N.A.: Et nouveau chapitre (on ne l'attendait plus olala). Je vous retiens pas plus longtemps avec la NA parce qu'il est tard et c'est très la fatigue. Juste pour dire que je me suis rarement aussi éclatée à écrire un chapitre, même si c'était un peu beaucoup l'ascenseur émotionnel. Comme d'habitude, n'hésitez pas à laisser une review!
Réponses aux anon:
Fishina: Je trouve aussi que Mathieu a pris la bonne décision. Au tour d'Antoine de prendre la bonne dans ce chapitre ^^
Guest: Mouahaha, je suis diabolique (aucun remord). Merci beaucoup en tout cas ^^ J'espère que ce chapitre te plaira autant (en plus, il finit de manière moins sadique)(enfin je crois xD)
Brefouille. Enjoy!
Tu me manques. Tu me manques. Tu me manques.
Je ne sais pas si c'est toi qui me manque. Ou l'idée que je me fais de toi.
Je ne sais pas si c'était réel. Mais j'ai mal. Ce vide dans ma poitrine. Cette douleur que je masque derrière un sourire. Sourire ou grimace ? Je ne sais pas.
Mais je sais une chose.
Tu me manques.
Antoine avait arrêté de compter les jours. Les jours d'absence. Il se levait le matin, les gestes mécaniques. Les matins avaient un goût de café amer et de corrosion à l'acide. Sa peau semblait toujours à vif ces derniers temps. Rêche, presque. Il la frottait jusqu'à saigner en se lavant parfois.
Il sentait avec horreur son mal-être revenir. Ce mal être qu'il avait cru laisser pour toujours dans les sombres dossiers de ses années lycées. Il était fatigué. Il avait envie de pleurer. Mais il se sentait trop vide pour y arriver.
C'était con, non ? Se mettre dans de tels états pour un seul mec. Un mec que techniquement, il ne connaissait que depuis quelques mois. Enfin, ''connaître''…
Il continuait sa routine par automatisme. Ecrire, sourire, parler. Il pouvait tout supporter sauf le contact. C'était sans doute la raison pour laquelle il hurla presque lorsque Nyo lui saisit le bras.
« Hé, mec. Ça va ? »
En voyant l'air sincèrement inquiet de son ami, Antoine sentit les digues céder.
Non. Non, ça n'allait pas.
Antoine sentit la main se resserrer sur son bras et comprit qu'il avait prononcé ces mots à haute voix. Et la carapace sous laquelle il s'abritait, cette gangue de rites quotidiens qui agissaient comme autant de conjurations, explosa et les mots se bousculèrent dans sa bouche.
Le regret, l'incompréhension, les mauvais moments, la fin. L'amour et les bons moments aussi. Tout se répandait dans un bordel monstrueux, comme un scénario de rêve - de rêve ou de cauchemar.
Nyo ne disait rien. Il écoutait. Après coup, Antoine se dira qu'il avait une chance infinie d'avoir pour ami quelqu'un qui savait écouter. A la fin du discours chaotique du chevelu, le dessinateur continua à se taire mais la main sur le bras du plus âgé était crispée à lui faire mal.
« Antoine, je… » Il se tut. La voix n'était pas stable. « Je… Je crois pas pouvoir… Je pense pas être dans la bonne position pour te dire quoi que ce soit. Quoi que ce soit de constructif en tout cas. » Il soupira et rit nerveusement, passant une main sur son crâne. « Je… Je vais pas te faire la morale. Je vais pas t'engueuler mais… Mais tu te rends bien compte que tu as agi comme le dernier des abrutis non ? »
Devant l'air perdu d'Antoine, Nyo soupira encore une fois, frustré.
« Ok, viens, faut que j'appelle quelqu'un. Il sera pas tendre mais… Mais il saura… Il saura quoi dire. »
''Parce que moi, je ne sais pas, j'hésite entre te plaindre et t'insulter.'' Nyo ne prononça pas le fond de sa pensée. C'était des mots qu'Antoine n'avait manifestement pas besoin d'entendre.
