Coucou,
Je suis honteuse, il y a plus de deux mois que je n'ai plus posté. Je pourrais trouver mille et une excuses mais non, aucune de satisfaisante.
Je sais que je n'ai répondu à aucune review sur le dernier chapitre et je m'en excuse aussi. Je reportais chaque jour au lendemain mais sans jamais trouver le temps.
Ce soir, je préfère vous livrer ce chapitre directement alors que j'ai 10 minutes devant moi sinon, je ne sais pas quand je pourrais le faire.
Mais promis, je vous réponds à toutes sur celui-ci.
Merci ma Jess...sans toi, je doute que je serai venue à bout. Tu es celle qui sait le mieux me booster.
Je vous laisse avec Jasper, Bella, Emmett et la mauvaise nouvelle.
Bonne lecture.
Chapitre 14:
J'étais tétanisée depuis près de trois quarts d'heure. En fait, depuis que Sam avait lâché sa bombe.
Charlie a eu un accident.
Ce qu'il s'était passé ensuite restait vague dans ma mémoire. Je m'étais retrouvée assise dans la Wrangler d'Emmett sans en avoir vraiment conscience. Mon meilleur ami conduisait comme un fou et ordinairement, j'aurais râlé et pesté pour le voir ralentir mais aujourd'hui, je voyais à peine le paysage défiler. Jasper était installé à sa droite mais m'observait continuellement comme s'il s'attendait à ce que je fasse une crise et que je me mette à hurler. J'entendais vaguement parler mais le sens des mots prononcés me restait insaisissable.
J'appuyai la tête sur le siège, essayant de comprendre ce qu'il s'était passé. Charlie était toujours très prudent en voiture. Je ne l'avais jamais vu faire le moindre excès de vitesse, ni avoir le moindre procès verbal pour un mauvais stationnement. De plus, la région était calme et la circulation n'avait absolument rien à voir avec celle rencontrée à Phoenix. La seule explication possible était qu'il avait eu un malaise, ce qui m'alarma encore plus.
Je ne remarquai notre arrivée aux abords de l'hôpital que lorsque je sentis la jeep d'Emmett ralentir pour s'engager sur le parking. Je n'avais rien vu du trajet tellement j'étais perdue dans mes pensées.
"Qu'en penses-tu, Bells?"
La voix de mon meilleur ami me ramena à la réalité et je fus surprise de les voir tous deux m'observer par dessus leurs sièges, les sourcils froncés, l'air inquiet.
"Ca va?"
"Ou... oui, ça va. Tu disais?"
"Je te demandais si tu souhaitais que nous t'accompagnions tous les deux ou pas?"
Mon regard passa de mon ami d'enfance à mon amant, retournant ces quelques mots dans ma tête. Je désirais plus que tout voir mon père, me rassurer sur son état et comprendre ce qu'il lui était arrivé mais une appréhension m'étreignait les entrailles. J'avais besoin d'eux, besoin de leur présence à mes côtés, besoin de leur réconfort tant de l'un comme de l'autre.
"Je préfère que vous m'accompagniez" balbutiai-je d'une voix tremblante.
"Ok alors, on y va"
Emmett sortit en premier de la voiture. Jasper et moi nous observâmes un instant avant de nous extirper également de l'habitacle. Il s'approcha de moi et, dans un geste rassurant, il passa son bras autour de mes épaules m'entraînant vers l'entrée de l'hôpital. Mon meilleur ami nous emboîta le pas et se tint à ma gauche. C'est lui qui s'approcha du comptoir des admissions, nous en retrait pour obtenir des informations. Je le regardai discuter, faire des gestes, parlementer pour enfin revenir vers nous en marmonnant.
"Vieille peau!"
"Qu'est-ce qu'elle t'a dit?"
Emmett continuait à monologuer en s'arrêtant près de nous. Ne pouvait-il s'arrêter de geindre et me donner les nouvelles que j'attendais?
"Em?"
"Désolé Bells mais... Viens, j'ai quand même réussi à obtenir le numéro de la chambre."
Il passa devant nous, nous emmenant dans le dédale des couloirs.
"Que t'a-t-elle dit?"
"Rien. Nada. Une vraie tombe cette ... grr ..."
"Mais encore?"
Jasper, voyant que je tremblais de plus en plus, resserra son emprise sur mon épaule ce qui eut le mérite de me détendre légèrement.
"Elle a refusé de me dire quoi que ce soit sous prétexte que c'était le médecin qui devait nous donner les infos. J'ai eu beau lui dire que tu étais sa fille et tout, rien à faire."
