Bonjour,

Voici le nouveau chapitre. Comme j'ai cru comprendre que les moment Jella vous plaisaient, il y en aura aussi dans celui-ci.

Merci aux anonymes à qui je ne peux répondre personnellement.

Trève de blabla...je vous laisse lire.


Chapitre 8:

Nouvelle journée. Nouveau calvaire. Nouvelle prise de tête. Que du quotidien depuis l'arrivée d'Edward. Oh, je ne pouvais pas vraiment dire qu'il soit désagréable mais … un peu... envahissant. Où que j'aille, quoi que je fasse, il était là. Pas forcément près de moi mais j'avais constamment l'impression d'être surveillée, espionnée. Je n'osais même pas m'approcher des écuries de peur de rencontrer Jasper ou Paul et d'avoir droit à ses regards inquisiteurs comme à notre retour d'Oro Valley.

Mais voilà bien un chemin que je ne voulais pas prendre. Je ne voulais pas trop repenser à cet après-midi-là. A ce... ce moment qui m'avait beaucoup plus plu que ce que je ne voulais bien admettre. Et lorsqu'Edward me sondait, j'avais la sensation qu'il voyait au plus profond de mon être.

Contrairement à mes craintes, il ne m'avait fait aucune remarque lorsque j'avais pénétré dans la maison. J'avais eu droit à un regard suspicieux mais sans plus. Emmett avait été la seule personne que je dus affronter. Le récit de mon après-midi l'avait rassuré et j'avais même cru voir passer une lueur d'amusement dans ses pupilles. Mais j'avais préféré ne pas en tenir compte.

La vie se poursuivait donc lentement entre l'apprentissage de la gestion du Ranch avec le pauvre Sam, à qui Charlie avait refilé le travail par manque de temps ou de patience, et l'exercice hautement périlleux d'éviter les hommes qui gravitaient autour de moi. J'avais l'impression que le temps s'étirait très lentement ces trois derniers jours depuis l'arrivée d'Edward. Notre dernière conversation remontait à cet après-midi. Alors que je venais de quitter la cuisine où j'avais grignoté une pâtisserie confectionnée par Emily, ce dernier m'intercepta avant que je puisse m'isoler dans le bureau.

"Très chère Bella, j'ai comme la nette impression que tu me fuis."

Stoppant mes pas, je le regardai par-dessus l'épaule sans me retourner. S'il savait que ce n'était pas une impression mais un fait... Je le fuyais autant que possible.

"Besoin de quelque chose, Edward?"

"Oh mais oui. Et de réponses principalement."

Soupirant bruyamment, je tentai par ce geste de lui faire comprendre que son insistance me déplaisait. Mais le regard mauvais que je lui lançai ne le découragea nullement.

"Que veux-tu que je te dise de plus que les dizaines de réponses que je t'ai déjà données en trois jours?"

"La vérité, Bella."

"Mais je t'ai déjà tout dit. Pourquoi ne veux-tu pas accepter cela?"

"Parce que tout ceci ne correspond pas à William tel que je le connais."

"Tant pis pour toi si tu ne veux pas accepter les faits."

"Je les accepterais certainement plus facilement si mon meilleur ami n'avait pas disparu."

Que dire pour le contrer? L'absence de William l'inquiétait énormément et mon attitude ne l'aidait pas à comprendre son ami. Mais que pouvais-je faire ou dire qui puisse apporter un semblant d'explication? Je ne connaissais absolument pas William ou juste à travers le récit de Jasper. Et même lui n'avait qu'entre-aperçu la personnalité de Hale. Je fixai Edward, cherchant les mots pour le rassurer. A bout d'arguments, d'explications logiques ou même de raisons de poursuivre cette supercherie, je me laissai tomber sur la méridienne de velours sombre placée à côté de la porte. Les mains posées sur mes genoux, je pris ma décision.

"Je crois qu'il est temps que je..."

"Bella" m'appela-t-on.

Je fronçai les sourcils reconnaissant la voix. Après tout, autant que ma future ex-moitié soit présente pour tout avouer. Ne répondant pas à l'interpellation de Jasper, je levai les yeux sur Edward et ouvris la bouche afin de reprendre ma confession.

"Il faut que je …."

"OH! excusez-moi" déclara Jasper, pas le moins du monde embêté en s'approchant de nous.

"Nous sommes occupés" rouspéta Edward en le fusillant du regard. Imperturbable, le texan blond l'ignora.

"Bella, Emmett m'envoie te chercher."

"Il ne t'a pas dit pourquoi?"

"La nouvelle pouliche va avoir son poulain. Et il sait que tu voulais y assister."

Tiraillée entre mon envie d'aider mon ami pour le poulinage et celle de vider mon sac à Edward, je les regardai alternativement sans me décider. Le toussotement très peu discret de Jasper me fit lever les yeux vers lui. Ce dernier arborait son éternel sourire en coin. D'un léger mouvement du regard, il me fit signe de le suivre. J'hésitai, lasse de mentir, lasse de devoir me justifier face à Edward, lasse d'être bloquée au Ranch pour ne pas éveiller les soupçons de Charlie.

"Emmett t'attend Bella" insista-t-il.

"Dis-lui... dis-lui que je me change et que je le rejoins aux écuries" annonçai-je en me levant et me dirigeant vers l'escalier.

"Bella. Tu t'apprêtais à me dire quelque chose d'important" déclara Edward.

"Ca peut attendre" répondis-je en jetant un regard rapide vers Jasper qui hocha la tête.

Avait-il entendu que je m'apprêtais à tout dévoiler à Edward? Avait-il voulu m'empêcher de trop parler? Je devrais en discuter avec lui dès que possible même si être seule avec lui ne me semblait pas être une très bonne idée. Je grimpai à l'étage pour rejoindre ma chambre.

