10.

- L'amiral de…

Graemon entra, bousculant le Chambellan, se dirigeant droit vers sa Leadeuse, deux gardes s'interposant mais s'écartant sur un geste de cette dernière.

- Alors, vous l'avez constaté aussi ? jeta-t-elle.

- L'amiral de la flotte s'inclina en une salutation rapide au possible.

- Oui ! L'Arcadia a surgi – boîte de conserve brinquebalante, sans signaux lumineux, une simple carcasse volante - juste hors de portée des canons de nos croiseurs, pour soudain se ranimer de tous ses feux et disparaître tout aussitôt avant que nous ne puissions seulement tirer !

- Mais qu'est-ce qui a bien pu se passer ?

- Je l'ignore, Votre Grâce.

- En ce cas ne restez pas planté là et partez à sa poursuite pour le découvrir, et en finir !

- Mais il va juste filer droit devant lui, loin de tout ce qui peut bien se rapporter à Gaïa, objecta Graemon.

Lauréane esquissa un sourire mauvais.

- Certainement pas. Il ne peut qu'aller à un seul endroit ! Précipitez-vous-y, Graemon !

- A vos ordres.


Avec une émotion profonde, comme si c'était la première fois qu'il tenait les poignées de la grande barre en bois, Albator observait l'espace qui défilait à vitesse éclair de l'autre côté de la baie vitrée de la passerelle du cuirassé.

- Tu es tellement différent, avoua enfin Toshiro. Et par quel prodige as-tu pu doper ainsi l'Arcadia ?

- Je te le dirai quand j'aurai les réponses. J'en ai les ébauches, mais je ne suis pas le bon interlocuteur sur ce sujet en ce moment. A Mirovan, en espérant que tous y soient encore en vie !

- Et ensuite ? s'enquit Toshiro.

- Tu verras bien !

- Je crois que parfois je regrette de synthétiseur vocal, tu n'es jamais fichu d'avoir une réponse claire à une seule de mes interrogations !

- Comme si j'avais moi-même idée de ce qui se passe la plupart du temps… Mais il est justement peut-être grand temps que cela change ! A Mirovan !

- Aux mines de sel, approuva Toshiro.


Le cortège de prisonniers revenant vers les dortoirs, Kei et Yattaran eurent le machinal réflexe de relever légèrement la tête pour constater l'agitation inhabituelle de la plupart des gardes.

- Tiens, ils auraient envie d'une exécution massive pour se divertir ? marmonna Yattaran.

- Même si les ordres sont de nous faire mourir à petit feu, Gaïa a besoin des minerais que nous extrayons, murmura Kei. Et en matière d'ouvriers, il n'y a plus eu guère d'arrivage. Je dirais qu'en dépit de tout, ils ont besoin de nous.

- Mais pourquoi ce remue-ménage ? Depuis des semaines que nous sommes là, ils n'ont jamais procédé au moindre exercice…

Kei fronça les sourcils, Mimay apparue sur le seuil de leur dortoir. Et à la surprise des deux Pirates, elle eut un lumineux sourire, désignant une colline où il n'y avait strictement rien au demeurant !

- Cette fois, c'est sûr, notre Nibelungen a complètement perdu l'esprit, maugréa Yattaran. Manquait plus que ça !

Un grondement qui allait en s'amplifiant parut soudain bien familier aux oreilles des Pirates, disséminés dans plusieurs colonnes de prisonniers.

- L'Arcadia ! souffla Kei alors que des nuages bas surgissait le terrible cuirassé à la silhouette sinistre et qui pourtant pour eux était la plus belle chose qui soit !

- Toshiro a réussi à revenir jusqu'à nous ! aboya Yattaran alors que les tours de défense au sol tentait vainement d'atteindre leur cuirassé.

- Encore heureux que ceux de Gaïa n'aient jamais songé qu'une évasion pouvait être possible, que les soldats soient en nombre limité malgré tout, et qu'il n'y ait ni jets de combats au départ d'ici et ni croiseurs en appui en orbite de Mirovan ! ajouta Kei.

Mimay désignant toujours la colline, ils y reportèrent leur regard, s'attendant à y voir apparaître une autre silhouette qu'il était impossible qu'elle se découvre !

Kei et Yattaran tressaillirent alors profondément alors que l'inimaginable se produisait, une silhouette à contrejour, que l'on ne pouvait confondre avec aucune autre, la longue et lourde cape battant au vent.

Un rai de lueur lunaire éclaira le visage du nouveau venu.

- Je me suis fait désirer ? jeta Albator en tirant alors des étuis ses armes redoutables et meurtrières.