Nous tournâmes dans un nouveau couloir et aperçûmes Sam qui nous avait précédés. Il se tenait, droit comme un i devant une porte fermée. Il la fixait comme si celle-ci allait fondre sous son regard perçant ou qu'il allait voir au travers. Jasper me lâcha immédiatement et je ressentis une sensation d'abandon mais je rejetai ce sentiment dans un coin de ma tête, ne voulant me concentrer que sur mon père.
"Ah vous voilà!"
"Comment va Charlie?"
"Je ne sais pas Bella. Le médecin est à son chevet ainsi ..."
Je levai les sourcils lorsqu'il s'arrêta au milieu de sa phrase. Comme le silence s'éternisait, je penchai la tête comme si ce geste allait accélérer la réponse.
"Un policier est également dans la chambre." (NDJ: visiblement, ça marche :D)
"Un policier? Mais pourquoi?"
"Je n'en sais rien. Nous en saurons plus lorsqu'on nous laissera entrer."
J'hochai la tête et m'appuyai sur la cloison face à la porte. Les minutes s'égrenèrent lentement durant lesquelles la peur reprit doucement sa place dans ma tête. Il me semblait qu'une éternité avait passé lorsque la porte de la chambre s'ouvrit laissant passer un homme d'une cinquantaine d'années en blouse blanche suivi d'un autre en uniforme. Ils se saluèrent avant de se séparer. Tandis que le médecin se tournait vers nous, le policier s'éloignait déjà vers la sortie après nous avoir salués d'un bref hochement de tête.
"Bonjour, vous êtes de la famille de Monsieur Swan?"
"Oui, voici sa fille."
"Mademoiselle Swan..."
"Madame Hale" corrigeai-je par réflexe comme je le faisais systématiquement depuis quelques semaines. "Comment va mon père?"
"Excusez-moi. Madame Hale. Je suis le docteur Brown. Votre père souffre de quelques contusions au niveau des côtes et d'une épaule luxée qui a déjà été replacée. Heureusement, malgré le choc violent, ni ses membres inférieurs ni sa colonne n'ont souffert. Il se plaint également de maux de tête mais sans gravité."
Je poussai un soupir de soulagement aux paroles rassurantes du praticien. Mon père n'était que légèrement blessé.
"Il peut sortir?"
"Nous allons le garder en observation cette nuit par pure précaution et il sera autorisé à regagner votre maison dès demain matin si aucune complication ne s'est présentée."
"Merci docteur. Puis-je aller le voir?"
"Certainement mais seulement deux personnes à la fois. Nous lui avons donné des antalgiques qui l'assomment un peu. Il a besoin de calme et de repos."
Je m'apprêtai à pénétrer dans la chambre quand Emmett adressa la parole au docteur. Je tendis l'oreille afin d'écouter.
"Excusez-moi docteur. Mais que voulait ce policier?"
"Il désirait poser des questions à Monsieur Swan concernant les circonstances de l'accident mais il avait pratiquement terminé lorsque je suis arrivé."
"Oh, merci."
Le praticien s'éloigna laissant mes deux amis en faction devant la porte. J'ouvris la porte et découvris mon père allongé dans un lit blanc immaculé. La chambre semblait aseptisée avec ses murs blancs dénués de toute décoration, ses draps en coton dépassant de la couverture de laine claire. Au centre de tout ce blanc, Charlie était couché au milieu du lit dans une chemise hôpital blanche aux petits motifs asymétriques rouges. Sa tête était posée sur l'oreiller et ses yeux étaient fermés donnant l'illusion qu'il dormait. Le voir si vulnérable, raccordé à des cathéters et portant une attelle au bras, me fit mal. Mon coeur se serra et souffrit de concert avec lui. Je m'avançai lentement, faisant le moins de bruit possible tandis que Sam me suivait, refermant la porte derrière lui. Mon père ouvrit les yeux et posa son regard sur moi dès que je fus à ses côtés.
"Oh, papa. Comment te sens-tu?"
Je lui pris la main en lui adressant la parole. Charlie serra mes doigts et m'attira vers lui. Irrésistiblement,des larmes s'invitèrent à notre étreinte et, enlacée dans les bras de mon père, je les laissai couler. Elles me permettaient de soulager une partie de la peur et du stress qui ne me quittaient plus depuis notre départ du Ranch. Une telle proximité était très rare avec Charlie mais pour l'instant je ne souhaitais rien d'autre que sentir ses bras autour de moi, preuve qu'il était vivant et relativement en bon état.
