Bonjour ! Pardonnez ce retard de publication. Je vous présente un court chapitre, en raison du fait que mes partiels m'ont pas mal occupé, ces derniers temps... mais je promets de reprendre mon rythme de départ, c'est à dire rapide ;)
Merci pour vos commentaires :D
Anna avait les yeux brillants. Elsa était comme persuadée qu'ils laisseraient échapper des flots de larmes si, elle, ne se taisait pas dans l'immédiat. Elle prit la main de sa sœur et la serra fort.
« Olaf m'en a déjà parlé, murmurait Anna. Mais je ne l'ai pas vu ! J'ai simplement... il y avait cette couverture et elle a glissé toute seule.
– C'était Jack Frost...
– Oh Elsa, je suis tellement navrée ! »
Elsa se tourna vers Jack qui avait perdu de sa superbe.
« Ce n'est pas grave Anna...je... je n'arrive simplement pas à comprendre pourquoi tu ne parviens pas à le voir. Même avec le givre qui envahit les miroirs et les fenêtres. »
Jack laissa sa main glisser, laissant une trace de gel sur la poignée. Anna était assise sur un petit tabouret, en face de la coiffeuse et secouait la tête de dépit.
« C'est sans doute...poursuivit-elle, c'est sans doute parce que j'ai l'intime conviction que c'est ton œuvre.
– Qu'est-ce que tu entends ?
– Elsa, depuis que nous sommes enfants, la neige t'es intimement reliée. Pour moi, il n'y a jamais eu de saisons, car l'hiver apparaissait simplement parce que tu en avais envie.
– Je ne comprends pas...
– Comment puis-je croire en Jack Frost si j'ai toujours refusé son existence pour te laisser toute la place ? »
Les fameuses larmes finirent par apparaître et Elsa en fut gênée. La sensibilité de sa sœur l'avait toujours ébahie, ce qui sembla aussi être le cas pour Jack qui tendit sa main vers elle, avant de la reculer, se rappelant qu'elle ne pouvait le voir.
« Anna, si je te dis que Jack est bien là, qu'il est le créateur des fleurs de givre, que les flocons sont de lui ? Qu'il neige par sa volonté ?
– Mais Elsa, c'est toi qui peut faire tout ça ! Tu as transformé cette affreuse salle de bal en patinoire, je... je ne sais pas... ! »
Tous entendirent le bruit que fit la baie vitrée quand elle claqua contre le mur qui la soutenait. Si Anna ne fit qu'un rideau s'envola vers le ciel, Elsa roula des yeux. Jack venait de s'enfuit sur le balcon. La jeune fille sécha ses larmes :
« Tu m'as dit que, si j'y croyais, je le verrais. Tu sais que je fais tous les efforts pour que ça arrive mais... mais pourquoi n'apparaît-il pas devant moi ? Je crois en Jack Frost !
– Anna, calme-toi ! Je ne peux pas expliquer ce phénomène. Il m'a dit qu'il suffisait, autrefois, qu'il fasse apparaître le givre et la glace pour que les enfants croient en lui...
– Et je n'y arrive pas parce que je ne suis plus une enfant ? »
Cette révélation sembla plus que tout briser Anna et Elsa passa une main réconfortante sous son menton.
« Ne dis pas de bêtises, soeurette. Tu es la première à lécher ton assiette après avoir mangé quatre fois du gâteau...
– Olaf le fait aussi... »
Elles se mirent à rire mais furent interrompues par la porte s'ouvrant sur Kristoff. Elsa fit un sourire à sa sœur et leur laissa un peu d'intimité. Elle hésita tout d'abord à retourner dans sa chambre avant de se souvenir que Frost occupait toujours le balcon. Aussi, se résigna-t-elle à sortir à son tour.
Elle passa sur la terrasse, ferma la baie vitrée et le rideau retomba, lui cachant la vue d'une Anna serrant Kristoff dans ses bras.
Assis en tailleur sur la balustrade, Jack Frost boudait. Elle s'avança, en faisant glisser sa main sur la pierre et jeta un coup d'oeil en bas :
« C'est très haut, d'ici.
– Tu as peur ?
– Pas vraiment. Et toi ? Un faux mouvement et tu meurs. »
Jack ne bougea pas, se contentant de hausser un sourcil méprisant :
« Je suis capable de dormir sur une branche épaisse comme ton bras à plus de cinquante mètres de hauteur, tu crois que ton fichu vide va m'impressionner ?
– Tu n'as pas ton bâton pour te sauver, cette fois-ci... »
Jack sauta lestement à terre mais ne surprit pas Elsa, qui s'adossa à son tour contre la balustrade en croissant les bras, l'air suffisant.
« En parlant de bâton, je le récupère quand ? marmonna le jeune garçon.
– Je croyais qu'on avait un accord.
– Alors où en est-il ?
– Tu veux parler d'Anna ?
– Elle ne me voit toujours pas, blondie.
– Ça n'est pas ma faute. C'est inexplicable, même. Anna a beau dire qu'elle croit en toi, elle répète ton nom mais tu restes...invisible. »
Jack dit quelque chose qu'Elsa ne saisit pas. Un moment de silence passa, pendant lequel elle l'observa, comme elle le faisait quand elle était petite et que ces drôles de flocons jaillissaient de ses doigts.
« Je ne sais pas si c'est inexplicable, comme tu dis, fit Jack. Mais une chose est sûre : c'est bel et bien ta faute.
– Allons bon... ?
– Tu es la représentation même de l'hiver pour Anna ! Elle ne va pas... enfin, c'est comme si on lui disait qu'en vérité, le printemps est l'été et vice-versa, tu te mélangerais les pinceaux !