Je fouillai dans ma penderie pour troquer ma tenue féminine contre un vieux jean et un sweat à capuche. Le temps était un peu frais aujourd'hui. Enfin, frais était un bien grand mot ici en Arizona mais puisque nous étions habitués à des températures atteignant les 30 degrés tous les jours, lorsque le thermomètre flirtait avec les 22 degrés, je frissonnais.

Je nouai mes cheveux rebelles en une queue de cheval haute et m'apprêtai à rejoindre mon ami lorsque mon ordinateur portable posé sur le bureau attira mon attention. Je l'avais abandonné ouvert ce matin après avoir répondu à quelques mails de connaissances restées à Phoenix. Il aurait dû se mettre en veille depuis longtemps mais l'écran affichait toujours ma boite mail. M'approchant afin de l'éteindre, je constatai que la boite de réception indiquait que j'avais deux nouveaux messages. Machinalement, je cliquai sur l'enveloppe. Une angoisse violente m'étreignit la poitrine. Oubliant mon ami, la pouliche et le monde extérieur, je m'affalai sur le siège, fixant l'écran et plus particulièrement un nom, son nom.

D'une main tremblante, je passai les doigts sur la souris tactile de mon pc portable et pointai le premier message provenant de William. Mon rythme cardiaque s'était accéléré et je sentais chaque battement de mon coeur résonner en moi. Il avait rédigé un message à mon attention mais la nervosité qui m'avait gagnée m'empêchait de lire correctement. Je clignai quelques fois les yeux afin que les mots m'apparaissent enfin.

Très chère Isabella,

Je pense qu'il est plus que temps que nous ayons un contact autre que par l'intermédiaire de Jasper Whitlock qui a endossé mon identité, nous liant pour un certain temps. Etant légalement marié, autant directement se tutoyer, cela évitera aussi les impairs.

Cette situation ne me dérange absolument pas mais je n'ai malheureusement pas envisagé toutes les conséquences que ce geste pouvait avoir et je pense que toi non plus.

Je tenais avant tout à m'excuser pour les désagréments que ma famille te cause actuellement suite à ma "disparition" volontaire.

Un message de Jasper m'a informé de l'arrivée assez musclée d'Edward. Je le connais assez depuis notre enfance pour savoir comme il peut être vindicatif et désagréable quand il veut. Afin de calmer un peu tout le monde, je t'envoie de suite après, un message plus... personnel que tu pourras, si tu le désires, utiliser pour justifier mon absence auprès d'Edward.

De mon côté, je contacte ma soeur pour la rassurer et lui donner des nouvelles.

J'imagine d'ici Edward en mode inspecteur Gadget. Il doit te harceler de questions. Reste le plus évasive possible. Après tout, nous ne sommes censés nous être fréquentés que quelques semaines. De plus, voulant changer de vie, il est normal que j'essaye de me changer moi-même.

Quoi qu'il en soit, la situation actuelle ne pourra se poursuivre très longtemps. J'espère être de retour aux États-Unis pour les fêtes de fin d'année et nous devrons mettre un terme à notre accord. D'ici là, je souhaite que tes ennuis soient terminés.

Je reste joignable via email même si parfois, cela prend plusieurs jours pour répondre.

Bonne journée Isabella

William

Ce mail me laissa pantoise. J'avais imaginé des dizaines de messages provenant de William. J'en avais discuté avec mon père, avec Edward, avec quiconque me posait des questions sur mon mari. Mais là, j'avais un vrai message et j'étais perdue. Jusqu'à présent, il restait mon époux imaginaire mais ces mots le rendaient subitement réel, palpable. Je passai au message suivant qui, effectivement, avait un style beaucoup plus intime me mettant un peu mal à l'aise. La sensation d'usurper une identité ou une relation qui ne m'appartenait pas.

J'imprimai le mail, pliai la page en quatre que j'enfouis au fond de ma poche. Avant de quitter ma chambre, je pris l'initiative de supprimer le premier message de William. Autant ne prendre aucun risque. Je prendrais le temps de lui répondre plus tard. D'ici là, j'aurais pu analyser les mots qu'il avait écrits et trouver la meilleure réponse. J'éteignis l'ordinateur et me dépêchai de rejoindre les écuries. Je courus sans arrêt en prenant soin de ne pas trébucher car, en plus des critiques d'Emmett sur mon retard, je devrais supporter ses remarques désobligeantes sur ma maladresse légendaire.

C'est à bout de souffle que j'arrivai près des boxes. Celui où Monza, la jument, était installée se trouvait au fond de l'allée. C'était le plus spacieux et je savais que Sam le gardait toujours ptêt pour ces moments ou lorsque des chevaux étaient blessés. Face au box, se tenaient Emmett et ...Edward. Ne pouvait-il pas se trouver d'autres occupations? Je m'approchai d'eux mais un bruit provenant de l'intérieur attira mon attention. Jasper s'assurait que le box était suffisamment paillé. Une dernière caresse réconfortante à Monza et il sortit afin de la laisser tranquille.

"Tu es sûr que c'est le moment?" questionnai-je Emmett.

"Je la surveille depuis plusieurs jours mais elle est maintenant bien "cassée". Pour moi, et Jasper est d'accord, c'est pour les heures à venir."

"Elle commence même à avoir de petites contractions" renchérit le texan blond.

Je me penchai un peu pour mieux observer la jument qui effectivement regardait ses flancs, signe de mouvements musculaires.

"On va s'éloigner un peu pour limiter son angoisse" déclara mon meilleur ami.

