15.
La prunelle dorée se teignit de noir un long moment.
- Cette folle n'aura pas eu intérêt à faire du mal à Célémandryne ! Toshiro, tiens-toi prêt à braquer nos canons chargés de Matière Dorée sur la base Gaïa de Mars !
- Manœuvre spectaculaire et suicidaire, ton style, Albator. Mais il y a bien quelque chose à faire, d'autre ?
- Oui, mais ça ne regarde que moi ! persifla le grand Pirate borgne et balafré.
- Albator !
- Oui, j'ai un combat entièrement personnel à mener, pour mes amis de Mars !
- Et… ? cliqueta le Grand Ordinateur.
- Et pour la femme que j'aime. Enfin, j'espère que depuis que je suis parti, elle ne m'a pas oublié !
- Albator ! Elle a presque des posters de toi depuis qu'elle sait balbutier ton nom !
- Toshiro, je te savais horticulteur à fleur de peau, pas amateur de roman à la fleur de rose !
- A l'eau de rose ! rectifia Toshiro.
Albator fronça le sourcil.
- Tous ceux qui ont permis que je revienne, même si je ne leur en sais pas su gré un seul instant au moment même, ils ont pris des risques insensés, mortels. J'ai à les protéger, si je le peux ! Et Célémandryne, elle…
- Elle est la rose de ta vie ! conclut Toshiro.
- J'ai eu des roses, pour autant que ma mémoire s'en souvienne, et je ne me rappelle plus de grand-chose en fait, mais j'ai la certitude que chacune de ces fleurs m'a déchiré le cœur !… Pourvu qu'il n'en soit pas de même une fois encore, je ne le supporterais pas. Je suis Humain, presque entièrement à présent, les sentiments m'exposent beaucoup trop… Et pour ces raisons, pourvu qu'elles soient bonnes après mon délire de dénouer tous les nœuds du temps pour recréer un univers, je prie pour un avenir enfin doux… Un rêve, un délire, j'aimerais un jour me réveiller dans la réalité !
- Qui sait, ce sera peut-être vrai un jour, même si ce ne sera que pour si peu de temps…
Ignorant la dernière phrase de son ami, Albator tourna les talons et quitta la salle, ayant un combat à mener !
Encore libres de leur pause midi, Célémandryne et Jalmyn s'étaient retrouvés à l'une des cantines des laboratoires.
- Albator revient vraiment ?
La jeune femme inclina positivement la tête.
- Oui. C'est de la folie… Mais c'est tout lui ! Et puis, il doit se venger de ce que Lauréane et Jubald lui ont fait : ils l'ont tué pour extraire le 101ème…
- En revenant, Albator ramène avec lui l'Ultime Détonateur. Si l'Impératrice prenait à nouveau l'ascendant sur lui, ce serait la catastrophe ! Nos poches de Résistance tentent, si pas de saper, du moins désordonner les structures de Gaïa, mais ce sera en vain si Albator ne peut défendre et garder l'Ultime Détonateur !
- Et nous sommes grillés, soupira Célémandryne.
- Comment cela ? ! sursauta le jeune scientifique.
- Lauréane est venue me voir. Elle n'est pas bête, loin de là, elle a compris mon rôle dans la résurrection et surtout l'envol d'Albator et le retour de l'Arcadia !
- Et… ?
- Je n'ai pas nié, c'était inutile. Lauréane fait mine de continuer à me considérer comme l'amie dont elle rêvait, elle ne me menace pas encore.
Devant le regard inquiet de son interlocuteur, la jeune femme réagit aussitôt.
- Je n'ai pas été interrogée, je n'ai donné aucun nom et aucune organisation de Résistance ! – d'ailleurs sur ce dernier point je ne connais pas l'organigramme et ça le protège !
Jalmyn finit les derniers oignons en sauce avec sa bouchée de steak.
- Nous ne sommes que des étincelles, nous ne tiendrons pas longtemps. Gaïa nous a trop longtemps bridés pour assurer sa suprématie et l'Impératrice en est la pire représentation ! Mais nos moyens sont si dérisoires. Et sans Lauréane, sans le Conseil, comment pourrions-nous décider ou nous diriger ? Je pense que c'est que qui nous a toujours retenus ! Sans leaders nous ne sommes rien… Albator arrive ?
- Oui, il le faut ! Je ne veux pas que nous soyons deux à mourir, exécutés pour trahison.
Le jeune homme fronça les sourcils.
- Là, je ne pense pas que tu parles de nous… « deux » ? Célémandryne !
- Oui, j'attends un enfant, depuis quelques semaines seulement !
- Et tu l'as su, depuis si tôt ?
- Je crois que je l'ai senti dès qu'Albator m'a aimé avant de me quitter. Il m'a donné le plus beau des cadeaux, c'était écrit !
- C'est merveilleux, sourit Jalmyn.