"Je vais bien, ma chérie"
Sa main caressant mon dos réussit à me réconforter légèrement. L'accident dont il venait d'être victime avait bien failli l'arracher à moi. Pour la première fois, je réalisai le lien qui m'unissait à mon père. J'avais toujours considéré comme normale sa présence à mes côtés et jamais je n'avais imaginé que je pouvais le perdre. Et cette idée m'était insupportable et douloureuse.
"Bonjour Sam."
"Bonjour Charlie. Tu es sûr que tu vas bien?"
"Oui, vraiment."
Je me redressai et m'assis sur le bord du lit tandis qu'il serrait la main de notre régisseur. Je l'observai pendant qu'ils échangeaient quelques mots. Mon père avait l'épaule droite soutenue par une attelle de Zimmer. Alors qu'il se mettait à tousser, je le vis porter son bras valide à ses côtes pour les soutenir.
"On ne devrait peut-être pas trop te faire parler. Tu sembles souffrir."
"Ne te tracasse pas Bella. Je ne vais pas trop mal. Je t'assure."
"Mais..."
"Et je suis heureux de n'avoir que quelques côtes cassées et ce bras en écharpe."
Je soupirai car je savais que Charlie n'était pas du genre à se plaindre facilement et qu'il désirait certainement donner des consignes à Sam. De plus, je n'étais pas encore prête à le quitter. Je n'étais pas encore complètement rassurée.
"Mais que s'est-il passé sur cette route?"
Mon père fronça les sourcils en nous regardant l'un après l'autre. Il hésitait. Ce n'était pas normal.
"Papa?"
"J'ai quitté la route."
"Où exactement? Cette route ne présente aucune difficulté et le temps est clément pour l'instant."
Sam énonçait exactement les mots que je désirais prononcer. Il ne comprenait pas, ni moi non plus, comment un chauffeur aussi consciencieux et prudent que Charlie pouvait avoir eu un accident sur cette nationale.
"Ecoute Sam, ce n'est rien, n'en..."
"Pourquoi y avait-il un policier lorsque nous sommes arrivés?"
"C'est..."
"Stop, Charlie. Tu es mon ami et, ce, depuis de nombreuses années. Tu sais que je suis toujours avec toi quoi qu'il se passe mais là, nous sommes inquiets."
"Sam ... c'est compliqué, tu le sais mieux que personne."
"Justement. Il est temps de parler."
J'observai l'échange entre les deux hommes, cherchant à saisir le sens caché de leur conversation. Ils s'affrontèrent du regard puis mon père sembla capituler. Ses épaules s'affaissèrent, sa tête s'inclina vers le bas et je l'entendis soupirer avant de poser ses yeux sur moi. Charlie me prit les mains qu'il serra légèrement. Il hésitait à nouveau.
"Tu as raison Sam mais c'est difficile."
"Je vais attendre dehors si tu préfères."
"Non Sam, reste. Tu sais déjà tout."
Le père d'Emmett prit place dans le fauteuil placé à la droite du lit, croisant la jambe gauche sur son autre genou.
"Le policier que vous avez vu sortir de la chambre venait prendre ma déposition car..."
"Pourquoi?" m'écriai-je.
"Laisse parler ton père, Bella."
Je grimaçai mais Sam avait raison. La parole était à Charlie qui semblait déjà avoir énormément de peine à m'expliquer certaines choses.
"En vérité, mon accident n'en est pas vraiment un"
"QUOI?"
Sam et moi avions crié en même temps cette fois-ci. J'étais horrifiée de ce que j'entendais. Quelqu'un en voulait à mon père? Cette personne allait-elle s'en prendre à nouveau à lui? Cela avait-il un lien avec son envie de me voir mariée et en sécurité? Une multitude de questions m'assaillit.
"Du calme. J'ai perdu le contrôle de la voiture car..."
"Mais parle" m'énervai-je tandis que je frissonnais de peur.
Charle serra mes mains qu'il tenait toujours dans les siennes voulant me rassurer.
"Alors que je roulais sur la nationale me ramenant au Ranch, une berline noire est subitement apparue derrière moi. Je n'y ai pas prêté attention directement mais au bout d'une dizaine de minutes, elle s'est rapprochée très très près de l'arrière de mon véhicule."
"Elle t'a percuté?"
"Non. Elle a fini par me dépasser pour zigzaguer devant moi. J'ai tenté de l'éviter et de m'éloigner d'elle mais le conducteur s'acharnait à me bloquer la route. Puis, subitement, il a freiné. J'ai paniqué et donné un coup de volant qui m'a envoyé dans le décor. Évidemment, j'ai atterri dans un arbre. C'est fou la probabilité qu'il existe d'en percuter un en cas d'accident"
Je ne pus réfréner le petit rire nerveux qui sortit de ma bouche. Mon père avait conservé son sens de l'humour malgré les circonstances.