Monza n'en était pas à sa première mise-bas et nous savions que notre présence ne l'avait jamais perturbée jusqu'à ce jour mais un peu de calme ne pouvait que lui être profitable. Emmett coupa la moitié de l'éclairage, nous laissant dans la pénombre. Il s'éloigna accompagné d'Edward. Je sursautai en sentant les doigts de Jasper s'enrouler autour de mon poignet. Je ne l'avais pas entendu s'approcher. Un frisson, et qui cette fois n'avait rien à voir avec la température extérieure, me parcourut le corps. Par réflexe, je me dégageai mais je ne m'éloignai pas.

"Tu jouais à quoi tout à l'heure, Chaton?" chuchota-t-il.

"Quand?"

"Faire l'idiote ne te va pas du tout. Tu t'apprêtais à tout raconter à Edward" m'accusa-t-il en voulant à nouveau me toucher mais je reculai, désireuse de mettre une certaine distance entre nous.

"Je n'en peux plus de mentir et d'inventer des excuses pour éviter qu'il n'approfondisse ses questionnements. Je ne pense plus que c'était une bonne idée et pire, je n'arrive même plus à me souvenir pourquoi je l'ai fait."

"Tu avais une bonne raison."

"Je le pensais mais maintenant, je suis perdue. J'aurais dû m'opposer à mon père et tenter de découvrir le pourquoi de son ultimatum plutôt que de fuir à l'autre bout du monde."

Ma voix trembla. Jasper ne me permit pas cette fois de m'éloigner. Il me prit la main avant de reprendre la parole.

"N'abandonne pas. Tu dois découvrir ce que cache ton père avant de renoncer. Edward ne va pas rester ici éternellement et tu ne t'en sors pas trop mal jusqu'à présent. Et dès qu'il sera reparti, nous enquêterons sur les mystères de Charlie Swan."

"Nous?"

"Oui, nous. Avec l'aide d'Emmett, nous allons tout mettre en oeuvre pour découvrir son secret avant le retour de William."

"A ce propos, j'ai..."

"Vous venez?" insista Emmett. "Vous allez perturber ma jument à papoter près du box."

Nous nous tournâmes vers lui et je crus entendre Jasper soupirer légèrement. Il relâcha ma main que je ne pus m'empêcher de frotter avec l'autre pour supprimer les picotements que je ressentais. Ainsi libérée, je rejoignis Edward et Emmett, installés sur des ballots de foin trois mètres plus loin dans l'allée. Comme à son habitude, l'ami de William m'observait. Ignorant son regard perçant, je m'assis sur la botte au côté d'Emmett laissant la dernière pour Jasper. Au centre, je vis un panier bien garni.

"Que faisiez-vous?" questionna mon ami.

Que répondre? Je sentais bien qu'Edward était à l'affût de la moindre erreur de ma part et je n'étais pas prête à lui fournir la plus petite occasion de me confondre. Puisque je n'avais pas su tout lui avouer plus tôt, j'allais poursuivre la comédie comme Jasper venait de me le demander. Je jetai un rapide coup d'oeil vers le blond qui piochait déjà dans les victuailles.

"Pas grand chose. Nous nous assurions que Monza était plus calme."

"Hum" grogna mon ami. " Soit! Sers-toi, j'ai prévu pour passer le temps."

Je saisis un des sandwiches qu'Emily avait préparés. Jusqu'à cet instant, je n'avais pas remarqué que j'étais affamée mais dès la première bouchée, délicieuse au passage, je m'en délectai en poussant un petit gémissement. Un peu de mayonnaise avait débordé du pain et de la pointe de la langue, je léchai le coin de ma bouche. Consciente d'être observée, je levai les yeux pour constater que Jasper et Edward avaient les yeux braqués sur moi. Je sentis mes joues chauffer immédiatement. Heureusement que nous étions dans la pénombre car je devais être écarlate. Je baissai les yeux, voulant me soustraire à leurs regards.

"Ch'est trop pon!" grommela Emmett ce qui eut comme mérite de détourner l'attention des deux texans.

Je me forçai à terminer mon sandwich le plus discrètement possible. Ayant réussi à ne plus me faire remarquer, j'écoutais d'une oreille distraite la conversation des garçons qui tournait principalement autour des derniers matchs de baseball. Chacun y allait de son commentaire, vantant les mérites de son équipe fétiche.

Au dehors, la nuit était tombée et les températures avaient subitement chuté. Malgré le sweat que je portais, je commençais à ressentir le picotement du froid. Alors que je pensais être devenue invisible pour les trois amateurs sportifs qui m'entouraient, Jasper se saisit d'un plaid qu'il vint passer autour de mes épaules. Ses doigts frôlèrent mon épaule et, instinctivement, je m'éloignai de lui. Ce type déclenchait en moi trop d'émotions différentes et contradictoires. Je devais absolument garder mes distances avec lui.

"Bon, on vous dérange pas?"

Emmett, évidemment, et son tact habituel. Avait-il oublié la présence d'Edward? J'ouvris la bouche, prête à invectiver mon meilleur ami mais Jasper me devança.

"Je n'ai jamais besoin d'aide. Mais je ne voudrais pas que notre patronne attrape la crève juste pour te clouer le bec."

"Elle est bien plus résistante que tu ne le crois. Je pense plutôt que …"

"Que quoi Emmett Mc Carty" l'apostrophai -je sèchement.

"Ca va Bells, ne mords pas. Je plaisantais."

Emmett rit de sa répartie, Edward me fusillait littéralement du regard et Jasper m'abandonna pour aller jeter un coup d'oeil à Monza. Le silence se réinstalla, inconfortable et malsain. Le blond revint prendre place et brisa le malaise ambiant.

"Sa délivrance approche. Les contractions sont plus fortes. Je viens de lui poser un bandage de queue pour ne pas l'embêter tout à l'heure avec ça."

"Ok, merci" répondit Emmett.

