N.A.: Je vous avais promis des petits OS dans l'univers de MNEL, voici le premier ^^ Ce seront des petits moments de vie, des flash backs, etc qui se déroulent dans l'univers de MNEL. Je les publierai à la suite de l'épilogue donc si ça vous intéresse, followez pour être au courant des ajouts :P (surtout sachant que la fréquence de publication sera TRES aléatoire). Ils auront tous des styles et des genres différents. Celui-là est une songfic sur la chanson "Sommeil" de Stromae. N'hésitez pas à dire votre avis en review ^^

Pour ceux qui attendent la suite de "The Unknown" : je suis vraiment désolée, la trame est en place, mais en ce moment, je suis vraiment débordée

Autre nouvelle de ma vie (vous pouvez sauter si ça ne vous intéresse pas) : je vais enfin sauter le grand pas et faire lire des écrits originaux en participant à un concours de nouvelles. En cas d'échec (ce à quoi je m'attends, soyons réalistes xD), je pensais à le publier peut-être sur FictionPress, et je voulais savoir combien seraient intéressés de lire ça :3

Voilà voilà, c'est tout sur moi.

Enjoy!


Pas sommeil

Tu pourras me dire tout ce que tu veux
Sous tes fous rires et tes grands airs

Depuis quelques temps, Antoine n'était pas lui-même. Mathieu le voyait mais tous les autres avaient l'air d'éluder la question. Même Nyo avait semblé vouloir éviter la confrontation jusqu'à la dernière minute puis s'était résigné et avait enfermé Antoine dans la salle de bain avec lui « pour parler ». Ils étaient tous les deux sortis assez pâles et Nyo avait simplement secoué la tête en réponse au regard interrogatif du châtain. Antoine avait eu un grand sourire et lâché une connerie mais ses yeux étaient restés ternes.

C'est pas la peine
Tu peux mentir à qui tu veux
Tu souris trop pour être heureux

Ses autres personnalités semblaient soucieuses elles aussi. D'une certaine manière, cela réchauffait le cœur de Mathieu. Il se sentait moins seul. D'après sa psychologue, l'inquiétude de ses autres persona n'était qu'une réflexion de celle qu'il éprouvait, mais il restait persuadé qu'il y avait plus que cela. Ses personnalités étaient d'accord avec lui. Antoine allait mal.

Les observations sur le comportement d'Antoine se multipliaient sur son carnet.

N'a pas mangé ce soir. La prochaine fois, je lui fais bouffé son assiette. – Patron

Je crois que je l'embête lorsque je suis trop près. Il ne nous aime plus ? – Geek

Le sujet fuit, est pris de tics, présente des signes évidents de fatigue et de carence de magnésium. – Prof

Je n'arrive à rien… Il s'enferme dans sa chambre en prétextant bosser sur son album mais j'ai vu ses partitions, il en est au même point. Va lui parler, Mathieu, tu es le seul qu'il écoute vraiment – Maître Panda

Ouais, va lui parler, gamin. – Patron

Je… Je vais essayer. – M

Je t'aime quand même, moi
Je suis pas tes potes
Ni ton boss ou tes collègue, moi

Ce fut le Patron qui craqua le premier. Il avait réussi à coincer leur petit-ami dans un coin et lui avait jeté ses quatre vérités à la figure.

« Je vais bien. » avait protesté Antoine faiblement.

Un poing s'était violemment fiché dans le mur, à moins de dix centimètres de sa tête.

« Te fous pas de moi. » avait grincé le Patron.

Antoine avait levé les yeux. Pour la première fois depuis longtemps, ses prunelles recelaient une peur sincère. Le soir qui a suivi, il a fait ses bagages pour dormir chez ses parents pendant ''quelques temps''. Sa voix avait été atone en prononçant ses mots, et il avait fixé un point dans le vide juste au dessus de l'épaule gauche de l'Homme en Noir avant de partir sans d'autres justifications. Le Patron avait piqué une crise de rage. Une bonne partie de la vaisselle y était passé. Ce n'est qu'en voyant les larmes se mêler au sang causé par les éclats d'assiettes que celui-ci comprit qu'il pleurait.

Mais tu me prends vraiment pour un con.

Mathieu n'osait rien à dire à personne. Pas après les hypothèses de paranoïa voilées de sa psy et sa crise de colère. Il regardait Antoine rire et plaisanter et les autres, autour de lui, rire et plaisanter de concert. Comme si c'était normal. Comme si tout allait bien. Comme si le visage d'Antoine ne paraissait pas plus maladif et cerné de jour en jour. Comme si sa voix n'était pas anormalement plate lorsqu'il lui disait qu'il l'aimait.

Tu crois que tu m'endors
Mais même derrière ton masque
Tes cernes en parlent encore

« Ce n'est qu'une phase. » avait soupiré Nyo d'un air gêné. « Ça lui arrive de temps en temps. Ne fais pas attention. Ça lui passera. » Il s'était tourné vers le grand brun qui semblait avoir choisi cette seconde pour rire particulièrement fort à une vanne d'Alexis.

