Bonjour ou bonsoir selon où vous vous trouvez.

Voici en fin ce chapitre 7 que vous semblez impatientes de lire. J'espère qu'il vous plaira autant qu'il a plu à mes relectrices que je remercie énormément pour leur aide et soutien.

Comme pour les autres chapitres, des photos illustrant cechapitre sur mon facebook.

Bonne lecture.


Chapitre 7:

Rien de tel qu'une promenade à cheval au travers de la plaine environnante pour me faire oublier un moment mes soucis. Ouragan avait toujours été un excellent confident. Il entendait tout, supportait mes états d'âme et le tout sans aucune critique ni remontrance. Par contre, niveau conseil, je devais bien admettre qu'Emmett était bien meilleur. Malheureusement, ces derniers jours, lui et moi jouions au chat et à la souris. Il était débordé avec le travail quotidien au ranch malgré les nouveaux employés et n'avait que peu de temps à me consacrer. Ce matin, alors que nous venions de découvrir Edward et Jasper en grande conversation, Sam nous était tombé dessus. Evidemment, il n'avait pas été dupe. Dès qu'il nous avait rejoints, il avait demandé à son fils si sa nuit avait été bonne et le prévenait déjà du courroux d'Emily dès qu'elle le verrait. Mon ami n'avait pas eu d'autre choix que de partir vaquer à ses occupations sans pouvoir se nourrir. C'est en bougonnant, qu'il s'excusa de m'abandonner et s'éloigna, promettant de passer la soirée avec moi.

Une fois seule, j'avais dans un premier temps, rebrousser chemin pour rentrer lorsque j'avais aperçu Edward devant le porche discutant avec Charlie. Bien que sachant que je devrais finir par le revoir, le peu de sommeil de cette nuit ne m'avait pas préparée à une discussion mensongère. Je décidai d'aller voir Ouragan que je délaissais. A cette heure, il était toujours dans son box et devait attendre patiemment qu'on vienne pour le mener au pré. Dès que mon pas retentit sur le béton de l'allée, il hennit en signe de bienvenue passant sa tête par dessus la porte. Cet accueil me fit sourire. J'entrai dans le box afin de lui prodiguer quelques caresses lorsque l'envie de changer d'air et de m'éloigner d'ici s'imposa à moi. Je l'harnachai rapidement après l'avoir brossé et choyé un peu. Le tenant par la bride, nous étions sortis sous le soleil de ce début de journée dans la cour. J'aperçus Jasper au loin mais ne lui laissai pas le temps d'amorcer un mouvement vers moi. J'étais montée en selle et m'étais éloignée le plus rapidement possible. Durant plus de deux heures, j'avais sillonné la campagne, parlant à ma monture et à moi-même, cherchant la meilleure façon de désamorcer la bombe que représentait l'arrivée du meilleur ami de William.

J'avais également revu un nombre incalculable de fois l'image de Jasper et Edward en grande conversation. Au fond de moi, j'avais vraiment envie de croire Jasper et de lui faire confiance mais une petite voix me serinait que ce n'était pas normal. Que leurs attitudes étaient équivoques. Qu'ils avaient l'air de se connaître; pourtant ils ne venaient absolument pas du même milieu. Une fois de plus, j'étais perdue et j'hésitais sur la manière d'agir avec eux.

Lorsque j'arrivai au Ranch, Jacob m'accueillit, un sourire avenant sur le visage qui me fit du bien. Je n'étais pas prête à me retrouver face à Jasper et je croisai les doigts pour rester loin de lui encore quelques heures. Il m'aida à retirer la selle et le bridon et mena lui-même Ouragan en prairie.

Il était encore tôt mais tout le monde semblait avoir disparu. Il régnait un calme assez inhabituel aux abords des écuries. La Jeep d'Emmett n'était pas dans la cour. C'était le nouveau modèle Jeep Wrangler rubicon Sport (*), toute à l'image de mon ami. Niveau confort, ce n'était pas le top mais comme arme de séduction, il semblait qu'il n'y avait pas mieux. Mon père aussi avait déserté l'endroit puisque sa voiture avait disparu. Nous devions travailler ou plus exactement, il avait prévu de me parler de notre entreprise afin que je puisse commencer à le seconder correctement lorsque je serai décidée à quitter Oro Valley pour regagner Phoenix. Je me retrouvais donc avec un emploi du temps allégé et quelques heures devant moi. Que faire? L'idée me vint en posant les yeux sur le garage ouvert. Je m'en approchai. Dans le coin gauche, mon vieux pick up Chevrolet rouge délavé était garé depuis plus d'un an mais je ne pouvais me décider à m'en séparer même s'il était dorénavant inutilisable. De plus, mon père, Sam et même Emmett refusaient catégoriquement de tenter de le faire réparer. En contre partie, Charlie m'avait offert un XC60 Volvo gris mais que je rechignais à utiliser. Mon vieux pick up me manquait. Toujours en quête d'une activité à faire, je décidai d'aller faire quelques achats à Oro Valley. Cela m'éloignerait d'ici et des personnes que je ne désirais pas rencontrer trop vite. Un rapide aller-retour à ma chambre pour récupérer mon portefeuille que j'enfouis au fond d'un sac, un passage dans la cuisine pour prévenir Emily et lui proposer de faire des achats pour elle et je regagnais le garage.

Pas à dire, mais je devais admettre que le confort de mon 4x4 était nettement meilleur que dans mon vieux tacot. Je m'apprêtai à quitter la cour lorsque Sam me fit de grands signes. Ouvrant la fenêtre, j'attendis qu'il parle.

