N.A. : Encore un retard, un ! Vous commencez à être habitué, avouez-le x) Un grand merci à tous les reviewers (et je me dépêche de répondre aux derniers, promiiiiis). Merci aussi à Pamplelune d'Agrumes et Little Merle-Chan. Merci à Crisalys qui reconnaîtra son remerciement personnalisé dans ce chapitre ^^ J'espère que ça te plaira du coup *stress*
N'hésitez pas à laisser des reviews, surtout que le texte aborde des thèmes compliqués, si vous trouvez que je dis n'importe quoi, ou qu'il faut que je réexplique, dites le.
Réponses aux reviews anonymes:
Fishina: J'espère que tu apprécieras autant ce chapitre, écoute! Oui, je suis trop fleur-bleue, mon romantisme me tuera... Merci beaucoup pour tes compliment o/o Et la suite est là hahaha
Ranne: Je sais que tu as un compte mais par principe, les reviews en anon je réponds ici ^^ Merci *.* J'espère que ce chap sera aussi multiple dans ses approches alors o/
Enjoy !
Perdu et seul, au milieu des gens, son ordinateur à la main. S'il avait fallu qu'il se présente, ça aurait été ainsi. Car il était seul, quoiqu'en disent les autres, les hommes en blanc de son adolescence. Il n'était pas fou, il savait très bien qu'il était seul. C'était bien ce qui le terrifiait.
Il était seul, sans personne pour le réguler, le ralentir. Le contrôler. Il y avait eu des gens autrefois. Qui avaient essayé. Mais ils avaient toujours été trop. Il ne voulait pas être dans une cage, il voulait être accompagné.
Au moins, il l'était maintenant. Dans un certain sens.
Lorsqu'Antoine rentra, ce fut pour trouver Mathieu, les yeux rouges, enfoncé dans son fauteuil. Ses bras entouraient son propre corps, comme s'ils étaient la seule chose qui le tenait encore en un seul morceau. Il tremblait, un peu.
« An… Antoine. » Voix enrouée, précautionneuse. Mais la méfiance n'était pas tournée vers le brun. Mathieu se testait, réalisa le vidéaste. Comme si lui-même n'était pas sûr de ce qu'il était en ce moment. Il eut un coup au cœur en le réalisant.
Parce que cette méfiance n'était pas panique. Le plus petit des deux hommes était beaucoup trop calme, malgré le contre choc qu'il semblait subir, pour que ce soit la première fois où il se confrontait à cette situation. Il prenait un soin presque méticuleux à contrôler sa respiration erratique, à la stabiliser, se palpait aussi le visage, les bras et le corps. Des gestes qui se voulaient rassurant, réalisa Antoine. Mathieu cherchait à évaluer l'évolution de son état, agissant en quelque sorte comme son propre moniteur. Ses mains naviguaient, s'attardaient d'un endroit à l'autre, comme une routine bien huilée, bien que désagréable.
« Je voulais pas… Je voulais pas que tu vois ça. »
Antoine carra sa mâchoire, réfrénant la colère monter en lui. La colère et l'incompréhension.
De son côté, Mathieu se mordit la langue. Il avait mal choisi ses mots, encore une fois. Mais… il n'avait vraiment pas voulu qu'Antoine voit ça. Pas maintenant. Pas encore. Il aurait voulu… Il ne savait même pas exactement. Il était si fatigué.
Il aurait voulu qu'Antoine comprenne. Même s'il savait, au fond de lui, que c'était impossible. Antoine ne comprenait rien et c'était normal. Il se retint de pleurer. Il ne voulait pas ça. Pas le faire souffrir. Pas le voir essayer, faire des efforts, encore et encore. Pas les voir se blesser l'un l'autre. Il n'en avait pas envie. Mais… Mais il était égoïste. Et il aimait trop Antoine pour l'abandonner maintenant.
« Alors, ce… le Patron est… heu… c'était lui dans la ruelle tout à l'heure qui… ? » Antoine semblait chercher ses mots. Mathieu eut un tic grimacier à peine perceptible.
« C'était moi, Antoine. »
« Non, je veux dire… »
« C'était. Moi. » Mathieu se redressa lentement sur son siège, se répétant encore et encore les mêmes mots. Ces mots qu'il avait acceptés il y a cinq ans. 'Je suis entier. Je suis entier. Je suis entier.' « Une partie de moi en tout cas. Que tu ne connais pas peut-être. Trop exacerbée, sans doute. Trop détachée de ce que je te renvoie d'habitude. Mais c'était moi. Il m'a fallu quinze putain d'années pour m'en rendre compte. Alors ne dis pas le contraire, s'il te plaît. » Ne détruis pas tout. Parce que tu en serais capable. Imbécile.
