Chapitre 7: Marche ou Trêve

"Une trêve ?" Répéta Amérique d'une voix rauque, en continuant de masser son pauvre cou endolori.

Il faut dire que se faire étrangler par "soi-même" était une expérience traumatisante... Heureusement que Russie s'était vite aperçu que c'était son propre corps qu'il endommageait ainsi; aussi avait-il mesuré sa force.

"C'est ce que j'ai dis." Dit Angleterre d'un ton sec, ayant horreur de se répéter. "Ou bien est ce que tu es devenu sourd en plus d'être un bloody idiot ?"

"... J'ai hâte que France réintègre son corps. Je ne sais pas combien de temps j'vais supporter ça..."

"Bref." Coupa Chine. "Moi j'ai du mal à croire à leur version de l'histoire. C'est sûrement un piège, aru."

"Peut-être... Mais qu'est ce que tu proposes, dans ce cas ?" Persiffla l'anglais.

"Euh, je... Eh bien tu pourrais commencer par te montrer moins agressif, aru !"

"On voit que ce n'est pas toi qui est emprisonné dans le corps de quelqu'un d'autre ! Comment tu te sentirais, toi, si tu avais échangé ton corps avec celui de Japon, hein ?!"

"C'est pas une raison de passer tes nerfs sur tout le monde, aru ! La tension est assez palpable comme ça !"

" La tension ? Quelle tension ?! Tu n'es même pas concerné par cette histoire ! En fait, je me demande ce qui te retiens encore ici !"

"Tu sais quoi, Yingguo ? Moi non plus ! Débrouillez-vous tous seuls, aru !"

Blessé et furieux, Chine quitta la tente de ses alliés sans aucun regard, laissant un silence de plomb derrière lui.

"Tu es fier de toi, England ?" Réagit Amérique en premier, un air désapprobateur sur son visage russe et un ton sévère dans la voix.

"Mais enfin c'est lui qui-... !"

"Shut up !" S'emporta l'américain, encore plus énervé que l'autre ait osé répondre.

Angleterre écarquilla les yeux dans l'expression la plus choquée jamais vue sur le visage de France, abasourdi de se faire crier dessus par son ancien protégé (dans une autre forme ou non). Il ouvrait et fermait la bouche comme un poisson hors de l'eau, tandis que Russie regardait la scène en silence avec un doux sourire enfantin comme à son habitude.

Amérique inspira, fermant ses yeux dans un effort de calme ou de concentration, puis regarda Angleterre droit dans les yeux.

"Russia et moi allons répondre positivement à cette trêve. Le rendez-vous aura lieu quelque part entre notre campement et le leur, en pleine forêt d'ici une quinzaine de minutes.

Toi tu restes ici au cas où China revient, et tu gardes un talkie-walkie au cas où il avait raison pour le piège."

Pendant son discours, Russie avait calmement écrit le petit mot à l'attention des membres de l'Axe puis attaché à la patte du pigeon effrayé et tremblant.

"Va, va, petit oiseau..." Chantonna le russe en guidant Pierre à la fenêtre. Il ne se le fit pas dire deux fois.

Amérique se tourna juste à temps pour le voir s'envoler, et Russie adressa alors un grand sourire à l'américain, signalant que la tâche était déjà accomplie.

"Okay... Dit simplement le jeune homme, un peu déconcerté. Allons-y."

Et Angleterre se retrouva alors tout seul. Vraiment seul.


Silence de mort chez l'Axe devant l'entrée fracassante de Prusse, tous les yeux braqués sur lui, incrédules. Le grand frère d'Allemagne qui n'attendait pas moins qu'un bel accueil chaleureux digne de sa "génialité" abandonna sa pose de super-héros et son sourire figés devant cette terrible absence de réaction.

"Hé ! Pas tous à la fois, surtout !" S'écria t-il, vexé.

"Prusse... que fais tu ici ?! Ne devrais tu pas être en mission chez nous-..."

"Tu parles d'une mission ! Coupa l'homme avec aggravation. Sérieux, West ! De la paperasse ?! Est ce j'ai l'air d'être une précieuse chochotte comme Autriche ? Nan, moi j'suis un homme de terrain, un homme d'action !"

Allemagne se frappa le front.

"Hééé, mais je vois que t'as pas chômé en mon absence ! Z'avez même réussi à capturer Angleterre ? Hey, hey, une minute ! Pourquoi il est pas attaché ?"

Les Italies échangèrent un regard. Celui d'Italie montrait de la nervosité, cherchant de l'aide auprès de son frère. Alors que celui de Romano disait clairement "La flemme !" et il se détourna carrément de la scène.