"Emily me dit que tu vas faire des achats?"

"Oui, tu as besoin de quelque chose?"

"Il faut passer chez Frank, le bourrelier."

"Ok, donne-moi le harnais à réparer et je le déposerai."

"Merci Bella mais Jasper va t'y accompagner car il y en a plusieurs à vérifier ainsi qu'une selle."

Quoi? Emmener Jasper avec moi? Non, ça jamais. Le trajet jusqu'au centre allait être un véritable enfer. Je tentai tant bien que mal de négocier mais quand Sam avait une idée en tête, difficile de le faire changer d'avis.

"Je peux m'en sortir seule" tempérai-je.

"Je n'en doute pas mais il doit discuter avec Frank et c'est complètement idiot de prendre deux véhicules pour aller au même endroit."

L'argument de poids selon Sam qui détestait plus que tout le gaspillage et la pollution. Je soupirai, vaincue.

"D'accord mais qu'il se dépêche. Je n'ai pas envie de l'attendre des plombes."

"Rentre tes griffes, je suis là"

Sam secoua la tête marmonnant entre ses dents sur le comportement actuel des jeunes. Tandis que Jasper contournait la Volvo pour déposer le matériel dans le coffre, je tapais nerveusement sur le volant. J'envisageai même de démarrer et de le planter là. Mais cela ne m'attirerait que les foudres de Sam et de Charlie aussi. Patiemment, j'attendis qu'il daigne prendre place sur le siège passager. La portière s'ouvrit et il grimpa à côté de moi. Dès qu'il eut refermé la porte, je démarrai voulant réduire au maximum notre proximité. Du coin de l'oeil, je le vis attacher sa ceinture de sécurité dans un grand mouvement théâtral. Je ne résistai pas à l'envie de le fusiller du regard. Jasper leva les mains devant lui en signe de reddition. Je secouai la tête et me reconcentrai sur la route qui s'étendait devant nous. Durant plus de cinq minutes, nous n'échangeâmes aucune parole. Le silence devenant de plus en plus pesant, je tendis la main afin d'allumer la radio. La voix de Sherrié Austin s'éleva dans l'habitacle. Elle interprétait "Never been kissed".

"Hum"

"Quoi? Hum!" grognai-je en tournant la tête. Bien mal m'en avait pris car je constatai qu'il avait le regard braqué sur moi, un sourire narquois sur les lèvres.

"Rien. Regarde plutôt où tu vas."

"Si ma façon de conduire te déplaît, tu peux toujours y aller à pied" répliquai-je sèchement mais en reportant tout de même mon attention sur la route.

"Elle ne me déplaît pas. Tu as mangé du lion au petit déjeuner ou quoi?"

"Même pas. En fait, j'ai pas déjeuné. C'est toi qui m'as mise en rogne."

"Moi? Ne reporte pas tous tes problèmes sur moi."

Nous venions d'entrer dans notre petite ville et je me concentrai afin de trouver un emplacement de parking assez proche de chez Frank. Pas que j'avais envie de lui faciliter la tâche mais le drugstore était juste à côté et je n'avais aucune envie de marcher beaucoup avec mes sacs.

"Si c'est ta faute!" clamai-je énergiquement en prenant place le long de la route face au bureau de poste.

"Ah oui? Ce n'est pas parce que tu es incapable de gérer ta vie que tu dois tout reporter sur moi" répondit-il.

Au son de sa voix, j'entendais l'amusement pointer, ce qui ne faisait qu'accentuer la colère que j'avais au fond de moi depuis ce matin. Dès mon créneau terminé et le moteur coupé, je me tournai vers lui. J'inspirai deux, trois fois afin de calmer mon rythme cardiaque que la colère affolait.

"Qu'avais-tu de si intéressant à raconter à Edward ce matin?"

"Edward? Ah, le texan!"

"Oui, Edward. L'ami de William."

"Rien."

"Rien? Vous sembliez avoir une conversation des plus animées pourtant à l'aube."

Je m'attendais à le voir chercher une excuse facile, à se fâcher car je mettais une fois de plus sa confiance en doute ou même à envoyer balader notre accord mais il me surprit, comme toujours en éclatant de rire. J'écarquillai les yeux, attendant une explication. Je dus attendre quelques minutes qu'il retrouve son sérieux ou presque pour qu'il reprenne la parole.

"Baseball."

"Pardon?"

"Nous parlions de baseball."

"Ouais, c'est ça!"

"Edward est supporter des Rangers de Dallas tandis que moi, je suis un fan depuis toujours des Astros de Houston. Les deux équipes jouent en league majeur.

"Vous vous connaissiez avant?"

"Pas du tout. Mais deux texans qui se rencontrent finissent toujours par parler pays, football ou baseball."

"Ca semblait très animé pour une discussion sport?"

"Tu ne connais pas notre tempérament de feu, à nous, Texans."

Ma colère était légèrement retombée et je le jaugeais afin de démêler le vrai du faux, comme lors de toutes nos conversations. Je mordis ma lèvre inférieure en réfléchissant à ses paroles et surtout à l'attitude que je devais avoir. Je décidai de mettre un terme à notre échange et j'ouvris la portière afin de descendre du 4x4. Jasper posa sa main sur mon avant bras pour me retenir et j'eus l'impression que son contact me brûlait. Je retirai le bras d'un mouvement brusque en fixant exagérément sa main.