« Alors tu es… Tu es schizo ? Schizophrène ? C'est… c'est ça. »
Mathieu serra les dents. Ignorer la douleur. Et puis, tu savais à quoi t'attendre en commençant une relation non ? Connard.
« Troubles de la personnalité. Schizophrénie, c'est encore autre chose. » Une subtilité qu'un ignare comme toi ne peut pas comprendre. Moi, c'est plus facile, j'ai toujours eu des facilités en sciences et…Non ! Il devait se concentrer. Il ne pouvait pas se permettre de laisser s'exprimer les autres, pas même le Prof, qui était l'un des plus mesuré d'entre eux tous, quoiqu'un peu arrogant parfois.
« Et… ça se passe comment ? Vous vous relayez ou… ? »
« Ils… Ce n'est pas une décision commune. » expliqua le plus âgé en se massant le front. « On ne se réunit pas tous les mardis pour décider qui prendra le contrôle pour le reste de la semaine, tu sais. On… Nous avons des existences quasiment indépendantes les unes des autres, même si nous ne formons qu'un seul tout. Nous ne sommes pas toujours au courant de ce que font les uns ou les autres. Ça dépend de… de nos personnalités respectives. »
Mathieu grimaça légèrement en prononçant cette phrase, comme si les souvenirs qu'elle ramenait lui laissaient un goût amer dans la bouche. Il reprit, en refermant ses bras autour de ses jambes.
« Ça n'a pas toujours été comme ça. Avant, je… J'étais hostile aux autres. Du coup, ils ne cherchaient jamais à communiquer avec moi. Maintenant, j'arrive à percevoir certains de leurs souvenirs ou des pensées fuyantes quand ils n'essaient pas de se… de se cloisonner. Nous avons d'autres moyens d'échanger sinon. »
« Comme… ? »
Mathieu farfouilla ses poches sous le regard nerveux d'Antoine avant d'en sortir un petit carnet, le genre de carnet qu'Antoine gardait aussi sur lui pour noter des idées pour des vidéos si jamais il lui en venait. Il le lui tendit, et le brun s'en saisit avec appréhension.
Il l'ouvrit, et lorsqu'il comprit ce qu'il tenait dans les mains, son visage se décomposa presque sous la surprise. Sous ses yeux s'étendait ni plus ni moins que la conversation écrite des… des différentes personnalités de son petit ami.
« Sérieusement les mecs, faudrait arrêter de vous manifester en random, vous faites chier - M.
Faut décoincer du cul, gamin. Une sodomie surprise de temps en temps, ça fait de mal à personne ! - Patron.
Oui, donc, comme je le disais… - M.
Mais j'ai rien fait moi… Arrête de me gronder, j'aime pas quand tu me grondes. - Geek
Je ne te gronde pas… - M
Je crois que Mathieu a raison, on devrait se calmer… N'EST-CE PAS PATRON ? - Maître Panda
Rho, ça va, la Chinoise. Je sais que tu m'en veux toujours pour cette histoire de bambou mais il serait temps d'apprendre à tourner la page… - Patron
Les mecs ! J'essaie d'être sérieux là. Je crois qu'avec Antoine, ça… ça peut marcher. – M.
… C'est vraiment parce que c'est toi gamin. Mais vous êtes pas très drôle. – Patron »
Antoine tourna encore quelques pages. Le plus stupéfiant n'était même pas le ton et les propos qui variaient totalement d'une personnalité à une autre, mais également le fait que l'écriture elle-même était différente. A travers sa diversité, il retrouvait les facettes qu'il avait déjà rencontrées. L'écriture incertaine et virant parfois au langage sms du ''Geek''. L'écriture serrée et droite du ''Patron''. Le ''Hippie'' qui ne parlait qu'en capitales sans jamais suivre les lignes des pages… Antoine tourna les pages. Encore. Et encore.
« C'est moi qui leur ai donné des noms, c'était plus simple comme ça. Surtout que j'ai une mémoire de merde pour les prénoms alors ce sont plutôt des titres mais… »
« Mec. Mec. Tu as combien de… Vous êtes combien dans… Putain. » Le chevelu voyait les surnoms s'aligner, tous différents, tous… tous vivants d'une certaines façon. Il avait un peu la nausée. Mathieu lui avait caché… tout ça ? « VOUS ETES COMBIEN, MERDE ? »
Il y eut un court silence avant que Mathieu ne réponde, calmement, un peu indifférent, presque.