Je resserrai le plaid autour de moi et plongeai les mains au fond des poches de mon jean. Je réalisai aussitôt que j'avais complètement oublié la copie du mail que j'y avais enfoui tout à l'heure. Je refermai les doigts sur la feuille, hésitant à la sortir. Mais ce message était important pour rassurer Edward et accélérer son départ.

"Au fait... j'ai oublié de vous parler de quelque chose."

Je captai immédiatement l'attention de mes compagnons. Trois paires d'yeux se braquèrent sur moi, attendant que je révèle la suite. Je bus une gorgée de la canette de bière que j'avais entamée car j'avais la bouche sèche d'appréhension.

"En allant me changer, j'ai vu que j'avais reçu..." commençai-je en regardant uniquement Emmett.

Subitement, un hennissement déchira le silence de l'écurie. On entendit Monza bouger dans son box et taper un antérieur au sol violemment. D'un seul homme, nous nous levâmes pour courir vers le fond de l'allée. Emmett et Jasper pénétrèrent ensemble dans la stalle. L'anxiété de la jument avait grimpé en intensité. Jasper s'approcha et lui parla doucement, tentant de l'apaiser au mieux. Je restai dans l'embrasure de la porte coulissante, observant les gestes qu'il lui prodiguait. Monza suait abondamment. Emmett et Jasper s'éloignèrent et revinrent vers l'entrée contre la paroi. Elle tournait sur elle-même dans le box et grattait le sol, éparpillant la paille aux quatre coins de la stalle. Par moment, elle se couchait, regardait ses flans se contracter à un rythme de plus en plus rapide, pour finir par se relever péniblement. J'aurais aimé pouvoir activer les choses pour qu'elle souffre moins mais le travail devait se poursuivre selon la nature.

Nous restâmes près d'elle durant plus d'une demi-heure en silence, attendant sa délivrance avec une certaine impatience. Monza finit par se coucher et la poche des eaux se rompit. Bien qu'ayant déjà assisté bien des fois à des poulinages, ce spectacle m'émerveillait toujours autant. Deux petits sabots blancs apparurent. Emmett s'en saisit afin d'aider Monza à expulser le poulain lors des contractions. Après quelques poussées, le poulain se retrouva auprès de sa mère qui s'affaira immédiatement à le nettoyer. J'en avais les larmes aux yeux. Je m'approchai d'eux, caressant la jument pour la féliciter. Jasper, quant à lui, le frotta de paille pour le sécher.

Le poulain tenta rapidement de se redresser et avec l'aide d'Emmett, il se tint sur ses jambes. Les garçons plaisantèrent sur la robustesse de la nouvelle venue que nous avions appelée Athéna. Edward apporta même sa contribution en réapprovisionnant en paille propre. Nous travaillâmes encore une heure avant de laisser Monza et Athéna, seules et tranquilles pour terminer la nuit. Celle-ci était déjà bien avancée mais la fatigue ne se faisait sentir chez aucun de nous.

Nous prîmes donc le chemin de la maison afin de prendre une boisson chaude ou un autre remontant selon les goûts. Il faisait calme car à cette heure tardive - il était tout de même près d'une heure du matin - tout le monde dormait. Je nous préparai du café tandis qu'ils s'installèrent dans le salon pour siroter leur alcool.

J'étais fatiguée mais heureuse d'avoir participé à cette naissance en leur compagnie. Après avoir servi les cafés, je m'installai sur le divan, seule place libre, à côté de Jasper.

"Suis mort mais content" déclara Emmett, rejoignant mon état d'esprit.

"Moi aussi" renchérit Edward. "Merci de m'avoir permis de rester à vos côtés."

"T'es sympa quand tu veux" ironisa mon meilleur ami.

Je plongeai le nez dans ma tasse afin de camoufler mon envie irrésistible de rire face à l'expression choquée qu'afficha le texan. Par contre, Jasper ne s'en priva pas. Je l'observai du coin de l'oeil et je fus prise en flagrant délit de matage lorsqu'il tourna la tête vers moi.

"Que diriez-vous d'aller fêter cette nouvelle naissance demain au bar d'Oro Valley?" proposa Emmett.

"Moi je suis partant"

"Moi aussi"

"Et toi Bells? Tu nous accompagnes?"

J'avais envie de faire plaisir à Emmett car nos sorties étaient toujours très animées mais passer une soirée avec les deux autres m'enchantait nettement moins. Mon silence prolongé ne dût pas lui convenir car il insista si bien que je ne pus lui refuser ce plaisir. Mais je le regrettai rapidement.

"On demandera aussi aux autres de nous accompagner. Ce serait sympa."

Edward et Jasper approuvèrent. J'étais maintenant condamnée à subir les assauts de Paul, les minaudages de Nettie, en plus de supporter Edward et les pitreries de mon ami. La soirée allait être longue, je le sentais.

Je n'écoutais qu'à moitié les anecdotes racontées par mes compagnons. Je profitai du calme pour trouver les mots appropriés pour aborder le sujet que j'avais déjà repoussé deux fois. Comment parler de ce message envoyé par William? Comment annoncer à son ami qu'il m'avait contacté alors que sa famille se désespérait et remuait ciel et terre pour le retrouver? Et surtout, comment avoir l'attitude correspondant à la parfaite épouse amoureuse que je jouais? Je toussotai légèrement ce qui attira l'attention des trois hommes autour de moi. C'était le moment ou jamais.

"Je… j'ai... Tout à l'heure, j'ai voulu …"

"Tu es sûre que tu vas y arriver?" me taquina Emmett, ce qui me déstabilisa encore plus.

J'étais nerveuse et j'appréhendais leur réaction, leurs questions. Je glissai la main au fond de ma poche et saisis la feuille sur laquelle j'avais imprimé le mail. Je le dépliai lentement sentant leur impatience.

"J'ai reçu un mail ce matin de William et..."