« Antoine… Antoine a eu ses problèmes aussi, tu sais. » avait finalement avoué le dessinateur avec hésitation. « Il a été diagnostiqué dépressif chronique à son adolescence. Il va mieux depuis qu'il fait des vidéos mais… » Sa phrase était resté en suspens. Il reprit. « Tant qu'il mange correctement et se lève chaque matin, il n'y a pas à s'inquiéter. » Sourire optimiste. « Je crois que c'est un peu grâce à toi. Tu lui fais beaucoup de bien. »

Mathieu ouvrit la bouche. Ce fut le Geek qui la referma. Sans un son. Les yeux fixés sur les cernes d'Antoine.

Tu n'as pas sommeil

Antoine avait finalement accepté de revenir dormir chez eux. Mathieu n'avait pas fait le moindre commentaire. Il était rarement là de toute façon. Ces derniers temps, seul le Geek osait s'aventurer hors de leur chambre. Et le Patron était définitivement absent.

En parlant à Antoine, le jeune homme se sentait en terrain miné. Mathieu était épuisé psychologiquement et physiquement par cette atmosphère. Il se rassurait en voyant Antoine manger de bon appétit et discuter naturellement, même superficiellement. Il s'efforçait de ne pas voir les cernes qui grandissaient.

Le froid, la soif, la dalle, t'as tout
Mais tu n'as pas sommeil

Ce fut le Patron qui l'arrêta. Encore lui.

Tu as décidé de faire semblant aussi ? – Patron

Pas un reproche. Pas une explication. Mais Mathieu connaissait bien le Patron pour savoir ce qu'il avait voulu lui dire. Il revoyait les regards fuyants lorsqu'il revenait après une ''absence''. Les réponses évasives lorsqu'on ''oubliait'' de l'inviter à certaines soirées. Les protestations d'amitié molles lorsqu'il demandait s'il y avait un problème.

Tu as décidé de faire semblant aussi ?

Une poignée de mots pour des années d'indifférence. De mépris. De haine.

Mathieu saisit son stylo.

« Non. –M »

Avoue que tu n'as pas sommeil

Il essayait. Comme Antoine avait essayé aussi, au début. Il proposait des sorties, s'était transformé en moulin à paroles, se montrait plus tactile, plus affectueux. Antoine semblait plus déstabilisé qu'indisposé. Il le regardait avec étonnement, ses cernes et ses lunettes faisant ressortir l'absence de chaleur habituelle dans ses yeux et pendant une seconde, il semblait sur le point de fondre en larmes. Il souriait timidement. Puis se détournait en prenant un peu de distance. Mais Mathieu ne voulait pas abandonner. Il vivait pour ce sourire timide et sincère qui s'étalait rapidement sur le visage du plus grand.

Si on sortait prendre l'air
Au lieu de me prendre pour de la merde
Prends moi la main

Mathieu transpirait. Ça lui avait manqué. Ce contact contre sa peau. Cette respiration déréglée contre sa bouche. Mais c'était différent des autres fois, cette nuit-là. Ce n'était pas avec passion qu'Antoine l'accablait de caresses, mais avec désespoir. Il l'embrassait avec violence, fureur presque, puis revenait, plus doux, la lèvre hésitante.

« Pardon, pardon, pardon… » Les excuses confuses d'Antoine à chaque effleurement de peaux se répandaient, de petites gouttes sonores et absurdes, une plainte d'animal blessé.

Le brun se détacha lentement à la fin et se retourna sur son côté de lit sans un mot. Mathieu sentit son cœur se briser. Les baisers d'Antoine avaient un goût de sel.

A quoi je sers, moi ?
A part faire la fête
Mec je l'ai assez faite, moi
On se voit demain.

Le lendemain, en ouvrant les yeux, Mathieu sentit tout de suite quelque chose de changé. La radio avait été mise et un morceau de Zeppelin jouait en fond. L'appartement sentait le café et les gaufres. Lorsqu'il entra dans la cuisine, l'air ensommeillé, Antoine rougit comme un enfant prit en faute.

« Je suis désolé. » commença-t-il rapidement. « J'ai… J'ai vu tout ce que tu as fait, et ça me touche et je… »

Mathieu se rapprocha.

« Chut. » grogna-t-il dans son cou.

Il se laissa aller contre Antoine. Antoine qui était revenu. Son Antoine. Son Antoine un peu cassé, un peu défectueux, lui aussi. Il passa ses bras autour de ses épaules.

« Je comprends. » chuchota-t-il. « Je comprends et je m'en fiche. Je ne te laisserai jamais tomber, 'Toine. Je serai là à chaque chute. J'essaierai de te remonter. Je ferais l'impossible. »

Et si je compte et je compterai pour toi
Je te conterai mes histoires
Et je compterai les moutons

« Ça ne fait rien si tu ne dors pas.»

Il y avait tant de choses dans cette phrase anodine. Tant de lucidité. Tant d'acceptation. Tant d'Amour.

Les épaules d'Antoine tremblèrent. Mathieu ne leva pas les yeux.

La vie, santé, bonheur
Avoue que tu n'as pas sommeil

FIN