5.

Les prunelles bleues de Célémandryne s'enflammèrent.

- Ecartez-vous de mon ordinateur, Jalmyn !

- Si vous vous amusez à des travaux privés, le minimum de prudence serait de le verrouiller, ironisa ce dernier.

- Il l'était ! grinça Célémandryne.

- Vous n'êtes pas encore là depuis assez longtemps, remarqua le technicien. Tous les deux mois, le système interne débloque les verrous de sa propre initiative afin que nous encodions de nouveaux codes d'accès, pour notre sécurité justement !

- Cela ne vous donnait de toute façon pas le droit de consulter mes données !

La jeune femme aux courtes boucles couleur de café pâle tressaillit.

- J'ai été sur l'Arcadia, il n'est que normal que je me soucie de son sort. Il est voué à disparaître, j'aimerai savoir où il finira son voyage.

- Il fonctionne encore ? souffla Jalmyn.

- Cela ne vous regarde pas !

- Tant que son équipage existera, ce sera important. Mais vous, Mme Deng, jusqu'à quel point être vous la bonne copine de notre Leadeuse ? Votre poste ici est en contradiction avec les quelques lignes que j'ai pu lire sur votre écran d'ordinateur !

- Et je vous répète que ça ne vous regarde pas. J'ajouterais même que vous auriez intérêt à ne jamais l'évoquer sinon foi de Spatiologue je programme un astéroïde pour qu'il vous tombe droit dessus !

- Charmante, vous êtes absolument charmante…

- Dégagez, j'ai du travail !

Leur hôte boudant dans sa chambre, Jalmyn et Joalm s'étaient à nouveau entretenus de ce sujet sensible ô combien !

- Deux questions, petit frère : d'abord pourquoi est-ce que l'amie de la Leadeuse trahirait celle qui peut lui offrir la sécurité de toute une vie, ensuite que pourrait-elle tout simplement bien faire ?

- Elle est sur la défensive pour ces deux raisons, convint Jalmyn. En revanche, le peu que je crois avoir compris est justement un infime moyen de pression sur elle. On dirait que nous avons tous les deux un secret à garder !

Joalm eut un ricanement.

- Elle va surtout courir te dénoncer dès que tu lui confieras le tien et sa position dans la société de Gaïa sera réellement devenue intouchable ! Elle manœuvre plutôt bien cette jolie petite garce !

L'aîné saisit son cadet par les épaules.

- Pour notre sauvegarde et notre survie à tous, n'approche plus et ne parle plus à cette jeune ambitieuse ! intima-t-il. Oui, fais-le pour notre petite sœur et moi ! Les rêves doivent demeurer de ce domaine illusoire. Nos vies ne sont pas si mal que ça, loin de là ! Ne gâche pas tout pour un délire où même de grands guerriers se sont brisé les dents !

- D'accord…

- Tu me le jures ?

- Oui.

Joalm soupira d'aise.

« Mais j'avais aussi croisé les doigts dans le dos ! ».


Plus furieuse que jamais, Célémandryne fusilla son collègue du regard.

- Je pensais avoir été claire : ne m'approchez plus, tout simplement !

- Il est au contraire important que nous discutions. Mais pas au milieu de cette salle. Ce sera plus facile à la table du déjeuner.

- Vous me draguez, en plus ? grinça Célémandryne.

- Aucune chance, je n'aime que ceux de mon sexe ! Ça vous rassure ?

- Non, pas vraiment. Mais vu que vous n'arrêterez sans doute pas de me harceler… D'accord.

Tout en picorant dans sa salade, Célémandryne ne put retenir un regard interrogatif envers son étrange vis-à-vis.

- Vous êtes un étrange personnage, avoua-t-elle.

- Vous aussi, pour avoir vécu tant d'années seule sur un observatoire !

- J'avais des occupations, je ne me suis jamais ennuyée. Et puis surtout…

- Oui ?

- J'avais l'espoir que ce n'était pas en vain !

La jeune femme secoua la tête, l'agacement reprenant le dessus.

- Je ne vois vraiment toujours pas ce que vous pourriez me dire qui m'intéresse !

- Et si je vous apprenais que le capitaine de l'Arcadia est chez moi, bien vivant ?