier.
« La photo date d'il y a deux ans. Juste deux années. »
Sanji cligne des yeux.
« Impossible. »
« Mais pourtant vrai. Tu ne vois pas quelqu'un d'autre ? »
Sanji plisse les yeux. Derrière Ace, il aperçoit une main et… Un autre garçon. Grands yeux couleur chocolat, lèvres rosées, joues pleines et roses, petit nez en trompette et chapeau de paille posé sur ses cheveux en bataille. Il s'accroche à Ace d'un air boudeur.
« Ace avait dix-huit ans. Il faisait jeune, hein ? Seulement un an de moins que toi. Oui, j'ai fouillé dans ta camionnette et j'ai vu ta carte d'identité. Je connais ton âge et beaucoup d'autres choses, pas la peine d'en faire tout un plat... »
Nami prend une grande inspiration.
« L'autre, c'est son petit frère, Luffy. Ils vivaient ensemble à l'époque. C'était leur oncle Shanks qui s'occupait d'eux. Selon Ace, il adorait Luffy plus que lui. Je connaissais de loin la fratrie, je vivais déjà dans la rue à l'époque, pour des raisons qui ne regardent que moi. Luffy était adorable, un véritable ange. »
Sanji ne peut s'empêcher de déglutir. Il sent très mal la suite.
« Un type pas recommandable du nom de Teach venait de s'installer dans l'immeuble où ils vivaient tous les trois. Un type dangereux, qui aimait beaucoup jouer avec le feu. Tu crois que nous sommes où, là ? »
L'incompréhension se peint sur le visage du blond.
« Je ne comprends pas. »
« Nous sommes dans une chambre d'enfant. »
Sanji se tourne alors vers les murs noircis. Vers le sol recouvert de cendres. Vers la fenêtre dévastée. Vers le papier peint qui se dessine encore à certains endroits, vers les cadavres sombres des meubles qui n'ont pas résisté. Pas résisté à l'incendie.
« Tout l'immeuble a brûlé. L'enquête a révélé après que Teach avait un peu trop manipulé le feu et que ça avait tourné au cauchemar. Tu n'habites pas en ville, tu ne peux pas savoir : à l'époque ça avait fait la une des journaux locaux qui avait surnommé l'événement « L'enfer de la rue Brel ». Tout a brûlé, sauf la charpente, c'est d'ailleurs pour ça que l'immeuble est encore debout. Ce jour-là, d'après ce que j'en sais, Shanks travaillait et Ace était censé s'occuper de Luffy. Mais il a préféré sortir avec ses amis : Luffy avait quatorze ans, il pouvait bien se garder tout seul. Tu peux aisément deviner ce qui s'est passé ensuite… »
« Luffy est… »
Nami baisse la tête.
« Essaye un peu d'imaginer la culpabilité d'Ace. »
Une review pour me dire ce que vous en pensez?
