EP4 : BEAST
Jour 177
Un soleil rouge se lève sur la vallée. Beaucoup de sang a coulé cette nuit. « Je pensais que ce monde m'avait révélé toutes les horreurs dont il était capable. Mais ce qui s'est produit la nuit dernière… Jamais je n'aurais pensé cela possible… ». Le groupe quitta les lieux de leur dernier campement, accélérant le pas. Ils ne prirent la peine de se retourner vers les corps brûlant sur le bûcher, préférant partir au plus vite. « Pourtant, c'est arrivé…Et on a rien pu faire. » Une, puis deux voitures défilèrent sur la route, ce suivant de près. « Marcus… Il n'est plus le même depuis ce qui s'est passé… Il est froid, distant. » L'ancien marine descendit du premier véhicule. Il se rua vers la station essence, commençant à fouiller les lieux. Derek le rejoignit, vérifiant s'il restait de l'essence dans une des pompes. Son frère se retourna vers lui, dans l'attente d'une réponse. Derek baissa les yeux, secouant sa tête de gauche à droite. Marcus leva les yeux au ciel, l'air fermé. « En un sens, je le comprends. Après tout ce qu'on a vécu… On a tous le droit de craquer. » Assise sur un tronc d'arbre, Blair fondit en larmes, ne pouvant contenir sa peine. « Les autres ne veulent rien savoir, parce qu'ils ont peur d'entendre la vérité, mais… ». Le groupe marche avec nonchalance. La fatigue les guettait à chacun de leurs pas. Derek posa les yeux sur son frère, quelques mètres devant lui. Marcus avançait, serrant les dents, tête basse. Il ne pouvait s'arrêter maintenant. Alors il continua de marcher. C'était la seule chose qu'il était encore capable de faire. « Chaque jours qui passent nous rapproche de notre mort… Et tôt ou tard, ce monde nous détruira… ». Derek referme son carnet, l'air hagard. « Il a déjà commencé son travail… Et ce n'est pas fini… ». Il y eut un cri, puis un bruit de craquement. Un lourd silence leur succéda. Sur l'herbe se répandait une mare de sang.
DAYZ
Jour 176
Cela faisait maintenant des heures que le groupe marchait. A sa tête, Marcus, d'abord concentré sur ses pas, se retourna vers les siens, fusil à pompe en mains, les motivant de sa forte voix. Jackson, exténué, fit une remarque déplaisante à son égard, le comparant à un robot, ne pouvant croire au fait qu'il était humain. Marcus, entendant ses propos, lui demanda de répéter ce qu'il venait de dire. L'archer rusa, lui disant qu'il ne s'était jamais sentit aussi bien de toute sa vie, puis, une fois le grand homme retourné, critiqua ce dernier. Billy, marchant à ses côtés, approuva ses paroles, tout aussi affaibli que lui. Marcus, sourire aux lèvres, leur avoua qu'il avait tout entendu. Il fut très vite rejoins par son frère qui lui fit remarquer sa bonne humeur inhabituelle. Marcus, tête basse, lui expliqua que la journée qu'ils venaient de passer à marcher l'avait crevé, qu'ils mériteraient tous une bonne nuit de sommeil en contrepartie. Derek rejoignit son frère sur ce point, lui demandant par la même ce qu'il pensait de leur nouvelle venue. Le grand homme passa sa tête par-dessus son épaule, le temps de voir Blair discuter avec sa femme. Les deux femmes semblaient bien s'entendre, échangeant quelques sourires, riant à s'en tordre l'estomac. Marcus expliqua à son frère qu'elle était infirmière, qu'elle leur sera utile, et qu'elle semble déjà s'être faite des amis. Derek approuva sa réponse, mais Marcus le coupa, lui disant qu'il ne parlait pas des liens qu'elle entretenait avec Rita. Derek comprit où il voulait en venir. L'ex soldat lui avoua qu'il s'entendait bien avec elle, mais que ça s'arrêtait là. Marcus, interloqué, lui demanda pourquoi. Derek renchérit, lui disant qu'il savait très bien pourquoi, qu'il n'était pas prêt à recommencer quelque chose, surtout après ce qui lui est arrivé. Bien qu'essayant de comprendre son frère, Marcus rechigna l'idée, lui expliquant qu'il devait tourner la page, que sa femme était morte, qu'il devait penser à vivre plutôt que de ressasser le passé. Derek, coléreux, grogna à son frère que c'est ce même passé qui le maintien en vie. Il lui demanda si c'est ce qu'il ferait à sa place si Rita mourait. Marcus réfléchit un moment, baissant les yeux. Il regarda sa femme, puis dirigea son regard sur son frère, sans pour autant lui dire un mot. Le grand homme pivota sur lui-même, contrarié. Il ne pensait pas que son frère réagirait d'une telle manière. Il plissa les yeux, voyant un objet dépassé des hautes herbes. Une voiture émergeait du fossé. Elle semblait en bon état. Il s'y précipita, le reste du groupe derrière lui, reprenant difficilement leur respiration. Très vite, l'ancien soldat observa la carrosserie du véhicule, vérifiant par la même son moteur. Il tenta de le trafiquer, mais un jet d'étincelle lui jaillit au visage, l'empêchant de recommencer. Une fine couche de fumée s'échappa du véhicule. Marcus venait de détruire leurs seules chances de se déplacer sans se fatiguer. Il lâcha un juron, l'énervement le gagnant. Rita baissa les yeux, un léger frisson la parcourant. Désemparé, le grand homme prit ses distances, lâchant un profond soupir. Derek tenta une approche, Rita l'en empêcha, lui conseillant de le laisser réfléchir un moment. Alors que tout espoir s'était envolé, une voix aux fortes tonalités atteignit leurs oreilles. Marcus se retourna vers elle. Il braqua son fusil à pompe dans sa direction, passant devant le reste du groupe. Devant lui se tenait un homme, plus grand que lui, à la musculature énorme. Ce dernier leva les mains en l'air, annonçant au groupe dans un sourire qu'il se rendait. Il n'eut comme réponse de leur part qu'un vague silence. Déçu d'un tel manque de politesse, la montagne de muscles haussa les épaules, faisant retomber ses gros bras contre son corps énorme. Il leur annonça qu'il se passera de leur accueil, commençant à se présenter dans la foulée à la demande de Marcus. D'abord hésitant, l'homme finit par obéir à son ordre. Il dit s'appeler Brandon Woods et, alors qu'il s'apprêtait à leur révéler ce qu'il faisait avant tout ça, fut interrompu par Derek, qui lui demanda s'il était seul. Brandon, regardant autour de lui, esquissa un large sourire, manquant d'éclater de rire. Marcus, un doigt sur la gâchette, fronça les sourcils de