Version corrigée
Chapitre 5 :
Je m'approchai de la barrière en bois, une carotte dans une main et un licol dans l'autre. Dès que le bruit de mes pas parvint aux oreilles d'Ouragan, celui-ci releva la tête et me regarda. Le petit hennissement qu'il poussa me fit comprendre qu'il me reconnaissait et était heureux de ma visite mais il ne fit aucun pas vers moi. Au contraire, il détourna le regard voulant par ce geste me montrer son mécontentement. C'est vrai que je l'avais délaissé depuis mon arrivée, me terrant la plupart du temps dans ma chambre. Je devais donc me faire pardonner. J'ouvris la barrière et pénétrai dans l'enclos. Ouragan était seul dans celui-ci. La majorité des juments étaient dans les prairies au nord de la propriété. Il ne restait au ranch que les poulinières en passe d'avoir leur poulain ou les jeunes chevaux en cours de dressage. Je m'approchai de lui, la main tendue lui montrant la carotte que je lui avais apporté. Il m'ignora un moment mais son estomac finit par le faire craquer et il s'approcha de moi.
« Bonjour, mon beau. »
Je le caressai pendant qu'il mangeait, insistant bien sur un point de son encolure que je savais être très sensible. Il se frotta à moi me faisant comprendre qu'il ne m'en voulait pas. Je lui passai le licol et l'attachai. Je n'avais pas pris de corde avec moi car je savais qu'elle était totalement inutile. D'un doigt, je le conduisis hors de la prairie et l'emmenai vers la stalle de pansage.
« Je t'ai délaissé mon loulou mais je vais me rattraper. »
Je me saisis d'une corde que je fixai au licol par le mousqueton avant de nouer l'extrémité à l'un des anneaux fixés au mur. Je lui donnai une petite tape sur l'épaule avant de me diriger vers l'armoire renfermant le matériel de pansage. Je me saisis d'un seau dans lequel je jetai une étrille, une brosse dure et douce ainsi qu'un cure pied.
« On va te refaire une petite beauté. »
J'attrapai l'étrille et commençai à frotter Ouragan énergiquement afin d'ôter la couche de boue séchée qui recouvrait une partie de son pelage. Un nuage de poussière se dégagea aussitôt.
« Je t'ai vraiment négligé mon beau ces derniers temps. »
« Il en a de la chance de se faire cajoler ainsi » entendis-je derrière moi.
Nullement besoin de me retourner pour savoir que William…non, Jasper... ou peu importe son nom aujourd'hui, se tenait non loin de moi. Je déglutis mais décidai de ne pas lui répondre tout comme lui évitait de répondre à mes questions depuis son arrivée. Ce n'était pas un refus franc et catégorique, non. Mais il m'évitait et s'arrangeait pour ne jamais se trouver seul avec moi, m'empêchant de ce fait de lui demander l'éclaircissement que je voulais. Je poursuivis le pansage de mon cheval en passant la brosse dure, retirant le reste de poussière et laissant apparaître un poil lisse et soyeux. Ouragan était un magnifique étalon bai.
« Oh Isabella. Tu as décidé de m'ignorer maintenant » poursuivit-il.
Sa voix me parvint plus fort. Il s'était rapproché et son souffle effleura rapidement ma nuque. Je serrai les dents pour ne pas montrer que sa proximité me dérangeait autant qu'elle me perturbait. Je fis un pas, m'écartant légèrement de lui.
« Tu n'as pas de travail qui t'attend ? »
« Rien qui ne soit plus important que de te tenir compagnie, Chaton. »
« Et cesse de m'appeler ainsi. »
« Pourtant, quand tu sors tes griffes comme maintenant, tu es très proche de ce félidé (ou félin ?). »
Je me retournai vivement brandissant la brosse devant moi telle une arme que je m'apprêtais à lui lancer à la figure mais je fus surprise de le trouver presque collé à moi. Ma stupeur fut telle que je fis un pas en arrière butant sur Ouragan qui n'approuva pas. Jasper en profita pour avancer d'un pas. Ne voulant pas m'avouer vaincue et le laisser me déstabiliser une fois de plus comme le jour où nous nous étions retrouvés dans la cuisine, je m'abaissai et passai en dessous d'Ouragan qui imperturbable, ne broncha pas. Forte de l'espace fourni entre nous par le dos de mon cheval, je le fixai sans sourciller.
« Pourrais-tu me laisser m'occuper d'Ouragan et me permettre d'aller me promener tranquillement ? »
« Je ne voulais que t'apporter mon aide »
« Ton aide ? Parce que tu penses que je vais accepter ton aide alors que ta présence ici empoisonne ma vie ? »
« Oh, Chaton, quelle véhémence dans tes propos ! Un mari ne doit-il pas toujours apporter son soutien à sa très chère épouse ? »
« Tais-toi. Si jamais on t'entendait ... »
Il m'offrit un magnifique sourire avant de poursuivre. Comme toujours, la situation l'amusait. Depuis ce fameux premier repas au Ranch, Will…Jasper n'avait eu de cesse de me narguer, me lançant de petites phrases à double sens ou plaisantant avec les autres sur mon mystérieux époux. Mais il s'était également bien gardé de se retrouver seul au même endroit que moi, ne me donnant jamais l'occasion de lui poser les questions qui me brûlaient la langue depuis deux semaines. Et il se décidait enfin à vouloir parler au milieu des écuries à la vue et l'ouïe de tous.
« Aucun risque qu'on nous entende, je suis le seul à être resté ici. Les autres sont soit partis inspecter les clôtures des prairies du nord soit en ville. Ça nous laisse donc un peu de temps. »
« C'est vrai ? »
« Penses-tu que je veuille te piéger ou dévoiler ton secret aux autres ? » demanda-t-il en fronçant les sourcils.
