N.A.: Coucou et désolée pour le retard ! J'espère que ça ne se reproduira plus mais j'ai été assez prise dernièrement que ce soit IRL (qui a fini par me rattraper) ou sur le projet du Calendrier de l'Avent donc voilà, pardon, je recommencerai pas ._. (enfin, j'essaierai). C'est un chapitre un peu plus court que le précédent (et oui, le lemon, ça prend de la place) mais j'espère qu'il vous plaira ^.^

Trigger Warning : violence plus ou moins explicite dans ce chapitre, propos homophobes/haineux (ça vire une chouille au angst, donc je préfère prévenir :) )

Réponse aux reviews anon:

Crisalys Nara: Oh merci merci merci merci. C'est plutôt à moi de te remercier d'avoir pris le temps de faire de la bêta :3

Doc N'Rock: xD J'espère que ce chapitre te plaira autant. Si tu veux du gay-fleur-bleue de la part d'Antoine, tu vas être servie! Quant à Mathieu... ça viendra plus tard mais j'espère arriver à dessiner un assez bon croquis de ce qu'il est au travers du regard d'Antoine.

Enjoy !


Inspiration.

Tout avait commencé de manière si irréelle. Le genre de rêve éveillé qui ne faisait que blesser plus profondément encore à la seconde même où on se décidait enfin à regagner le sol.

Expiration.


Un mois. Cela faisait un mois qu'il … ''traînait'' avec Mathieu. Planifiant des sorties, dormant chez l'un ou chez l'autre, souriant comme de parfaits imbéciles à chaque fois qu'ils croisaient le regard de l'autre, s'embrassant sans raison, parce qu'ils le pouvaient… Oh putain, ça faisait pile un mois qu'ils étaient…

« En couple, Antoine, en couple. C'est comme ça qu'on appelle généralement deux personnes qui s'aiment très très fort et… »

« Ta gueule, Nyo » A bien y réfléchir, le dessinateur n'avait peut-être pas été le choix le plus judicieux pour se livrer. Il jeta un coup d'œil à son radio-réveil qui l'informa en caractères rouges qu'il n'était que quatre heures du matin. Il sourit. Bien sûr que Nyo avait été un bon choix. Il n'y avait que lui pour répondre un appel à une heure aussi impossible sans lui enjoindre d'aller cordialement se faire foutre.

Il perdit son sourire en se rappelant ce qui l'avait poussé à appeler son ami à une heure aussi indue.

« Respire. » lui conseilla la voix grésillant à l'autre bout du fil.

« Hein ? »

Un soupir se fit entendre. « Je te connais, Antoine. Tu es en train de me faire une bonne grosse crise d'angoisse relationnelle des familles. »

Antoine se mordit les lèvres. Entre ses mains qui commençaient à trembler et les coups affolants qui battaient dans sa poitrine… Il se força à respirer lentement, le plus doucement possible, tentant de faire avorter ce qui se tramait dans son corps. Il passa une main dans ses cheveux, se concentrant sur la résistance capillaire qu'il rencontrait pour se calmer. Après quelques minutes de silence, il reprit, la voix un peu vacillante :

« … Tu peux rien prouver. »

« Tu es… Rha, j'ai même pas les mots pour dire à quel point tu me frustres ! Tu me fais le coup à chaque fois ! »

Soit. Antoine reconnaissait volontiers qu'il était prompt à stresser de manière totalement injustifiée et qu'il avait traversé sans doute plus de crises existentielles qu'il ne l'aurait dû pour passer pour un être humain parfaitement sain d'esprit. Mais il n'y pouvait rien.

Il avait toujours été un grand angoissé. Si ça s'était calmé avec le temps et sa notoriété sur le web – la reconnaissance de la qualité de son travail à grande échelle avait opéré des miracles sur son estime personnelle -, l'anxiété restait bel et bien présente, motif familier de sa vie. Il n'avait qu'à se souvenir du premier rendez-vous avec Mathieu pour s'en convaincre.


Sa bouche avait été sèche, son sourire nerveux, ses mains fébriles. Il lui avait semblé s'entendre parler de très loin.

« Sympa, la veste. »

Il se serait volontiers donné des baffes. Quelle phrase clichée, franchement. Et qui avait envie d'un rencard avec un gars cliché ? Mathieu allait partir, non pire, il allait le regarder de travers et partir, il allait se retrouver seul, désolé et con, à le regarder s'éloigner et…

« Merci, je la trouve cool aussi. » Mathieu eut un sourire, un petit sourire rassurant, comme s'il savait parfaitement ce qui se passait dans la caboche usée de son interlocuteur.

''Respirer calmement'' se répéta Antoine. ''Tout va bien.''

« T'as conscience que ça fait de toi un gros fanboy de Mass Effect ? »

« J'assume à fond, mec. »

Tout allait bien.