"QUOI? Et c'est seulement maintenant que tu nous en parles?" s'énerva Edward en se levant et se plantant au-dessus de moi.

"Hey, doucement, on se calme" intervint Jasper à mes côtés qui se mit debout afin de s'interposer entre l'ami de mon mari et moi. Emmett avait voulu faire de même mais Jasper l'avait pris de vitesse.

"Me calmer? Mais on attend de ses nouvelles et ELLE..."gesticulait-il en s'irritant de plus en plus.

"Assieds-toi. Bella va nous expliquer" tempéra Jasper en le forçant à reprendre sa place.

Edward me fusilla du regard avant d'obtempérer. Le blond ne reprit sa place que lorsqu'il fut certain qu'Edward resterait calme. Quant à Emmett, il ne lui manquait plus que les popcorn. Il semblait prendre beaucoup de plaisir à la scène qui se jouait devant ses yeux, confortablement installé dans son fauteuil.

"Vas-y Bella" m'intima Emmett.

Je soufflai un bon coup pour ralentir les battements de mon coeur qui s'était emballé lorsqu'Edward avait bondi de son siège. Je fixai la feuille mais les mots se mélangeaient, ma vue brouillée par ma nervosité.

"Vas-y, on t'écoute. C'est une bonne ou une mauvaise nouvelle?" répéta Jasper en posant une main sur mon épaule qu'il frotta pour m'insuffler du courage.

Je l'en remerciai d'un faible sourire. J'avais deux personnes en qui je pouvais avoir confiance dans cette pièce. Deux amis prêts à me soutenir.

"Je n'en parle que maintenant" commençai-je d'une voix chevrotante. "Car premièrement, Monza nous a fortement accaparés ces dernières heures."

"Et le reste de la journée, tu n'as jamais trouvé le temps?" m'apostropha Edward.

"Deuxièmement, même s'il est arrivé ce matin, je n'ai découvert ce mail qu'en allant me changer ce soir" poursuivis-je sans relever son attaque mais reprenant de l'assurance.

"Troisièmement, ce mail m'est destiné. Et je n'ai aucune raison normalement d'en parler avec toi si ce n'est pour te dire qu'il va bien"

Emmett gloussa dans son coin, Jasper tapota mon épaule, me félicitant de ma répartie et Edward... se renfrogna et marmonna entre ses dents.

"Mais, comme je sais que tu es réellement inquiet pour ton ami, je vais te permettre d'en prendre connaissance."

Il releva la tête vers moi en s'étendant pour se saisir de la feuille que j'éloignai prestement de lui. Il leva les sourcils, interrogateur face à mon geste.

"Je vais le lire"

"Si tu y tiens" soupira-t-il.

Ma puce,

Pardon est la première chose que je dois te dire.

Pardon de t'avoir laissée sans nouvelles de moi. Tu dois être inquiète, voire effrayée.

Je tiens à te rassurer, ma chérie.

Je vais bien mais un imprévu m'a empêché de prendre l'avion et de pouvoir venir te rejoindre comme je te l'avais annoncé.

Rien de très grave mais suite à divers ennuis techniques, je n'ai eu aucun moyen de te contacter, ni ma famille. Et j'imagine que ma mère et ma soeur doivent également être affolées. Je vais les rassurer directement après.

Je n'entre pas dans les détails. Je préfère tout t'expliquer de vive voix dès mon retour. Malheureusement, celui-ci risque de prendre un peu de temps.

J'aimerais terminer une affaire en cours avant de reprendre la direction des Etats-Unis que je ne compte plus quitter avant un bon bout de temps. Me consacrer à ma petite femme sera ma priorité.

Je ne sais pas si ma famille t'a contactée suite à ma disparition mais ne t'inquiète de rien.

Bientôt, nous leur rendrons visite et ils ne pourront que t'aimer comme moi, je suis tombé amoureux au premier regard.

Tu me manques énormément. Les jours semblent bien longs sans toi.

J'aurais dû accepter que tu restes auprès de moi comme tu le désirais.

Nous avons passé si peu de temps ensemble que je compte rattraper le temps perdu et me faire pardonner pour cet éloignement.

Je souhaiterais être déjà de retour.

Je t'aime.

Avec tout mon amour

William

PS: Si ma famille envoyait quelqu'un pour te parler, ce sera certainement mon ami Edward. C'est un type bien mais il est parfois un peu bourru et têtu. Ne te laisse pas faire.

J'avais lu le message d'une traite, ne prêtant pas attention aux marmonnements d'Edward. Ce qui avait failli me déstabiliser fut d'entendre Emmett s'étouffer lors de la déclaration de William. Moi-même, j'avais été secouée de lire des mots tendres venant d'un homme totalement inconnu mais ceux-ci m'avaient plu. J'avais toujours rêvé, comme la fille romantique que j'étais, rencontrer un homme qui me dirait de telles paroles. Dommage que ce soit un pur mensonge.

"Waw!" s'exclama Emmett, ayant retrouvé son souffle.

Je me tournai vers Edward qui restait immobile et … muet. Voyant son expression médusée, un sourire naquit sur mon visage que je camouflai en mordillant ma lèvre inférieure. Un sentiment de grande satisfaction m'envahit. Grâce à William, j'avais cloué le bec à Edward et bientôt ma vie reprendrait son cours.

"C'est impossible" s'écria-t-il tout à coup me faisant sursauter.

"Quoi?"

"Ce message. C'est impossible que William l'ait écrit."

"Et pourquoi? Il est incapable d'aligner trois mots, ton pote?" renchérit Emmett, déclenchant l'hilarité de Jasper.

"Je le connais depuis plus de vingt ans et croyez-moi, il n'a aucune once de romantisme."

