4.
Jalmyn, Joalm et leur petite sœur Jimy prenaient leur dîner quand leur hôte borgne et balafré, avec juste un drap autour des hanches, apparut sur le seuil de la salle à manger.
- Et vous, la petite famille, quand allez-vous me flinguer après m'avoir ressuscité, encore une fois ? Allez-y, je ne suis pas en mesure d'opposer la moindre résistance !
Et sa fanfaronnade lancée au trio, Albator s'évanouit et s'écroula.
- C'est ça, ton héros ? grinça Joalm.
- Comment a-t-il seulement réussi à se lever, il est à toute extrémité ! protesta Jimy. Les frères, ramenez-le dans son lit, c'est le seul endroit où il peut se tenir !
- On dirait quand même que ses blessures se sont refermées, remarqua Joalm.
- Oui, son corps est parfait ! lâcha Jimy avant de rougir jusqu'à la racine des cheveux !
Au fil des jours, son enveloppe charnelle ranimée également par de la nourriture, Albator avait finir par vraiment reprendre conscience de son environnement, de sa situation.
- Des aliments, j'avais oublié… Il y a seulement quelques semaines une tasse de café a failli me tuer !
- Sans doute parce qu'il n'y a plus de Matière Noire en vous, hasarda Jimy.
- Mais cette prunelle d'or ? insista Jalmyn.
- Je suppose que Jubald a accompli ce tour de passe-passe sous le nez de Lauréane, retirant la Matière Noire et me donnant de la Dorée en retour !
- Et c'est mieux ?
- Non, j'en doute…
Leur hôte, qu'ils s'étaient imposés au demeurant, ne pipant plus un mot, un long moment de silence s'instaura.
- Vous comptez me garder enfermé ici combien de temps ?
- En fait, nous n'avons pas réfléchi si loin… avoua Jalmyn.
- Tu n'as pas cogité plus loin, rectifia son aîné. Tu sais très bien qu'il ne peut effectivement pas mettre le nez dehors sinon cette fois Gaïa ne le ratera vraiment plus !
- Si c'était pour cette autre forme de prison, il aurait mieux valu me laisser sous les immondices ! aboya Albator. Comment avez-vous pu imaginer un seul instant que j'apprécierais une vie de mort-vivant pire que mon éternité précédente ? !
- J'y travaille, murmura Jalmyn. Il est possible que j'aie de véritables nouvelles d'ici quelques temps.
- Parce que vous croyez vraiment que je vais encore patienter ? rugit à présent le grand brun balafré. Oui, je préfère encore rejoindre mon équipage aux mines de sel de Mirovan !
- Lauréane a le 101ème Oscillateur ! glapit Jalmyn. On ne peut pas le lui laisser.
- Pourquoi, vous êtes aussi un cambrioleur de première ? Vous comptez le mettre dans votre poche ?
- J'ai des détails à régler, marmonna Jalmyn en se retirant, ne pouvant supporter plus longtemps le feu doré du regard de son interlocuteur, et comprenant aussi que tous ses reproches étaient justifiés !
« J'ai rêvé éveillé en ne songeant qu'au passé. Je suis désolé. Il n'y a effectivement plus rien de possible à présent ! ».
Célémandryne aurait bien poussé un petit cri de joie s'il n'y avait eu les autres techniciens présents dans le laboratoire.
- Je peux savoir pourquoi vous avez mis autant de temps à répondre, Toshiro ? chuchota-t-elle.
- Ceux de Gaïa n'avaient laissé qu'une infinitésimale énergie à bord. J'ai dû tout rassembler pour parvenir à me réactiver. Ensuite seulement les batteries de secours ont pu commencer à se recharger, et j'ai pu prendre connaissance de tous les messages que vous aviez laissés. La situation est donc sans issue ? Gaïa a fini par gagner, à nous avoir tous ?
- Kei et les autres sont encore en vie, murmura la jeune femme. Si au moins on pouvait les sauver, eux, les emmener loin d'ici, et surtout détruire l'Ultime Détonateur, tout le gâchis des trois dernières années n'aurait alors pas été vain !
- Je comprends. Je vais diriger l'Arcadia vers Mirovan, en n'utilisant que les systèmes indispensables au vol. Envoyez-moi les coordonnées, je n'ai pas assez de puissance pour rentrer dans les programmes de Gaïa !
- Les voici. Utilisez-les bien, Toshiro. Et je suis honorée de vous avoir connu, même si ce fut bien trop bref. Je demeure au poste, si vous avez encore besoin de quelque chose.
- Je ne l'oublierai jamais, Célémandryne !
La sirène de la pause déjeuner retentissant, tous quittèrent le laboratoire.