« Allo ? Alexis ? Tu peux… Venir s'il te plaît ? Non, pas pour ça, non… Longue histoire… »
La jalousie était une chose étrange. Qu'elle puisse être aussi virulente envers une personne, sur qui il savait n'avoir aucun droit, le dépassait. Non pas qu'Antoine puisse avoir des droits sur un quelconque être humain. Mais il se comprenait. (1)
Il dévisagea à nouveau l'homme qui lui faisait face, tentant désespérément d'étouffer son ressentiment. Alexis Lloyd était, si Antoine devait être honnête, raisonnablement attirant, même s'il n'était pas du tout son type. Une physionomie virile, des yeux clairs, mais une certaine rondeur qui annulait tout ce qui, sans elle, aurait paru trop agressif. Et accessoirement, il était l'ex de Mathieu slash l'un de ses plus proches amis actuels slash apparemment sur le point de broyer le crâne d'Antoine à l'instant même, si Antoine interprétait correctement le laser de ses yeux et sa mâchoire carrée. C'était peut-être étonnant qu'Antoine ne l'ait pas rencontré plus tôt, mais après tout, avec le secret tacite que lui et Mathieu avaient entretenu autour de leur relation, pas tellement. Dommage. Alexis serait sûrement plus réticent à l'idée de le tuer s'il le connaissait mieux.
Mais Antoine ne ressentait pas la moindre peur. Tout simplement parce qu'il était malade de jalousie. Ce qui était stupide.
Mais il n'y pouvait rien. Il se sentait jaloux à en crever. Bizarrement, ce sentiment le réconfortait. Il le faisait se sentir plus vivant qu'il ne l'avait été ces dernières semaines.
« T'es vraiment con. »
Des mots qu'Antoine avait entendu des milliards de fois. Mais jamais avec cette froideur, ce poids dans les termes.
Il tiqua. Il ne pouvait pas faire autrement. Ce ton dans cette bouche… Comme s'il savait quelque chose qu'il ignorait. Et qu'il le méprisait pour cela. Non, c'était pire que du mépris. C'était une colère froide qui trouvait sa source dans l'attachement qu'Alexis avait manifestement pour Mathieu. Une colère qui, sans ce lien, serait devenue de la pitié. Antoine sentit son dos se raidir. Pour qui se prenait ce gars ? Il pensait qu'il devait défendre l'honneur de Mathieu ? Qu'il était plus légitime que lui d'une certaine manière ?
« Je ne vois pas en quoi. » Ce ton défensif. Pitoyable. Il y avait eu des moments où Antoine ne s'aimait pas, mais là, il se serait des gifles. Sa phrase sonnait comme celle d'une préadolescente boudeuse. Oui, la jalousie était une chose vraiment étrange.
Le rictus involontaire du musicien – parce qu'en plus, il était musicien – lui indiqua qu'Alexis était parfaitement conscient de son cheminement mental, et Antoine se sentit encore une fois stupide. Mais c'était bon tout de même, de retrouver une conscience de soi – aussi désagréable soit-elle – après ce qui avait semblé être une traversée du désert.
« Par respect pour Mathieu – et seulement pour ça, parce que ce petit imbécile tient à toi, qu'il le veuille ou non… » Au contraire de ''con'', ''imbécile'' avait une résonance tendre, presque, dans la bouche d'Alexis. « … Seulement pour cette raison, Daniel, je ne te pèterai pas la gueule. Mais tu es vraiment. Vraiment. Con. Mathieu n'est pas quelqu'un qu'on peut soigner d'un coup de thérapie. Il ne deviendra pas normal si tu t'appliques très fort. Il n'est pas une demoiselle en détresse, prisonnier du vilain dragon du Trouble de la Personnalité Multiple. Et tu n'es pas son héros en armure. »
Les poings crispés d'Alexis se balançaient en rythme à ses côtés, comme un métronome fou, cadençant la colère qui semblait bouillir en lui. Mais au fur et à mesure de son discours, il était compliqué de savoir contre qui cette colère était dirigée.
« Je sais très bien ce que tu te dis. Je me... Je me le suis dit aussi. Que toi tu le connais mieux. Que toi, tu y arriveras. Parce que toi, tu l'aimes, mesdames et messieurs ! Tu es spécial. »
Il éclata d'un rire sans joie.
« Et tu es juste un connard d'égoïste. Et tu ne vois pas qu'il souffre. Mais c'est pour son bien, après tout. »
Les poings tremblaient, nota distraitement Antoine. Peut-être parce qu'ils étaient inutiles. Les mots d'Alexis faisaient mouche plus violemment qu'ils n'auraient pu le faire. Le bassiste expira et reprit d'une voix plus calme :
« Mathieu n'a pas besoin de ça. Il a juste besoin d'un appui. Quelque chose de solide. Pas de quelqu'un qui le pousse vers des hauteurs impossibles. C'est juste épuisant. Il a essayé. Avant. A cause de sa famille, surtout. Ils se sont épuisés les uns et les autres et il a lâché prise. Il a essayé de trouver un équilibre. Ça a été long. »
Il jeta un coup d'œil à Nyo qui se contenta d'acquiescer sans un mot, les yeux dans le vague.