Il commençait vraiment à m'exaspérer avec ses insinuations, ses doutes, ses critiques et sa manière peu aimable de mettre ma parole en doute.

"Je m'en fous de ce que tu penses. Je me moque de ton avis. Ce mail est arrivé ce matin. Je n'ai aucune raison de me justifier vis-à-vis de toi mais voici la feuille avec les renseignements. Tu n'as qu'à vérifier. Et sache que MON William est romantique que cela te plaise ou non. Sur ce, je vais dormir."

Je m'étais levée en commençant ma tirade. Je lui jetai à la figure la page et pivotai dignement vers la porte.

"Bells! Attends!"

"Bella, ne fais pas attention"

Seul Edward resta silencieux. Méditait-il mes dernières paroles? Cherchait-il un autre angle d'attaque? Je ne m'attardai pas pour obtenir la réponse. Cette journée avait été épuisante à bien des niveaux mais surtout émotionnellement. Je refermai la porte de ma chambre lorsqu'un pied la bloqua. Je forçai, inutilement contre l'intrus avant de rouvrir pour découvrir Edward.

"Que veux-tu?"

"Je pourrais m'excuser mais n'y compte pas trop."

"Oh mais de ta part, je ne m'attends plus à rien."

"Le mail est bien réel et provient bien de la boite mail privée de William."

"Bien."

"Et je vais aussi admettre qu'il a changé ou du moins qu'il agit différemment avec toi. Je ne t'importunerais plus. Je vais prendre contact avec sa soeur et vérifier ma boite mail. Je partirai demain. Bonne nuit, Bella."

Il me tourna le dos et se dirigea vers sa chambre.

"Edward?" l'appelai-je.

"Oui?"

"Merci. Je comprends que cette situation soit ...difficile à digérer mais c'est ainsi. William t'expliquera mieux que moi à son retour."

"Oui, sûrement." Répondit-il en poursuivant son chemin.

" Edward. Tu vas devoir reporter ton départ de vingt-quatre heures."

"Ah oui! Et pourquoi?"

"Nous avons une naissance à fêter demain soir" répliquai-je en lui souriant. Autant se quitter en bons termes et éviter qu'il ne me crée d'autres soucis à son retour à Houston.

"D'accord. Bonne nuit Bella" répondit-il après un moment de réflexion.

"Bonne nuit Edward."

Je refermai la porte derrière moi et m'y appuyai poussant un soupir de soulagement. Cette journée touchait enfin à sa fin. Il me restait une dernière chose à faire avant de dormir. Repos nécessaire car demain, je reprendrai mes recherches sur le secret de Charlie.

J'allumai mon ordinateur portable pendant que je me changeais. J'enfilai un pyjama avant de m'installer au bureau. Pas de nouveau message. Je me remémorai le mail de William pour élaborer au mieux ma réponse. Difficile de trouver les mots juste pour parler à un homme inconnu.

Cher William

On ne se connaît pas mais on est liés donc adoptons la familiarité.

J'ai été surprise de recevoir de tes nouvelles mais également rassurée de savoir que tu allais bien. Edward a bien débarqué chez moi. Il est exactement tel que tu me le décris. Il est borné, bourru, envahissant et un rien colérique.

Autant qu'il comprenne bien la situation. Il remontera peut-être les bretelles à son ami.

Je reconnais que la situation s'avère bien plus compliquée que ce que je ne pensais. Elle ne peut se poursuivre trop longtemps. Les fêtes de fin d'année semblent une bonne limite pour stopper notre arrangement. J'espère même pouvoir le faire plus tôt. Mes soucis ne sont pas résolus mais je vais m'y atteler.

Autant ne pas entrer dans les détails. Le principal est qu'il retrouve sa liberté.

Je te remercie pour ton second mail.

Même si il m'a légèrement mise mal à l'aise.

Il tombait à pic pour contrecarrer Edward qui va pouvoir repartir.

Ton ami risque fort d'être fâché lorsqu'il apprendra la supercherie.

Je n'hésiterai pas à te contacter ou Jasper si la situation changeait.

Bien à toi.

Bella

Dès la signature posée, j'envoyai le message. Ce nouveau lien avec mon époux rendait la situation encore plus complexe qu'elle ne l'était. Je réalisai doucement que je donnais deux visages à ce mari dans ma tête. Celui de William que j'avais créé, parfait en un mot et celui, plus réel de Jasper, qui était dans l'aventure depuis le début. Plus j'y réfléchissais, plus j'avais du mal à voir le William d'Australie avec ses cheveux bruns, longs, un rien hippie et sauvage comme le montrait la photo de son passeport. A cette image se mêlait celle d'un blond.

xXxXx

Nous étions tous entassés dans trois véhicules, en route pour Oro Valley. Emmett conduisait sa Wangler et avait embarqué Edward, Lucy et Jared. La seconde voiture, un pick up double cabine, renfermait Jacob, Mike et Paul que j'avais réussi à évincer de la Volvo. Et je me retrouvais au volant de mon SUV avec une vue parfaite sur Jasper et Nettie qui se pressait allègrement contre lui. Heureusement, que j'avais le petit nouveau, Tyler pour me faire la conversation et m'empêcher d'espionner les passagers à l'arrière. Je les entendais rire fréquemment et je devais avouer que, malgré le fait que Jasper ait réfuté l'idée qu'elle était sa petite amie, ils paraissaient bien plus proches que de simples amis.