« Je ne sais pas. Tu m'évites depuis ton arrivée, refusant de me répondre et aujourd'hui, tu viens comme si de rien n'était. »
Je le vis avancer et contourner Ouragan, se rapprochant à nouveau dangereusement de moi. Je sentis mon cœur s'accélérer, ma respiration devenir plus difficile. Je n'avais nullement peur de lui malgré l'épisode du jour de notre mariage mais sa proximité avait de l'effet sur moi, à mon grand désespoir. Sans être particulièrement attirée par lui, je devais reconnaître qu'il possédait beaucoup de charme et qu'il me plaisait énormément.
« Tu n'as pas trop cherché à me voir non plus. »
« Je n'allais quand même pas te suivre ou te rejoindre chez toi ! »
« Pourquoi pas ? »
Sa réplique me surprit, surtout que je crus entendre « tu ne serais pas la seule » murmuré entre ses dents.
« Parce que ….je ne peux pas….que dirait-on si on me voyait autour des baraquements? »
« Effectivement, Mademoiselle Swan se promenant près des habitations des ouvriers… »
« Ce n'est pas ça. Mais tu oublies que je suis une femme mariée dont le mari est absent. Et en parlant justement de mon époux, tu me dois des explications » m'énervai-je.
« Hum…je ne suis pas sûr de te devoir quoi que ce soit. »
« Ah non ? Pourquoi être venu ? Pourquoi avoir changé de nom ? Pourquoi…. »
« Ok, je crois avoir compris. Je pense que je peux effectivement répondre à certaines questions. »
Je poussai un soupir face à cette nouvelle. J'allais enfin en savoir plus. Je le fixai attentivement, prête à l'écouter. A nos côtés, Ouragan commençait à s'agiter n'appréciant que modérément d'être attaché sans raison. William… - oh que ça pouvait me perturber de ne pas savoir quel était son vrai nom - Jasper s'appuya contre le mur sans me lâcher du regard, comme s'il mesurait ce qu'il pouvait ou non me dire.
« Qui es-tu ? »
« Oui, tu as raison, commençons par le début. J'ai entrepris ce voyage à travers le monde, il y a quelques mois avec quelques amis et…. »
Le bruit de sabots au trot le stoppa dans ses explications. Il tendit l'oreille et des conversations se firent entendre. Sam, Emmett, Paul et Jacob revenaient de leur sortie et s'approchaient de nous. Je soupirai de dépit car mes explications s'envolaient une fois de plus. Jasper haussa les épaules avant de s'éloigner de moi.
« Désolé, Chaton, mais nous devrons remettre cette discussion à plus tard » annonça-t-il avant de se détourner et de quitter la stalle, me laissant frustrée. J'avais été enfin sur le point de découvrir ses secrets. Je pestai contre les autres qui avaient débarqué trop vite et je le fis bien comprendre à Emmett lorsque celui-ci vint me rejoindre. Je râlai tellement qu'il préféra me laisser ruminer seule. Je terminai le brossage d'Ouragan avant de le harnacher et de partir en balade. Celle-ci me fit énormément de bien. Je profitai au maximum du calme que me procuraient les grandes plaines environnantes. Ma promenade dura près de deux heures et ce fut détendue et sereine que je regagnai la maison à mon retour.
xXxXxXx
C'était une soirée douce pour la saison. L'avantage d'habiter dans un état comme l'Arizona était incontestablement son climat. Les journées étaient quasiment toujours ensoleillées même en hiver où les températures descendaient très rarement sous les 18 degrés. Mais le soir, la différence était très marquante et un pull était nécessaire. Pourtant, ce jour-là, il faisait plus qu'agréable et j'avais eu envie de me promener un peu. Emmett avait un rendez-vous galant avec une ancienne conquête, Sam et Emilie s'étaient retirés dans leur appartement aménagé au-dessus de la salle à manger commune. C'est ainsi que j'avais décidé de me promener autour du Ranch. J'étais passée par les écuries afin de souhaiter une bonne nuit à Ouragan et lui apporter une dernière friandise. Au bout d'une demi-heure, mes pas m'avaient menée à l'écart de la maison et je me rendis compte que je m'étais rapprochée du baraquement numéro neuf. Mon premier réflexe fut de tourner les talons et de regagner le Ranch mais une force invisible me retenait, m'empêchant de m'éloigner.
D'un pas hésitant, je m'approchai doucement du chalet d'où une faible musique country s'échappait. Je souris en secouant la tête. Texan jusqu'au bout des ongles. Par la fenêtre, la lumière tamisée filtrait. Continuant d'avancer, je n'étais plus qu'à quelques pas des marches quand la porte s'ouvrit. Je ne voulais pas être prise en faute et donner l'impression que j'espionnais. Je reculai rapidement et me cachai derrière un buisson espérant être passée inaperçue. Une fois à l'abri, je reportai mon attention sur la porte qui était à présent ouverte. Une ombre était visible sur la terrasse et celle-ci rétrécissait, signe que William, enfin Jasper, allait sortir. Je me camouflai du mieux que je pus, m'accroupissant un peu plus. Des paroles me parvinrent. Il n'était pas seul mais je ne pouvais distinguer qui l'accompagnait. Jasper et son visiteur sortirent et, mue par la curiosité, je tendis le cou afin de les apercevoir. Et c'est là, que je la vis. Nettie se trouvait aux côtés de Jasper et ils discutaient tandis qu'il la menait jusqu'aux marches. Je n'arrivais pas à comprendre ce qu'ils se disaient mais ils se tenaient très proches l'un de l'autre. Me tendant plus, je perdis l'équilibre. De peur de me faire repérer, je reculai et me tapis derrière le buisson. Je fermai les yeux et attendis. Des bruits de pas s'éloignant m'informèrent que Nettie venait de partir. Mais que venait-elle faire ? Non, je ne voulais pas savoir. Non, ce n'était pas mes affaires et ça ne m'intéressait pas. Enfin, pas trop. Mais quand même, il fallait toujours qu'elle drague les nouveaux venus. Le silence était revenu, j'allais pouvoir sortir de ma cachette.
« Tu peux sortir de là, Chaton. La voie est libre » entendis-je.