– Comment expliques-tu Olaf ?
– Olaf est le résultat d'une expérience insaisissable, je le crains...
– Je l'ai créé.
– Ça ne m'étonne pas...
– Qu'est-ce que tu veux dire ?!
– Il passe son temps à se dorer la pilule au soleil... !
– Et alors ?! »
Jack éclata d'un rire froid et Elsa leva les yeux au ciel en agitant une main, l'air de dire « laisse tomber pauvre nul ».
« Olaf croit en moi parce qu'il est un enfant de l'hiver, tout comme nous.
– Un enfant de l'hiver ?
– Tu sais très bien ce que j'ai voulu dire... »
Et Jack ronchonna de nouveau et lui tourna le dos. Elsa jeta encore une fois un coup d'oeil à ce corps maigre et à cette tignasse étrangement blanche. Elle ne parvenait pas à saisir la personne face à elle.
D'où venait Jack Frost ? Avait-il eu une mère ? Réussirait-elle jamais à le savoir ?
Pourquoi ne pouvaient-ils pas s'allier ? S'ils étaient tous deux les enfants de l'hiver, pourquoi... ne s'entendaient-ils pas ?
Elsa, malgré tous ses bons sentiments, ressentait une vive jalousie pour le garçon. Le froid, en dépit de toute la peine qu'il lui avait causé, avait aussi été longtemps, l'était toujours, son seul et unique réconfort, quand elle se sentait au plus mal. Savoir que quelqu'un d'autre régnait dessus, un gamin tel que Jack qui plus est, la mettait hors d'elle.
Mais si elle voulait un jour le voir partir d'ici, emmenant avec lui les conséquences de ses actes, il allait falloir la jouer fine. Et tout d'abord, l'amadouer.
Elle s'approcha de lui lentement et vint s'accouder à ses côtés.
« Jack... écoute, je... je suis désolée. »
Il lui jeta un regard suspicieux.
« Par rapport à Anna. Tu ne devrais pas lui en vouloir, c'est la personne la plus gentille et la plus attentionnée que je connaisse. Elle ne te ferait pas volontairement de mal.
– Quoi, contrairement à toi ?
– Ne lui en veux pas.
– C'est à toi que j'en veux, ma jolie. Tu es en possession de mon bâton et tu fais obstacle à ma propre survie ! Comment les gens d'ici peuvent-ils vivre avec une telle opportuniste dans les parages ?
– Je ne peux pas utiliser ton bâton, je te ferais dire.
– A d'autres... ! »
Il la taquinait ? Oui, c'était un sourire qu'elle voyait perler au coin de ses lèvres ! Il avait été touché par ce qu'elle avait dit au sujet d'Anna et... et il était gêné ?
Elle se sentit soulagée d'enfin comprendre que Jack n'était pas plus à l'aise avec ses émotions qu'elle ne l'était. Elle choisit donc de prendre plus de risques :
« Je vais te rendre ton bâton, ne t'en fais pas.
– Mouais, j'ai du mal à te croire.
– Pourquoi est-ce que tu ne me fais pas confiance ?
– Mh, je ne sais, peut-être parce que... tu m'as enfermé dans une cage de glace, il y a pas un jour de ça ? »
Elsa ouvrit d'abord grands ses yeux, honteuse d'avoir agi de cette manière, quand elle se rendit compte que Jack le prenait à la légère et qu'il ricanait.
« C'est vrai, admit-elle en pouffant, je t'ai peut-être un peu...bousculé...
– Hey, on ne rêve pas, Miss boule de neige, tu m'as à peine effleuré...
– Tu dis ça parce que tu détestes l'idée d'avoir été battu.
– Je n'ai pas été battu.
– Qui s'est fait enfermer ?
– Je...
– Et qui est en possession de ton arme ? »
Jack ne répondit pas mais secoua la tête, l'air menaçant. Elsa continuait de sourire, du moins avec ses yeux, car la même expression d'amusement peignait le visage de son ennemi. Elle n'arrivait pas à se rendre compte qu'ils venaient d'échanger quelques paroles, si ce n'étaient amicales, correctes, voire même...
« C'est un défi, Frozen ? lança Jack de manière audacieuse. Je peux récupérer mon bâton quand ça me chante...
– Tu parles de combat ?
– Je parle de victoire.
– La mienne, en l'occurrence...
– Ta victoire, ou ta défaite.
– Là, c'est une menace.
– Non, c'est un fait. Ta défaite sera cuisante. »
Elsa s'avança de quelques pas, grisée par cette provocation :
« C'est quand tu veux, Frost... »
Jack ne quittait pas le regard insolent d'Elsa. Toute trace de panique, de peur, d'angoisse avait disparu. Il semblait à Jack qu'il découvrait une nouvelle personne en la reine, une personne dont il n'avait jamais soupçonné l'existence. Il s'apprêtait à répliquer, lui aussi, non heureux, mais sous l'emprise du défi lancé par Elsa, quand un cri retentit. Un cri qui sonnait faux, dans cette ambiance douce-aigre, glaçant la nouvelle complicité qui venait de se créer entre les deux jeunes gens.
Elsa sursauta, et ils se précipitèrent pour se pencher à la balustrade.
Ca n'était pas un cri de peur, de joie, de panique. C'était un cri de guerre, qui, désormais, s'effaçait dans le néant, comme pour annoncer la foule en colère qui se pressait dans la cour du château.
Les doigts d'Elsa se glacèrent, les cheveux de Jack se dressèrent sur sa nuque. Ils se jetèrent un nouveau regard pétrifié de terreur, avant de se ruer à l'intérieur de la chambre.