« Et tu ne veux toujours pas me dire qui est l'heureuse élue ? »

La voix du plus jeune le ramena brusquement sur Terre. Il grimaça, remerciant le Ciel que Nyo ne puisse pas le voir. Il n'appréhendait pas sa réaction à proprement parler… mais il le savait bizarrement protecteur envers Mathieu. Le lendemain de la soirée, il avait apparemment appelé partout pour savoir comment le châtain – pourtant plus âgé et légalement responsable – était rentré. Et il avait demandé au moins cinq fois à Antoine si tout s'était bien passé. Autant dire que le chevelu ne se sentait pas trop de lui annoncer comme une fleur : « oui, alors, en fait, c'était parti pour être un coup d'un soir mais maintenant, on sort ensemble et c'est sérieux. Autre chose ? » Non. Inenvisageable.

« … Ou l'heureux élu, hein. »

La grimace d'Antoine s'accentua. Nyo avait certes mal interprété son silence mais s'était malgré tout rapproché de la vérité.

« J'attends d'être sûr que c'est sérieux avant de le crier sur les toits. »

« Comme tu veux. Mais je veux être le premier à savoir. »

« Oui, Maman. »

« Ta gueule. Bonne nuit. »

Antoine entendit le déclic caractéristique du raccrochage et sourit. Un mois…

C'était peut-être la soudaine réalisation qui lui avait fait perdre les pédales. Il n'y avait pas vraiment fait attention. Il s'était laissé aller à apprécier la présence de ce nain sarcastique dans sa vie, et maintenant… maintenant, il ne voyait pas trop comment il pourrait s'en passer.

Pourtant, Mathieu était aussi imparfait que lui, et Antoine en avait conscience. Il s'énervait beaucoup trop facilement (et finirait probablement par mourir d'un infarctus), avait des sautes d'humeur irrationnelles par moment (et on ne pouvait alors plus rien en tirer), n'aimait pas Doctor Who ( et OUI, MONSIEUR, ça comptait comme un défaut)… Mais il y avait aussi ces petites lumières dans les yeux lorsqu'il souriait, cette aisance qu'il ne semblait ressentir qu'avec Antoine – il avait tendance à se renfermer légèrement face aux autres – et qu'il lui communiquait, ces fou-rires qu'ils partageaient, ce regard sauvage qu'il prenait au lit, ces palpitations incontrôlables qu'il déclenchait dans la poitrine du brun…

Antoine soupira. Il était tombé amoureux comme on tombe d'une chaise : violemment, rapidement, sans cette grâce qui était censé caractérisée les transports sentimentaux. Son téléphone bipa, le détournant de ses réflexions.

Il haussa un sourcil en constatant l'identité de l'expéditeur du message et l'ouvrit, sans prendre conscience du sourire qui se dessinait sur son visage en lisant.

''Mec. J'espère que tu ne dors pas, sinon je vais me sentir con. Mais j'ai des crises d'insomnie parfois et j'en profite pour me promener dans Paris (cliché hein ?). Et bref. Je suis devant chez toi. Ça te dit de me rejoindre ?...''

Sans hésiter, Antoine tapa une réponse rapide.

''Je te rejoins dans une minute, Mat''

Et effectivement, moins d'une minute plus tard, il se trouvait en bas de son immeuble, à trottiner vers un Mathieu qui s'occupait visiblement en faisant des ronds de buée dans le froid de cette nuit de décembre.

« T'es taré d'être venu. » souffla le châtain sans départir son regard de la vapeur qui se dissipait déjà dans l'air.

« C'est pour ça que tu m'aimes. » ricana le brun.

Mathieu finit par se décoller du mur pour lui faire face, une expression étrange sur le visage. Une expression qui hurlait : ''Ouais, c'est exactement pour ça.''

« On bouge ? » Ses mots flottaient dans l'air, en suspension. Ils flottaient encore entre eux lorsqu'ils se mirent à marcher en silence, un peu plus proches que d'ordinaire peut-être.

Tout semblait irréel. Marcher avant l'aube parisienne, sans but, juste parce qu'ils le pouvaient. Leur silence n'était pas inconfortable, au contraire. Antoine se sentait bien. On aurait presque dit que tous les sons s'étaient assourdis. C'était le prolongement d'un beau rêve. Un peu doux-amer mais serein.

« Hé ! Les deux pédés ! »

Bien sûr, ça ne pouvait pas durer.

« Hé ! Je vous parle, les pédés ! » Si la voix était rigolarde, le ton et les mots l'étaient beaucoup moins.

Antoine sentit ses poings se crisper. Il jeta un coup d'œil à sa droite. La mâchoire de Mathieu était serrée, ses yeux fixés obstinément devant lui.

Des pas commencèrent à se faire entendre derrière eux. Les voix se multiplièrent.

« Regardez-moi ces deux tapettes qui nous ignorent, pédés et connards, ils méritent d'apprendre le respect, vous croyez pas ? »

Approbation bruyante. Antoine sentit son pouls s'accélérer. Ils étaient au moins cinq. Le pas de Mathieu accéléra d'autant.

