N.A.: Coucou mes loulous. J'ai eu du temps et de l'inspiration donc suite plus tôt que prévu, elle est pas belle la vie. Encore une fois, merci à ma magnifique bêta Lola, alias Pamplelune d'Agrumes, ne change jamais stp stp.
On approche de la fin mine de rien '-' je ferai un topo à la fin de ce chapitre sur l'avancement de la fiction. En attendant, lisez, laissez des reviews et faisons nous des câlins (il est un peu tard)(pardon d'être moi).
Réponse à la review anonyme:
Anonyma (Guest): Je ne compte pas laisser cette fic inachevée, crois-moi ^^ on n'est pas si loin de la fin, tu sais '-' "géniale"?... °/° (je rougis tout le temps)(gniiiiii) Merci beaucoup pour ta review en tout cas o/
Et maintenant : Enjoy!
Froid. Il avait eu froid si longtemps. Ce froid glaçant qui venait du fond des entrailles, qui rendait tout anesthésié, métallique. Cruel. Ce froid qui était une couche supplémentaire entre lui et le reste. Qui l'enveloppait comme une couverture, le confort en moins.
Froid. Qui rendait ses lèvres bleues et son regard terne.
C'était utile parfois ce froid. Il mettait de la distance. Il atténuait ses autres sensations. En conséquence, on le croyait froid. Curieuse méprise.
Froid. Il avait abandonné l'espoir de se réchauffer vraiment un jour. Il courrait après les distractions, l'adrénaline, n'importe quoi, qui lui aurait fait oublier ce froid, une heure, une minute, une seconde.
Froid. Il était le Patron et il avait froid. Il leva ses yeux vers Antoine.
Antoine haletait un peu. Mathieu n'avait rien dit depuis qu'il avait ouvert la porte, il commençait à l'inquiéter.
« Barre-toi… » La voix était brouillée, rauque, à peine audible, mais Antoine la reconnut sans peine.
« Patron, je… » Les mots se bousculaient dans sa bouche. Il tenta de se fermer aux sentiments contradictoires qui menaçaient de l'envahir, la peine, la frustration, l'euphorie d'être là malgré tout, tout. Ses mots restaient coincés dans sa gorge. Ils seraient peut être sortis si l'homme qui lui faisait face lui avait laissé le faire.
Mais le Patron ne l'entendait pas de cette oreille.
« Pourquoi t'es revenu, putain ! » L'éclat subit accompagné d'un coup de poing en pleine poitrine coupa le souffle du plus grand mais le Patron ne s'arrêta pas. « Casse-toi. Casse-toi. Laisse le gamin tranquille. Laisse… Laisse-nous. Putain. »
Une fois le premier coup passé, Antoine ne chercha plus à le retenir.
« Patron… » souffla-t-il.
Le Patron s'immobilisa. Comme s'il ne s'était pas attendu à ce nom. Comme s'il se rendait compte, déjà, de tout ce que cette dénomination signifiait dans la bouche de cet homme.
Antoine leva les bras, comme pour toucher celui qui lui faisait face et, doucement, les posa sur ses épaules. Abaissa son front sur le sien. Ils étaient si proches.
« Je suis désolé, Patron… »
Froid. Il avait si froid. Mais là, sous les mains d'Antoine, il commençait à se réchauffer. ''D'accord'' pensa-t-il en fermant les yeux, détendu pour peut-être la première fois de sa vie. ''D'accord.''
Mathieu releva brusquement la tête, manquant dans le mouvement de se cogner contre les dents du vidéaste. Ses yeux papillotèrent une seconde avant de se recentrer et de jauger rapidement la situation. Antoine suivit l'opération qui n'avait pas duré plus d'une poignée de secondes. Ce mouvement lui parut familier, bizarrement. Comme s'il l'avait déjà vu des milliards de fois, sans y faire attention.
Mathieu eut un sourire hésitant. Le genre de sourire qui faisait mal rien qu'à regarder, uniquement présent par défaut, pour masquer quelque chose de plus sombre, de moins acceptable.
Antoine se sentait mal devant ce sourire. Que Mathieu puisse le lui présenter alors que le Patron lui-même avait craqué et montré des sentiments sincères… le blessait presque physiquement.