"Doucement, Chaton."

"Ne peux-tu arrêter avec ce surnom ridicule?"

"D'abord, je te l'ai déjà dit, il te va comme un gant et il n'est absolument pas ridicule quand il s'adresse à toi. De plus, un jour, j'aurais peut-être la chance de t'entendre ronronner?"

"Dans tes rêves" m'écriai-je en sortant du véhicule et clapant la porte violemment.

Jasper m'imita et au lieu de se diriger vers le coffre, fit le tour de la voiture et vint se poster devant moi qui, distraite, ne l'avais pas vu venir. Surprise, je reculai mais le 4x4 m'empêcha de fuir.

"Je fais souvent des rêves prémonitoires, Chaton" murmura-t-il à mon oreille.

Son souffle chaud sur ma peau me fit frissonner mais cela n'avait rien à voir avec une crainte quelconque. Je déglutis difficilement redoutant autant que j'attendais la suite mais Jasper se redressa et s'éloigna vers l'arrière afin de prendre une partie des brides stockées dans le coffre. J'étais toujours appuyée contre la voiture quand il passa à côté de moi, me faisant un clin d'oeil tout en se dirigeant vers l'atelier de Frank. Que venait-il de se passer? Pourquoi ce type arrivait-il en quelques minutes à me faire passer de la colère à ….à quoi exactement? Préférant ne pas réfléchir ni approfondir les dernières minutes passées en sa compagnie, je m'obligeai à vérifier un papier imaginaire dans le fond de mon sac afin de me donner une certaine contenance et reprendre mes esprits.

"Voilà, tout est déchargé"

Je sursautai car je le pensais toujours avec Frank et me retournai rapidement pour me retrouver de nouveau près, bien trop près de lui. Il tenait dans ses bras la selle.

"Tu peux fermer le coffre pour moi?"

"Oui...oui bien sûr."

J'obtempérai sans rechigner car cela mettait un espace salvateur entre nous. La voiture fermée, je m'éloignai vers le drugstore, laissant Jasper derrière moi. Au bruit de ses pas, il devait retourner chez le bourrelier mais je ne me retournai pas pour vérifier. Plus vite la distance entre lui et moi s'allongerait et mieux je me porterais.

Le drugstore d'Oro Valley n'était pas très grand ni très fourni mais je réussis à me dénicher un top fushia adorable. Je l'observais à bout de bras tentant de l'imaginer sur moi.

"Tu devrais peut-être l'essayer..."

Surprise par le son de la voix de mon pire cauchemar du jour, je lâchai la blouse qui s'étala au sol. Avant que j'aie le temps d'amorcer un mouvement vers le bas, Jasper s'était penché et me la tendait.

"Merci."

"Alors, tu essayes?"

"Si tu veux mater des filles, les cabines, c'est droit devant."

Jasper soupira en secouant la tête. J'en profitai pour m'approcher de la caisse. Je déposai le top et les quelques achats demandés par Emily mais irrésistiblement, je voulus vérifier s'il avait choisi l'option jolies filles ou pas.

"Désolé mais tu ne te débarrasseras pas de moi si facilement."

"Bien dommage."

"Chaton, tu t'ennuierais sans moi."

Haussant les épaules, je réglai mon compte et empoignai les sacs pour quitter le magasin. Il se la joua gentleman en me les prenant des mains. Il m'énervait mais je n'allais certainement pas refuser qu'il porte mes achats. J'avais même envie de les poursuivre rien que pour avoir le plaisir de le voir me suivre et me servir de porteur. Malheureusement, il n'y avait pas grand chose d'autre à Oro Valley. Je regagnai donc la Volvo et ouvris le coffre où il posa les sacs.

"On va y aller, maintenant" déclarai-je en me rapprochant du côté conducteur.

Evidemment, même si je ne venais pas souvent ici, préférant rester au Ranch, j'avais malheureusement quelques connaissances que j'aurais apprécié ne pas rencontrer... Le sort ayant un compte à régler avec moi ne m'épargna pas aujourd'hui.

"Isabella, mais quelle surprise!"

Pivotant la tête vers la gauche, je vis arriver droit sur nous la pire vipère de tout l'Arizona.

"Bonjour, Christy."

"Ca fait si longtemps"

Pas assez, pensai-je en affichant un sourire, qui m'aurait valu l'oscar de la meilleure hypocrite de toute l'histoire. Elle s'approcha de moi et poussa même sa "fausserie » (NDA : je sais, je vous entends d'ici : ce n'est pas Français. Mais je l'utilise dans mon langage Elilien et il décrit très bien l'attitude de Christy)

"Que deviens-tu? Tu es en vacances? Mais suis-je bête, tu es mariée à présent."

Elle n'avait vraiment pas changé. Toujours le même moulin à paroles à faire les questions et les réponses. J'acquiesçai de la tête puisqu'elle ne me laissait pas en placer une.

"Oh. Tu ne me présentes pas ce beau spécimen qui t'accompagne? Ton époux peut-être?"

Je regardai par dessus mon épaule et le trouvais effectivement juste derrière moi. Pour une fois, j'appréciais sa proximité surtout face à cette blonde superficielle qui m'avait, par le passé, souvent mise mal à l'aise auprès de la gente masculine.

"Je te présente Jasper. C'est un ami de mon époux. Et voici Christy" expliquai-je en reculant d'un pas afin d'être à la hauteur de Jasper.