« Il y a eu des moments où il fuyait tout contact social. Il était… Il était persuadé d'être nocif. Mauvais. Il était reclus. Et il se rejetait. Il a failli y passer. Et puis. Je ne sais pas. Ce mec est juste… Il est incroyablement fort. Il a décidé de vivre et si ça voulait dire qu'il vivrait en étant plusieurs, il était d'accord. Il s'est réconcilié avec lui-même, au sens propre. Il a quitté son foyer familial et prit un taff. Il sort avec des amis et des inconnus. Il se laisse vivre. »
Le regard d'Alexis se ficha soudain dans celui d'Antoine. Yeux clairs. Si semblables à ceux de l'Autre… Mais si différents. Oppressants, menaçants ici, quand les siens avaient été… Antoine ravala sa salive alors que l'autre reprenait, plus durement.
« Et il était à deux doigts de tout fiche en l'air pour toi. Parce qu'il t'aime. Il était prêt à revenir en arrière. A cacher ses personnalités, comme une chose honteuse. A revenir en Enfer. Certains disent que l'Enfer, c'est l'éternité sans Dieu. Mathieu a dû affronter la possibilité de l'éternité sans des parties de lui-même. Tu ne peux pas… Tu ne peux pas le déchirer comme ça. Tu ne peux l'avoir qu'entier ou pas du tout. Apprends à le connaître. A voir. Pas seulement ce que tu veux voir, le reste aussi. Les recoins d'obscurité et les replis d'innocence. Tout. Entièrement. Ou casse-toi et accepte de lâcher prise. »
Ça faisait mal. C'est ce que disait Antoine en écoutant. La chute avait un goût d'égo en miettes et de remords nauséeux. Putain. Il n'avait rien vu. Dans sa hâte de bien faire, d'être assez bon, il avait failli tout détruire. Il l'aurait fait si Mathieu n'avait pas eu le bon sens de s'éloigner. De se protéger. Merde. Il avait été si… si puéril. Naïf, comme disait l'autre. Il l'était encore, peut-être, sûrement. Il n'y avait qu'à voir son attitude quelques minutes plus tôt. Cette seconde où il avait hésité à envoyer Alexis se faire foutre par pure jalousie. Je suis vraiment trop con. Au moins sur ce point, lui et Alexis étaient d'accord.
Il relâcha ses muscles. Il n'était pas un gosse stupide. Et Mathieu n'était pas un jouet cassé qu'il pouvait remonter. Sa pathologie faisait partie de lui. Ce n'était pas un ajout superficiel et indésirable qui se nécroserait au contact des psychiatres. D'après ce que lui avait raconté Alexis, c'était même plutôt le contraire.
Il inspira.
« D'accord. » murmura-t-il doucement.
« Tu es sûr que tu comprends ? Tu es sûr que… »
« D'accord. » répéta Antoine plus fort. « Je… Je comprends. » Je ne savais pas. « Je ne voulais pas… » Je ne comprenais pas. « Je voulais juste… » Et je ne suis pas toujours sûr de savoir mais… « Il… Il me manque. »
Alexis lui jeta un regard incertain. Pour la première fois, sa colère semblait être retombée.
« Alors ?... Tu vas… »
« Je vais lui parler. Lui… lui dire. » Que je suis désolé. Que je veux le connaître. Lui. Lui, vraiment. Je veux le voir. Je veux comprendre. Putain. Je veux être là pour lui.
Il n'avait pas les mots pour dire plus. Pas maintenant, pas devant eux. Alexis hocha la tête.
Antoine se leva lentement, en vacillant un peu. Hésita.
« Lloyd, ce que tu ressens pour Mathieu, c'est… ? »
Alexis rit. Un rire rond et fort, qui lui ressemblait.
« Je ne suis qu'un ami, Daniel. Il n'y a pas de compétition. Et puis, j'ai quelqu'un en vue. » Son regard se voila un peu. « Je suis juste quelqu'un qui regrette un peu trop ce qui aurait pu être, parfois. »
Antoine hocha la tête une dernière fois avant de quitter les lieux.
Une fois le brun parti, Nyo regarda son ami artiste d'un air curieux.