« Antoine ? Qu'est-ce que tu fais là ? »
« Je… » Antoine se retrouvait à court de mots. C'était facile de se dire qu'on allait s'excuser, trouver les bons mots qui sauront réconcilier, mais une fois sur place… Il avait eu tellement hâte de venir que le reste n'avait pas semblé de grande importance. Mais maintenant…
Les mots d'Alexis rejaillirent soudain de son esprit et il sourit.
« Je suis con. »
Il avait dit ça si calmement. Oui, je suis con. Je l'ai été, je le suis toujours. Il y aura des jours où je dirai de la merde. Des jours où je ne comprendrai pas. Je vais pas te mentir là-dessus.
« Mais ?... »
« Mais… »continua-t-il. « Je veux essayer. Si tu veux, j'veux dire. Hum. Je… Je veux comprendre. T'écouter. Et essayer. Si… Si tu veux. »
Il eut un rire nerveux. Je veux tellement de choses. Je veux que tu souries et que ça soit grâce à moi. Je veux pouvoir te dire que je t'aime sans que ça ne nous blesse tous les deux.
Je veux être avec toi.
Les sourcils de Mathieu se froncèrent comme s'il cherchait à comprendre un sens caché derrière les mots. Ses traits finirent par se radoucir. Puis se décomposèrent. Jusqu'à ce que le jeune homme finisse par se jeter en sanglotant dans les bras médusés d'Antoine.
« Antoooiiiine, tu m'as manquééééééé. » geignit-il d'une voix un peu trop aiguë. « Pourquoi t'es partiiii ? »
« Heu… » fut la très intelligente réponse d'Antoine. Il finit après un temps d'hésitation par refermer ses bras autour du corps frêle qui se répandait visiblement en larmes dans son T-shirt.
Il s'était toujours senti un peu seul. Il ne l'était pas, fondamentalement. Et il s'arrangeait pour l'être le moins possible. Il savait que tous lui reprochaient d'être trop bruyant, de ne pas cloisonner assez ses pensées, de se plaindre sans arrêt. Mais ce n'était pas sa faute.
Pouvait-il vraiment dire qu'il se sentait seul ? Les autres se seraient moqués de lui. Surtout Mathieu. Mathieu qui avait encore du mal à les comprendre, parfois. Mathieu qui les considérait souvent comme des étrangers. Mais il se sentait seul. Vulnérable.
C'était encore pire lorsqu'il était poussé, il ne savait par quoi, en avant. Il se sentait bien trop démuni dans ce corps bien trop grand. C'était peut-être la raison pour laquelle il se réfugiait dans les jeux vidéos. Limité par les bords de son ordinateur, le monde paraissait beaucoup plus petit. Il était bien dedans.
Il était bien là aussi. Dans le T-Shirt d'Antoine, ses bras autour de lui. Il leva les yeux. Antoine était si grand par rapport à lui. Il se nicha plus profondément sur son torse. Respira son odeur. Ferma les yeux.
Il se sentait tout petit. Et en sécurité.
Antoine était avec lui.
Lorsque Mathieu fut à nouveau conscient, il se rendit compte qu'il était dans les bras d'Antoine. Il se dégagea, peut-être un peu brusquement. Il ignora l'air blessé d'Antoine et serra les dents. Il détestait quand les autres personnalités faisaient ça. Et devant Antoine… Il sentit la colère enfler en lui. C'était peut-être irraisonné, mais il avait encore sa dose de fierté.
« Antoine. Je ne sais pas ce que tu cherches à prouver. Pourquoi t'es là ? »
« Je… »
« Je ne serais jamais normal, ok ? Jamais entièrement celui que tu voudrais. Jamais. Jamais. Jamais. Alors le mieux c'est qu'on se quitte maintenant et qu'on arrête de se blesser d'accord ? »
« Mais… »
« Je ne sais pas si tu te rends bien compte des conséquences. Tu auras à les subir. Nous subir. Le Geek qui chiale tout le temps. Maître Panda qui fait ses vocalises à 6h du matin et laisse ses instincts paternels régir son comportement les trois quarts du temps. Le Hippie défoncé en permanence. La Fille. La Fille, putain. Le Patron qui découche tous les deux soirs. »
Antoine ne chercha pas à répondre cette fois-ci et Mathieu reprit son souffle. Il les entendait presque protester, hurler après lui dans sa tête. Le coin de sa bouche se releva dans un tic qui aurait pu passer pour un sourire. Il finit par regarder à nouveau Antoine dans les yeux pour y voir, à la place de la résignation à laquelle il s'attendait une petite lueur de… il ne savait pas vraiment.