"Et ... Et tu sais qui c'était?"
"Non, les vitres étaient teintées. Le policier m'a demandé les mêmes choses."
"Tu dois bien avoir remarqué un truc."
"Non, Sam. La voiture n'avait aucune marque distinctive et, en plus, elle n'avait pas de plaque d'immatriculation."
"Mais qui te voudrait du mal?"
"Ma chérie!"
"Non, papa. Je veux tout savoir. Tu vient d'accepter de me parler. Alors c'est le moment. Que me caches-tu depuis un an?"
"Je sais que j'ai été très mystérieux mais c'était pour ton bien."
Je n'ajoutai rien, attendant simplement qu'il se décide, qu'il se dévoile enfin et accepte de tout me révéler. Il observait nos mains toujours jointes. Quand il leva les yeux, je sus qu'il avait pris sa décision.
"Il y a bien longtemps, bien avant ta naissance, j'ai fait des choses dont je ne suis pas très fier à présent. J'ai aidé, grâce à mon métier de journaliste, des hommes que j'aurais mieux fait d'éviter."
"Est-ce que tout cela à un rapport avec Alex ou … son père?"
"Non pas directement. J'ai rendu service à ces hommes et c'est le père d'Alex qui m'a sorti de cette situation. Il m'a tiré d'affaire en me proposant un travail et c'est également grâce à lui que j'ai pu créer mon propre journal."
"Mais c'était il y a très longtemps. Pourquoi s'en prendre à toi maintenant?"
"Dans ce milieu, le temps n'a pas autant d'importance que pour nous. Ils n'oublient jamais. Mais je ne suis pas certain qu'il s'agisse de ces hommes"
"Tu as parlé au policier? Tu lui as tout raconté, n'est-ce pas? Et si ce n'est pas les hommes que tu as connus autrefois, qui cela peut-il être?"
Mon père hésita une fraction de seconde mais elle fut suffisante pour m'alarmer.
"Ma chérie, c'est compliqué."
"Arrête de répéter ça sans cesse."
"Tout va rentrer dans l'ordre. Le principal est que tu sois en … sécurité. C'est ma … priorité."
La respiration de Charlie devenait de plus en plus saccadée et il peinait à garder les yeux ouverts. Les calmants qu'on lui avait administrés commençaient à faire leur effet seulement j'avais encore des questions, des tonnes de questions. Il restait des tas de vides à combler dans les explications de mon père.
"Bella, je crois que nous devrions le laisser tranquille pour aujourd'hui"
Sam avait raison, mon esprit le savait mais mon corps, lui, refusait de bouger et de le laisser seul. Lorsqu'il bailla pour la troisième fois, je dus me résoudre à laisser mon père se reposer. Après tout, il venait d'être victime d'un accident et même si ses blessures étaient mineures, il souffrait.
"On va te laisser papa. Je reviendrai demain pour te ramener à la maison si les médecins t'en donnent l'autorisation."
"Je suis désolé ma chérie, je suis si fatigué ..."
"Je sais papa. Repose-toi."
Je déposai un baiser sur la joue de mon père qui sombrait déjà. Mais alors que j'arrivais à la porte avec Sam, il m'interpella.
"Bella?"
"Oui?"
"Promets-moi d'être prudente, ma chérie. Ne voyage pas seule. Je doute qu'on essaye de s'en prendre à toi mais je serais plus rassuré."
"Ne t'inquiète pas, je serai accompagnée. Repose-toi à présent."
Le trajet jusqu'au parking se fit en silence. Ni Sam, ni moi, ne parlâmes. Je repassai en boucle dans ma tête les paroles de mon père. J'avais eu la confirmation que c'était la peur qui l'avait poussé à me forcer à me marier. Il voulait me protéger. Mais me protéger de qui?De quoi? J'avais du mal à imaginer que des hommes rencontrés il y a plus de vingt-cinq ans puissent subitement resurgir du passé pour s'attaquer à Charlie. De plus, la présence d'Alex, justement au moment précis où ces hommes refaisaient surface était troublante. J'accélérai le pas, pressée de raconter à mes deux acolytes mon entrevue avec mon père. Ceux-ci nous attendaient nonchalamment appuyés contre la Wrangler.
"Alors, comment va Charlie?"
"Aussi bien qu'il puisse aller après un accident de voiture. Nous l'avons laissé se reposer, il en a grand besoin."
"Et toi, Bells, ça va?"
"Oui … je crois."