Zut, mais comment m'avait-il démasqué? J'avais pourtant été très silencieuse. Si je ne bougeais pas, peut-être croirait-il avoir rêvé.
« Je sais que tu es là » insista-t-il d'une voix où perçait un certain amusement.
Je soupirai, un dernier signe de défaite avant de me redresser. Jasper se trouvait sur la petite terrasse et son regard était posé sur moi. Il savait exactement où je me trouvais. Sortant de ma cachette de fortune, je contournai le buisson et avançai vers lui. Son habituel sourire aux lèvres, il ne me quittait pas des yeux.
« Tu t'es perdue, Chaton ? »
« Pas du tout. Je me promenais simplement mais je ne voulais pas vous déranger. »
« Oh tu te promenais ? »
« Oui. Je profite de cette belle soirée » déclarai-je en arrivant au pied du chalet.
« Mais bien sûr. Et tes pas t'ont menée directement chez moi. »
« Ne prends pas tes rêves pour une réalité, c'est un pur hasard. »
« Si tu le dis. »
A peine quelques minutes et déjà, il m'horripilait. C'était terrible comme ce mec pouvait me taper sur le système.
« Ainsi, Nettie vient te rendre visite »
« Hum ! Me surveillerais-tu ? »
« Mais non voyons ! Je l'ai vue sortir et je me posais simplement la question. »
« Hum ! »
Ok, je ne devais pas attendre de réponse de ce côté-là. Mais puisque je me trouvais seule avec lui, sans oreille indiscrète, je devais en profiter. J'avais attendu déjà trop longtemps pour avoir les réponses qu'il me devait et qui envahissaient mon esprit à longueur de journée et même de nuit.
« Tu n'es pas disposé à répondre à cette question mais peut-être accepterais-tu enfin de répondre à celles que je t'ai posées lors de ton arrivée ?»
Jasper fronça les sourcils tandis qu'il m'examinait attentivement. Une certaine nervosité me gagna. Mes mains devinrent moites et je me balançai d'un pied à l'autre attendant sa réponse.
« Je pense qu'effectivement, tu mérites quelques éclaircissements. Veux-tu entrer, nous serons mieux pour discuter sans risque. »
L'idée de savoir exactement qui il était et pourquoi il se trouvait ici était plus que tentante mais devais-je vraiment accepter de me retrouver seule avec lui ? J'hésitais un moment. Pendant ce temps, il était retourné devant la porte et m'attendait pour me faire pénétrer chez lui. Mon envie de savoir fut la plus forte et c'est d'un pas décidé que je gravis les quelques marches et m'introduisis dans le baraquement. Je m'arrêtai au centre de la pièce pour observer les lieux. Ce qui me frappa le plus fut l'ordre qui régnait dans la pièce principale et le coin cuisine. Contrairement à la chambre d'Emmett ou le chalet de Jacob que j'avais souvent eu l'occasion de voir lors de soirée télé l'année dernière, Jasper était un type très ordonné. Chaque chose semblait avoir trouvé sa place. Ses chaussures, bottes et santiags étaient bien alignés contre le mur à côté de la porte ce qui me fit regarder ses pieds. Il se promenait pieds nus. Tout bien réfléchi, je ne l'avais pas vraiment regardé, sauf ses yeux, et sa tenue était plus que décontractée. Au-dessus de ses pieds nus, il portait un jeans clair qui avait bien vécu et moulait parfaitement ses cuisses et ses fesses. Le bouton était resté ouvert sur un tee shirt noir, lui aussi très ajusté.
« Tu as terminé ton inspection, Chaton ? »
Oups, prise en flagrant délit de matage. C'était de sa faute aussi. Quel besoin avait-il d'être aussi….aussi….lui ! Tout en lui transperçait l'assurance, la fierté et la virilité. J'avais beau être mécontente de sa venue, je ne pouvais qu'admettre à mon corps défendant, bien sûr, qu'il était à tomber. Mais hors de question de concéder ce point.
« Je déplore plutôt ton accoutrement » crânai-je en haussant les épaules et pivotant sur moi-même pour camoufler mon rougissement.
« Ouais ! Puis-je t'offrir à boire ? » proposa-t-il.
Je remarquai sur la table basse face au canapé une seule bouteille de bière. Nettie n'avait donc pas pris le temps de boire un verre avec lui.
« Je prendrais bien une bière aussi. »
« Ok, installe toi, je te l'apporte de suite. »
Pendant que Jasper se dirigeait vers le coin cuisine et prenait deux boissons dans le frigo, j'aperçus par la porte entrouverte de la chambre, un cadre photo où apparaissait une jeune femme blonde. De ma place, je ne distinguais que vaguement les traits de cette femme. L'entendant revenir vers moi, j'abandonnais mon observation et m'assis dans le fauteuil. Jasper me tendit ma boisson et prit place en face de moi sur le divan. Le silence s'éternisa un moment alors que nous buvions notre bière.
« Bien, je t'écoute. »
« Heu… » murmurai-je en triturant mes doigts ne sachant pas trop par où commencer, ni quelle question poser.
« Si tu n'as rien de mieux à demander, nous pourrions envisager de passer à des choses plus….sérieuses » déclara-t-il en soulevant ses sourcils de manière suggestive.
« Qui es-tu ? Que veux-tu ? Pourquoi es-tu là ? » débitai-je à toute vitesse, ignorant sa dernière phrase.
« Je vois que tu aimes toujours autant poser des questions. »
« Et toi, tu aimes ne pas y répondre. »
Jasper sourit en avalant une longue rasade de sa bière.
« Mais je vais y répondre. »
« C'est vrai ? »
Il souleva les sourcils avant d'éclater de rire. Décidément, la moindre de mes paroles l'amusait.
« Vrai. Alors pose-moi UNE question à la fois. »
Je gardai un moment les yeux braqués sur lui cherchant laquelle poser en premier. Que voulais-je d'abord savoir ? Je bus encore une gorgée de ma bière pour m'insuffler le courage nécessaire avant de le questionner.