« Quoi ? » demanda-t-il agressivement.
La voix d'Antoine lorsqu'il lui répondit était douce, calme. Posée.
« Le Patron vient de me dire qu'il était prêt à rester fidèle. Que si j'étais sérieux, lui aussi. » Il eut un petit rire. Presque léger. « Pas exactement dans ces termes, mais c'était l'esprit. »
Mathieu ouvrit la bouche. La referma. Déglutit.
Le sourire d'Antoine s'accentua. Ses yeux chocolat restèrent fixés sur les siens. Incroyablement chaleureux. Plein d'espoir.
« Il m'a aussi dit de ne pas t'écouter trop attentivement, parce que tu voulais que je revienne. Apparemment, ''l'oreiller est mouillé tous les soirs mais pas pour les bonnes raisons''. » Un peu de tristesse venait colorer son timbre de voix mais son regard restait décidé. « S'il te plaît, Mat'. Dis-moi qu'il a raison. Je suis désolé. Vraiment désolé. Et j'aimerais que tu me donnes une autre chance. »
Mathieu le regarda fixement pendant une bonne minute avant qu'un rire ne monte et ne secoue ses épaules.
« Mec. T'avais pas moyen de sonner encore plus cliché ? » Le ton était joueur mais pas moqueur. Le rire de Mathieu se calma. « Je crois que ça nous va pas le drame. Tous ces ''je t'aime pour la vie'' qu'on entend dans les chansons. On n'est pas vraiment fait pour ça. Fondamentalement, on s'est retrouvé ensemble parce que tu as couché avec mon côté pervers. C'est pas exactement le début conventionnel d'un romantisme à toute épreuve. Alors… Alors voilà. Tu as été con, ouais. Moi aussi, un peu. J'ai pas cherché à t'arrêter. Je t'ai laissé foncer dans ta connerie. Je t'ai rien dit pour t'y préparer. Peut-être que j'ai une certaine responsabilité là-dedans. Mais je voulais que ça marche. On a déjà essayé Antoine. On n'a fait que ça. On essaye toujours. Mais j'ai donné. Je suis fatigué. Je veux plus… »
« Je t'aime. » dit soudainement Antoine.
« Je t'aime aussi » répondit presque automatiquement Mathieu « mais… »
« Non, Mat'. Je. T'aime. Toi. En entier. » Parce que tu as toujours été eux et qu'ils ont toujours été toi. Que je t'ai aimé malgré ça et que je t'aime encore. Même si je ne les voyais pas. Ne voulais pas les voir. Je les aimais. Je les aime.
Je t'aime, Mathieu.
Mathieu regarda Antoine. Et pour la première fois de sa vie, il eut l'impression que tout son être s'unissait pour lui répondre.
« Je t'aime aussi. »
« Donc vous êtes ensemble ou pas ? »
Antoine soupira avec un agacement mal dissimulé. Ce n'était que la quatrième fois que Nyo lui posait la question.
« Oui, Nyo » répéta-t-il patiemment. « Mathieu et moi sommes ensemble. »
« D'une façon très étrange qui me perturbe moi-même, je suis fier de toi. »
« Et je t'assure que tu ne devrais pas. T'es flippant, vieux. »
Antoine jeta un coup d'œil à sa montre et se mordit la lèvre. Il s'était promis de réserver la soirée à son petit-ami et lui, mais bien sûr, il avait fallu qu'Alexis rentre dans la balance et se pointe, comme une fleur, chez Mathieu. Et Antoine était quasiment sûr qu'il ne laissait pas – que – sa jalousie parler en disant qu'Alexis faisait exprès de choisir le pire moment possible. Pour être précis, le ''pire moment possible'' dans ce cas consistait en celui où la langue de Mathieu retraçait doucement sa carotide sur son cou, une main le plaquant contre le mur et l'autre occupée à défaire sa ceinture. Il pouvait encore sentir le trajet de la langue chaude et humide sur sa peau et la proximité de son corps et…
« Antoine ? Tu m'entends ? »
Nyo secoua sa main devant le regard un peu vague de son ami, le faisant sursauter. Le grand brun secoua doucement la tête avant de se passer la main sur le visage.
