Game of Thrones
All you need is love
Chapitre 3
Vingt jours passèrent. Arya était de plus en plus nerveuse, et se précipitait à la fenêtre dès qu'un galop retentissait dans la cour. Sansa évitait sa mère autant que possible, et faisait tout pour paraître normale, comme si tout allait bien. Bran et Rickon faisaient toujours autant de coups pendables, le plus fameux restant la fois où ils avaient failli éborgner Lord Loras Tyrell, le Grand Argentier, lors d'une séance de tir à l'arc quelque peu agitée. Lord Loras avait fait irruption dans la salle du trône où le Roi recevait des doléances, traînant les deux chenapans, hors de lui. Le Roi avait fait preuve d'un sang-froid irréprochable et avait promis de faire surveiller plus étroitement les deux Princes, et s'excusa de leur conduite. Cela n'avait pas empêché les deux garnements de recommencer leurs bêtises. Ils épargnaient simplement Lord Loras, de peur des représailles.
Ce matin-là, comme tous les autres matins, Arya croisa Robb dans le couloir menant à la salle du trône, et lui demanda des nouvelles du messager. Robb était toujours désolé de répondre à sa sœur qu'il ne savait pas où en était la «mission secrète». Il alla s'asseoir sur son trône, et fit signe à Doran Martell, Main du Roi, de commencer la séance de doléances. Arya avait déjà disparue, probablement dans la cour du Red Keep. Les grandes portes s'ouvrirent, et une file de personnes entrèrent, restant massées au fond de la salle. Les deux premiers s'avancèrent ensemble, et Robb reconnut le messager qu'il avait envoyé à la demande de sa sœur. Il faillit aller la faire quérir, mais se retint, ayant une meilleure idée.
-Votre Majesté, fit le messager en s'inclinant. Voici l'homme que vous m'avez demandé de retrouver.
-Merci Ser. Je souhaiterais m'entretenir avec ce jeune homme, vous pouvez disposer, je vous ferais quérir plus tard si vous le voulez bien, répondit Robb.
-Bien, Votre Majesté. Lord Martell, salua le messager avant de se retirer.
Il sortit de la salle, laissant un Gendry déboussolé au milieu de la salle.
-Approchez, jeune homme, vous n'avez rien à craindre, lui sourit Robb.
Gendry s'avança, et posa un genou à terre en signe de déférence.
-Mon Roi, salua-t-il poliment.
-Relevez-vous, Gendry Waters, l'invita le Roi.
-Mon Roi, dit alors celui-ci, j'aurais une question à vous poser.
-Faites, je vous en prie.
-Votre messager m'a dit que le Roi, que vous, souhaitiez me voir, mais il ne m'en a pas donné la raison.
-Votre trouble est naturel, mais ne vous inquiétez pas. J'ai besoin d'un nouveau forgeron de talent, et une bonne connaissance m'a chaudement recommandé de vous engager. Si bien sûr vous êtes d'accord.
Le jeune forgeron n'en revenait pas. Il s'inclina immédiatement.
-Je serais honoré d'être à votre service, mon Roi, répondit-il avec déférence.
-Bien, je vais vous faire escorter jusqu'à la forge et vos nouveaux quartiers.
-Merci, mon Roi.
Robb fit appeler un page qui conduisit Gendry à travers le palais. Celui-ci fut chaleureusement accueilli par les deux forgerons déjà présents au palais, et déposa son baluchon sur le lit qui lui était alloué dans les quartiers des artisans du palais. Il se mit immédiatement au travail avec ses nouveaux compagnons. Alors qu'il réparait un chandelier, face au four, la porte s'ouvrit dans son dos. Arya était venue commander de nouvelles flèches, mais quand elle aperçut son vieil ami de dos, elle déguerpit en quatrième vitesse. Gendry n'avait même pas senti une nouvelle présence, trop enfoncé dans ses pensées. Ses pensées dirigés vers une fille qu'il avait connu il y a quelques années. Le messager avait bien précisé que le Roi était Robb Stark. Gendry se souvenait de sa jeune amie, elle disait que c'était son frère. Alors pourquoi ne l'avait-il pas vue ? Il n'osa pas questionner ses collègues sur l'éventuelle présence de la Princesse Arya Stark au palais, cela aurait été inconvenant. Après tout, elle avait à peine onze ans et lui quinze lorsqu'ils s'étaient rencontrés. Elle en avait douze et lui seize lorsqu'ils avaient été séparés. Si elle n'était pas morte durant la guerre – cette pensée lui serra le cœur – elle devait avoir quinze ans maintenant. Il était parfaitement impensable qu'un princesse de quinze ans à peine fréquente un forgeron de dix-neuf ans, un bâtard qui plus est. A ces sombres pensées, il battit le métal encore plus fort. C'est ainsi que le Roi le trouva lorsqu'il entra dans la forge.
-Je vois que j'ai eu raison de vous engager visiblement, dit-il en riant lorsqu'il aperçut le jeune homme s'acharner sur une pièce de métal.
-Votre Majesté, fit immédiatement le jeune homme en se retournant et s'inclinant en même temps.