« Qui es-tu ? »
« Vague question mais à la fois si pertinente. »
Je soupirai face à ses belles paroles. S'il tergiversait autant, nous y serions encore demain matin. Mon attitude l'amusait, je le voyais bien mais je décidai de ne pas lui donner l'occasion de me narguer ou de détourner la réponse en attendant silencieusement.
« Je m'appelle bien Jasper….Withlock. »
« Mais alors, pourquoi nous as-tu dit t'appeler William Hale ? Et qui est-il ? Où est-il ? Comment as-tu….. »
« Stop, Chaton. J'ai dit une à la fois. »
« Oui mais tu distilles tes réponses. »
« N'as-tu jamais entendu ce proverbe ? La patience est la mère de toutes les vertus. »
« Si mais justement, je n'ai jamais été très douée pour la patience. »
« Une vertu de moins. Oh, je suis déçu ! »
Je ne pus m'empêcher de lui lancer un regard que je voulais meurtrier mais qui malheureusement, ne déclencha chez lui, qu'une nouvelle crise de rire. Je m'apprêtai à lui lancer une riposte de mon cru lorsque je me souvins qu'il avait accepté de répondre à mes questions. Je devais en profiter tant qu'il semblait bien disposé et ne pas gaspiller ce temps précieux.
« Revenons à nos moutons, veux-tu ? Si tu es Jasper Withlock, où est William Hale ? Comment et pourquoi t'es-tu fait passer pour lui ? »
« Tu recommences, Chaton. Mais je vais répondre sur ce sujet qui te préoccupe tant. »
« Bien sûr que cela me préoccupe. Je ne sais plus à qui je suis mariée ! »
« A moi ! »
"A toi? Jasper ou William?" répétai-je en haussant légèrement le ton. Cette attente me tuait et je peinais de plus en plus à garder mon calme.
" Essaye de museler un moment ton impatience, Chaton. Tu veux savoir alors, laisse-moi te raconter mes péripéties de ces derniers mois."
Ne voulant plus l'interrompre, je m'installai plus confortablement. Retirant mes chaussures car tant qu'à faire autant être à mon aise, je pliai mes jambes sous mes fesses. Mon attitude devait certainement le faire sourire mais je refusais de lever les yeux vers lui. Je gardai mes mains sur mes genoux et le stress de connaître enfin la vérité me faisait les triturer l'une l'autre. Mon cœur tambourinait dans ma poitrine signe d'une grande nervosité. Je désespérai d'obtenir ces explications quand sa voix résonna dans le chalet.
" Il y a plus ou moins huit mois, j'ai quitté sur un coup de tête, je le reconnais à présent ma maison et ma famille. J'étouffais dans la vie que j'avais et surtout face à l'avenir qui se profilait à l'horizon. Comme toute famille, la mienne me voyait suivre les pas paternels et entrer dans le moule qu'ils avaient créé pour moi."
"Ton père travaille également dans une exploitation comme celle-ci?"
"Qu'est-ce qui te fait croire que mon père est éleveur?"
" Je n'en sais rien mais comme tu as de très bonnes références et surtout d'après ce que j'ai entendu de Sam et Emmett, tu es vraiment doué. J'en ai conclu que tes parents avaient une ferme au Texas."
Il émit un petit rire et secoua la tête. Je fronçai les yeux me posant évidemment de nouvelles questions. Qu'avais-je dit de si drôle?
" Disons que j'ai grandi entouré de chevaux et de bovins. Le Texas se consacre plus à l'élevage des bovins qu'à celui des équidés mais ils servent encore pour parcourir les exploitations très vastes, surveiller le bétail. Mon père...mon père est un passionné de chevaux et il m'a transmis sa passion dès mon plus jeune âge. J'ai toujours adoré l'accompagner et très vite, j'ai appris à m'en occuper. Je devais avoir 12 ans lorsque j'ai dressé mon premier poulain. J'étais un peu comme Emmett, mettant la main à tout et si j'avais été le seul à décider, je me serais passé de faire des études. Malheureusement, mes parents y tenaient et je me suis plié à leur bon vouloir jusqu'au début de cette année où j'ai tout plaqué, j'ai pris un sac et je suis parti à l'aventure."
J'étais pendue à ses lèvres tant par ce qu'il disait que par la similitude de nos actions. Comme lui, j'avais quitté mon père, ma vie, mon pays pour ne pas entrer dans le moule que mon père créait pour moi. Et d'une certaine manière, ce petit lien me rapprochait involontairement de lui.
" J'ai pris le premier vol pour l'Asie. Cette partie du monde m'attirait depuis l'enfance et j'ai commencé mon périple par l'Inde puis la Chine. Quelques mois plus tard, j'ai poussé jusqu'en Australie. Mon meilleur ami m'accompagnait et nous avons survécu grâce aux différents petits boulots que nous avons faits de ci, de là. Cette vie d'aventurier nous convenait très bien et je me demande parfois maintenant, si je serais revenu aux Etats-Unis sans mon arrestation et...notre rencontre."
"Mais ta famille est ici, ou plutôt au Texas. Tu serais resté loin d'eux?"
"J'avoue que l'idée m'a plusieurs fois effleuré l'esprit. Mais tu as raison, j'aime ma famille et tôt ou tard, je serais revenu. Bref, c'est en Australie que j'ai ….rencontré William. Comme moi, il cherchait autre chose dans la vie que celle toute tracée devant lui. Nous avons très rapidement sympathisé au point de décider de traverser le continent ensemble. Mon ami devant rentrer à Dallas, nous décidâmes, William et moi, de voyager tous les 2. Nos pas nous menèrent au cœur de l'Australie jusqu'à Alice Springs."
J'allais enfin connaître la vérité tant attendue et pourtant, je me sentais anxieuse. Le silence qui nous enveloppait n'aidait pas à me détendre. De quoi avais-je donc si peur?
"C'est à ce moment que tu t'es fait arrêté? Et les autres ne pouvaient-ils pas t'aider?"
Jasper soupira en secouant la tête mais le sourire sur ses lèvres ne montrait aucune exaspération. Il vida sa bière d'une traite et se leva.