Tyler s'avéra être de très bonne compagnie et le trajet fut très agréable. Les autres nous attendaient déjà devant le Noble Hops (*)situé près du shopping center. L'endroit était toujours très fréquenté car il était un des seuls bars des environs. Afin que tout le travail soit terminé et pour ne pas embêter Sam, nous avions dîné sur le pouce en vitesse avant, bien que ce bar offrait un choix assez important de grillades et salades variées. Notre groupe pénétra dans l'établissement déjà bien rempli et je m'attendais à devoir rester debout au bar. C'était sans compter sur Emmett. La serveuse du Hops était une très bonne connaissance selon ses dires et un rapide coup de téléphone dans l'après-midi avait suffi pour qu'elle réserve un grand box pour nous. Au vu des regards qu'elle lui lançait en nous conduisant à nos places, j'en déduisis qu'elle était un peu plus qu'une vague amie et qu'elle escomptait un bon remerciement de sa part. Nous nous installâmes et le sort n'en avait pas terminé avec ma petite personne. Je me retrouvai entre Edward qui tentait d'être agréable avec moi depuis cette nuit et Paul qui ne comprenait décidément pas que je n'étais pas intéressée.

La grande spécialité de ce bar était la bière et le choix était vaste. La majorité de notre groupe commanda des bières traditionnelles tandis qu'Emmett convainquit Jasper et Edward de découvrir les bières belges proposées. Ils portèrent leur choix sur une trappiste de Rochefort et une Kwak. Quant à moi, j'avais découvert lors de notre dernière sortie, une Lindemans framboise délicieuse. La serveuse, prénommée Irina, nous servit très rapidement et s'attarda même auprès de mon meilleur ami, s'appuyant sur le dossier du banc. Les conversations allaient bon train et les bières se suivaient à un rythme effréné.

Je ressentis assez rapidement les effets de l'alcool. La tête un peu cotonneuse, je supportai beaucoup mieux le papotage incessant de Paul. Edward avait bien tenté de m'adresser la parole mais nos échanges restaient brefs.

Le bar était à présent bien plein, le volume de la musique avait augmenté d'un cran et les premiers danseurs prenaient possession de la piste. Les hommes discutaient de manière animée, nous délaissant un peu. Alors que je tentai d'écouter la conversation d'Emmett et Edward, je sentis Paul se coller à moi. Je me raidis instinctivement cherchant une échappatoire autour de moi.

"Dites les filles, si nous allions danser pendant que les mecs refont le monde?" proposai-je à Lucy et Nettie en poussant mon voisin pour sortir du box.

"Oui" acceptèrent-elles en choeur.

Je n'étais pas un grande fan de danse. De plus, ma maladresse risquait de provoquer des incidents mais tout était préférable à la proximité de Paul. Nous nous incrustâmes parmi la foule. Je me mis à bouger au rythme des chansons qui se succédèrent. Lucy nous avait rapidement abandonnée pour rejoindre un groupe de filles qu'elle connaissait. Je restai donc au centre de la piste avec Nettie. Je l'observais dans sa robe noire et blanche moulante (**) se déhancher exagérément. A côté d'elle, je ressemblais à une gentille écolière bien élevée avec ma robe, bien que courte, restait plus classique et raisonnable (***). Je n'attirais pas les regards. Elle gardait souvent les yeux fermés et ne les rouvrait que pour les poser sur notre table. Un rapide tour de la salle m'apprit que la plupart des hommes présents la regardait mais elle n'y prêtait pas attention. Un seul semblait l'intéresser. Les hommes de notre table ne rataient rien du spectacle non plus.

Au bout d'une demi-heure, nous les rejoignîmes afin de nous désaltérer et reprendre un peu notre souffle. Des bières bien fraîches arrivèrent rapidement dans nos mains. Lorsque je déposai le verre sur la table avant que mes deux comparses ne m'entraînent à nouveau, la tête me tourna légèrement. Il était plus que temps de ralentir.

Paul, Jared et Mike nous accompagnèrent. J'essayai de suivre le mouvement mais mes capacités en danse avait chuté proportionnellement à la quantité d'alcool ingurgitée. Nettie recommença son petit manège pour attirer l'attention de Jasper et mue par je ne sais quelle idée saugrenue, je me mis à l'imiter. J'accentuai mes mouvements, balançant mes fesses exagérément en tournant le dos à notre table.

Dans le flou, je sentis des mains se poser sur mes hanches. Je tournai la tête pour constater, sans trop de surprise, qu'elles appartenaient à Paul. En temps normal, ma réaction aurait été très violente mais une fois de plus, l'alcool aidant, je me dégageai sans m'éloigner toutefois. La musique tambourinait dans ma tête, la bière anesthésiait mes mouvements et mon esprit. Je savais qu'il était temps de me ressaisir avant qu'Emmett n'intervienne et me passe un savon.

Tout à coup, une main me serra le poignet m'empêchant de danser. Je voulus la retirer mais sans succès. Des paroles incompréhensibles tentèrent de s'insinuer jusqu'à mon cerveau légèrement embrumé. Je levai les yeux vers l'importun et me noyai dans un regard vert intense et... en colère.

Fronçant les yeux, je me concentrai sur ses lèvres pour déchiffrer les mots qu'il prononçait.

"Penses-tu que William apprécierait ton attitude?" criai-t-il pour se faire entendre.

"Je …"

"Ton attitude n'est pas correcte vis-à-vis de lui. As-tu oublié qu'Edward était ici et ne perdait aucun de tes gestes de vue?"

"Je n'y pensais plus et..." baragouinai-je honteusement.

Jasper me toisa durement et, sans rien ajouter, il pivota et se fraya un chemin au milieu des danseurs. Nettie tenta bien de le retenir en l'agrippant mais il se dégagea et se dirigea vers la sortie. Cette courte altercation m'avait remis les idées en place. Comment avais-je pu me donner en spectacle, moi si discrète? Les regards se détournèrent de moi progressivement. Réalisant complètement ce qu'il venait de se passer, une colère monta en moi. Mais de quel droit osait-il me parler ainsi? Devant tout le monde en plus! Je m'élançai rapidement à sa suite et franchis la porte avant de le voir disparaître au coin du parking où se trouvait nos véhicules.