« Douze la dernière fois que j'ai compté. Mais nous ne sommes que cinq à être régulièrement actifs. »
Douze. Antoine ravala sa salive. Douze. Putain.
« Je les ai rencontré ces cinq ? »
« Ouais, tu nous a rencontrés. Le Geek à la soirée. Le Hippie quand j'étais bourré. Maître Panda dans le métro. Et le Patron la première fois où on a… »
Mathieu s'arrêta soudain. Ses bras se resserrèrent et il se mordit à nouveau la lèvre.
« La première fois où on a baisé ? Juste avant qu'on commence à… » A quoi exactement ? Est-ce qu'Antoine pouvait sincèrement dire qu'ils sortaient ensemble, tout ce temps ? Est-ce qu'il pouvait même dire qu'il connaissait Mathieu ? « Pourquoi tu as accepté le dîner, Mat' ? Pourquoi ? Je… Je… » Il ne comprenait pas.
« Parce que je suis un connard. » La voix de Mathieu était métallique, saccadée. « J'ai toujours adoré tes créations et même si je savais que ce n'était pas vraiment toi… J'avais envie de te connaître. Et plus je te parlais, lors de cette soirée, plus… Plus j'en avais envie.
Apparemment, mes… mes persona sont envoyés sur le devant de la scène par notre Inconscient, lorsque celui-ci juge que c'est utile. C'est pour ça que le Patron, le plus fort d'entre nous est intervenu, tout à l'heure. C'est pour ça qu'il… Il est celui qui assume le plus ses pulsions. Non, nos pulsions… »
Mathieu se souvenait parfaitement de son réveil assez… mouvementé ce jour-là. Et de sa panique absolue en lisant la simple phrase sur son carnet :
« Super coup celui-là. Garde le. – Patron »
« Et quand tu m'as proposé le restaurant le lendemain… Je voulais dire oui, Antoine. Alors je l'ai fait. » Et regarde où ça m'a mené…
Mathieu aurait dû le savoir. C'est ce qu'il se répétait. Il aurait dû savoir qu'ils en arriveraient ainsi, un soir d'hiver, lui à discourir dans le vide et Antoine à le regarde comme si… Son cœur se serra. Tu le savais. Tu le savais et tu as fermé les yeux. Valait-il la peine de s'attacher aux gens si c'était pour les perdre ensuite ?
Et il savait ce qui suivrait. C'était inévitable. Il connaissait le regard qu'abordait Antoine. Et il respirait la peur.
« Mathieu, tu es sûr que tu… Tu veux pas voir… Je sais pas, un psy, un spécialiste ? »
Non. Il ne voulait pas. Il s'était juré que non. Il ne voulait pas qu'on le refourgue encore une fois à une armada d'hommes en blanc en espérant qu'il ''guérirait''. Qu'il ''changerait''. Qu'il deviendrait ''normal''. Mais ce regard. Est-ce qu'Antoine l'entendrait seulement ?
Regarde, idiot. Regarde ce que tu me fais faire.
« Tu… J'en connais mais ça fait longtemps que j'ai arrêté. »
« Et ça… ça arrangeait les choses ? »
Non. Mais je te dirai ce que tu as envie d'entendre.
« Parfois. Pas toujours. »
« Tu pourrais peut-être… réessayer ? Je veux… Je suis amoureux de toi, Mathieu. Pas du Patron. Pas du Geek. Pas des autres. De toi. »
Je suis moi. Je suis toujours moi. Pourquoi tu ne le vois pas ? Valait-il la peine de s'attacher aux gens si c'était pour qu'ils vous déchirent ?
« On peut… On peut essayer. »
Regarde. Regarde ce que tu fais.
L'hôpital. Le service psychiatrique. Ca faisait longtemps que Mathieu n'avait pas remis les pieds ici. Cinq ans. Cinq ans qu'il était prêt à jeter à la poubelle.
Il était tôt et il était fatigué. Antoine avait accepté d'attendre dans le hall d'entrée. Le châtain n'aurait pour rien au monde voulu le voir ici.
Il regarda autour de lui. La salle d'attente n'était pas pleine mais pas déserte non plus. Une jeune fille assise près de lui, la capuche relevée. Quelques enfants jouant à des jeux un peu trop calmes et répétitifs. Stéréotypies. Mathieu jeta un coup d'œil aux parents à l'air lessivé qui les accompagnaient et hocha la tête dans leur direction. Lesdits parents ne répondirent pas. Evitèrent son regard.
