Thème général : Jour et Nuit.

Thème du texte : Jour.


Le Lac


Dans le futur, il regrettera d'avoir choisir ces monstres. Lorsque ces vieux jours viendront -oui car il ne comptait pas y laisser la vie sur le champ de bataille : son bras était suffisant- ses souvenirs remonteront à la surface et peut-être même qu'il en pleurera.

Il se réveillera un matin, la douce lueur de l'aube qui le forcera à ouvrir les yeux, dans un lit vide et il caressera le drap du revers de sa main. Il sentira sa présence même si elle n'existerait pas réellement. Elle ne sera là qu'en pensée et s'estimera partiellement heureux de n'avoir perdu la mémoire comme certains autres.

Il se souviendra de son visage d'ange, de ses cheveux virevoltant dans une légère brise d'été, de ses yeux brillants comme si le soleil venait d'illuminer deux magnifiques pierres précieuses de son éclat, de son nez qui se retroussait quand il entendait la douce mélodie de son rire ou encore de ce qu'il avait pu ressentir lorsque, durant une journée pluvieuse d'automne, ses yeux bleus avaient découvert la vraie couleur de ses iris, une main dans la sienne. Son cœur avait battu si fort cette fois-là qu'il crût que ce vrombissement s'entendrait à l'autre bout de la ville. Il ne connaissait rien à l'Amour et par enchantement, il devait vivre avec. Et il aimait ça, c'était loin d'être un fardeau.

Il repensera à toutes ces émotions, ces sensations donc il fût au centre pendant les quelques jours qui se transformèrent très vite en mois. Et tout ça, sous la dépendance complète de sa volonté tel un processus automatique.

Pour toutes ces longues journées d'hiver, il repensera à sa voix chaude qui lui faisait avoir du baume au cœur. Il riait intérieurement de celle-ci car elle était aux antipodes de sa personnalité. Si on fermait les yeux et qu'on l'écoutait s'exprimer, on pouvait facilement lui donner le Bon Dieu sans confession mais une fois les paupières ouvertes, son comportement lui faisait emprunter l'Autoroute de l'Enfer. Ce n'était ni un Ange ni un Démon : c'était un humain avec un fort caractère. A croire qu'il appréciait ça : tout son entourage en avait un.

Il aimerait tout ça mais ces jours heureux n'arriveront pas. Il avait beau leurrer son esprit avec des phrases toutes faites, la volonté de s'en sortir ne faisait pas tout. La vision troublée, ses yeux discernaient néanmoins les traits d'Eren transformé en titan pour l'occasion et ceux des soldats armés luttant en cercle autour de lui. Les lames de Levi fendaient l'air et ses lèvres semblaient hurler des directives mais il ne les entendait pas, ses oreilles bouchées ne lui permettaient pas d'assimiler les phrases du Capitaine.

Le décor était apocalyptique. Le ciel, pourtant si bleu au départ, n'était plus qu'une toile rouge à la nuance orangée accompagné d'un blanc grisé dû à la fumée. Cette palette de couleur provenait des feux qui consumèrent les bâtiments en ruines. Les sols étaient jonchés de cailloux, de lames ensanglantées et de cadavres et la terre s'imbibait de sang jusqu'à son enivrement total. Alors c'était ça le théâtre de son dernier jour ?

Il sentait des mains sur son corps allongé au beau milieu de la rue et son cœur ralentissait de minute en minute. Tout cela ne tenait plus qu'à une poignée de sable. Il n'était pas bête et quand ses yeux couleur eau de mer rencontrèrent les yeux chocolat de la personne qui tentait de le soigner, il la remercia sans dire mot. Il vacilla dans l'autre monde, le visage serein.

Oui. Un jour, il regrettera son choix d'avoir préférer ces monstres à elle.