"Mais...où vas-tu?" paniquai-je en faisant mine de le suivre.
"Ne bouge pas. Je vais juste me rechercher une nouvelle bouteille. La tienne est à moitié vide, en veux-tu une autre tout de suite?"
Mon regard se posa sur la dite bouteille comme si les mots qu'il me disait étaient du chinois. Comprenant enfin ce qu'il me demandait, je refusai d'un signe de tête. Je l'observai un moment tandis qu'il s'éloignait pour se diriger vers le frigo. Jusqu'à présent, je n'avais jamais fait attention au fait qu'un mec pieds nus pouvait paraître sexy. Penchant la tête pour mieux le suivre, je remontai le long de ses jambes alors qu'il plongeait la tête la première dans le réfrigérateur pour se prendre la boisson. Réalisant ce que j'étais en train de faire, je me redressai rapidement dans le fauteuil pour attendre la fin de son récit. Mais qu'est ce qu'il me prenait à le mater ainsi? Ce mec n'avait pourtant rien d'intéressant. Lorsqu'il reprit sa place, je l'incitai à poursuivre ses explications.
" Alors, que s'est-il passé ensuite?"
"J'y viens! Nous avons passé quelques jours dans le Centre Rouge qui est une vallée sacrée à cause de l'Uluru. Ce que nous ignorions, c'est que si ce site est très visité, y camper par contre est totalement interdit. William reçut un appel téléphonique le jour avant mon arrestation et il dût partir assez précipitamment. Le lendemain matin, le shérif et ses acolytes, prévenus par les aborigènes, vinrent m'arrêter. Je fus mené au poste avec mes bagages se limitant en réalité à un gros sac à dos. Lorsque je dus fournir mes papiers pour compléter le dossier, une surprise m'attendait."
" Laquelle?"
"Toujours aussi impatiente!"
"J'avoue que tu arrives à rendre ton récit des plus passionnants."
"Merci, je sais à présent que je peux me recycler en conteur professionnel jour où le dressage ne me conviendra plus" plaisanta-t-il.
Je ris tant l'imaginer sur une scène pour un one man show ou face à des enfants attentifs pour raconter des contes de fée me paraissaient surnaturel.
" Quand je sortis mon portefeuille de mon sac ou plus exactement ce que je pensais être mon portefeuille, je constatai avec angoisse que William et moi les avions échangés à notre insu. Ce transfert avait certainement eu lieu au dernier motel. Dans la précipitation, nous ne nous étions rendus compte de rien. Les papiers officiels de William étant dans un piteux état, et nous avions pas mal de points communs comme la couleur des cheveux, la taille, la forme du visage de sorte que le shérif ne se posa pas de questions. De plus, je portais une barbe comme tu t'en souviens certainement. J'aurais sûrement dû avouer la vérité mais je savais que je ne resterais pas longtemps en prison juste pour avoir camper dans un lieu sacré. J'ai préféré me taire que de créer toute une série de questions sur la présence des documents de William dans mon sac. Nous avions convenu de nous donner des nouvelles régulièrement. C'est ainsi que le coup de téléphone autorisé, c'est à William que je le passai. Il approuva mon idée de taire ma véritable identité et s'assura de me trouver un avocat pour activer la procédure de libération. "
"Pourtant, d'après ce que le shérif nous a raconté, tu devais passer devant un juge itinérant. "
"Oui c'est vrai mais ce n'est pas tant pour le camping sauvage mais plus à cause de mon attitude. L'adjoint du shérif était un con patenté et je n'étais pas très ...coopératif, je dois dire. J'ai...un peu exagéré avec lui. C'est aussi mes agissements qui m'ont donné la réputation de colérique et de mec dangereux. Je l'ai bien regretté le jour de notre mariage" déclara-t-il en me souriant.
"Faux mariage. Et puis, c'est avec William Hale que je suis unie, pas toi!"
" N'en sois pas si sûre!" lâcha-t-il en fixant son regard vert au mien et portant sa bouteille à sa bouche.
J'écarquillai les yeux à cette remarque. Que voulait-il dire par là? Il venait d'avouer avoir usurpé l'identité de William.
"Mais...si...je..."
" Peux-tu développer? Car là, excuse-moi, mais c'est assez incompréhensible pour moi" plaisanta-t-il.
" Si au lieu de te foutre de moi, tu t'expliquais un peu mieux, je pourrais m'exprimer correctement" m'énervai-je en me rasseyant confortablement dans le fauteuil.
"Tu sais que j'aime ce côté explosif de ton tempérament, Chaton."
"Tu m'énerves"
" Je sais. Mais même si j'aime te voir énervée, je vais continuer mes explications. Après notre mariage et surtout la manière musclée dont je fus traité pour me ramener à la cellule ..." poursuivit-il.
A ces paroles, je sentis mes joues s'enflammer au sous-entendu de Jasper. S'il avait été maltraité, c'était en partie de ma faute. J'avais joué avec le feu en acceptant de rester avec lui et surtout en ne disant rien à Emmett. La manière dont nous nous étions quittés, Jasper et moi, n'avait pas été des plus agréables. Les derniers mots qu'il avait prononcés à mon intention résonnaient toujours dans ma tête. Devinant la cause de mon trouble, il m'observa un long moment, me mettant encore plus mal à l'aise. J'étais certaine qu'il le faisait exprès.
"Ca va, Chaton, déstresse. Je ne te réclame pas mon dû."
" Je ne te dois rien" vociférai-je en me levant et m'éloignant le plus possible de lui. Par contre, lui ne bougea pas.
"Je ne suis pas d'accord avec ça. Pour moi, une promesse est une promesse mais je vais attendre mon heure. Je ne suis nullement pressé."
"Tu n'es donc venu que pour cette maudite promesse?"
"Hum...Viens te rasseoir. Et non, je ne suis pas venu pour cela. A vrai dire, je n'y ai même plus pensé depuis ce jour-là."