« Tu as voulu te montrer dur mais tu l'aimes bien au fond, non ? »
Le sourire de son interlocuteur devint plus franc. « Tu me connais trop bien. Mais, ouais, je serai heureux pour eux si… bref. »
« Ha ? » Ça, c'était inattendu.
« Ouaip. » Son regard s'adoucit. « Parce que pour une raison qui m'échappe totalement, Mathieu ne semble pas si entier que ça sans lui. »
« Tout ça ne rime à rien. – M
Ne nous la fais pas à nous, s'il te plaît. Tu te conduis comme une fiotte éplorée depuis que l'autre pute est partie. – Patron.
Je ne suis pas tout à fait d'accord avec le terme employé… Mais j'approuve le fond. Tu ne peux pas passer ton temps à te lamenter sur Antoine. – Maître Panda
Wow, la chinoise est d'accord avec moi, gamin. Jour à marquer en annal. – Patron
Dans les ANNALES – Maître Panda
Non, non, j'ai bien ditPATES A LA CARBONARA Putain, sale Hippie, la prochaine fois que tu me coupes la parole, je te BAISE – Patron
Vous me fatiguez… Et je ne vois pas pourquoi ça vous inquiète, il… on est mieux sans lui, non ? Ça finira par passer. Tant pis si j'ai mal. - M
Mais Mathieu, le problème c'est qu'on… on a mal aussi… - Geek. »
Mathieu resta un long moment à contempler la dernière phrase griffonnée par ce qu'il considérait comme la plus immature mais aussi la plus sincère de ses personnalités. Il avait beau accepter ses personnalités comme des parties de lui, aussi légitime que celle qu'il présentait en société, il les avait toujours conçues comme indépendantes émotionnellement. Son cerveau fourmillait de questions. Est-ce qu'ils étaient tombés amoureux d'Antoine eux aussi de leurs côtés ? Ou était-ce lui qui aimait le youtuber assez fort pour que ses émotions filtrent dans ses autres consciences ?
Et surtout, est-ce qu'ils avaient souffert d'avoir été dissimulés et qu'Antoine ignore jusqu'à tout récemment leurs existences même ?
…
Mathieu releva brusquement la tête, le front en sueur. Il jeta un coup d'œil à sa montre, qu'il avait pris l'habitude très jeune de porter partout, même en intérieur. Une heure s'était écoulée et il n'en avait aucun souvenir. Une absence encore. Les basculements de personnalités devenaient plus fréquents depuis qu'Antoine était parti. Il abaissa son poignet et fronça les sourcils en constatant que son autre main était crispée sur son stylo. Il regarda son carnet. Sous ses yeux s'étalait en des dizaines d'écritures différentes la réponse à sa dernière question silencieuse.
« Oui.
Oui.
Oui.
Oui.
OUI.
oui
… ouais
Ouip
…. »
Il tourna la page. La liste de « oui » sobres, non signés, continuait.
« Je suis si désolé… »
Il espérait qu'ils pouvaient l'entendre même s'il en doutait. Il était bien placé pour savoir à quel point il était difficile de rester conscient lorsqu'on n'était pas aux commandes du corps.
Il lui fallut sentir ses joues humides pour se rendre compte qu'il pleurait. Et cette révélation ouvrit véritablement les vannes de ses larmes.
Tu me manques. Je ne sais pas si c'est à moi précisément que tu manques. Mais. Tu me manques.
Un coup à la porte. Mathieu se redressa et jeta un autre coup d'œil à sa montre. Il n'avait manqué qu'une vingtaine de minutes cette fois-ci.
''Alexis ?'' pensa-t-il. Il savait que son ami devait passer. Un sourire lui vint aux lèvres. Le musicien aux allures d'ours lui manquait. Mais pas autant que… Sa lèvre inférieure trembla et il dut réunir toutes ses forces pour ne pas fondre en larmes à nouveau.
Il marcha vers la porte en appréciant le rangement relatif qui régnait. ''La Fille a fait un peu de ménage, on dirait… ''
Les pensées ailleurs, il ouvrit la porte pour se retrouver nez à nez avec Antoine. Antoine qui observa les yeux rouges de son vis-à-vis et sentit son cœur se serrer.
Etait-ce vraiment une bonne idée ?
Je ne sais pas.
« … Mathieu ?... »
Mais je sais une chose.
Tu m'as manqué.
To be continued…
(1) En tout cas, moi je me comprends T.T
Ne me frappez pas, je suis gentiiiiille :x A la prochaine, tous (et moi, je vais dormir =.=)
