2.

Le thé servi dans un délicat service en porcelaine blanc et rose, Célémandryne prit place dans une confortable causeuse, Lauréane ne tardant effectivement plus à entrer dans le boudoir.

- J'avais donné les ordres, mais mon Chambellan est tellement tatillon sur les procédures, il aurait été capable de ne pas te servir ! Il aurait eu tort de mijaurer sur le protocole, j'ai fait décapiter son prédécesseur pour manquement à mes directives !

- J'ai tout ce qu'il me faut, n'exécute personne ! fit précipitamment Célémandryne.

- Je plaisantais, pour ce Chambellan, pas pour son prédécesseur. Tu vas bien, ma mie ? fit Lauréane en s'asseyant après avoir embrassé les joues de sa visiteuse.

- J'avoue être gênée que tu aies mis un entier labo scientifique à mes ordres. Je suis si jeune ! remarqua Célémandryne en passant la main dans ses courtes boucles couleur de café.

- Mais tu le mérites ! Je ne donne jamais rien à des ineptes ! En revanche, je me doute que tes recherches sur la bio-séparation des particules de chiro-valses aboutissent avant des années ! Enfin, ce que je dis, c'est que je n'ai rien compris au simple titre de recherche biologique que tu m'as soumis !

- Je rendrai des résultats, promit Célémandryne. Quant au titre des études, il est effectivement presque imprononçable et incompréhensible pour de non-initiés ! Disons, pour résumer à nouveau, que cela a un rapport avec les molécules et la spatiologie !

- Tant mieux pour toi ! sourit Lauréane. Désolée de ne pas avoir plus de temps à t'accorder. Finis ton thé, une limousine va te ramener. J'espère que nous pourrons plus nous entretenir, plus tard, mon amie !


De retour à son Labo Scientifique, Célémandryne parcourut les relevés d'analyses que lui avait apportés son assistant, un dénommé Jalmyn.

- Bien, tout progresse à vitesse microscopo-biologique. Que l'on garde les échantillons sous surveillance.

- Je vais faire arroser les plants nourriciers, fit Jalmyn en se retirant.

Revenue dans son bureau strictement privé, Célémandryne lança son programme de diversion, afin de n'avoir accès qu'aux informations qu'elle traquait.

« Je n'ai accepté de lécher les superbes escarpins de Lauréane que pour ramener l'équilibre initial ! Et en premier lieu, je dois déverrouiller Toshiro et lui dire où nous sommes tous ! Je n'ai pas pu te sauver, Pirate de mes rêves, mais je ferai tout pour ton équipage et ton cuirassé ! ».

Le regard clair de la jeune femme fut parsemé d'éclairs.

« Lors de l'une de nos premières entrevues, tu as dit avoir très envie d'une amie avec qui parler de femme à femme, tout le monde obséquieux devant tes ordres et ton pouvoir… Tu t'es trompée à un point, Lauréane… Je suis ta pire ennemie, voilà la vérité ! ».


Après avoir pointé la fin de sa journée de travail, Jalmyn remonta dans sa voiture, passant en contrôle manuel, et se dirigeant vers la pharmacie la plus proche de son domicile.

- Que puis-je pour toi, Jal ?

- Les rouleaux de bandages que je t'ai commandés, s'il te plaît.

- Encore ! murmura Lhyrane.

- Mon frère s'est grièvement blessé sur le chantier qu'il supervise. Ça ne s'arrange pas !

- Comme tu voudras, Jal ! Mais si les blessures de ton aîné sont si graves, ce serait à l'hosto où il est admis de fournir ces pansements !

- "Grâce" à Son Honneur l'Impératrice de Gaïa, les moyens sociaux pour les aides médicales sont en chute libre ! J'ai à aider mon grand frère !

- Mais, je n'en ai jamais douté, depuis un mois que je te fournis en bandes de soins, sourit Lhyrane.

La jeune femme aux cheveux outrageusement teints de rouge, aux yeux noirs, eut un clin d'œil.

- Un mois depuis l'accident de ton frère. Un mois depuis que le capitaine de l'Arcadia a été jeté aux ordures, au propre comme au figuré !

- Je ne vois vraiment pas de quoi tu parles ! jeta Jalmyn en mettant les mains sur le paquet médical. Et continue à ne pas savoir ! siffla-t-il.

- Je vais ignorer, et espérer, murmura Lhyrane. Bonne fin de journée à toi, Jalmyn !

- Je rentre auprès de mon copain, la journée fut éprouvante, nous allons profiter de la soirée pour nous retrouver et nous aimer afin de préparer un autre jour à venir !

- A demain, sourit Lhyrane

- A demain, fit machinalement Jalmyn.