"C'est...c'est vrai?" demandai-je du bout des lèvres.
"Oui, c'est vrai. Allez, viens reprendre ta place que je termine" répéta-t-il d'une voix douce qui me surprit mais me rassura également. Ne le quittant pas des yeux, je fis les quelques derniers pas me séparant du fauteuil. Je repris ma place mais le malaise ne me quitta pas.
" Le lendemain de notre mariage, j'ai compris que si je voulais sortir rapidement de cette galère, je devais me calmer, faire profil bas et tenter par tous les moyens de sortir. Le juge itinérant arriva le surlendemain et après de rapides explications, je réussis à quitter la prison moyennant une amende assez conséquente malheureusement. Mais soit, je l'avais bien cherché par mon comportement. Dès ma sortie, j'ai tenté de prendre contact avec Emmett ou toi mais vous aviez déjà quitté la ville et même l'Australie. Peu de choix s'offraient à moi. Soit rester là-bas mais seul puisque William et mon ami étaient repartis, soit revenir aux Etats-Unis. J'ai choisi cette option. Deux jours plus tard, je débarquais à Dallas où j'ai quelques connaissances. C'est à ce moment-là que l'idée de te chercher m'a traversé l'esprit. J'ai contacté quelques personnes et très vite, j'ai retrouvé ta trace en Arizona. J'avais évidemment pas mal de renseignements sur ma copie du contrat de mariage. "
"Ainsi, tu t'es dit: pourquoi ne pas aller chercher misère à cette pauvre petite fille riche ?"ironisai-je.
"Mouais! A peu près."
"Salaud!"
"Chaton! Je n'aime pas entendre ce genre de mots sortir de ta si jolie bouche"
"Oh ça va! C'est la vérité. Tu n'es là que pour m'apporter des ennuis"
"Pas du tout. D'abord, j'avais besoin de travail pour l'hiver. A la bonne saison, j'ai déjà des engagements mais je devais vivre jusque-là. Ton père venait de lancer une annonce dans le milieu fermé des dresseurs. Ce travail me convenait très bien. Désolé mais moi, j'ai besoin de ce salaire. "
"Ok, je peux comprendre cette raison. Mais ça n'explique pas avec qui je suis réellement mariée."
"J'y viens, mon chaton."
"Mais arrête avec ce stupide surnom"
"Nooonn. Ca te convient bien trop"
"Va te faire..."
"Si tu y tiens, je peux revenir sur ce que j'ai dit il y a quelques minutes."
"Oh, toi..." grognai-je.
"Ne voulais-tu pas savoir qui était ton mari?"
"Je n'attends même que ça."
"Quand je suis rentré à Dallas, j'ai aussi eu un contact téléphonique avec William, le dernier que j'ai échangé avec lui pour tout te dire. Comme il poursuivait son périple autour du monde, l'idée d'être marié avec toi ne le dérangeait pas à condition que la situation soit clôturée à son retour en février. J'avais donc une seconde raison de venir te trouver. Mais avant mon arrivée, j'ai fait quelques recherches avec un ami juriste. A votre retour, vous avez omis une formalité très importante. "
"Laquelle?"
"L'enregistrement de l'acte de mariage auprès de l'administration américaine. Nous sommes donc mariés en Australie mais celui-ci n'a aucune valeur ici. D'un côté, c'est mieux pour nous lorsque celui-ci devra être dissout."
"Oh. Je ne savais pas qu'il fallait le faire. "
"Ce n'est pas important. Mais j'ai aussi expliqué à ce juriste l'échange d'identité. Je pourrais évidemment être poursuivi et condamné pour faux et usage de faux mais le plus important c'est la signature."
"La signature? Quoi la signature?"
Je ne le quittais plus des yeux, appréhendant le reste de son explication dont j'entrevoyais l'issue. Je déglutis et sentis mes mains devenir de plus en plus moites.
"C'est ma signature. La vraie. Je n'ai pas tenté d'imiter celle de William. J'ai signé comme je le fais toujours. Tu pourras vérifier. Elle est tellement complexe, qu'on ne distingue pas le nom véritable."
"Et...Ca veut dire que..."bégayai-je lamentablement.
"Que nous sommes légalement mariés pour le meilleur et le pire selon la formule,
En Australie bien sûr mais quand même unis" acheva-t'il de ces simples mots.
J'étais totalement tétanisée, anéantie, déconfite. J'avais l'impression que le ciel venait de me tomber sur la tête. Les mots tentèrent de pénétrer mon cortex cérébral mais sans succès. Je ne pouvais pas avoir bien entendu. Ce n'était pas possible que je sois...mariée à cet énergumène horripilant?
"Isabella?"
Une voix lointaine me parvenait mais je n'en comprenais pas le sens. C'est une douce chaleur sur mon avant-bras qui me sortit de mon mutisme. Je regardai vers cette source pour constater que c'était une main d'homme. Main qui évidemment appartenait à mon cauchemar ambulant. Je me dégageai violemment et m'éloignai une fois de plus de lui. Je devais garder le plus de distance possible entre lui et moi.
"C'est pas possible! NON"
"Désolé mais si. Tu es en réalité Madame Withlock mais bon pour tous ici , tu resteras Madame Hale. Ne compliquons pas encore plus cette situation."
"Mais...je ne veux pas être mariée à toi"
"Ça, Chaton, fallait y penser avant de venir me chercher dans mon trou. Je te convenais sous le pseudo de Hale mais sous mon vrai nom, c'est pas assez bien? Pas assez chic et friqué, je suppose?"
"Non, ça n'a rien à voir. Mais comment expliquer cette situation à mon père?"
"Pourquoi lui expliquer? William est d'accord que tu portes son nom jusqu'en février. Ce n'est pas suffisant? Je dois bien accepter que ma femme porte le nom d'un autre" déclara-t-il en mimant un acteur tragique.
"Mais..."