"Enchantée. Et ton mari te laisse te promener avec ...Jasper" poursuivit-elle en le déshabillant littéralement du regard, de la tête aux pieds.

J'hésitai à lui répondre un bref instant, cherchant les mots les plus adéquats et qui l'empêcheraient de poursuivre son inquisition.

"William étant retenu provisoirement à l'étranger, il m'a confié la lourde tâche de veiller sur Bella" répondit-il à ma place sans lui rendre ses salutations.

"Comme c'est adorable de la part de ton époux" ajouta-t-elle d'un ton trop mielleux à mon goût. "Mais je suppose qu'il n'est pas obligé de te suivre partout. Puis-je te proposer d'aller boire un verre, Jasper? Bella a certainement un tas de choses barbantes à faire" répliqua-t-elle en s'avançant vers lui et passant son bras sous le sien.

Soulevant les sourcils, Jasper regarda la main de Christy et s'en dégagea d'un geste lent.

"Nous sommes vraiment désolés Christy mais Bella et moi avons beaucoup de projets pour cette journée. Il est plus que temps de prendre la route si nous ne désirons pas arriver trop tard pour déjeuner à Tucson"

Jasper avait pris en main la conversation et cloué le bec à Christy qui n'avait pas l'habitude de se faire rabrouer même avec autant de gentillesse. Elle me fusilla du regard mais sans se départir de mon sourire hypocrite, je confirmai les dires du soi-disant ami de mon époux qui était en fait mon époux tout court.

"Excuse-nous, Christy, mais nous sommes assez pressés. Une autre fois peut-être"

Je vis la fureur passer dans ses yeux mais pour une fois, j'avais le dessus sur elle et je comptais bien en profiter.

"On y va?" demanda Jasper en posant une main dans le bas de mes reins et me poussant vers l'arrière du véhicule.

Il nous fit faire le tour et m'ouvrit la portière côté passager. Ne voulant pas gâcher ce moment, je grimpai sur le siège et attachai ma ceinture. Jasper revint à mes côtés.

"Bonne fin de journée, Christy, et au plaisir de vous revoir" lança-t-il en fermant la porte.

Je l'observai pendant qu'il manœuvrait et s'insérait dans la circulation. Il me jeta un coup d'oeil en coin en souriant. Il semblait si détendu et à son aise. Et moi, je devais avouer que je lui étais très reconnaissante pour son intervention mais qu'en plus j'appréciais quand il se montrait si aimable avec moi.

"Merci"

"De quoi, Chaton?"

"Certainement pas de ce surnom mais ...de m'avoir aidée face à Christy."

"J'ai senti qu'elle ne devait pas toujours être très sympa avec toi."

"Pas sympa est un euphémisme avec elle."

"Pourquoi te laisses-tu faire? Avec moi, tu as nettement plus de répartie."

"C'est ainsi depuis que nous sommes enfants. Depuis toujours, elle étudie mieux, elle est plus jolie, a plus de succès que moi."

Jasper me regarda l'air choqué puis se mit à rire.

"Qui a bien pu te mettre en tête qu'elle était plusjolie que toi?"

"Peut-être la tonne de garçons qui finissent inexorablement leur soirée avec elle et non moi, à chaque fois que je suis ici pour les vacances?"

"Ce ne sont que des gamins, Bella. Mais crois-moi, elle ne t'arrive pas à la cheville."

Même s'il disait ces mots pour me réconforter, ils me touchaient. Je constatai que ma colère contre lui avait totalement disparu. Reportant mon attention sur la route, je fronçai les sourcils en voyant que nous n'étions pas sur la route du Ranch.

"Où vas-tu?"

"A Tucson."

"Mais... non! Pourquoi?"

"Parce que j'ai horreur de mentir et que j'ai dit à Christy que nous allions y déjeuner."

"Pour nous tirer d'un mauvais pas. Tu n'es pas obligé de faire à la lettre ce que tu lui as dit."

"Si justement. Et puis, je dois repasser seulement après seize heures récupérer une partie du matériel."

Je restai un moment sans voix, paniquant à l'idée de passer plus de quatre heures en sa compagnie, seule.

"Ramène-moi au Ranch et je te laisserais ma voiture pour revenir."

"Pas envie."

"Sam ne sera pas content que tu t'absentes toute la journée."

"A la base, c'est mon jour de congé. Mais comme je n'avais rien de prévu, j'ai accepté de faire cette course pour lui."

A chaque excuse, il argumentait et reprenait l'avantage.

"Mais tu aimerais certainement passer cette journée avec Nettie, plutôt qu'avec moi."

"Nettie? Non, pas particulièrement. Je devrais?"

Pourquoi avais-je l'impression qu'il se moquait de moi? Je n'avais rien dit d'amusant.

"Sa compagnie serait plus agréable que d'être obligé de me supporter. Alors, ramène-moi et profite de ta journée"

"Je doute que ta compagnie soit aussi désagréable que tu sembles le penser. Et puis, Chaton, je pense que quelques heures en tête à tête ne peuvent que nous être bénéfiques. Nous sommes partis sur de mauvaises bases et tous les évènements qui arrivent n'aident pas à créer un climat d'entente entre nous."

"Mais..."

"Bella. Nous sommes dans le même camp, si on peut dire, et apprendre à nous connaître un minimum ne peut que t'aider à me faire confiance."

"Je t'ai déjà dit que je te fais confiance."

"Oui mais ce ne sont que des paroles. Je veux que ce soit une réalité."