colère, prêt à tirer. Brandon lâcha un soupir, commençant à marcher vers l'ancien militaire. Marcus lui ordonna de rester où il était. L'énorme masse de muscles lui conseilla de la fermer, lui révélant que ce n'était pas avec lui qu'il tenait à s'entretenir. Il se tourna vers Derek, quelques pas derrière, lui demandant s'il avait l'air d'être avec quelqu'un. Le marine ravala un peu de sa salive, réfléchissant à ce qu'il pourrait bien lui dire. Après un moment, il le questionna sur ce qu'il faisait ici, lui demandant par la même depuis combien de temps il se déplaçait seul. Brandon lui répondit qu'il comptait rejoindre la ville la plus proche, dans le but de trouver quelques survivants qui lui servirait de cibles mouvantes pour son Sniper. Un profond silence prit place. Brandon leur avoua que son humour laissait à désirer, mais qu'il y travaillait depuis un moment déjà, qu'il était seul depuis que tout a commencé. Marcus, du coin de l'œil, regarda furtivement son frère, lui faisant comprendre, sans dire un mot, qu'il ne savait trop quoi penser de lui. Comme réponse, Derek hocha la tête avec lenteur. Après quelques secondes de réflexion, Marcus relâcha la gâchette, demandant à Gabriel de le fouiller. Brandon éclata de rire, lui demandant s'il était sérieux. Marcus grimaça, lui demandant de se laisser faire s'il ne voulait pas se retrouver avec une balle dans le crâne. L'énorme masse de muscles, à contre cœur, leva les mains au-dessus de sa tête, se laissant fouiller par le chrétien. Marcus lui demanda s'il avait un campement dans le coin. Brandon, d'abord réticent, lui révélant qu'il aurait pu se montrer plus poli, lui expliqua qu'il en avait un, à 3 km d'ici, qu'il peut les y conduire s'ils le souhaitent avant la tombée de la nuit. Il ajouta qu'il avait des vivres, à boire et de quoi se chauffer, lui annonçant qu'il commençait à faire froid, que l'hiver venait, et qu'ils feraient mieux de se couvrir avant de crever de froid. Marcus baissa les yeux, passant une main dans ses cheveux. La proposition était tentante. Mais comment savoir si ce qu'il disait était vrai. Brandon, remarquant les hésitations du grand homme, lui expliqua que cela faisait un moment qu'il n'avait croisé personne et qu'il aimerait partager ce qu'il a avec eux. Gabriel récupéra sur lui un couteau de chasse, un pistolet de type 44 Magnum et des chewing-gums. Le chrétien fit l'inventaire de ce qu'il avait trouvé, attendant une réponse de l'ancien militaire. Marcus regarda Brandon. Les deux hommes échangèrent un long regard. Sans le quitter des yeux, Marcus annonça au jeune homme qu'il pouvait lui rendre ses affaires, sauf les chewing-gums. Gabriel lui tendit le paquet. L'ex marine en récupéra un au passage, lui révélant que cela faisait un moment qu'il ne s'était pas lavé les dents, un sourire se dessinant sur ses lèvres charnues.
La nuit commençait à tomber. Le groupe marchait dans les pas de Brandon, le suivant de prêt. Malgré sa forte sympathie, Marcus le gardait à l'œil, guettant le moindre de ses mouvements. Son frère, quelques pas devant lui, discutait avec leur nouvel ami, le questionnant sur ce qu'il faisait avant que le monde s'arrête de tourner rond. Brandon lui révéla qu'il était tireur d'élite dans l'armée, qu'il savait y faire avec les flingues et qu'il valait mieux pour eux de ne pas le contrarier. Derek le regarda un moment, ne sachant guère s'il parlait sérieusement. Contre toute attente, l'impressionnante montagne de muscles éclata de rire, rassurant l'ancien soldat, qui fit de même. Les deux hommes discutèrent un moment, échangeant quelques mots sur leurs projets futurs. Derek confia au tireur d'élite qu'ils pensaient partir vers l'Est, dans l'espoir de trouver un bateau, puis, questionna Brandon sur ce qu'il comptait faire. Il lui confia qu'il n'y avait jamais vraiment pensé, qu'il s'était contenter de vivre au jour le jour, comme il l'avait toujours fait jusque là. Derrière eux, Marcus avançait, ailleurs. Jackson et Billy discutaient à ses côtés, rêvant déjà de la profusion de nourriture qui les attendaient. L'archer s'arrêta après un moment, voyant son ami noir transpirer à grosses gouttes. Il lui demanda s'il allait bien, lui confiant qu'il avait l'air bien pâle. Billy le rassura d'un sourire, marchant avec nonchalance. Tandis qu'ils s'enfonçaient, toujours plus loin dans la forêt, Brandon arrêta sa troupe d'un geste de la main. Ses nouveaux compagnons lui obéir, sans savoir ce qu'il se passait. Le grand homme tapa le sol de ses bottes sous le regard du petit groupe, indécis. Jackson et Billy ouvrirent de grands yeux. Derek et Marcus se regardèrent l'un l'autre sans comprendre ce qu'il faisait. Après un moment, le tireur d'élite toucha du pied quelque chose de dur. Il posa genoux à terre, commençant à balayer la terre qui recouvrait l'ouverture de métal. Avec une force sans précédent, il agrippa la poignée de la trappe et l'ouvrit d'une seule main, annonçant aux autres « Qui m'aime me suive ». Jackson et Billy échangèrent un court regard. Ils avaient la même idée en tête. Tous deux se précipitèrent vers l'entrée souterraine, se bousculant dans le but de s'y engouffrer en premier. Brandon éclata de rire, puis, alors qu'il commença à y descendre, invita les autres à les rejoindre. Rita, suivis de prêt par Blair, y pénétra à son tour. Gabriel, bien que réticent à l'idée d'entrer sous terre, se fit une raison, les paroles rassurantes de Derek à son égard le faisant changer d'avis. Le vent se levait, faisant vaciller les grands arbres. Leurs feuilles commençaient à tomber, volant en tout sens. Dans la brise, Marcus crut entendre un murmure. Il se tourna vers la forêt, plissant les yeux pour mieux voir. Son frère le ramena à la réalité, lui demandant s'il comptait coucher dehors. L'ancien soldat garda le silence, concentré sur la forêt. Derek lui demanda s'il allait bien, lui révélant qu'il avait l'air d'avoir vu un fantôme. Marcus se tourna vers lui, lui assurant qu'il allait bien, qu'il arrivait dans une minute. Sur ses paroles, son frère s'enfonça dans les ténèbres. Marcus jeta un dernier regard autour de lui avant de s'enfoncer à son tour dans l'obscurité, ne se doutant guère que quelqu'un les observait.