"Emmett, puisque je suis en ville, je vais en profiter pour faire quelques achats et j'aurais besoin de toi."
"Mais … Et Bella?"
"Donne tes clés à Jasper, il va la raccompagner. Et toi, je te confie Bella, ramène-la en sécurité au Ranch."
Emmett nous regarda l'un après l'autre mais j'avais du mal à me remettre de la visite à l'hôpital, de la vision de mon père couché dans ce lit blanc. Il sortit enfin un trousseau de clés de sa poche qu'il lança au Texan en grognant.
"Fais-y attention comme à la prunelle de tes yeux."
"A qui? A ta jeep ... ou à Bella?"
Jasper arborait son éternel sourire en coin en fixant Emmett qui, lui, le fusilla du regard.
"Les deux. Mais je sais déjà que pour la seconde, j'ai aucun souci à me faire alors concentre-toi sur la première."
"Je vais essayer."
Sam, qui s'était éloigné de nous, appela son fils. Ce dernier nous quitta à regret tandis que Jasper déverrouillait la Jeep et m'ouvrait la portière afin que je puisse m'y installer. Nerveuse, je n'arrivais pas à boucler ma ceinture et le Texan dut me la prendre des mains pour le faire à ma place.
Jasper nous conduisit en dehors de la ville mais je ne m'en rendis que vaguement compte. Le paysage défilait mais je ne le voyais pas. Les yeux rivés sur la route, je pensais à mon père et mon coeur se serrait. Je le voyais blessé, amoindri, en souffrance. Je pensais à ces poursuivants qui n'avaient pas hésité à mettre sa vie en danger. Charlie était ma seule famille et, aujourd'hui, pour une raison que j'ignorais, j'avais failli le perdre. J'avais failli ne plus le voir, ne plus l'entendre me faire la morale ou encore me réprimander. J'avais failli ne plus vivre toutes ces choses qui, en temps normal, m'horripilaient mais qui, subitement, devenaient les choses les plus importantes au monde. Sans que je puisse les retenir, des larmes coulèrent sur mes joues. Très vite, ce petit flux se transforma en véritable torrent.
Emprisonnée dans mes pleurs, je ne remarquai pas que la jeep s'était immobilisée ni que la portière s'ouvrait avant de sentir la chaleur des bras de Jasper autour de moi. Il m'enlaça fermement pendant que je laissais libre cours à ma peine, à la peur. Je noyai sa chemise mais il ne sembla pas s'en formaliser car jamais son étreinte ne se relâcha.
Lorsque les larmes se tarirent enfin, j'étais installée sur ses genoux, blottie dans ses bras, la tête reposant au creux de son cou. Je l'entendais vaguement murmurer des mots réconfortants et il déposait de temps à autre un baiser sur mes cheveux.
"Ca va mieux?"
"Oui."
"C'est un bien petit oui"
Je reniflai bien peu élégamment tout en calmant tant bien que mal les derniers soubresauts de mon chagrin. Les caresses légères de Jasper dans mon dos associées à ses lèvres sur ma tempe m'aidèrent énormément. Nous restâmes quelques minutes silencieux, moi blottie dans ses bras avant qu'il ne reprenne la parole.
"La visite s'est mal passée? Ton père est plus mal que ce que le docteur nous a dit?"
"Non."
"Alors, pourquoi ces pleurs?"
"C'est … le contrecoup, je pense."
"Tout va bien aller, Chaton."
"Je sais. Mais Charlie nous a appris que l'accident n'en est pas un en réalité."
"Oui, je sais."
Je me redressai d'un coup, heurtant l'arrière de ma tête contre le pare-brise. Ignorant la douleur, je fixai le Texan en fronçant les sourcils. Comment pouvait-il savoir une chose que mon père venait à peine de me révéler?
"Comment ça: "tu sais"?"
"Après ton entrée dans la chambre avec Sam, Emmett et moi avons rattrapé le policier. Nous avons discuté et il a fini par nous avouer qu'un véhicule noir avait pris en chasse ton père et l'avait envoyé dans le décor."
"T'a t-il donné d'autres informations?"
"Non, très peu. Ils ont une vague idée du modèle de voiture grâce à un témoin."
"Il y a eu un témoin?"
"Enfin, non pas vraiment. Un type a croisé une berline noire qui fonçait à toute allure. Ca l'a frappé car elle occupait presque toute la route et a failli lui rentrer dedans. En plus, elle ne possédait pas de plaque d'immatriculation. C'est également lui qui a prévenu les secours pour Charlie quand il est arrivé à sa hauteur."
"Heureusement qu'il passait par là."
"Oui, effectivement."