Je réfléchis à ces mots, pesant chacun d'eux pour trouver la réponse appropriée. Il avait entièrement raison. Je devais avoir Jasper de mon côté surtout avec Edward dans les environs. Il était mon seul lien avec William.

"Je pense que tu as raison. Tu m'as aidée et donné ta confiance alors que moi, pas vraiment. On peut essayer."

Jasper se tourna vers moi et me fit un sourire éblouissant.

"Au fait, as-tu réussi à joindre William?"

Il reprit immédiatement son air sérieux qui n'augurait rien de bon.

"William? Non, désolé mais il n'a pris aucun de mes appels. Je lui ai laissé des messages."

"C'est inquiétant."

"C'est inespéré pour toi."

Je restai sans voix, la bouche ouverte tant cette réplique me choquait. Mais mon air, au lieu de le faire revenir sur ses paroles, déclencha une fois de plus son hilarité. Décidément, je devrais peut-être me reconvertir dans le showbiz comme humoriste.

"Réfléchis, Chaton. Plus de William, plus d'excuses à trouver pour ton père. Bon d'accord, faut peut-être avoir l'air inquiète mais tu peux encore jouer sur le fait qu'il s'agit d'un mariage sur un coup de tête. Et je doute qu'il lui soit vraiment arrivé quelque chose de grave. On ne disparaît pas ainsi aussi facilement à moins de le vouloir."

"Toi, tu sais quelque chose"

"Non, pas vraiment. Mais lorsque nous nous sommes rencontrés en Australie, William en avait vraiment marre de la vie qu'il avait et voulait en changer. Il a peut-être profité de l'occasion."

J'analysais ses explications qui paraissaient plausibles mais auxquelles il m'était difficile de croire. Comment un homme avec une famille qui l'aime à n'en pas douter, riche du surcroît, pouvait-il tout abandonner sur un coup de tête?

"Je doute..."

"Assez parlé de William. Dis-moi plutôt … quelles études as-tu faites?"

"Pourquoi?"

"C'est un bon début pour apprendre à se connaître."

"Moui... J'ai entamé un cursus en littérature anglo-saxonne à Phoenix. Je suis ou, plus exactement, je devrais être en seconde année mais le mariage, l'ultimatum de mon père et mon année sabbatique autour du monde m'ont un peu déconnectée du circuit universitaire. J'ai donc mis mes études entre parenthèses. J'avais prévu de me détendre un peu ici, en profiter pour apprendre à connaître l'entreprise de Charlie pour éventuellement travailler avec lui au journal."

"Pas mal comme projet. Et Charlie est d'accord?"

Je posai mon regard au loin, réfléchissant à Charlie, à ce que je venais de dire à Jasper. Celui-ci attendit patiemment que je lui réponde. Me retournant vers lui, je croisai son regard attentif.

"Charlie est parfois bourru et têtu mais il accepte en général de me laisser vivre ma vie. Au fond de lui, même s'il voudrait que je termine mes études, il est très fier que je veuille travailler avec lui et m'investir dans le journal. Il est parti de rien et c'est en quelque sorte son second "bébé" qu'il veut me laisser. Si ce n'est cette histoire aberrante de mariage, il m'a toujours laissée libre de mes choix"

"Chaque père devrait vouloir la même chose pour ses enfants."

"Oh, sujet sensible, dirait-on?"

"Charlie..."

"Non, à mon tour. Tu as eu des soucis avec ton père?"

Ce fut à son tour de laisser son regard errer dans le lointain. Sa mâchoire s'était crispée et je m'attendais à ce qu'il refuse de me répondre. Tout comme lui, je lui laissai le temps de trouver ou non, les mots pour m'expliquer. Lorsqu'il sembla s'extirper de ses pensées, je lui souris amicalement pour qu'il comprenne que j'acceptais qu'il m'explique ou non

"C'est un père."

"Oui, le mien aussi."

"C'est un père qui veut ou, plus exactement, qui exige que son fils fasse les études qu'il a décidées, voit les gens qu'il a décidé qu'il était bon de voir et fasse le travail qu'il a décidé correct pour sa progéniture.

"Et ce n'est pas ce que tu désires?"

"Non, pas vraiment."

"C'est pour cela que tu es ici et pas à cause du mariage?"

Il sourit franchement à ma remarque en me regardant en coin, son sourire enfin de retour, éclairant son beau visage.

"Je suis là pour mon adorable épouse mais aussi car j'ai besoin de travailler sans entrer dans le moule que mon père a créé pour moi" répondit-il en me faisant un clin d'œil espiègle.

"Adorable, tu ne dois pas dire cela tous les jours?"

"Plus souvent que tu ne le penses" marmonna-t-il entre ses dents.

Je préférai ne pas relever cette dernière phrase.

"Et toi, quelles études as-tu entreprises?" demandai-je pour revenir au sujet de départ.

"Pas celles que j'aurais voulues. Mais assez parlé de moi. Nous arrivons. Connais-tu un endroit sympa pour aller manger? Je suis affamé"

Dès que le mot magique "manger" fut sorti, mon estomac cria son mécontentement. Je l'avais plus que délaissé ce matin, puisque je m'étais contentée d'une unique pomme comme petit déjeuner. Je réfléchis rapidement à l'endroit idéal pour un repas sur le pouce et je portai mon choix sur un restaurant typique de chez nous.

"Une grillade, ça te dit?"

"Je suis texan, je te rappelle."

"Parfait alors, prends la première à droite."