A l'aide d'une boite d'allumette, Brandon illumina la grande pièce de quelques bougies, se servant de l'une d'elles pour ramener à ses invités quelque chose à manger. Il lança successivement à Jackson et Billy un paquet de chips, une baguette de pain, de la sauce ketchup, deux boites de conserves contenant du cassoulet, ainsi qu'un pack de bière et deux bouteilles de divers alcools. Les deux hommes n'ayant pas l'habitude d'avoir les bras aussi chargés manquèrent de tomber à la renverse. Sur le visage des deux femmes se dessina un sourire, trahissant leur envie de rire. L'archer leur demanda ce qu'il y avait de drôle. Blair pouffa de rire en premier, suivis de Rita. Ne comprenant leur réaction, Jackson tourna les talons. Billy, à son tour, se mit à rire, pointant du doigt son ami. Vexé, l'archer passa devant lui, lui donnant au passage un coup d'épaule. Le noir, après un moment, demanda aux autres pourquoi ils riaient. Du fond de la pièce, l'archer lui révéla qu'ils se foutaient de leurs gueules. La bonne humeur de Billy s'évapora. Il rejoignit Jackson et s'assis à ses côtés. Brandon plaqua son corps énorme contre le mur, se laissant glisser au sol. Il ouvrit le pack de bière, commençant à faire rouler certaines d'entre elles sur le sol. Il en distribua à tout le monde, hormis les deux hommes, restés dans leur coin, leur disant qu'ils en avaient déjà assez pris. Jackson répliqua, lui assurant qu'il n'avait rien pris. Mais dès lors que le tireur d'élite évoqua la bouteille de vodka qui avait mystérieusement disparu depuis leur arrivée, les deux hommes baissèrent les yeux, l'air coupable. Une vague de rire retentit à nouveau dans le bunker. Brandon, voyant Marcus s'intéresser à la structure des lieux, lui avoua qu'il s'agissait d'une planque de l'armée américaine, construite il y a des années de cela. Derek lui demanda curieusement sur quoi donnait la porte du fond. Le tireur d'élite lui révéla avec assurance que derrière cette porte se trouvait tout un dédale de tunnels, ralliant d'autres bunkers entre eux, qu'il en avait déjà visité une partie, mais qu'il était également très facile de s'y perdre et donc, qu'il était plus prudent pour eux de rester ici. Voyant Marcus douter de la sécurité des lieux, Brandon lui assura qu'il n'y avait rien à craindre, qu'il pouvait se détendre. Bien que les paroles du tireur d'élite ne suffisent à le convaincre, le grand homme saisit la bière à ses pieds, l'ouvrant avec les dents. Un jet s'en échappa, ce qui fit rire les membres du groupe.
La soirée continuait. L'alcool coulait à flot. Il avait déjà eut raison de certains d'entre eux. Billy, Gabriel et Blair dormaient déjà, assommé par tout ce qu'ils avaient bu. Jackson prit un vinyle au hasard et le plaça dans le tourne disque. L'archer, porté par le rythme de la musique, invita Rita à danser avec lui. D'abord réticente, la jeune femme finit par céder, lui accordant une danse. Marcus les regarda avec attention, sans pour autant montrer sa frustration. Sa femme riait dans ses bras, tandis qu'il l'a faisait tourner avec une délicatesse qui lui faisait défaut. Brandon et Derek, quant à eux, continuèrent de boire, ne pouvant contenir leurs rires. Lorsque Jackson eut fini, il s'empressa de trouver un sac plastique dans lequel il dégobilla son dernier repas. Derek confia au tireur d'élite que c'est pour ça qu'il évite de boire trop d'alcool. Rita rejoignit le reste de ses compagnons, un large sourire aux lèvres. Elle faillit trébucher, ce qui inquiéta son mari. Mais la jeune femme lui affirma qu'elle pouvait s'asseoir sans l'aide de personne. Brandon resservit ses invités d'un verre de Whisky. Bien qu'il eut du mal à tenir debout, il tenait d'abord à trinquer avec eux. De sa voix tonitruante s'échappèrent les mots : « Aux putains de créatures dehors qui n'ont pas la chance de goutter ce putain de Whisky… A un monde meilleur… A nous… ». Derek leva son verre en premier, répétant ses derniers mots. Ses comparses le suivirent dans la foulée. Tandis qu'ils engloutirent le contenu de leur verre, Derek demanda à Brandon comment il a survécu si longtemps tout seul. Le grand homme réfléchit un moment, tête basse. Il ne savait trop quoi dire, puis, lui avoua qu'il est en vie, et que la manière dont il l'est rester n'a aucune importance. Sur ses mots, il partit se coucher, sollicitant ses nouveaux amis à faire de même. Derek, tiraillé par la fatigue, prit une couverture dans laquelle il s'emmitoufla, tombant dans un profond sommeil. Marcus se retourna vers Rita, dos à lui. Il s'approcha d'elle, sans dire un mot. Sentant sa présence, la jeune femme lui demanda ce qu'il voulait. Son mari lui annonça qu'il n'en pouvait plus, de la voir et de ne pas pouvoir la prendre dans ses bras, l'embrasser, lui faire l'amour. Rita baissa les yeux, écoutant les paroles de son compagnon. Celui-ci renchérit, lui confiant qu'il sait que ce qu'il a fait est mal, mais qu'il peut encore revenir en arrière, qu'il peut changer. Sur le visage de sa femme, Marcus crut y voir un sourire. Mais la réalité était tout autre. D'un ton sec, désinvolte, elle lui dit qu'il ne pouvait pas retourner en arrière. L'ancien soldat écarquilla de grands yeux, troublé par ses paroles. Ce ne pouvait être la personne qu'il a aimée durant plus de dix ans. Il ne pouvait accepter cela. Pourtant, c'était bien elle, et plus les jours passaient, plus elle s'éloignait de lui. Rita se coucha aux côtés de l'infirmière, ne prêtant attention aux tremblements de Billy, quelques pas plus loin. Ses yeux, emplis de larmes, trahissaient sa tristesse. Dans ses mains, le noir tenait fermement un objet de petite taille, un sachet dans lequel se trouvait de la cocaïne.