"Hey, Jasper" l'interpellai-je sans résultat.

Je courus vers lui, tentant de ne pas m'étaler ni me tordre une cheville. Il faut dire que pour s'harmoniser avec ma robe, j'avais enfilé des chaussures à talons, chose très rare chez moi surtout lorsque je séjournais au Ranch.

"Merde, arrête-toi" criai-je à présent.

Jasper s'exécuta et me fit face. Son visage n'exprimait rien. Il était fermé, dur et me jaugeait du regard. Nous nous affrontâmes quelques instants puis ma colère reprit le dessus.

"Qu'est-ce qu'il te prend? Tu n'as aucun droit de me parler comme tu viens de le faire."

"Ah non?"

"Non. Tu n'es rien. Ok je reconnais que j'ai eu tort d'agir ainsi. Mais ça ne te donne pas le droit de me faire la morale."

"Parce que toi, tu trouves ton attitude correcte peut-être?" répondit-il sèchement mais en gardant son calme, contrairement à moi.

"Je ne faisais rien de mal. Nettie dansait de la même manière que moi et ça ne semblait pas te déranger!" l'accusai-je.

La tension entre nous s'intensifia. Son visage, jusque-là impassible, se chargea de colère et son regard devint meurtrier. Dans ce coin sombre du parking, j'aurais pu en avoir peur s'il ne m'avait pas montré qu'il était loin d'être aussi inquiétant qu'il ne voulait souvent le faire croire.

"Je me fous de Nettie. Il me semble te l'avoir déjà dit. Elle n'a pas un rôle à jouer, elle."

"Quelle différence y a t-il entre elle et moi?"

"Il y en a beaucoup " déclara-t-il simplement avant de vouloir reprendre sa route.

Je n'avais pas eu de réponse satisfaisante. Je posai donc la main sur son avant-bras. Il se retourna.

"Lesquelles?" murmurai-je, plus pour moi que pour vraiment obtenir une réponse.

Nettie était gaie, extravertie, amusante, sexy...la liste était longue et je devais être masochiste pour demander à ce qu'il énumère nos différences. Le silence s'installa entre nous.

"Laisse tomber Bella" finit-il par répondre en retirant son bras.

Son Bella me dérangea. Je n'appréciais que modérément le chaton dont il m'affublait régulièrement mais l'entendre m'appeler par mon nom mettait une distance entre nous. Distance que je ne désirais pas actuellement.

"Jasper" suppliai-je.

Je ne voulais pas que notre conversation, aussi désagréable soit-elle, se termine. Je ne voulais pas qu'il parte. Je ne voulais pas l'avoir déçu par mon attitude. Je voulais... je ne savais même plus ce que je voulais. Normal, vu mon taux d'alcoolémie élevé.

Alors, tout s'enchaîna d'un coup.

Jasper passa son bras droit autour de ma taille me rapprochant de lui. Son autre main glissa dans mes cheveux et avant que je ne puisse réagir ou prononcer le moindre mot, ses lèvres s'emparèrent des miennes. Elles étaient chaudes et douces mais exigeantes. Le premier moment de surprise passé, je répondis à son baiser, passant mes bras autour de son cou afin de me coller à lui. Sa bouche effleurait la mienne tandis que sa main caressait ma nuque. La tête me tournait mais ce n'était plus dû aux vapeurs d'alcool. J'en voulais plus. Je passai la pointe de la langue sur ses lèvres, quémandant l'entrée. Son étreinte se raffermit autour de moi pendant que nos langues se découvraient, se cherchaient.

A bout de souffle, nous mîmes fin à ce baiser. Les jambes flageolantes, je ne tenais debout que grâce aux bras musclés de Jasper. J'ouvris lentement les yeux pour le regarder. Il fronçait les sourcils. Mon coeur s'emballa lorsqu'il m'écarta d'un geste. J'avais encore du mal à comprendre ce qu'il venait de se passer mais Jasper ne me laissa pas l'occasion de lui poser la question.

"Je suis désolé" déclara-t-il sans me regarder.

Il tourna immédiatement les talons, me laissant seule, désemparée sur le parking.

"Jasper, attends"

"C'est...A demain."

Il poursuivit son chemin et arriva au niveau du pick up qu'il déverrouilla avant de grimper dedans. Il démarra le véhicule et s'éloigna dans la nuit sans un regard en arrière.

Je restai un long moment, le regard perdu au loin, réfléchissant à ce qu'il venait de se passer. Il était désolé. Etait-il désolé de m'avoir embrassée? Etait-il désolé de m'abandonner seule, ici, sur ce parking? Etait-il désolé de s'être emporté en me voyant sur la piste? Je retournai les questions dans mon esprit sans trouver la réponse. Sans trouver une réponse qui me convienne.

Plus je revivais la dernière scène, plus mes émotions s'émoussèrent. La douce euphorie qui m'avait englobée lorsque Jasper me tenait dans ses bras, s'effritait. Il m'avait ignorée. Il m'avait plantée, seule, au milieu d'un parking parce qu'il était DESOLE. Je sentais monter en moi une colère envers lui. Il me devait une explication et je comptais bien l'avoir et ce, rapidement. Puisqu'il était reparti avec l'un des véhicules, je n'avais d'autre choix que d'attendre les autres pour les ramener. Mais demain... demain, il comprendrait que je n'appréciais pas son attitude, autant que la mienne l'avait contrarié.

Les (*) se rapportent aux photos postées sur FB. ( Eliloulou mon monde)

C'est à vous maintenant.

Ne partez pas sans me donner votre avis.

Biz

PS: pour celles qui suivaient "the dominant's creed" , un nouveau chapitre (29) posté sur le forum lovelemon.