Je me réinstallai contre lui, passant mes bras autour de son cou. Je me sentais si bien, si en sécurité lorsqu'il était près de moi que je n'avais aucune envie de repartir à la maison. En ce moment difficile, j'avais besoin de cette liberté que nous avions loin des autres, loin de mon père, pour surmonter les derniers évènements. Jasper glissait ses mains sur mon dos ce qui me provoquait une multitude de frissons. Je répondis en embrassant son cou, sa mâchoire et remontant lentement pour enfin atteindre ses lèvres que j'effleurai à peine. Ses yeux verts plongèrent dans les miens et son irrésistible sourire se dessina sur sa bouche. J'humectai mes lèvres sous son regard brillant. Je n'avais que rarement pris l'initiative de nos étreintes mais n'y tenant plus, je m'emparai de sa bouche pour un baiser auquel il répondit immédiatement. Très vite, je m'enflammai et j'en voulus plus. Je voulais sentir ses mains sur moi, être encore plus proche de lui, tout oublier sauf lui, sauf nous. M'enhardissant, je m'attaquai aux boutons de sa chemise. Ils me résistèrent un peu mais tenace, j'en vins à bout. Ma bouche quitta ses lèvres et descendit sur son torse. Lorsque j'arrivai au niveau de la ceinture, je caressai ses abdominaux remontant les doigts dans sa douce toison blonde. Jasper avait enfui sa tête dans mon cou, ses mains toujours dans mon dos et son souffle légèrement plus rapide. Je commençais à peine à tirer sur sa ceinture pour l'ouvrir qu'il posa ses mains sur les miennes.
"Pas ici, Chaton."
"Si, maintenant."
"On est sur le bord d'une route nationale. Je doute que ça fasse bonne impression de se faire arrêter pour exhibitionnisme alors que personne n'est au courant. Tu n'as rien dit?"
Réalisant qu'effectivement, nous étions au vu de tous sur cette route dégagée, je me redressai et voulus lâcher la ceinture de Jasper. Mais il garda mes mains serrées et m'attira à lui. Lorsque ses lèvres rencontrèrent une fois de plus les miennes, je dus faire appel à toute ma volonté pour ne pas
reprendre mon effeuillage.
"Non, je n'ai pas eu l'occasion d'en parler" répondis-je enfin.
"Alors, ne dis rien. Je pense que c'est préférable tant qu'on n'en sait pas plus."
"D'accord."
"Et ça va mieux?" demanda-t-il en prenant mon visage entre ses mains, ses pouces caressant mes joues.
"Oui, beaucoup mieux, merci."
"Ok, alors, on va repartir vers le Ranch. Tu vas te reposer un peu, digérer tous les derniers évènements de la journée pendant que je rattrape le temps perdu surtout que j'ignore quand Emmett et Sam seront de retour. J'en profiterais peut-être aussi pour prendre une bonne douche froide" acheva-t-il en me faisant un clin d'oeil suggestif.
Je sentis mes joues s'échauffer tandis qu'il me soulevait pour s'extirper de la jeep et me reposer sur le siège tout en riant.
xXxXx
Arrivée à la maison, j'avais suivi les conseils de Jasper et étais montée dans ma chambre. Malheureusement, je n'avais pu trouver le repos et la tranquillité d'esprit. Les mots de mon père avaient tourné en boucle dans ma tête. Et bien qu'il soit persuadé que l'accident était dû à son passé, moi, je ne pouvais m'empêcher de penser à Alex et de le relier de près ou de loin à son hospitalisation. J'étais plus que décidée à cuisiner mon père dès le lendemain. Une bonne nuit de sommeil lui ayant fait du bien, il serait plus amène à m'écouter et discuter.
J'avais également consacré une partie du temps avant le repas du soir à relire le mail de ma belle-soeur, Rosalie Hale. Au bout de la dixième fois, j'en étais toujours au même point. Que pouvais-je répondre à une personne que je ne connaissais pas et que je ne connaîtrais certainement jamais sur une relation inexistante avec une autre personne inconnue? Plus le temps passait et plus je devais admettre que toute cette histoire de mariage m'apportait plus de soucis que de solutions. Enfin, il m'avait quand même apporté Jasper. Quelle que soit l'issue de toute cette mascarade, il me resterait de magnifiques souvenirs avec lui.
Reportant une onzième fois les yeux sur mon écran, je commençai à répondre au message du mieux que je pouvais tout en restant évasive.
Chère Rosalie,
(oui, n'entrons pas dans le jeu des sarcasmes comme elle)
Je m'excuse de cette réponse tardive mais des évènements inattendus se sont produits postposant cet échange.