La nuit était tombée depuis seulement quelques heures. Une demi-lune était visible à travers les arbres. Une douce brise faisait chanter les grillons et autres sauterelles. La fatigue eut raison de chacun des membres du groupe, profondément endormis. Une ombre menaçante passa au-dessus de leurs têtes. Elle se déplaçait lentement, mais avec assurance, s'immobilisant finalement sur Rita. Elle s'en approcha, tendant une main dans sa direction. Une main qui lui couvrit la bouche. La jeune femme se réveilla en sursaut. Un objet légèrement incurvé s'écrasa sur son crâne.
Rita ouvrit difficilement les yeux. Elle ne voyait plus grand chose. Sa vue se troublait à chacun de ses efforts. Une voix féminine l'appelait, celle de Blair. La latino tourna la tête dans sa direction. L'infirmière était à ses côtés, les mains liées dans le dos et attaché à une fine poutre de bois. A son tour, Rita découvrit avec horreur qu'elle portait-elle aussi des liens, la maintenant prisonnière. Elle tenta de retirer ses attaches, puisant dans ses dernières forces, mais il n'y avait rien à faire. Tête basse, la jeune femme entendit les pleurs d'une autre personne. Elle leva les yeux, fronçant les sourcils devant la scène abominable à laquelle elle assistait. Une autre femme, dans la trentaine d'années, elle aussi attaché, suppliait ses agresseurs de la laisser, elle et son mari, partir, qu'ils ne leurs causeraient pas de problèmes. Rita dirigea son regard sur la jeune femme, puis sur les hommes à qui elle s'adressait. L'un lui ordonna de la fermer, l'autre affûtait ses couteaux. Rita plissa les yeux. Dans la pénombre, allongée sur l'herbe, elle percevait une silhouette, celle d'un homme. Il semblait mal en point. Une voix attira l'attention de la jeune femme. Surprise, Rita se tourna vers elle, de la sueur coulant de son front. Devant elle se tenait une femme. Les flammes du bûcher, derrière elle, reflétaient les contours de sa parfaite allure. Elle s'agenouilla auprès d'elle, lui conseillant de ne pas prêter attention à ce qu'elle entendait. Rita lui demanda pourquoi. Elle lui répondit que c'est ce qui lui arrivera bientôt. Rita tendit l'oreille, écoutant les pleurs de la jeune victime. Elle regarda son agresseur avec colère, lui demandant qui elle pouvait bien être. La femme se présenta, portant pour prénom Karen. Elle avait les cheveux et sourcils rasés, ainsi que d'énormes boucles d'oreilles dorées. Rita lui demanda ce qu'elle voulait. Karen, après un moment lui avoua qu'elle voulait tout. La latino posa les yeux sur le bûcher. Quelque chose était en train d'y cuir. Elle écarquilla de grands yeux, un profond dégoût s'emparant de son être. Dans les flammes étaient en train de cuir les restes d'une jambe humaine. Elle dirigea son regard sur Karen. La jeune femme esquissa un sourire démoniaque, croquant à pleines dents dans un morceau de chair humaine, l'arrachant avec facilité. Du sang dégoulina de ses lèvres tandis qu'elle se mit à rire. Derrière elle, le massacre continuait. La trentenaire implora ses agresseurs d'arrêter, de ne pas faire plus de mal à son mari. Mais il était déjà trop tard. Il y eut un craquement, et c'était fini. L'homme venait de perdre son bras gauche.
Marcus plaqua Brandon contre le mur, braquant son pistolet sur sa tempe. Il lui demanda où était sa femme, hurlant sa détresse. Le tireur d'élite lui ordonna de le lâcher, mais il n'en fit rien, continuant simplement de crier. Ses compagnons les regardèrent, impuissant. Seul Derek tentait d'apaiser les conflits, en vain. Dans le regard de son frère, il pouvait y voir de la haine. Lèvres retroussées, Marcus était prêt à déchaîner toute sa colère. Il questionna Brandon, lui demandant qui il était réellement, menaçant de le tuer s'il ne lui répondait pas. Alors la montagne de muscles, de ses yeux vitreux, leva les bras, répétant sans cesse à son agresseur de le tuer. La tension commença à monter. Le tireur d'élite haussa le ton, criant ses quelques mots. Marcus serra les dents, un doigt sur la gâchette. Pistolet pointé sur le front du grand homme, il finit par le baisser, tremblant de tous ses membres. La marque du canon était encore visible sur le front de Brandon. Ce dernier lui expliqua qu'il n'avait rien à voir avec la disparition des deux femmes. Marcus, tête basse, tiraillé par la fatigue, s'assit dans un coin, se demandant qui d'autre aurait pu le faire. Sinon, pourquoi seraient-elles partis ? Derek émit alors une hypothèse, comme quoi elles seraient parties de leur propre chef dans la nuit. Bien que Marcus trouve sa théorie absurde, il n'avait aucune preuve qui permettait d'affirmer le contraire. Alors, Brandon sortit une carte des environs. Sur celle-ci était représenté les différentes entrées et sorties des tunnels. De sa forte voix, il annonçait aux autres ce qu'il pensait de la situation, par quels endroits elles avaient le plus de chance de passer. Derek proposa à ses compagnons de se séparer en trois groupes. Le premier couvrira la zone à l'extérieur du bunker, afin de voir si elles ne s'y trouvaient pas. Les deux autres feront un tour du côté des tunnels. Derek proposa à Marcus de l'accompagner à l'intérieur de ce dédale de corridors. Il accepta sans broncher. Brandon et Gabriel se joignirent à eux. Jackson et Billy, quant à eux, quittèrent les lieux, refermant minutieusement la trappe derrière eux.
