Silence.
Si son cœur n'avait pas déjà été glacé, il serait mort. Mort de froid, peut-être de peur.
Que se passait-il ? N'était-ce pas censé être un jeu ? Cette fille ne pensait tout de même pas qu'il était sérieux ?
Recroquevillé, la poitrine sur le point d'exploser et son cerveau manquant d'air, Jack se laissait aller tant dis que la glace l'entourait.
Il ne comprenait rien. Il ne saisissait plus. Depuis trois cents cinquante ans, depuis même plus longtemps encore, le froid avait été sous son contrôle. Il était toute sa vie, tout ce qui pouvait le rattacher à cette terre – et même, la seule chose qu'il avait. Alors qui était cette personne, cette fille qui se disait Reine des Neiges, qui venait bouleverser tout ceci ? Pourquoi ne le laissait-elle pas en paix, faire ce qu'il avait envie de faire ?
Si elle savait les raisons qui l'avait poussé à agir ainsi...
Jack, immobile, attendait. Il n'entendait que le battement frénétique de son propre cœur. Le regard fixé sur ses mains, son bâton resté en-dehors de sa cage de glace, il se demandait où celle qui se faisait passer pour Elsa se trouvait.
Mais si, au contraire, elle était réellement Elsa... ? Seule la vraie Reine des Neiges aurait été capable de le surpasser. Mais cette dite-Elsa n'était-elle pas... ? Il s'en était assuré ! Il avait posé ses questions, avant de s'attaquer à l'endroit. Arendelle n'existait plus, la famille royale, éclatée en morceaux.
Et si... et s'il s'était trompé ?
La glace se fissura soudain, et le cœur de Jack redoubla d'efforts.
Quoi qu'il en soit, même si cette fille se disait Reine, si cette fille était vraiment la Elsa dont il avait tant entendu parler, il n'était pas normal qu'elle le dépasse et qu'elle le maîtrise. Il avait derrière lui bientôt quatre cent ans de pratique. Il connaissait ce froid mieux que quiconque, savait pourquoi il était ici, depuis sa rencontre avec les quatre autres légendes.
« Elsa, si c'est bien elle, n'est même pas une légende ! Excuse-moi du peu, mais entre reine et légende, on sait tout de suite qui en impose le plus... ! »
La glace finit par craquer et le jeune homme fut sorti de sa prison étroite. L'air autour de lui était pur, le silence toujours pesant.
Il toussa tant dis qu'il tâchait de se relever, les membres engourdis.
Reprenant ses esprits, sa première pensée fut de se saisir de son bâton. Mais il eut beau fouiller du regard, il n'était nulle part.
« Est-ce ceci que tu cherches ? »
La voix... cette voix ! Jack se retourna vivement, prêt à mordre. A quelques mètres de lui, si froide, si royale, la jeune fille, la pimbêche, était appuyée sur son bâton.
Jack ne dit rien. Il la laissa faire son petit jeu. Elle paraissait bien trop fière !
« Maintenant que tu es un peu calmé, j'aimerai que l'on s'explique, toi et moi. »
Jack ne disait toujours rien, accroupi comme un félin prêt à bondir. La jeune fille s'avança – il répugnait toujours à la nommer Reine Elsa.
« Il y a énormément de choses que tu dois savoir. Je ne vais pas me montrer sévère avec toi en raison de ton ignorance, mais sache que ce que tu as fait était déplorable. »
Elle parlait d'une voix si calme, si posée, mais en même temps si dur, Jack ne put que se sentir coupable. N'était-il pas venu ici en ennemi, n'avait-il pas gelé l'endroit ? Mais... mais c'était pour la bonne cause.
« Je ne sais pourquoi tu es venue ici, poursuivit Elsa en s'approchant. Ni pourquoi est-ce que tu as préféré te battre plutôt que de me parler, mais sache, et je te le redis, que tu te trouves à Arendelle. Cela fait deux ans que tout est revenu à la normale, que Elsa, moi, est devenue reine et... et d'ailleurs, ma sœur ne s'appelle pas Andrea, mais Anna ! Et je n'ai pas fui le royaume pour une... broutille amoureuse ! »
Anna... ?! Avait-elle dit Anna ?!
«Anna est ta sœur ?!
– Renseigne-toi avant d'agir comme tu le fais !
– Comment est-ce que tu peux bien me prouver ça ?
– J'aurais pu te mener jusqu'à Arendelle, mais je ne le ferai pas.
– Et pourquoi ?
– Si tu es capable de t'emporter à cause d'une seule et unique personne, que feras-tu à mon peuple ? »
Les yeux d'Elsa lançaient désormais des éclairs.
Jack réfléchit un instant.
Il ne voulait – ne pouvait – partir d'ici. Mais si la dite-Elsa disait vrai, il pouvait se retrouver en guerre contre Arendelle.
Pourquoi cet imbécile de lapin lui avait-il raconté des salades sur ce pays ?! Il lui ferait bouffer ses œufs de Pâques la prochaine fois que...
« Je te demande encore une fois de partir.
– Je ne le souhaite pas.
– Mais pourquoi ça ?!
– Ça ne te regarde pas.
– Alors laisse-moi dégeler l'endroit.
– Même avec tous tes pouvoirs tu ne le pourrais pas.
– Ne te méprends pas ainsi. J'ai fait de toi un prisonnier, je te rappelle.
– C'est différent. Il n'y a que moi qui pourrait rendre l'aspect premier à la plaine.
– Fais-le, alors.
– Non. »
Jack se releva et s'épousseta. Il en avait plus qu'assez de courber la nuque devant ses pieds royaux.
« Je ne saisis pas !
– Pourquoi tiens-tu tant à ce que cette partie de ton...royaume... soit de nouveau ensoleillé comme si on était en mai ?! On est en janvier bordel, Noël est passé et... »
Il se tut et Elsa en profita elle lui expliqua ce que cela pouvait avoir comme conséquences, la terreur du peuple, les récoltes détruites.
Jack eut un petit rire :
« Penses-tu que je sois assez bête pour laisser cette glace se répandre sur vos champs et dans vos maisons ?!
– Figure-toi que oui ! »
Il fit la moue en lui jetant un regard désabusé.
« Le problème, Elsa, c'est que je n'ai pas envie de partir. Alors démerdes-toi pour expliquer à ton peuple qu'il n'a rien à craindre.
– Tu vas me forcer à te faire dégager ?
– Tu n'oseras jamais me faire de mal. Si tu es bien Elsa, je connais ton histoire et...tu ne lèverais la main sur une personne pour rien au monde. »
Jack fut satisfait de voir le regard d'Elsa se pétrifier et ses joues si pâles se vivifier.
« On dirait que nous sommes bloqués » grogna-t-elle.
Mais avant qu'il n'ait pu répondre, un cri d'effroi, du côté du bois, retentit. Elsa et Jack se retournèrent comme un seul homme, prêts à bondir.
Un homme, un fermier, les bras plein de bois, regardait dans leur direction, terrorisé, avant de s'enfuir en courant.