Je comprends tout à fait votre surprise concernant notre union à William et à moi. J'imagine également combien il doit être pénible pour votre mère de ne pas avoir pu y participer et avec le recul, je vous présente mes excuses. (autant faire profil bas, on ne sait jamais ce que l'avenir me réserve)
Je serais enchantée et honorée de vous rencontrer prochainement lors du retour de William.
Qui suis-je? (Bonne question!) Je suis fille unique et je vis habituellement avec mon père à Phoenix. J'ai voulu comme votre frère découvrir le monde avant d'aborder la vie. Actuellement, je suis dans notre Ranch près de Tucson mais cela vous devez déjà le savoir via Edward! (après tout, elles avaient bien envoyé leur avocat-espion)
Vous vous posez des question sur moi mais croyez-moi, je ne suis pas sans m'en poser également sur ma belle-famille. William ne m'a que très peu parlé de vous. (Et toc!)
Le délai avant que nous ne puissions en discuter de vive voix se réduit (trop à mon goût) et nous pourrons prochainement faire plus ample connaissance (ou pas).
Cordialement,
Isabella
Court mais concis. Pas un mot de trop, ni trop peu. Juste assez pour être polie et correcte mais pas trop pour risquer le faux pas. Il ne restait que peu, très peu de temps avant la nouvelle année, date limite imposée par William et je n'aurais plus besoin de jouer et mentir à personne. Mon idée de tout avouer à mon père était toujours dans un coin de ma tête. Cela ne mettrait-il pas plus en danger Charlie ou bien moi-même? Mais d'un autre côté, rien ne nous obligeait à rendre publique cette information même si j'en parlais à mon père.
Je n'avais toujours pris aucune décision lorsque j'entrai dans la cuisine une demi-heure plus tard. Emily m'apprit que Sam et Emmett ne rentreraient que plus tard dans la soirée et que le repas était prêt. Je l'aidai à amener les derniers plats à la salle à manger commune où certains hommes étaient déjà attablés, dont Jasper. Évidemment, qui se trouvait à ses côtés? Nettie. Elle le collait tout en servant le boeuf. Je ne comprenais pas les mots qu'ils échangeaient mais elle éclata de rire. Je posai le plat que je tenais en main assez peu délicatement attirant l'attention générale sur moi et, plus particulièrement, celle de mon Texan. Ce dernier m'observait avec son sourire en coin et l'oeil pétillant de malice. En réponse, je le fusillai du regard n'appréciant pas du tout la proximité de la brune. Je m'installai à l'opposé de la table près de Paul. Celui-ci avait calmé ses ardeurs ces derniers temps et je commençais à comprendre pourquoi. Lucy avait pris place à sa gauche et je pouvais distinguer la main de Paul posée sur sa cuisse. J'étais contente pour eux. Paul était un mec sympa et Lucy méritait d'avoir un homme bon et gentil avec elle. Sa vie n'avait pas toujours été rose, surtout côté coeur.
"...alors, tu es d'accord?"
La voix aiguë de Nettie attira mon attention. Elle s'était assise près de Jasper et le dévorait du regard, prête à lui sauter dessus.
" On verra bien, Nettie."
"Allez, dis ouiiii!"
"Si tu insistes, alors c'est non." (NDJ: et toc ! Bah quoi, elle m'énerve !)
"T'es pas marrant!" maugréa-t-elle en se levant et regagnant la cuisine.
Au bruit qu'elle faisait en fouillant dans les armoires, elle n'était pas contente. Tout un chacun se mit à rire autour de la table. Je reportai mon attention sur Jasper pour comprendre. Il haussa simplement les épaules en souriant et recommença à manger. Je n'avais pas suivi leur conversation mais il semblait qu'il l'ait poliment envoyé promener. Et cette idée me rendit ma bonne humeur.
"Salut la compagnie."
"Emmett!"
"Quoi?"
"Es-tu toujours obligé de parler aussi fort."
"Non, mam"
Mon meilleur ami entoura les épaules d'Emily sachant très bien qu'elle ne pouvait lui en vouloir longtemps quand il agissait de la sorte.
"Bon, ça va. As-tu faim?"
"Non c'est gentil. Nous nous sommes arrêtés pour grignoter un bout … entre hommes."
"Hum!"
"Je venais juste dire à Jasper de se magner car j'ai des … infos importantes à lui communiquer pour … le rodéo" répondit-il en faisant des signes de tête peu discrets au blond.