"Et on va où?"

"Au Lil'abners Steakhouse. Je meurs de faim et là, ce n'est pas super distingué, mais la viande est délicieuse et l'ambiance très sympa."

"Va pour Lil'abners."

Je donnai les dernières indications jusqu'au parking où Jasper s'intercala entre un gros pick-up qui aurait fait baver Emmett d'envie et une petite japonaise compacte. Il attendit que je sois hors du 4x4 pour le verrouiller et nous avançâmes côte à côte vers l'entrée. Galamment, il m'ouvrit la porte afin de me laisser entrer. Immédiatement, une serveuse arriva, détaillant Jasper tel un steak qu'elle s'apprêtait à dévorer.

"Une table pour deux"

"En terrasse ou non?"

Je fusillais la serveuse qui insistait un peu trop sur son déshabillage visuel. Involontairement, je fis un pas me rapprochant de Jasper qui me lança un regard autant surpris qu'amusé avant de passer son bras autour de mes épaules.

"En terrasse, ce sera parfait, n'est-ce pas, Chaton?"

"Heu...oui très bien"

Nous la suivîmes jusqu'à une table ombragée par un Pin Douglas avec vue sur le Mount Lemmon. Jasper tira ma chaise afin que je puisse m'y installer. Je le découvrais très différent du rustre habituel et j'appréciais énormément ce changement d'attitude. Il prit place en face de moi tout en observant le cadre très typique de ce petit restaurant.

"Je ne t'imaginais pas dans ce genre d'endroit" déclara-t-il après son inspection.

"Ah bon! Pourquoi?"

"C'est très ...rustique."

"Je vois et tu pense que je suis trop snob pour apprécier la simplicité des lieux?"

"Je n'aurais pas dit snob même si parfois tu sais te montrer hautaine mais plutôt que tu as l'habitude d'endroits plus stylés."

"Emmett m'a souvent emmenée ici quand nous voulions nous éloigner un peu des autres. Mais il m'arrive aussi d'aller au Hilton deux rues plus loin. Tu vois, je suis très hétéroclite dans mes choix."

Il hocha la tête en souriant mais ne put me répondre car la serveuse revint, nous tendant une carte.

"Désirez-vous un apéritif?" proposa-t-elle en s'adressant uniquement à mon compagnon de route. Mais ce dernier lui fit un signe de tête lui rappelant que la politesse voulait qu'on s'adresse en premier à la dame.

"Un vin blanc" répondis-je sèchement, la fusillant du regard.

"Moi de même."

Elle pivota pour s'éloigner mais je gardai mon regard braqué sur elle durant un long moment. Et sans le rire de Jasper, j'aurais continué à la fusiller du regard encore longtemps.

"Quoi?" grognai-je en revenant vers lui.

"La pauvre fille. Elle ne se doute pas qu'elle est une morte en sursis."

"Mais non" répliquai-je en haussant les épaules mais jetant un coup d'oeil vers le bar.

"Mais ne te prive pas, j'aime qu'on se batte pour moi"

J'écarquillai les yeux que je posai sur lui.

"Descends de ton piédestal. C'est juste que je ne supporte pas ce genre de filles qui se permettent de draguer un homme même lorsqu'il est accompagné."

"Oh zut, moi qui croyais que mon charme irrésistible agissait sur toi" ironisa-t-il en soupirant.

J'attendis que la serveuse dépose nos verres et prenne notre commande. Elle osa encore un regard mais plus discret vers Jasper avant de s'éloigner. Nous portâmes un toast et je repris immédiatement la conversation où nous l'avions laissée.

"C'est ça, Casanova. Je veux simplement protéger l'amoureux de Nettie!" lâchai-je avant de boire une gorgée de mon vin sans sourciller.

Sa réaction fut instantanée. Jasper s'étrangla avec sa boisson et j'éclatai de rire pendant qu'il tentait tant bien que mal de se reprendre.

"Par...don?"

J'avais un mal fou à reprendre mon sérieux et je mis un certain temps à être capable de prononcer le moindre mot.

"Ca va?" demandai-je entre deux hoquets

"Bella, une bonne fois pour toutes, il n'y a rien entre Nettie et moi"

"Si tu le dis ..."

"Parce que c'est la vérité. Elle est juste une bonne copine. D'accord?"

Mordant ma lèvre inférieure et réfléchissant au plaisir que cette nouvelle me faisait, j'acquiesçai d'un signe de tête. Désireuse de nous éloigner le plus vite possible de cette conversation et des émotions que j'avais éprouvées, je bus un peu de vin tout en cherchant à changer de sujet. Jasper n'avait plus le sourire et dessinait des cercles sur la nappe à carreaux rouge et blanche, lui aussi perdu dans ses pensées.

"Comment se passe le travail au Ranch?"

Ses doigts stoppèrent leurs mouvements tandis qu'il levait ses yeux vers moi. Je regrettais d'avoir plaisanté et d'avoir provoqué son changement d'humeur. Je lui souris timidement espérant un signe montrant qu'il comprenait que je blaguais. Son regard me jaugeait et je rougis sous l'examen auquel j'étais soumise. Lorsqu'un sourire illumina son visage, je soufflai de soulagement.

"Bien. Non mieux que ça, très bien. L'endroit est superbe, les chevaux sont de très belles bêtes et l'ambiance est vraiment géniale pour nous. C'est rare de trouver un élevage si bien tenu avec des patrons corrects."

"Tu n'aimais pas l'endroit où tu travaillais avant?"