"Ecoute-moi. Je ne vais pas contrecarrer tes projets. Tu es Madame Hale puisque, pour une raison que j'ignore, tu y tiens tant. Et puis, je me vois mal aller trouver Monsieur Swan pour lui annoncer que je suis ton mari alors que je suis ici depuis plusieurs semaines. Mais vois le bon côté des choses: tu n'auras pas besoin de retourner la terre entière pour divorcer. Tu m'as sous la main."
"Tu ne diras vraiment rien?"
"Je te promets que je ne suis pas ici pour te créer le moindre souci. Crois-moi."
"Ok. J'ai pas le choix de toute façon."
"Me diras-tu pourquoi ton mariage est si important?"
"Pour être honnête, je n'en sais rien. "
"Est-ce une façon un peu bizarre que tu as pour t'amuser?"
"Non. C'est...Mon père m'a imposé il y a un an de me marier. Pour une raison que j'ignore encore, il voulait absolument que je me marie et si je n'avais pas trouvé en temps et en heure l'époux idéal, il me l'aurait trouvé lui-même. Avec Emmett, nous avons donc mis au point ce plan pensant trouver rapidement la raison."
"Et ce n'est pas le cas?"
"Non et j'avoue que je commence à désespérer. Aucune piste ne se dégage. Pourtant Emmett a essayé de cuisiner son père ou Emily. Moi de même avec Charlie mais nada. Rien."
"Et que comptes-tu faire?"
"Aucune idée. Mais avec son arrivée cette semaine, les choses vont se compliquer car il va de nouveau insister pour rencontrer William et que vais-je pouvoir trouver comme nouvelle excuse ?
Je suis à cours d'imagination. Je pense que je vais devoir tout lui avouer ..."
Jasper me regardait, semblant vraiment s'intéresser à mon problème. Il tourna en rond dans le petit salon avant de s'arrêter et de m'observer.
"J'aurais peut-être dû continuer la comédie de Hale en arrivant ou tenter de te rencontrer avant. Tu aurais pu retourner la situation en avouant que j'étais ton véritable mari."
"Ah mais pour cela, il aurait fallu que tu réfléchisses un peu avant de venir me pourrir la vie."
"Revoilà mon chaton adoré."
"Oh tu m'énerves"
J'étais en réalité assez perturbée par ses révélations. Et ne voulant pas paraître plus vulnérable que je ne l'étais déjà, je choisissais la fuite. Sans rien ajouter, pas même un au revoir, j'ouvris la porte énergiquement et dévalai les quelques marches avant de m'éloigner en courant vers la villa. Jasper ne fit aucun mouvement pour m'en empêcher ou me suivre. Je courus jusqu'aux premiers baraquements avant de ralentir le rythme. Je m'appuyai contre une barrière afin de reprendre mon souffle et de repenser à cette conversation. Je pensais la situation complexe mais elle venait en une soirée de monter encore d'un cran. J'avais réellement un époux dans les pattes dont je ne pouvais pas parler car je portais le nom d'un autre et que mon père ferait certainement une attaque si je tentais de lui expliquer la vérité. Je me sentais encore plus piégée. Je me mis à pester contre Charlie qui m'avait mise dans cette situation. Si au moins, il acceptait de me donner une raison valable, je pourrais certainement mieux la tolérer mais à ce moment, je lui en voulais terriblement. Continuant à marmonner entre mes dents contre mon père et ses secrets, Jasper et ses révélations perturbantes, et même Emmett, mon meilleur ami, qui n'avait pas réussi à me protéger de moi-même et de mes brillantes idées, je n'entendis pas les bruits de pas se rapprochant de moi. La main qui se posa subitement sur mon épaule m'effraya. Pensant que Jasper avait fini par se lancer à ma poursuite, je pivotai sur moi-même prête à déverser ma colère et ma frustration sur lui. Je me figeai, la bouche entrouverte reconnaissant la personne qui me faisait face.
"Bonsoir, Bella."
"Oh, heu...Bonsoir, Paul."
""Tu sembles avoir rencontré le grand méchant loup " déclara-t-il en riant.
L'image de Jasper, couvert d'une épaisse fourrure et arborant une paire de crocs traversa mon esprit et je ne pus que me joindre à l'hilarité de Paul. J'avais besoin d'évacuer la tension que je venais d'accumuler et le rire restait l'un des meilleurs remèdes. Lorsque notre fou rire fut calmé, nous restâmes un moment l'un face à l'autre dans un silence gêné.
"Alors, ce loup?"
" Je suis une idiote. J'ai entendu un bruit en me promenant et j'ai pris peur. C'est pour cela que je courrais comme une dératée pour regagner la maison. Malheureusement, je manque cruellement d'entraînement" me sentis-je obligée de développer.
"Hum...Dommage, je me serais bien vu prendre la défense de la belle jeune fille égarée."
Ce compliment me fit rougir. Heureusement qu'il faisait nuit et qu'il ne le remarquerait pas. Je ne voulais pas qu'il pense que j'étais réceptive à ses avances. Bien qu'il fallait admettre que Paul avait vraiment beaucoup de charme. Mais je ne devais pas l'encourager au risque de mettre à mal toute l'histoire que nous avions développé Emmett et moi.
" Je vais rentrer. Oh, il est déjà si tard" déclarai-je en jetant un oeil sur ma montre.
" Je vais t'accompagner afin de veiller qu'aucun loup ne te poursuive"
"Merci mais ce n'est pas la peine. La maison est à quelques mètres."
"J'insiste. Quel employé serais-je si je laissais la fille du boss sans protection?"
Tout en prononçant ces mots sur le ton de la plaisanterie, Paul me présenta son bras tel un gentleman. Jouant le jeu, je fis une légère courbette avant de lui prendre le bras et que nous nous dirigeâmes vers la maison.
" Alors, Paul, la vie au Ranch te plaît-elle?" entamai-je la conversation.
"Oui beaucoup. J'ai rarement été dans un endroit aussi agréable. Je pense que les autres sont du même avis que moi. Tout le monde y est très sympathique et très...intéressant"
Heureusement, nous étions arrivés au pied du perron car je sentais la discussion repartir dans une direction qui n'était pas envisageable. Je dégageai ma main du bras de Paul.