La porte s'ouvrit en grinçant. Marcus y passa la tête, tous sens aux aguets. Son frère le suivait de prêt, arme au poing. Ils venaient de pénétrer dans un nouveau tunnel. Se déplaçant lentement, les deux hommes pouvaient entendre le bruit de gouttelettes d'eau s'écrasant sur le sol. La peur montait en eux, à chacun de leurs pas. Ils s'engouffraient au hasard dans une galerie, puis une autre, tournant d'abord à gauche, puis à droite. Aidés de leurs lampes torches, ils éclairaient le corridor, plongé dans l'obscurité. Derek pointa le filet de lumière de sa lampe dans la direction qu'ils prenaient. Le couloir virait à gauche. Tandis qu'ils s'en approchaient, d'étranges bruits firent leur apparition. D'instinct, ils se plaquèrent contre le mur, tendant l'oreille. Avide de réponses, Marcus y passa la tête, repérant très vite deux ombres qui se mouvaient dans le noir. L'ancien marine se dirigea vers elles à toutes jambes, son frère quelques pas derrière. Derek le prit de vitesse, l'empêchant de ses gros bras de tomber dans le vide. Sous leurs pieds se trouvait une fosse d'une taille impressionnante, dans laquelle quelques morts vivants s'étaient retrouvés prisonnier, leurs jambes enlisées dans la boue. Marcus remercia son frère, mais le regard dans ses yeux l'interloqua. Il lui demanda alors pourquoi il le regardait comme ça. Derek lui annonça qu'il sait que la seule chose qui lui importe, c'est de la retrouver, mais que ce n'est pas en fonçant tête baissée dans un mur qu'il va tout arranger. Il lui expliqua que c'est la stupidité qui va le tuer, qu'il fallait raisonner pour une fois et que, s'il veut la revoir, qu'ils doivent se serrer les coudes et rester ensemble. Marcus approuva les paroles de son frère, jetant un dernier coup d'œil aux créatures en contrebas avant de partir.
Les hommes de Karen traînèrent le corps de leur dernière victime sur le sol, l'embarquant dans l'enceinte du bâtiment dans lequel ils avaient élus domicile. Ils passèrent devant sa femme. La pauvre n'avait plus la force de pleurer. Un garçon d'à peine vingt ans, au visage angélique, était en train de la violer. Un autre vint s'asseoir prêt du feu, complimentant son ami d'un tel acte de barbarie, lui demandant de bien s'occuper de cette garce et se disputant avec une vieille femme au visage couvert de rides la part la plus tendre du bras humain, qui continuait de cuir. Rita les regardait de loin, indécise. A ses côtés, Blair pleurait toutes les larmes de son corps, marmonnant d'une petite voix à peine audible que ce qu'elle voyait ne pouvait être vrai, qu'elle était dans un cauchemar, qu'elle allait se réveiller et sortir de ce mauvais rêve, balançant son corps d'avant en arrière. Rita lui murmura de se calmer, qu'elle attirait bien trop l'attention sur elles. Mais elle ne l'écouta pas. Sa panique capta l'attention du grand gaillard, assis prêt du feu. Il se dirigea vers la belle et jeune infirmière, la complimentant. Il lui disait qu'une si jolie fille ne pouvait se permettre de pleurer, qu'un sourire était bien plus sympa à regarder. L'homme était si proche de Blair qu'il pouvait sentir son haleine fétide. Il posa ses mains autour de sa taille, l'implorant de lui faire un sourire. Mais les réticences de la jeune femme lui procurait un tel plaisir qu'il pouvait très bien s'en passer, alors qu'il commença à déchirer ses vêtements, ignorant ses cris, Rita l'interpella, lui ordonnant d'arrêter, sans quoi elle n'hésitera pas à s'en prendre à lui. Le gars se tourna vers elle, la fixant avec colère. Il se glissa lentement vers elle, la saisissant par le cou. Il lui demanda ce qui pouvait bien lui dire ça, avant de lui confier qu'il goûterait bien au plaisir charnel qu'elle pouvait lui offrir avant de la dévorer, dirigeant son regard vers sa poitrine. La jeune femme baissa les yeux sur sa ceinture. L'homme y portait son pistolet. A son tour, il le regarda, puis se tourna vers Rita, lui demandant si c'était ce type de jouet auquel elle était habituée autrefois, quand on l'a baisait. Elle lui accorda en échange un sourire, ce qui l'intrigua. Passant sa tête au-dessus d'elle, il s'aperçut que ses liens étaient arrachés… Trop tard. La jeune femme lui saisit l'oreille de ses dents et la lui arracha. Un jet de sang se déversa sur son doux visage. Alors qu'elle tenta de lui prendre son arme, le grand homme lui asséna un sérieux coup de coude qui l'a fit tomber à la renverse. Sonné, la latino ne pouvait qu'entendre les cris de Blair, lui ordonnant de se relever. Le blessé, une main sur son oreille arrachée, sortit son flingue qu'il pointa sur elle. Jurant de l'exécuter, il l'insulta de tous les noms possibles et imaginables, prêt à en finir. Mais Karen baissa son arme d'un geste de la main. Interloqué, l'homme lui expliqua ce qui était arrivé, lui demandant par la même ce qu'elle faisait. Elle lui répondit qu'elle avait une meilleure idée en tête, que cette femme à voulut jouer avec eux, alors ils joueront avec elle. Elle saisit, accroché à sa ceinture, un large couteau, déclarant qu'elle avait un message à envoyer. Elle demanda à ses hommes de la mettre sur la table, ce qu'ils firent sans broncher. L'esprit vacant, Rita se rendait compte de ce qui lui arrivait. Plaquée contre la table, la jeune femme se débattait avec forces dans l'espoir de se libérer de leur emprise, en vain. Karen s'approcha d'elle. Rita remarqua l'objet tranchant, écarquillant de grands yeux. Basculant sa tête sur le côté, Karen lui saisit le bras et, d'un geste ferme de la main, abattit son couteau sur ses doigts, arrachant à sa victime un cri