"Je ne travaillais pas avant."

"Mais...tu as des références exceptionnelles d'après mon père et Emmett."

"Oui car je suis vraiment très doué pour le dressage mais je ne gagnais pas ma vie ainsi."

Je fronçai les yeux tentant de remettre dans l'ordre toutes les informations qu'il avait distillées au compte goutte depuis que nous nous connaissions. Il s'avérait qu'il restait toujours très discret sur sa vie et son passé. Toute à mes réflexions, je vis à peine la serveuse déposer nos plats devant nous. Machinalement, le voyant se saisir de sa fourchette, j'en fis de même. J'avais choisi un steak grillé tout comme Jasper, la spécialité du restaurant.

"Tu sembles bien songeuse, subitement."

"Je suis perdue. Je pensais que tu étais spécialisé dans le travail des chevaux."

"J'ai la passion des chevaux et les références sont vraies."

"Mais? Car il doit y en avoir un."

Jasper continua de manger avant de me répondre.

"Comme dans toute histoire, il existe des "mais". Comme je te l'ai dit tout à l'heure, mon père a voulu que j'étudie le droit financier, balayant d'un revers de main mes rêves. Comme tout bon enfant qui se respecte, j'ai fait ce qu'il désirait. J'ai même essayé de travailler dans ce domaine, mais j'avais du mal à m'adapter. Sur un coup de tête, j'ai pris un sac, quelques effets, une partie de l'argent que j'avais réussi à gagner et j'ai embarqué sur le premier vol qui se présentait à moi. J'ai vivoté de petits boulots de ci de là jusqu'à mon arrivée à Alice Springs. Le reste, tu connais déjà."

"C'est là que tu as rencontré William et fini marié avec moi."

"Exactement."

"Tu dois en vouloir grandement à ton père."

"Non car autant il pouvait être despote lorsqu'il s'agissait de mon avenir, autant c'était un père aimant et attentionné. C'est lui qui m'a donné la passion et l'amour des chevaux. Il a commencé lui-même à m'apprendre à monter."

"Tu en parles au passé?"

Il garda le silence quelques minutes que je respectai sentant que c'était toujours des souvenirs douloureux pour lui.

"Il est décédé à la fin de mes études. C'est pour cette raison que j'ai essayé de travailler dans la finance. Mais le résultat n'a pas été concluant."

"Et tu as décidé de changer de vie?"

"Oui mais ….lorsque je me sentirais prêt, je repartirai vers Houston pour me trouver un travail décent, comme dirait mon père."

"Si tu avais pu choisir, tu n'aurais pas été à la fac mais travaillé directement dans un Ranch?"

"Oh non. Mon rêve, c'était l'histoire. J'adore le passé, notre passé. Mais d'après mon père, ce n'était pas assez lucratif."

"A l'arrivée, nous ferons tous les deux un métier qui plaît plus à nos pères qu'à nous-mêmes. Toi la finance et moi le journalisme à la place d'écrivain."

"La différence, Chaton, c'est que toi, rien ne t'empêche d'écrire un bouquin malgré tout."

"Il n'est jamais trop tard, Jasper, pour réaliser ses rêves."

Il me sourit mais trop timidement à mon goût. Je décidai de ne pas insister pour le moment et de respecter son silence. Nous nous remîmes à manger. Le plat était trop copieux pour moi et j'eus fini avant Jasper. J'en profitai pour l'observer en sirotant mon deuxième vin blanc que nous avions commandé. Pour la première fois depuis notre rencontre, j'avais l'impression d'avoir le vrai Jasper devant les yeux. Ni l'homme des cavernes d'Australie, ni le cow boy arrogant qui s'était présenté au Ranch. Non, simplement une personne détendue qui appréciait les choses simples, un peu comme moi. Toute à ma contemplation, je sursautai lorsque mon portable se mit à sonner. Il me fallut quelques secondes sous le regard amusé de mon compagnon pour me rappeler où je l'avais fourré. Je décrochai enfin à la cinquième sonnerie.

"Il t'en a fallu du temps pour répondre!" vociféra mon meilleur ami.

Je levai les yeux au ciel, laissant Emmett débiter tout un tas de remontrances dont je n'avais que faire. Lorsque le flot de paroles se tarit, je pus enfin placer un mot.

"Et bien je suis là maintenant mais si c'est pour me sermonner, je raccroche."

"Te dérangerais-je par hasard?"

Je levai le regard vers Jasper qui avait terminé son repas et sirotait son verre de vin sans me quitter des yeux.

"Hum...peut-être."

"Bells? Qu'est-ce que tu fais?" s'inquiéta-t-il.

Je ne pus m'empêcher d'éclater de rire au son de sa voix.

"Déstresse, Em. On mange simplement un bout avant de rentrer."

"Et où êtes-vous?"

"Au Lil'abners."

"A Tucson?" s'exclama-t-il.

"Heu... oui. Tu en connais un autre?"

"Bella! Mais qu'est-ce qui t'a pris d'aller là-bas? Tu étais sensée juste te rendre à Oro Valley et revenir."

"Et toi? Qu'est-ce qui te prend de me poser toutes ces questions? Jasper devait attendre jusqu'à cet après-midi pour récupérer les harnais et on a poussé jusqu'ici pour se promener et manger. Rien de mal."

A l'autre bout de la ligne, j'entendais clairement Emmett déambuler et shooter dans des cailloux.