"Merci de m'avoir raccompagnée."
" Mais ce fut avec plaisir" répondit-il en s'inclinant sans me quitter des yeux.
"A demain"
"A demain, Bella. Bonne nuit"
Je fis un dernier sourire avant de me précipiter à l'intérieur. Un mari sur papier, un époux en chair et en os incognito et maintenant un soupirant potentiel, moi qui jusqu'à présent avais eu une vie amoureuse quasi inexistante, j'étais servie! Je grimpai les escaliers, regrettant l'absence d'Emmett. J'aurais apprécié pouvoir lui raconter ma soirée et les révélations de Jasper. Malheureusement, son pick up ne se trouvant pas devant la villa, il devait toujours se trouver en ville avec sa dernière conquête.
xXxXxXx
Comme je le craignais, l'arrivée de Charlie quelques jours plus tard amena son lot de questions et de reproches. En deux jours, la majorité de nos conversations avaient tourné autour de William et de son retour. J'avais épuisé l'ensemble des excuses bidons à ma portée. Je ne voyais plus ce que j'aurais encore pu inventer et cela m'effrayait un peu. Je revenais de ma promenade matinale quotidienne lorsque j'aperçus mon père discuter avec un visiteur. Préférant ne pas les interrompre, je m'approchai d'Emmett accoudé à la clôture délimitant le paddock. Il observait Jasper travailler un jeune étalon noir. Je m'appuyai à mon tour, un pied sur la barre transversale de la barrière.
"Il est vachement doué"
Je regardai mon ami, surprise. Il était très rare qu'Emmett donne un avis favorable sur les hommes l'aidant au dressage. Ils étaient soit trop brusques avec les chevaux, soit trop inexpérimentés ou même trop nerveux. Jasper devait vraiment faire très bonne impression. Je reportai mon attention sur "mon époux", tenant à la longe ce superbe étalon fougueux. Ce dernier ne semblait pas disposé à se plier aux exigences de son dresseur. Pourtant, Jasper restait d'un calme auquel je n'étais pas habituée. Il parlait doucement, tentant de l'apprivoiser. Ses gestes étaient très mesurés mais précis. L'étalon qui se débattait à mon arrivée, se calmait progressivement.
"Effectivement, il semble bien!"
" Il semble bien? Bella, ce type fait ce qu'il veut avec les chevaux. Il a un don c'est pas possible autrement. Il a même réussi à longer Sankara."
"Non, c'est...c'est impossible. Personne n'y arrive, même pas toi!" répliquai-je, incrédule.
Emmett se contenta d'hocher la tête. J'avais énormément de mal à croire que Jasper avait réussi là où tant d'autres, dont Emmett et son père, avaient lamentablement échoué. Sankara était un très bel étalon bai dont Charlie était tombé littéralement amoureux lors d'une vente à Tucson. Malheureusement, cette bête avait été maltraitée durant des mois et depuis, il avait une peur bleue des hommes. Avec le temps, il acceptait qu'on s'approche de lui pour le nourrir et nettoyer son box mais dès qu'on tentait de le brider, il pétait un câble. On lui avait même attribué une stalle avec accès direct vers une prairie. De cette manière, on ouvrait simplement la porte sans le toucher. Alors, apprendre que Jasper avait réussi à lui attacher un licol autour du cou était difficile à admettre.
"Je sais mais pourtant c'est la vérité. Pourtant, je n'y croyais vraiment pas. Et j'avoue même avoir espéré que Sankara le désarçonne."
"Emmett!"
"Bin quoi? C'est pas parce que je le tolère et que j'ai admis qu'il n'était pas dangereux que je dois oublier son attitude à Alice Springs."
" Tu es terrible"
"On touche pas à toi. Mais je me demande s'il arriverait à un aussi bon résultat avec toi?"
"Avec moi?"
"A te dresser et te rendre douce et gentille comme un agneau."
"Emmett!"
Mon cri ne déclencha chez mon ami qu'un rire franc. Je croisai les bras fixant mon regard sur le centre du paddock, lui signifiant par mon geste mon mécontentement.
"Au fait, as-tu eu l'occasion de lui reparler depuis l'autre nuit?"
"Non. Et je n'ai pas cherché non plus. Toutes ces révélations m'ont un peu perturbée et je voulais y réfléchir au calme avant de l'affronter à nouveau. Puis Charlie est arrivé et son obsession pour William m'a fait m'enfermer un peu."
"En parlant de Charlie, on n'avance pas dans nos recherches et il devient de plus en plus grincheux concernant ton mari fantôme."
"Je sais mais que faire? J'envisage de tout lui dire et advienne que pourra."
"Attends encore un peu. Je cuisine Sam, il va finir par craquer."
"Je commence franchement à en douter."
Durant notre échange, Jasper avait réussi à amadouer l'étalon. Il était à ses côtés et lui caressait l'encolure tout en nous observant. Voyant que je venais de reposer mon regard sur lui, il me fit son sourire en coin accompagné d'un petit signe de la main.
"Bells, as-tu une idée de qui parle avec ton père?"
Je pivotai afin de regarder vers la maison où Charlie discutait toujours avec un inconnu. Le visiteur était assez grand vu de loin portant un costume foncé tombant à la perfection. Ses cheveux avaient des reflets cuivrés au soleil. Tandis que nous les observions, Emmett et moi, ils nous firent face.
"Bella ma chérie. Viens par ici, il y a une visite pour toi" héla mon père en me faisant un grand signe de la main.
Je m'approchai de celui qui se tenait devant les marches du perron. A ses côtés, l'homme au costume me dévisageait et son visage ne me paraissait pas avenant. Je remerciai intérieurement Emmett de m'avoir emboîté le pas.
"Bonjour" saluai-je en tendant la main à l'inconnu.
"Bonjour, Made...Madame. Permettez-moi de me présenter. Edward Cullen. Je suis un ami de William Hale mais également l'un des conseillers juridiques de la famille Hale."
A suivre...