« Désolé, je crois que je vais rentrer chez Mathieu, je lui ai promis de cuisiner ce soir… »
Pour être honnête, il avait promis de cuisiner avant de savoir qu'il aurait dans ce cas à subir 1m80 (1) de musicien barbu s'il le faisait. Alors oui, il avait lâchement fui l'appartement. Il avait beau ne plus – vraiment – jalouser le compositeur, ça ne l'amenait pas à l'apprécier pour autant.
Mais il en avait assez et il voulait revoir Mathieu. Et si ça voulait dire revoir également l'ours qui lui servait de meilleur ami… soit.
... Ouah. Il devait vraiment être en manque.
L'appartement était désert quand il ouvrit la porte, ce qui fut l'objet à la fois de sa frustration et de son soulagement. Un petit mot trônait sur la table.
« Alexis et moi, on va sortir s'aérer un peu. Peut-être lui acheter des partoches. Ne nous attends pas. A tout' »
C'était définitivement la frustration qui gagnait. Il décrocha son téléphone pour commander des pizzas. Il n'allait pas faire son fameux risotto pour Alexis.
Il sourit involontairement en raccrochant. Alexis avait beau l'énerver, le fait que Mathieu sorte sans s'inquiéter lui faisait plaisir. Il se souvenait encore des deux jours qui avaient suivi leur rabibochage, où Mathieu s'arrêtait parfois pour le regarder avec des yeux de Geek apeuré, comme s'il avait peur qu'il s'en aille à nouveau. Ce n'était pas une expérience qu'il avait envie de revivre.
Un cliquetis à la porte lui fit tourner la tête juste à temps pour voir entrer un Mathieu apparemment défoncé et un Alexis qui avait l'air nettement moins ravi.
« Le Hippie ? » demanda Antoine.
« Le Hippie. » confirma Alexis. « On se faisait aborder par tous les dealers du coin… Comment ce mec peut avoir l'air aussi intoxiqué après deux bières me dépasse. »
« LES EFFLUVES DU NIAGARA ! »
« Ouais, bon, moi je me casse, j'ai des… des choses à faire. »
Antoine haussa un sourcil en remarquant les joues un peu rouges d'Alexis et son pas précipité pour quitter les lieux. ''Tiens tiens…'' Son instinct lui soufflait qu'il passait potentiellement à côté de matériau à chantage mais il ne dit rien. Il verrait le cas Alexis plus tard. Pour l'instant, il avait un Hippie à gérer.
Lequel Hippie s'était installé à l'ordinateur et avait par on ne savait quel miracle réussit à déclencher la webcam.
« JAMBON DE BAYONNE ! » déclara-t-il à la caméra.
« Heu… Tu fais quoi ? »
Mathieu se retourna pour lui offrir le sourire le plus détendu du monde.
« Je parle aux autres, gros. »
Dix minutes plus tard, le Hippie commatait sur le canapé tandis qu'Antoine réfléchissait en mangeant sa pizza. Le Hippie lui avait donné une idée. Prenant sa décision, il prit le carnet de Mathieu qui trônait sur la table basse et l'ouvrit. Il avait toujours hésité à le regarder – bien que Mathieu ne l'ait jamais explicitement interdit – ayant l'impression de pénétrer un ''jardin secret''… mais il entendait déjà les paroles moqueuses de son petit copain : ''C'est un carnet, Antoine, pas mon journal intime et il me semble que j'ai dépassé ma puberté il y a longtemps, je ne vais pas te faire la gueule pour ça.'' Ce qui entre parenthèses vexait Antoine qui aurait fait la gueule si on lui avait lu son journal intime. A supposer qu'il en ait un, bien sûr. Hum.
Il ouvrit les pages au hasard et feuilleta rapidement. Les dialogues étaient décousus, chaque personnalité semblant se battre pour exprimer son point de vue. Les dialogues passaient de l'ironie à l'absurde, tout en gardant une certaine logique intrinsèque.