"Il y a... il y a que j'ai ce type... Edward sur le dos depuis plus d'une heure car Madame est partie se PROMENER avec notre employé."

"Et alors?"

"Et alors, il trouve que tu OUBLIES un peu vite ton époux disparu."

"Oh!"

"Oh comme tu dis. Alors, dépêche-toi de revenir car il commence sérieusement à me les briser. »

Jasper fronçait les sourcils, se posant des questions sur ma conversation. Je secouai la tête et haussai les épaules pour lui faire comprendre que ce n'était pas important.

"Ok Em, on repasse par chez Frank et on rentre."

"D'accord. Et Bella?"

"Oui?"

"Et ça va?"

"Bien sur. A plus."

Je raccrochai rapidement, ne laissant pas à mon ami l'occasion de poursuivre. Je bus une dernière gorgée avant de reporter mon attention sur Jasper.

"On doit rentrer?" demanda-t-il.

"Oui. Edward désapprouve notre...escapade."

Jasper me surprit en riant.

"Ca te fait rire?"

"Ouais. Il ne croit quand même pas à une … escapade amoureuse, quand même?"

"Nous le saurons rapidement à notre retour. Mais ce n'est pas drôle. Tout ceci risque fort de mettre à mal notre secret."

"Ton secret, Chaton"

Je le foudroyai du regard avant de me lever. Je me dirigeai vers la caisse lorsqu'une main ferme me saisit le bras pour m'arrêter.

"Je t'invite."

"Non, je peux..."

"Chaton... D'où je viens, une femme ne paye jamais son repas lorsqu'elle est accompagnée."

"Et dans mon monde, les femmes sont indépendantes et libres."

"Tant mieux pour toi mais je paye."

Je m'apprêtai à riposter lorsque j'avisai la serveuse lorgnant une fois de plus vers Jasper. Sans réfléchir, je passai mon bras sous le sien, me rapprochant par la même occasion de lui. Il me regarda, surpris mais un sourire complice égaya son visage tandis qu'il passait à côté de la serveuse sans y prêter attention.

xXxXx

Une brume envahissait mon esprit. Au loin, j'entendais un murmure. Et sur ma joue, un frôlement doux. Je fermai les paupières plus fortement tentant d'émerger. Petit à petit, l'environnement s'imposa à moi et j'identifiai le monde extérieur. Nous revenions d'Oro Valley après avoir récupéré les cuirs chez le bourrelier. Le trajet s'était très bien passé et nous avions énormément discuté entre Tucson et Oro. J'avais découvert Jasper sous un jour nouveau et je devais reconnaître qu'il s'avérait bien plus agréable qu'il n'y paraissait au départ. Il était intelligent, drôle, sensible et ….je devais le reconnaître, sexy aussi.

Reprenant pied dans la réalité, j'ouvris lentement les yeux mais les refermai aussitôt sous l'agression des rayons du soleil. Nous roulions toujours mais approchions des écuries. Encore quelques mètres et Jasper s'arrêterait devant la maison. Je pris alors conscience que le frôlement ressenti était le dos de la main de mon compagnon de route sur ma joue. Et au lieu de me hérisser, ce geste m'apparut des plus agréables

"Chaton?" m'appela-t-il doucement.

"Hum."

"Réveille-toi, on arrive. Et je pense que nous sommes même attendus."

J'ouvris les yeux essayant de m'adapter à la luminosité. Mes paupières papillonnèrent quelques fois. Jasper retira immédiatement sa main qui laissa un vide sur ma joue. Effectivement, nous avions un comité d'accueil. Sur le perron, se tenaient Emmett, assis sur la balustrade et non loin de lui, Edward faisait les cent pas.

"Pas envie de rentrer" murmurai-je en pivotant vers Jasper.

Celui-ci me sourit pour me réconforter mais s'approcha de la maison. Edward stoppa sa déambulation en nous apercevant mais resta sur le perron. Il semblait furieux mais je décidai qu'il ne m'atteindrait pas. Emmett, quant à lui, avait un petit sourire amusé sur les lèvres qui ne m'inspirait pas mieux que l'expression du meilleur ami de mon époux.

"Je pense que tu n'as pas le choix."

"Je sais mais pas envie quand même"

Jasper s'arrêta devant les marches sans couper le contact.

"Je vais vider le coffre et ranger la voiture au garage si tu veux" proposa-t-il.

"Merci. Bon, j'y vais" répondis-je en posant la main sur la poignée de la portière.

J'allais ouvrir lorsque sa main se posa sur mon avant bras. Je stoppai mon mouvement et tournai la tête vers lui.

"Merci, Bella. J'ai vraiment apprécié cette journée"

Je me sentis rougir face à sa gentillesse inhabituelle. Je lui souris en me mordillant la lèvre.

"Moi aussi, Jasper."

Je soupirai avant de, courageusement, sortir de la voiture pour affronter Emmett et Edward. Je plantai un sourire feint sur mon visage et gravis les quelques marches me menant à eux.


Qu'avez-vous pensé de ce long moment Jella ?

Dites-moi tout ! Ne partez pas sans une petite review. Croyez-moi, c'est un super booster pour nous, auteurs.

Petite info : Pour celles ou ceux (on peut espérer) qui suivent « the dominant's creed », j'ai le regret de vous dire qu'elle a été censurée. Mais je vais la terminer et poursuivre la publication sur le forum « lovelemon-in-fic. Si vous avez une question, n'hésitez pas à m'envoyer un MP.

Biz et à bientôt

Eli