« Regardez-moi ça, deux pédés qui courent. »

Des rires. La bile remonta à la bouche d'Antoine. Ca faisait longtemps qu'il n'avait plus entendu cette insulte, tiens. Pédé. Ça lui rappelait le lycée. Le mépris, les moqueries. La violence physique, parfois.

Oui, ça faisait longtemps qu'il n'avait pas eu cette sensation d'être traqué piégé, à cause de son identité sexuelle. Cette impuissance. Cette peur. Il était ramené de force plusieurs années en arrière, ces années refoulées où il ne se connaissait pas encore. Et où le monde semblait se concerter pour l'empêcher de se trouver.

Mathieu prit à gauche. Si Antoine avait été dans son état normal, il l'en aurait sûrement empêché. S'il avait été dans son état normal, il se serait rappelé qu'à leur gauche, il n'y avait qu'un cul de sac. Mais Antoine était aveuglé par la peur et les souvenirs et il se laissait guider. La Terreur lui bloquait le cerveau et la gorge.

Mathieu s'arrêta brusquement lorsqu'ils atteignirent le bout de l'allée. Il ne se retourna pas. Il ne jura pas. Il semblait attendre.

Les voix se rapprochèrent. Antoine sentait ses ongles s'enfoncer dans ses paumes.

« Tiens, tiens, tiens, mais qui voilà ? »

Leurs voix, anonymes, haineuses, violentes déjà. Des mots coups de poings. Accompagnant l'autre presque nonchalant qui s'abattit sur sa figure, faisant voler ses lunettes. Une main le saisit par le col. A part cette main, le monde entier était dans le brouillard, jusqu'au visage auquel elle était associée. Quelle importance après tout ? Ces agresseurs étaient anonymes, rendus à peine humains par leur haine. Leur absence de visage dévoilait leur véritable nature, voilà tout. Leur nature de monstres.

« Lâchez-le. » La voix de Mathieu était étranglée mais ferme.

La main sur son col se resserra, et le balança une fois, deux fois, de droite à gauche.

« Vous l'entendez ? Il nous dit de lâcher son petit copain, si c'est pas mignon. »

« J'ai dit de te casser, gamin. »

Antoine s'immobilisa. Cette voix. Il ne l'avait pas entendu depuis…

La main réduisit son étau, encore, l'empêchant de respirer, l'empêchant de réfléchir. Inspirer. Expirer. Un effort immense. L'étreinte qui disparaît subitement. Arrachée.

Antoine cligna des yeux. Il était à terre. Des bruits de lutte lui parvenaient peu à peu. A sa droite ? A sa gauche ? Le monde était si flou. Où était Mathieu ?

Il se redressa, les membres tremblants. Tâtonnant autour de lui pour trouver ses lunettes. Elles étaient là. Un peu abîmées, mais elles l'étaient. Il les posa sur son nez. Ouvrit les yeux.

Le monde n'avait jamais été aussi net. Il voyait. Les trois agresseurs inconscients sur le sol. Tout ce rouge autour d'eux. Ils n'étaient pas si monstrueux finalement.

« Mathieu… »

Il voyait le seul encore debout et le monde tournait autour de lui. Son Sauveur.

« Mathieu… »

Dont les yeux bleus paniquaient. Dont les mains rouges pendaient à ses côtés, comme s'il ne savait plus quoi en faire. Dont le nom restait la seule chose à laquelle Antoine se raccrochait.

« Mathieu… »

Justicier ou meurtrier ? L'un ou l'autre, il fit un pas en arrière. Il avait peur. Antoine avait le cœur serré. Mais il avait peur aussi.

« Mathieu… »

Mais Mathieu n'était plus là. Mathieu était loin. A sa place se tenait un homme au même visage, mais la mâchoire plus carrée, les traits plus durs, la posture déterminée. Sans peur et sans remords. Un soupçon de regret, peut-être.

« Je suis désolé. » Cette voix.

Antoine releva la tête. Il était parti. C'est ce que font ce genre de personnes non ? Partir, loin, des gens et de leurs crimes.

Mathieu ne serait pas parti. Il se serait effondré, il aurait hurlé. Il ne serait pas parti. Ce n'était pas Mathieu.

« …Patron ?… »

Une question est-elle vraiment une question lorsqu'on en sait la réponse ?


Inspiration.

Ils étaient montés si vite. Ce n'était que justice qu'ils redescendent aussi rapidement.

Expiration.

To be continued...


N.A. : Un grand grand merci à Crisalys Nara, Pamplelune d'Agrumes et Little Merle-chan d'avoir aidé à fignoler ce chapitre. Je vous aime, les filles.

N'hésitez pas à laisser une review *keur keur* ça me fait plaisir et ça me permet de m'améliore :) A la prochaine !