Emmett semblait mal à l'aise et préféra s'éclipser rapidement pour éviter que quiconque lui pose des questions. Jasper engloutit rapidement la fin de son dîner avant de s'excuser et d'aller le rejoindre. Ma curiosité prenant le pas sur ma bonne éducation, je terminai en vitesse mes dernières bouchées afin de pouvoir aller les retrouver et écouter ce qu'Emmett avait à dire car je doutais fortement que cela ait un rapport avec le rodéo aussi important soit-il.
C'est essoufflée que j'arrivais devant sa chambre où j'entrai sans même frapper. Je trouvai Emmett vautré sur son lit tandis que Jasper se tenait bien droit devant la porte fenêtre donnant sur un petit balcon.
"Alors?"
"Quoi alors?"
"Emmett, arrête. Qu'as-tu appris de ton père?"
"On ne peut vraiment rien te cacher?"
"Désolée mais je te connais trop bien. Tu sais pas mentir. J'ai tout de suite compris que ce que tu avais à lui dire n'avait aucun rapport avec le rodéo" répliquai-je en faisant un signe de tête pour désigner le Texan qui se rapprochait de moi.
"Effectivement."
Tout en restant concentrée sur Emmett, je sentis les bras de Jasper s'enrouler autour de ma taille, son torse se collant à moi . Mon meilleur ami secoua la tête en levant les yeux au ciel mais reprit la parole.
"J'ai eu un peu de mal à faire parler Sam mais il est vraiment inquiet. Très inquiet même pour Charlie. Il m'a rapporté les paroles de ton père mais en reconnaissant qu'il aurait dû te parler beaucoup plus. J'en ai donc profité pour poser quelques questions."
"Et?"
"Ton père a bien eu des soucis dans le passé suite à des articles qu'il a écrits pour aider des hommes peu scrupuleux. C'est Andrew, le père d'Alex, un ami de ton père à l'époque, qui l'a aidé à s'en sortir. Les années ayant passé, Charlie avait complément oublié qu'il avait une dette envers son ami. Mais il y a plus ou moins quinze mois d'ici, Alex est venu lui rendre visite pour la première fois à Phoenix dans ses bureaux. Son père était décédé et, en récupérant des documents, il a appris que ton père leur était toujours redevable. Charlie a accepté directement de lui verser de l'argent même avec des intérêts pour rembourser la somme prêtée pour ouvrir son premier journal. Durant deux mois, plus de nouvelles, puis Alex est revenu à la charge devenant de plus en plus gourmand, agressif et menaçant d'après Sam. Juste avant la fameuse proposition, un accident est survenu au journal."
"Charlie ne m'a rien dit!" répliquai-je, offusquée
"Non, il ne désirait pas t'alarmer. Mais c'était un sabotage. Les demandes d'argent ont cessé d'un coup. Il n'avait aucune preuve pour prouver quoi que ce soit contre Walker. Un jour, ce dernier a émis l'idée de te rencontrer car tu semblais à son goût. Il avait vu une de tes photos dans un magasine poeple."
"Ca, on avait remarqué!"
"Jasper, laisse-le finir"
"Il paraîtrait même que le père d'Alex et Charlie avaient pensé, il y a plus de 25 ans, que ce serait génial si leurs enfants tombaient un jour amoureux. Rêve d'amis! Mais le fils n'a rien avoir avec le père. A partir de ce jour, Charlie a pris peur. Il a imaginé que si tu n'étais plus libre, Alex oublierait son obsession pour toi."
"Et de là, son ultimatum de mariage."
"Exactement."
Mes jambes flageolaient sous le flot de nouvelles et je ne restai debout que grâce à la poigne de fer de Jasper. Tout se mélangeait dans ma tête: l'accident, l'état de Charlie, le récit d'Emmett. Subitement, tout devint trop. Les émotions étaient trop fortes, trop variées et je craquai à nouveau. Les larmes coulèrent de mes yeux et, une fois de plus, la chemise de Jasper qui m'avait pris dans ses bras, s'inonda de mes pleurs. Mais je devais me reprendre. Je devais être forte pour soutenir mon père, pour affronter Alex, pour déjouer ce qui s'abattait sur nous. Avec l'aide de mon meilleur ami et de mon mari, je savais que j'étais capable de venir à bout de ce problème. J'allais me battre contre Alex Walker et l'empêcher de s'en prendre à nouveau à mon père et aux personnes que j'aimais.
J'essayai mes yeux, ravalant mes derniers sanglots. C'étaient les dernières larmes que je verserais à cause d'Alex Walker, je m'en faisais la promesse.
Charlie va bien et on sait un peu plus sur son secret.
J'espère que ce chapitre vous aura plu. Maintenant, direction le Rodéo.
A bientôt
Bisous
Eli
