6.
- Vous plaisantez ! insista Célémandryne.
- En ce cas, pourquoi seriez-vous montée dans ma voiture, jusqu'à mon appartement ?
- Les filles ne vous intéressent pas…
- Et vous me croyez sur parole ? glissa Jalmyn.
- Je ne veux croire que ce que vous avez dit sur Albator ! Il est en vie ? Mais il n'a plus rien…
- Voilà bien pourquoi il sombre encore plus vite que sous les tortures des bourreaux de Gaïa… J'espérais un miracle, mais voilà le résumé cru et court : que peut un Pirate de légende, seul, isolé, à peine vaillant sur ses jambes ? J'étais seul moi aussi jusque-là. Je peux compter sur une alliée ? Je me trompe ?
- J'ai besoin d'une solide couverture, le plus longtemps possible ! se contenta de répondre la jeune femme aux boucles couleur café au lait. J'attends de voir ce que vous m'avez promis, car je ne peux y croire…
- Pas plus que moi je ne parvenais à l'espérer encore… L'espoir vous avez dit hier, il ne nous reste que cela, et il en reste peut-être encore une étincelle ! ?
Célémandryne porta les mains à sa bouche, le souffle court, incapable de croire à ce qu'elle voyait.
- Vous êtes en vie…
- … En t-shirt et en pantalons de toile. Il ne reste plus grand-chose de l'impressionnant Pirate. Je vous fais encore rêver ainsi, Célémandryne ?
La jeune femme eut un simple sourire amical.
- Vous êtes vous ! Vous serez toujours une impressionnante légende. Et vous êtes vivant !
- Youpi… Je pense n'avoir plus prononcé ce mot depuis l'adolescence, il y a des éternités ! Et j'ai appris depuis longtemps à être désabusé, décennie après décennie !
Célémandryne et Jalmyn se planèrent devant le grand brun borgne et balafré.
- Nous avons chacun des infos ! Voulez-vous bien nous écouter, nous vous en prions ?
- Je n'ai guère le choix de cavaler…
Toujours désenchanté, complètement absent de ce qu'il avait entendu sans d'ailleurs paraître l'avoir assimilé, Albator ne réagit effectivement pas quand ses deux amis se furent tus.
- Oui, et alors ? finit-il enfin par lâcher après d'interminables minutes de silence.
- Il y a votre cuirassé, il y a l'équipage à Mirovan, souffla Jalmyn, décontenancé.
- Oui, un Arcadia qui se traîne à vitesse d'escargot, avec pas assez d'énergie pour tirer une salve. Et un équipage qui depuis est réellement passé de vie à trépas !
Mais alors qu'ils s'y attendaient le moins, les deux jeunes gens virent la prunelle d'or s'enflammer.
- Mais ils sont encore en vie justement. Ils tiennent bon, depuis le premier jour, je ne peux les abandonner à ce sort atroce, infiniment pire que celui qui m'avait été réservé ! Même lent, l'Arcadia demeure un superbe cuirassé, et sans plus de traître à bord, par ailleurs… Pauvre Yama, il n'a jamais été responsable de quoi que ce soit depuis son sauvetage, si j'ai bien compris vos explications. Il a été le premier à payer le prix fort de sa fidélité à la liberté. A ce nom, je me dois de tout faire pour Kei et les autres qui eux ne m'auraient jamais laissé tomber si la situation avait été inversée !
Cependant le grand brun balafré eut un profond soupir, l'accablement le gagnant à nouveau.
- En revanche, je me vois mal arriver à faire quoi que ce soit, et à seulement quitter le sol de Mars e t-shirt et mocassins de toile…
- S'il n'y a plus que cela qui vous arrête ! sourit Jalmyn.
- Quoi, vous auriez, aussi, une solution ? ironisa Albator.
- Possible… J'ai juste besoin d'un peu de temps pour voir si c'est bien réalisable, et sans trop attirer l'attention jusqu'au moment de l'action !
- Je ne comprends pas, murmura Albator.
Jalmyn esquissa un sourire.
- La Leadeuse a simplement fait ranger votre tenue de Pirate et vos armes. Elle n'avait pas à prendre plus de précautions ! Je vais vous les récupérer ! assura Jalmyn.
- Et je pense que Jubald a quelques explications à donner quand à votre regard doré ! ajouta Célémandryne. Et s'il a permis que vous ne mouriez pas sous les sévices de sa patronne, il aura intérêt à vous aider à trouver un moyen de locomotion ! Moi, je surveillerai la progression de l'Arcadia jusqu'à ce qu'il soit en approche de Mars !
- Je ne sais quoi dire… Sûrement pas encore merci, pour moi, mais bien pour mon équipage. Il le vaut tant ! murmura Alator, dissimulant son émotion.