-Relevez-vous, mon brave. J'ai une commande que j'aimerais que vous exécutiez seul pour moi.
-Je suis à vos ordres, Votre Majesté.
-J'aimerais offrir un nouveau poignard à une personne qui m'est chère. Il me faut une lame efficace mais pas trop grande ni trop large, une lame très ouvragée, une vraie œuvre d'art. Seulement le délai est assez court, prévint-il.
-Je ferais ce que vous me demandez, Majesté, répondit aussitôt Gendry.
Robb apprécia la fougue du jeune homme, et lui donna trois jours pour créer une magnifique dague, que le jeune homme devrait lui apporter lors de son entraînement dans la cour du Red Keep. Il ne lui dit pas qu'il la destinait à Arya. Il avait remarqué le manège de sa jeune sœur. Celle-ci ne quittait plus les alentours de la forge, et regardait toujours ce qu'il se passait à l'intérieur sans se faire voir.
Gendry travailla jours et nuits pour achever la commande royale à temps, sous l'œil attentif de la jeune Princesse.
Trois jours plus tard, Gendry frappa enfin son dernier coup de marteau sur sa création. Il plongea l'arme dans un seau d'eau froide avant d'aller l'apporter au Roi. La lame était fine et faisait une vingtaine de centimètres. Il lui avait donnée une légère courbe, et avait gravé dessus des motifs en volutes. La garde était en bois blanc taillé, le pommeau était une tête de loup. Il avait entouré la partie centrale de la garde d'une bande de cuir noir pour le confort. Il sortit de la forge, la dague enveloppée dans une étoffe pour la présenter au Roi. Il arriva dans la cour du Red Keep et cligna des yeux face à la lumière du soleil, très intense en ce début d'après-midi. Il vit le Roi non-loin, et se dirigea prestement vers lui. Celui-ci n'avait pas vu le forgeron qui s'avançait, occupé à parer les coups d'épée de son adversaire. Il s'éloigna d'un pas pour reprendre son souffle, sans cesser de tourner autour de son adversaire, ce qui les fit échanger de place. Ainsi Gendry vit que c'était Arya qui se battait contre Robb. Elle avait grandi, épaissi un peu, commençait à avoir de belles courbes féminines, et ses cheveux étaient plus longs. Mais il l'aurait reconnu entre mille. Pour lui, c'était toujours la féroce et bornée petite fille qui avait parcouru les routes avec lui.
Sous le choc, il laissa tomber la dague au sol. Le métal tinta. Le bruit attira l'attention d'Arya, et quand elle vit son ami à dix pas d'elle, elle laissa tomber son épée d'étonnement. Combien de temps restèrent-ils plantés ainsi, bras ballants et bouches entrouverte de stupeur, à s'observer ? Les souvenirs refluaient, le flot d'émotions menaçait de les submerger. Puis Arya courut se réfugier dans les bras de son ami, de celui qui l'avait rassurée lorsqu'elle faisait des cauchemars il y a si longtemps. Gendry eu à peine le temps d'ouvrir les bras pour les refermer sur son amie. La tête enfouie contre la poitrine du forgeron, Arya laissa échapper un cri rauque.
-Gendry !
-Je suis là, Arya, je suis là, murmura-t-il, comme il le faisait lorsqu'elle se réveillait paniquée en pleine nuit.
Ils restèrent longuement enlacés ainsi, émus de se retrouver après tant de temps. Robb avait tendrement sourit face à la réaction de sa sœur. Elle qui était de redoutée de tous une lame à la main, qui effrayait Westeros tout entier lorsqu'elle était en colère, sa bornée de petite sœur avait abandonné sa carapace dès qu'elle avait vu le jeune homme. Le forgeron et la Princesse se détachèrent enfin l'un de l'autre, riant, des larmes de joie dans les yeux. Gendry ramassa la dague, et chercha du regard l'approbation du Roi, qui hocha imperceptiblement la tête. Le jeune homme tendit donc la dague à Arya. Elle s'en saisit, émerveillée, et sans plus se préoccuper du reste, suivit Gendry dans un coin plus tranquille. Des heures durant, ils se racontèrent tout ce qu'il s'était passé pendant ces années où ils étaient éloignés. La cloche les surprit. Arya se frappa le front.
-Le dîner ! Il faut que je file, ma mère va me tuer !
Elle commença à s'éloigner à petite foulées, pour finalement revenir sur ses pas. Elle claqua un baiser sur la joue de Gendry et repartit vers ses appartements. Celui passa pensivement la main sur sa joue, un sourire triste sur le visage. Comment pouvait-il espérer quoi que ce soit ? C'était une Princesse de Westeros, même une amitié ne sera jamais tolérée. Encore moins de l'amour. Le voilà pris au piège, condamné par sa condition de bâtard, de forgeron, d'homme du peuple. Rageusement, il donna un violent coup de pied dans un caillou en regagnant la forge. Il ne ferma pas l'œil de la nuit.
Me revoilà ! Vous connaissez la chanson, donc je ne me répèterai pas. Merci pour le soutien, gros bisous !