Arme au poing, Billy avançait, fatigué. Il n'arrêtait de se plaindre, rêvant de dormir un peu plus longtemps. Au lieu de ça, il est contraint de fouiller les bois à la recherche de filles qui n'auraient pas bougé le petit doigt pour les aider s'ils leur étaient arrivés malheur. Plus loin, Jackson lui demanda poliment de la fermer, concentré sur sa découverte. Genoux à terre, l'archer suivait les traces laissées par des chaussures de grandes tailles. Un détail retenait son attention. Des sillons laissaient à penser qu'un corps avait été traîné ici. Quelques mètres plus loin, suivant la piste, le jeune homme découvrit d'autres traces similaires. Ce qu'il avait découvert ne présageait rien de bon. Billy écarquilla de grands yeux, dirigeant sa lampe torche vers les empreintes. Ne comprenant pas ce que cela signifiait, il exigea des réponses de la part de son ami, lui demandant ce que cela voulait dire. L'archer se retourna vers son ami, lui répondant d'un ton austère qu'elles ont étés enlevés. Le noir, consterné, ne pouvait y croire. Un tas de questions le taraudaient. Enlevés ? Pourquoi ? Et surtout, par qui ? Un bruit de craquement attira l'attention des deux hommes, braquant leurs armes en direction de la forêt. Pivotant lentement sur eux-mêmes, ils tentèrent de trouver la source du bruit qui leur avait fait peur, en vain. Tendant l'oreille, Jackson crut entendre quelque chose, entre les grands arbres. Le souffle de quelqu'un qui respirait. Concentré sur ses mouvements, il ne cessait d'écouter, faisant abstraction du vent qui soufflait. Tandis qu'il se figea, le jeune homme sentit une présence, plus loin, derrière lui. Une silhouette de forme humaine le regardait, parfaitement immobile. Il se tourna vers elle, son arc en main. Cette ombre lui rappelait quelqu'un, une personne qu'il connaissait bien. Blair sortit de l'obscurité, tremblante, portant autour du cou comme trophée un collier sur lequel pendaient cinq doigts, ceux de Rita.
Le regard vide, Blair, profondément choquée par ce qui lui est arrivé, tremblait de peur. Le souffle fort, elle ne pouvait que se soumettre aux foudres de Marcus, l'interrogeant sur ce qui lui était arrivé. Le grand homme la bombardait de questions, tentant de lui soutirer au passage où était sa femme. N'obtenant de réponses de sa part, il haussa le ton, commençant à lui crier dessus. L'énervement le gagnait, et Derek le voyait bien. Il s'interposa, lui ordonnant de se calmer. Son frère s'insurgea, lui demandant comment il pouvait rester calme, sachant que des gens ont enlevé celle qu'il aime. Derek lui expliqua qu'il comprenait ce qu'il vivait, mais qu'il devait avant tout garder la tête froide, sans quoi il n'aurait pas les idées claires. Son aîné, ne pouvant contenir sa colère, lui annonça alors qu'il ne pouvait le comprendre. La jeune infirmière, prit de panique, commença à se balancer d'avant en arrière, traumatisé par les événements, lâchant de petits cris étouffés. Voyant que la situation dérapait, Brandon se glissa entre les deux hommes dans le but de les séparer, en vain. Marcus commença à crier, à hurler même, rappelant à son frère que sa femme est morte. Ses paroles blessèrent l'ancien marine qui, ravalant un peu de sa salive, baissa les yeux. Marcus se rendit compte de l'atrocité de ses paroles, s'excusant du mieux qu'il pouvait, mettant tout sur le compte du stress et de la fatigue. Derek lui pardonna cela, lui disant qu'il n'avait pas à être désolé. Mais la réalité était tout autre. Assise dans l'angle, Blair marmonnait quelques mots. Derek se précipita à son chevet, caressant ses genoux de ses impressionnantes mains, tentant de la rassurer du mieux qu'il pouvait. Il lui demanda d'un calme assuré de lui raconter ce qu'il s'est passé. La jeune femme murmurait quelques mots, à peine audible. L'ancien soldat approcha son oreille de ses lèvres pulpeuses, tirant d'elle quelques mots, tous décrivant une espèce de cité. Il se tourna vers le reste du groupe, leur faisant part de ce qu'elle venait de lui confier. Brandon s'approcha de son nouvel ami, lui expliquant qu'il connaissait bien l'endroit, qu'il s'agit, en vérité, d'un chantier laissé à l'abandon et tombant en ruines. Billy lui réclama une description plus précise des lieux. Le tireur d'élite répondit à sa demande, révélant au groupe qu'ils pouvaient s'en approcher sans se faire repérer. Gabriel, resté en retrait, passa sa tête entre ses genoux, se demandant ce qu'ils leur voulaient. Marcus, dos à ses coéquipiers, déclara d'un ton grave : « Ils veulent qu'on ait peur, qu'on se chie dessus… Mais ça n'arrivera pas. »
Tandis que le reste du groupe préparait leur matériel, nettoyant et rechargeant leurs armes, comptant leurs balles au passage, Brandon prit à part Marcus. Il lui tendit son couteau de chasse, lui annonçant qu'il pourrait en avoir besoin. L'ex soldat le saisit avec fermeté, regardant sa lame de ses petits yeux noirs.