« Hé, gamin, t'as vu la dernière vidéo sur ton historique ? – Patron
Si c'est encore du porn, Patron, je ne veux pas savoir. – M.
Ce n'est pas à caractère pornographique, j'ai vérifié. – Prof
… Un jour, ta curiosité te perdra, je le jure. – M.
Mais… MAIS. C'est glauque, mec. – M.
Gniagniagniah. – Patron
… Et c'est quoi ça ? – M.
Mon égo blessé. ET TOI QUI LE SUCES. – Patron
… - Maître Panda
... – Geek
… - Homme A la Cravate
… - Gothique
… - Prof
… - M.
VOS GUEULES – Patron »
Antoine laissa échapper un éclat de rire. Bordel, il ne savait pas s'il devait être terrifié ou attendri.
« Gros ?... » dit une voix ensommeillée à côté de lui.
Antoine se redressa et regarda le jeune homme qui sortait doucement de l'inconscience. C'était toujours le Hippie. Antoine apprenait à les distinguer avec le temps, sans même qu'ils aient besoin d'ouvrir la bouche, par leurs mimiques, leurs gestes.
« Ca va mieux ? »
« Ch'ais pas… »
Le Hippie était pâle, un peu vacillant et paraissait beaucoup plus sobre qu'auparavant.
Trop de lumière, trop de couleurs. Qui vous agressaient, et vous laissaient respirant avec peine sur le sol. Il avait toujours vu les choses de manière si nette. Même ce qui aurait dû rester dissimulé aux yeux de tous. Surtout ça.
Il s'était brûlé les yeux. Encore. Et encore. C'était facile et c'était grisant. Un jour, il s'était réveillé aveugle.
C'était bien fait, non ? Non ?
Le Hippie paraissait si seul sur le canapé, la couverture qu'Antoine lui avait jetée encore sur les genoux. Perdu.
Antoine s'assit à côté de lui, et l'autre se lova automatiquement contre lui. Comme un chaton terrifié par un orage. Il semblait si… Si frêle.(2)
« J'ai peur, gros. » Peur de ce qui se passera ensuite, peur de ce que je vais devenir. « Je sais pas où je vais, je sais rien. Je vois rien. J'ai peur. »
« Ca va aller. » murmura Antoine le cœur serré. Il commençait à cerner le fonctionnement de Mathieu. Ses personnalités, y compris celle qu'il présentait comme ''normale'', agissaient comme des catalyseurs. Elles ne gardaient qu'en un individu un aspect de lui qui, ajouté aux autres, aurait rendu n'importe qui fou. Et Mathieu gardait au fond de lui cette peur, cette lucidité acide, qui lui était tellement douloureuse qu'elle ne se manifestait d'abord qu'à travers le voile d'un délire psychédélique aux allures post-drogues.
Il l'entoura de ses bras. Ça va aller. Peut-être pas maintenant. Peut-être pas dans un an. Mais ça ira. Eventuellement.
Le Hippie le serra brusquement en retour. Fort. Plus fort qu'il ne s'y serait attendu venant de lui à ce moment.
Antoine faillit tomber. Se retrouva nez à nez avec ce regard bleu, si trouble en cet instant. Une mer en tempête.
Son corps à lui. Si solide. Si présent.
Il ne voyait peut-être plus, mais il lui restait encore un repère. Ça lui suffisait. Il serra ses bras plus fort. Il fallait que ça lui suffise.
Ils s'embrassèrent. Antoine ne se souvenait plus de qui avait initié le mouvement. Ça n'avait plus d'importance. Leurs dents s'entrechoquaient et le Hippie s'appuyait un peu trop sur lui pour que ça soit purement agréable mais… Les mains d'Antoine s'abaissèrent jusqu'au pantalon de son partenaire, déclenchant un grand frisson au passage et bataillèrent avec la ceinture de ce dernier. Maladroitement, ce dernier bougea pour lui faciliter la tâche. Leurs bouches toujours soudées…
Son cœur menaçait d'exploser. Il se sentait tellement vivant. Les mains d'Antoine. Sur son torse. Sur son dos. Dans ses cheveux. Il n'arrivait plus à suivre. Même sobre, il restait lent. Il s'accrochait à la peau chaude qui se mouvait sous lui. Embrassait. Depuis combien de temps ne s'était-il pas laissé aller aussi totalement au plaisir de ses ? Oublié…
« Hippie… » Un mot qui s'échappa doucement des lèvres d'Antoine. Il aurait voulu répondre. Mais sa gorge était pour ainsi dire verrouillée. Il embrassa. Antoine comprendrait.