Quant à Japon, il cherchait encore ses mots.

Prusse tourna alors son attention sur son petit frère mais avant que celui n'ait pu dire quoi que ce soit, c'est "Angleterre" qui lui répondit.

"Salut, Prusse." Le salua t-il d'un ton suave, ponctué d'une élégante petite révérence qui ne manqua pas d'hébéter le Prussien.

"I-Il... ! Pourquoi il fait ça ?! Vous l'avez cogné ou bien...?! On dirait-..."

"Frankreich. Oui, c'est lui." Lâcha Allemagne.

"WAS ? Tu t'es pris un coup toi aussi, West ?! Tu vois bien que c'est pas France, c'est Angleterre !" Prusse commençait à paniquer.

Japon, toujours prêt à porter secours dans les moments de confusion, se jeta dans la mêlée.

"Proisen-san, calmez-vous ! Je vous assure que nous ne nous moquons pas de vous ! La personne que vous avez devant vous est réellement France-san dans le corps d'Igirisu-san."

"Toi aussi, Japon ?!" Cria Prusse encore plus fort, se sentant acculé tel un médecin au milieu d'une pièce remplie de fous-furieux.

" 'Tain, arrête de brailler ! Tu me les brises, connard !"

"I-ITALIE ?!"

"Ve... Romano, tu vois bien que ce n'est pas le moment de s'énerver ! Je suis désolé, Prusse."

"RO...MA...NOOO ?" Sa voix montait tellement dans les aigus maintenant qu'il ressemblait trait pour trait à une de ces "précieuses chochottes" qu'il avait tant décrié à peine quelques instants auparavant.

Et France trouva cela tellement amusant qu'il ne pût pas s'empêcher d'en rajouter, assenant le coup de grâce. Il se glissa en catimini derrière le pauvre homme, profitant de sa confusion, et le saisi dans une étreinte à la fois puissante et... plutôt sensuelle. Frottant sa joue contre la sienne, il adopta son ton le plus mielleux.

"Hé, Prusse..."

Ce dernier poussa un cri étranglé, au bord de la crise cardiaque.

"Ça te dirait de revivre Austerlitz... dans un lit ?" Miaula t-il dans son plus bel accent parisien, soufflant doucement dans son oreille.

Complètement hystérique, Prusse se dégagea et s'enfuit en hurlant à pleins poumons.

France éclata de rire, fier de son mauvais tour. Mais il déchanta aussitôt lorsque Allemagne lui assena un grand coup sur la tête.

"AaïeuuuhHH ! Bon sang Allemagne, qu'est ce qui t'as pris ?!"

"C'est plutôt à moi de te poser cette question ! A ton avis que va t-il se passer quand mon frère aura rameuter tous les officiers ici ?" Tonna la nation allemande, furieux.

"Je... mais enfin, personne ne le prendra au sérieux ! Et puis c'était juste une petite blague !" Geignit le français, comme un enfant qui se sentirait injustement grondé.

"Une plaisanterie vulgaire et inutile qui va nous coûter cher ! Il faut que nous partions d'ici en vitesse !"

"Veee ! Mais on a toujours pas reçu la réponse des-..."

Un long roucoulement se fit soudain entendre, précédent l'arrivée de Pierre qui atterrît directement sur l'épaule droite de France. Allemagne s'empara du message avec humeur, en prenant tout de même garde de ne pas blesser l'oiseau au passage. Il n'était pour rien dans les bêtises de son maître après tout.

"Que dit le message, Doitsu-san ?" Demanda Japon tandis qu'il le lisait.

"Ils acceptent la trêve... et nous donnent rendez-vous dans la zone boisée entre nos deux campements sur-le-champ." Annonça l'homme aux yeux bleus d'un ton solennel. "Mais..."

"Mais ? Mais quoi ?!" Rétorqua Romano, pas plus aimable même le ventre plein.

"Mais ils ne seront que deux. Chine et Angleterre ne seront pas présents."

"Ve ? Je me demande pourquoi..."

"Ça pue l'arnaque, ça, j'vous l'dis ! A tous les coups, c'est une embuscade !"

"C'est possible. Mais il ne nous reste plus beaucoup de temps et Prusse pourrait revenir avec des renforts d'une minute à l'autre. Nous n'avons plus le temps de discuter ! Ramassez tous une arme et suivez-moi !"

Il attrapa cependant France par le col de sa chemise verte.

"Pas toi." Dit il en lui passant de force des liens autour de ses poignets. "Tu restes notre otage au cas où les choses se compliquent."

"Pff ! Quel paranoïa." S'offusqua France faute de mieux.