Jour 177
Le jour commençait à peine à se lever. Il faisait encore nuit noire, mais on y voyait assez bien pour ne pas utiliser de lampe torche. Dans les flammes qui dansaient encore brûlaient les quelques restes de viande délaissés par le groupe de cannibales. Repus, Karen et sa bande se reposaient à même le sol, digérant leur précieux repas. Un bruit attira leur attention. Marcus sortit de nulle part, approchant ces sauvages, la peur au ventre. Un homme braqua son flingue dans sa direction, mais Karen lui demanda de la ranger, lui assurant qu'ils n'avaient rien à craindre de lui. L'ex marine posa les yeux sur les cadavres de leurs victimes, pendant sur un fil de fer comme de vulgaires trophées. Karen se dirigea vers le grand homme, lui demandant d'un sourire ce qu'elle pouvait faire pour lui. Marcus croisa le regard de la jeune femme, exprimant dans ses yeux toute la haine qu'il éprouvait à son égard et à celle de ses gens. D'un ton colérique, il lui demanda où était sa femme, contenant du mieux qu'il pouvait sa rage. La jeune femme lui répondit dans la foulée, quelque peu gênée, que cela ne pouvait être possible, qu'ils l'avaient légèrement abîmé, comme il a put le constater. Marcus lui demanda pourquoi. Karen se mit dos à lui, montrant de ses doigts l'une de leurs dernières prises. Rita reposait debout à la verticale contre une planche de bois, mains liées, tripes à l'air. Horrifié par ce qu'il découvrait, son mari resta bouche bée, le corps mutilé de sa femme captant toute son attention. Il ne prit la peine d'écouter les paroles de son agresseur, qui lui expliquait, entre autre, qu'ils n'étaient rien d'autre que du bétail à leurs yeux, des proies faciles, qu'elle n'hésitera pas à traquer les siens jusqu'au bout, qu'elle dévorait leurs entrailles comme elle a dévoré celle de sa femme. Serrant les poings, Marcus retenait difficilement sa colère. Il se tourna vers Karen, croisant son regard vitreux. La jeune femme esquissa un sourire, lui disant qu'il ne fallait pas s'énerver pour ça, qu'elle lui rendait service de cette manière. L'ex soldat lui conseilla de sa forte voix qu'elle ferait mieux de faire attention à ce qu'elle racontait. Curieuse de sa réponse, elle lui demanda pourquoi. D'un ton rauque, le grand homme lui demanda si elle était assez naïve pour croire qu'il était venu seul. Jusque là parfaitement détendu, l'expression sur son visage se décomposa. Ses hommes, alertés par ses dires, sortirent leurs armes dans la panique, braquant leurs flingues sur Marcus. L'ancien marine bascula sa tête sur le côté. A son tour, Karen récupéra son pistolet. Mais Marcus l'a prit de vitesse. Il sortit le sien, logeant une balle dans le bas ventre de la jeune femme, lui arrachant un cri. Affolé, l'un des membres de son groupe se prépara à faire feu. Trop tard. Une balle lui traversa le crâne. Son corps retomba lourdement sur le sol. Brandon, posté à l'étage, rechargea son fusil. L'un après l'autre, le reste du groupe sortit des broussailles, encerclant les quelques cannibales. Billy et Jackson prirent leurs armes. Derek se posta aux côtés de son frère, pointant son pistolet sur Karen, souffrante. La douleur étant insupportable, la jeune femme ne pouvait que féliciter son agresseur. Elle lui avoua que le coup du sniper était une bonne idée, mais qu'il était arrivé trop tard. Son sourire infect déstabilisait le grand homme qui commençait à trembler. Après un temps, Karen lui révéla qu'elle ne comptait pas le supplier, une main sur son ventre ensanglanté. L'ex soldat ne lui répondit pas, gardant ses grands yeux sur elle. Jackson, de son point de vue, lui ordonna de tirer, qu'il finisse ce qu'ils ont commencé. Mais Derek ne l'entendait pas de cette oreille. Il s'interposa, demandant à son frère de ne pas la tuer. Marcus lui répondit qu'il n'avait pas pour intention de la laisser vivre, pas après ce qu'elle a fait. Son frère rétorqua ses paroles, lui annonçant qu'il n'avait pas à le faire, que ses gens étaient déjà morts, que les tuer ne servirait à rien, qu'il ne devait pas laisse la colère aveugler son jugement. L'hésitation gagna l'esprit tourmenté de Marcus. Après un moment de réflexion, il finit par baisser son pistolet, la rangeant dans son fourreau. Il se tourna vers son frère. Derek acquiesça d'un signe de tête, sourire aux lèvres. « Pédale ». Raisonnant dans sa tête comme un écho, ce mot eut raison de sa patience. Marcus saisit le couteau de Brandon et fit volte face, séparant la mâchoire de la jeune femme du reste de son visage. Il se dirigea vers ses hommes, déchaînant toute sa rage sur eux, les massacrant de coups de couteau qu'il abattit avec force sur leurs crânes, les fendants en deux. Il ignora leurs cris, se concentrant uniquement sur les siens. Ses amis regardaient le terrible spectacle avec de grands yeux. Derek tenta de l'arrêter, mais il ne pouvait plus rien faire. Le dernier homme de Karen prit la fuite, courant à toute jambe. Marcus lança son couteau qui vint se loger dans sa colonne vertébrale, le faisant trébucher. Il marcha vers lui, retira l'objet tranchant, coincé entre ses vertèbres et, plaçant sa jambe à l'arrière de son crâne, lui brisa la nuque d'une seule pression. Contemplant les cadavres qu'il avait semés, Marcus se dirigea vers celui de sa femme. Tombant à genoux, fondant en larmes, il n'arrivait même plus à la reconnaître. Ses gens lui avaient tout pris. Derek posa une main sur son épaule dans l'espoir de le rassurer. Mais rien ne pouvait calmer sa douleur, et il le savait bien.