Ses mains à lui pendaient, inutiles. Il n'osait pas bouger. Un mouvement et ils tombaient du canapé. Une petite pensée ironique lui indiqua qu'il passait sa vie à essayer de rester en équilibre. S'envola aussi rapidement qu'elle était venue.
C'était beaucoup trop. Un moment, il eut l'impression de voir à nouveau. Comme s'il n'avait jamais touché à la drogue. Ses épaules tressautèrent.
Ça ne faisait pas mal pourtant. Comment était-ce possible ? Il se souvenait d'avant, quand il voyait. Tout était toujours net et agressif. Pas là. Les stimuli étaient beaucoup trop nombreux mais… Mais ils l'enveloppaient, le retenaient. L'empêchaient de se blesser.
Des mains glissèrent sur ses côtes. ''Antoine'' se souvint-il dans un sursaut et son cœur gonfla encore, jusqu'au bord de l'explosion. Il n'était pas très familier au sexe, mais c'était loin d'être sa première expérience. Et pourtant c'était si différent de tout ce qu'il avait ressenti.
''Antoine.'' Oui, c'était à cause, ou grâce à, cet homme à la chevelure mal coiffée. Ses étreintes laissaient passer plus que du plaisir, ses soupirs seuls suffisaient à le rendre heureux, ses chuchotements incohérents dans son cou à le rendre fou.
Mais c'était une folie douce, sereine presque. Le genre de folie qu'il recherchait.
Avec hésitation, il tenta d'onduler les hanches et sentit l'autre retenir soudainement sa respiration. Ce petit hachement dans son souffle devint pour lui le centre de l'Univers. Il aurait donné n'importe quoi pour l'entendre à nouveau.
''Antoine.'' C'était pire qu'une drogue – ou mieux ? Les mouvements s'accéléraient, il se sentait à sa limite.
« Antoine. » Ce n'était pas un cri mais ce n'était pas loin. En une seconde, le monde était devenu net à nouveau. Mais il n'était pas aussi violent qu'autrefois.
Le Hippie ferma les yeux.
Le monde était beau.
Lorsque Mathieu ouvrit les yeux, il se sentait plus détendu que jamais. Allongé en face de lui, les jambes entrelacées avec les siennes, Antoine ouvrit un œil.
« Tu m'excuseras, mais j'ai pas eu la foi de nous déplacer. »
Mathieu hocha la tête. Il se sentait si bien.
« C'était qui ?... » demanda-t-il.
« Le Hippie. »
« Hmhm… »
Ils passèrent quelques minutes dans le silence, immobiles.
« Mathieu ?... » finit par demander Antoine, brisant le silence.
« Oui ? »
« Tu… Ça se passe bien à ton taff ? »
« Tu veux parler de ça, maintenant ? » Mathieu rit. Un rire un peu jaune. « Bof. Tu sais. Je crois que je vais en changer. » Encore.
« Je serai là, hein, tu le sais ? »
« Oui, Antoine. Je sais. »
Le silence se rétablit. Antoine ouvrit encore une fois la bouche.
« … Mathieu ? »
« Oui, Antoine ? »
« J'ai lu ton carnet et…. Enfin, c'est peut-être une idée de merde mais… Tu as déjà pensé à te lancer sur Youtube ? »
To be continued….
(1) Chiffre random, si quelqu'un a sa vraie taille, je prends
(2) A ceux qui se demandent : oui, référence inside :)
Presque la fin *larmichette* Le prochain chapitre devrait être le dernier (sauf si je fais un épilogue)(vous aimeriez un épilogue?)(je me pencherai plus sur les persos secondaires avec un épilogue)(je sais pas si j'en fais un)(j'en fais un?)(dites moi dans les reviews, ha!)
Note aux gens de twitter : désolée, pas de lemon cette fois-ci, trop de travail, j'avais pas la foi ^^ une prochaine fois o/