Mathieu ferma les yeux. Il avait oublié ce que c'était de voir se renvoyer le statut de ''malade'' en pleine tronche. Ses ongles rentrèrent dans ses paumes. Il n'était pas ''malade''. ''Malade'' signifiait un danger permanent, une incapacité à vivre correctement. Il était arrivé à vivre correctement. Pendant cinq ans.
« Tu n'es pas malade, tu es aliéné. C'est différent. » Bizarrement, et assez ironiquement, c'était une psychiatre qui lui avait dit ça. L'une des rares qui ne l'avait pas gavé de médicaments. L'une des rares à lui avoir donné des conseils utiles.
''Aliéné'', il l'était sûrement. Incompréhensible pour eux. Il ne demandait même pas qu'eux le comprennent. Juste… qu'ils l'acceptent.
« T'es là pour quoi ? » demanda la jeune fille à sa droite.
Elle avait l'air ennuyé et jouait avec ses écouteurs. Si elle n'avait pas été là, on aurait pu la prendre pour une adolescente lambda. Le cœur de Mathieu se serra. Elle était une adolescente lambda. Etre différent ne devrait pas être une tare. Ce n'était peut-être pas facile d'être hors de la norme. Mais ce n'était pas intrinsèquement mauvais.
« Mon petit-ami pense que c'est une bonne idée. » décida-t-il de répondre. Il savait qu'elle n'en demanderait pas plus et il fut soulagé lorsqu'il la vit hocher la tête. Elle comprenait. « Toi ? »
« Ma mère. Mon attitude l'inquiète. Apparemment. » Elle tira sur ses manches. Mathieu ne dit rien. C'était réconfortant de ne pas avoir à faire d'effort pour une fois.
« Et ça aide ? »
« Non. Ils sont à côté de la plaque. Je ne cherche qu'à respirer et ils me donnent un manuel de survie. Je veux voir le monde et on me répond qu'il est dehors. Mais ça lui donne bonne conscience. Et ça m'oblige à me lever le matin. »
Silence encore.
« C'est ma dernière séance. » continua la jeune fille. « Louée soit la Sainte Pelle. » Mathieu ne put s'empêcher de sourire à l'évocation de cette référence. « Ca n'aura pas tout à fait été inutile en tout cas. Si c'était à recommencer, je refuserais. Accepter pour faire plaisir. Accepter pour maintenir la paix. Dire oui. Et sourire en le disant. Tout ça. C'est fini. Je ne peux plus. » Elle le regarda. Un vrai regard, qui sondait jusqu'au fond de l'âme. Qui savait. « Est-ce que ça en vaut vraiment la peine ? »
Silence. Plus pesant. Significatif.
« Ca part d'une bonne intention. »
« Ca ne suffit pas toujours. »
« Il m'aime. »
« C'est de toi qu'il s'agit. »
« … Je l'aime. »
« … Quelqu'un m'a dit une fois qu'aimer c'est donner. Qui donne le plus entre vous deux ? »
« Mais il ne sait pas… »
« Qui donne le plus ? »
« Mademoiselle ? C'est à vous. » Une infirmière, la voix bienveillante pour tempérer son interruption, appuya ses mots d'un regard vers eux. Droit dans les yeux, franchement. Mathieu eut l'impression de se réchauffer. S'il détestait les hôpitaux, il avait toujours su apprécier les infirmières.
Sa voisine se leva, un sourire flottant sur ses lèvres et jeta par-dessus son épaule :
« On m'appelle Crisa. Ravie de t'avoir rencontré. »
Regarde. Regarde tout ce que j'ai fait.
Lorsque Mathieu redescendit, Antoine accourut tout de suite. Le plus petit avait l'air serein. Pour une fois.
« C'est fini. »
« … Quoi ? »
Incompréhension toujours. Est-ce que ça cesserait de faire mal un jour ?
« C'est fini. »
Le sol qui s'ouvre sous tes pieds. L'air décomposé plaqué sur le visage. Le cœur qui hurle, au bord de tomber.
« Tu… tu veux dire… Je…C'est le psy qui… ? »
« Non. C'est moi. C'est… Je peux plus. C'est fini, Antoine. »
Mathieu partit, vite, sans se retourner. S'enfuir pour ne pas hurler.
Regarde. Regarde ce que tu me fais faire.
To be continued...
N.A.: Ne me frappez pas ;-; Vous m'en voulez pas trop, hein? Hein? HEIN? Des petits coeurs avec les doigts. Je vous aime en vrai. *évite un projectile random* Maiheu...