Jackson et Billy traînèrent ensemble le dernier cadavre, celui de Karen, le jetant à son tour dans les flammes. Faisant un signe de croix, Gabriel, quelques pas derrière, commença une prière. Malgré les paroles de Brandon, qui lui affirma que ses gens n'en valaient pas la peine, le jeune homme continua, lui avouant que ce n'était pas pour eux qu'il priait. Le tireur d'élite secoua la tête d'un air compréhensif, se tournant vers Marcus. Le grand homme, couvert du sang de ses victimes, fixait, impassible, les corps se consumer dans les flammes. L'air triste, il repéra, parmi eux, celui de sa femme. Sur son visage coléreux se dessina une larme.
Un soleil rouge se lève sur la vallée. Beaucoup de sang a coulé cette nuit. Le groupe quitta les lieux de leur dernier campement, accélérant le pas. Ils ne prirent la peine de se retourner vers les corps brûlant sur le bûcher, préférant partir au plus vite. Une, puis deux voitures défilèrent sur la route, ce suivant de près. L'ancien marine descendit du premier véhicule. Il se rua vers la station essence, commençant à fouiller les lieux. Derek le rejoignit, vérifiant s'il restait de l'essence dans une des pompes. Son frère se retourna vers lui, dans l'attente d'une réponse. Derek baissa les yeux, secouant sa tête de gauche à droite. Marcus leva les yeux au ciel, l'air fermé. Assise sur un tronc d'arbre, Blair fondit en larmes, ne pouvant contenir sa peine. Le groupe marche avec nonchalance. La fatigue les guettait à chacun de leurs pas. Derek posa les yeux sur son frère, quelques mètres devant lui. Marcus avançait, serrant les dents, tête basse. Il ne pouvait s'arrêter maintenant. Alors il continua de marcher. C'était la seule chose qu'il était encore capable de faire. Derek referme son carnet, l'air hagard.
Marcus regardait les étoiles, le seul espoir qui lui restait. Il éprouvait le sentiment de rester seul, réfléchissant à ce qu'il allait bien pouvoir devenir sans celle qu'il aime. Assis près du feu qui crépitait, son frère le surveillait au loin, prêtant attention au moindre de ses mouvements. Il se tourna vers les siens. L'ambiance était amère. Personne n'osait prononcer un mot. Pas même Jackson. Derek, partit chercher à manger dans son sac, repéra Blair, assise dans un coin. D'abord hésitant, il finit par s'asseoir à ses côtés, lui demandant si elle tenait le coup. La jeune infirmière lui répondit qu'elle faisait aller, qu'elle n'avait pas d'autre choix de toute façon. L'ancien marine s'excusa auprès d'elle, lui annonçant que croiser la route de tels salopards ne faisait pas partis de leurs plans. Blair lui répondit d'une petite voix qu'il n'avait pas à être désolé, que ce n'était pas de sa faute. Le marine baissa les yeux, se concentrant sur les grillons qui chantaient. Une voix cependant troubla ses pensées. C'était celle de la jeune femme, qui lui révéla d'un ton ferme qu'elle a aimé ce que Marcus leur as fait. Derek, à ses mots, leva la tête. Surpris, il soupira longuement puis, regarda l'horizon.
Jour 178
Le groupe progressait lentement, mais sûrement. Ils étaient exténués, mais ils ne pouvaient se permettre de s'arrêter. Pas après ce qui leur est arrivé. Derek leva les yeux vers son frère. Marcus suivait la route, imperturbable. Sa détermination en étonnait plus d'un. Marcher était la seule chose auquel il pouvait se raccrocher. Alors il se forçait à avancer, toujours plus loin. Brandon rejoignit l'ancien marine, lui demandant comment il allait. Sans lui mentir, Derek lui répondit qu'il se sentait bien, mais que c'est quelqu'un d'autre qui l'inquiétait. Le tireur d'élite acquiesça, regardant marcher son frère. Curieux de savoir ce qu'il pensait de toutes ces choses qu'ils ont traversés, Derek demanda à son nouvel ami si, ce qu'il a fait la nuit dernière l'avait marqué, s'il avait déjà pris la vie d'un autre homme avant. D'abord méfiant, Brandon finit par lui avouer qu'il dû le faire bien plus de fois qu'il ne pourrait l'imaginer. Derek lui demanda pourquoi, question à laquelle il n'eut de réponses. Il discuta donc avec lui de l'état de son frère, lui précisant que ce qu'il avait fait, les gens qu'il a massacré, démembré même, que tout ce dont il était coupable l'inquiétait. Il lui confia également qu'il sait que le monde à changer, mais qu'il ne veut pas que son frère devienne un monstre. Brandon lui répondit à cela que tôt ou tard, tout le monde contient une bête à l'intérieur de soi, que la seule chose qu'ils ne peuvent prédire c'est quand elle se réveillera. Jackson, concentré sur ses pas, écoute les paroles de Billy. Le jeune noir dressait un tableau de ses sentiments, ce qui ne faisait qu'ennuyer à mourir son ami. L'archer, d'instinct, tourna la tête sur le côté. Il y repéra une bâtisse, une centaine de mètres plus loin. Pointant un doigt vers elle, il cria aux autres qu'il y avait une ferme. L'équipe arriva sur les lieux, la fouillant du regard. D'apparence, elle paraissait vide, abandonnée. D'apparence seulement. Une porte s'ouvrit dans un puissant claquement, obligeant chacun des membres du groupe à se retourner. Marcus braqua son fusil à pompe sur un homme d'une quarantaine d'années, portant une longue barbe et une casquette. A peine était t-il sortit de sa maison qu'il leur ordonna de quitter sa propriété. Dans un geste désespéré, il pointa son fusil de chasse sur Marcus, lui faisant comprendre que lui et son groupe n'était pas les bienvenues. Les deux hommes échangèrent un regard. Un doigt sur la gâchette, Marcus écarquilla de grands yeux, prêt à tirer.
