Bonjour,

Voici la suite de mon histoire qui j'espère vous plaira autant qu'il m'a plu de l'écrire.


Chapitre 16: Rodéo

Je me réveillai vers 7 heures au chant des oiseaux et constatai que j'étais toujours seule. Avais-je vraiment vu Jasper quitter la chambre au milieu de la nuit après un appel téléphonique ou avais-je rêvé cette soirée? Non, le souvenir était trop précis pour avoir imaginé son départ. Décidant qu'il était inutile de me torturer les méninges alors que je pourrais lui en parler de vive voix rapidement, je me levai.

Je fus très vite prête puisqu'après ma douche, je n'enfilai qu'un jean, une chemise en flanelle bleue à carreaux dont je retournai les manches et un petit foulard pour le cou. La partie maquillage fut également vite expédiée. Je n'étais déjà pas une grande fan en temps normal alors pas besoin d'en faire de trop pour assister à ce genres d'épreuves depuis les gradins, sous des tonnes de poussière. De plus, j'allais devoir rester pas mal d'heures sous le soleil bien présent en ce mois de décembre. On annonçait des températures avoisinant les 17-18 degrés. C'était l'un des avantages à habiter en Arizona. J'attrapai ma veste Levi's avant de descendre prendre un petit déjeuner.

Mon premier repas de la journée fut très calme étant donné que je me retrouvai seule dans la grande salle bondée de visiteur de l'hôtel. L'un des serveurs me transmit un message laissé par Emmett m'informant que Jasper, Edward et lui-même étaient partis tôt afin d'être prêts et entraînés. Lorsque je rejoignis l'arène, je fus surprise du monde déjà présent alors qu'il était à peine 8h30 et que les épreuves commençaient à 11 heures. Les gradins se remplissaient et les cow-boys s'attelaient auprès de leur monture.

Je trouvai tout mon petit monde très occupé mais chacun prit le temps de me saluer chaleureusement. Emmett et Edward s'entraînaient au paddock et je m'appuyai contre la clôture en bois pour les observer. Par contre, pas de Jasper en vue. Plus les minutes s'égrenaient et plus je me sentais bouillir. Que faisait-il?

"Coucou, Chaton"

Pas besoin de tourner la tête pour savoir qui s'adressait à moi puisqu'une seule et unique personne m'appelait ainsi. Et puis, j'aurais pu reconnaître sa voix entre mille. Jasper s'installa à mes côtés, frôlant mon dos de sa main. Mon corps, le traître, frissonna à ce contact.

"Je n'ai pas droit à un bonjour?"

"Non!"

"Tu es fâchée?"

"Oh mais c'est que tu es perspicace ce matin!"

Jasper me saisit le bras pour me faire pivoter vers lui mais je le retirai d'un mouvement brusque, le fusillant du regard que j'espérais le plus noir possible. Mon texan blond laissa retomber son bras et soupira.

"Vas-y. Qu'y a t-il encore?"

"Encore? Mais qui m'a abandonnée en pleine nuit sans rien me dire? Et surtout sans revenir m'expliquer? Ensuite, j'arrive et ... surprise ! Pas de Jasper!"

"Oui et alors?"

"Et alors? Rien. Va travailler et fiche moi la paix."

"T'as raison. Les chevaux sont bien moins compliqués que vous, Madame Hale."

Sur ces quelques mots, il me laissa en plan pour rejoindre Emmett et Edward. Ceux-ci l'accueillirent avec de grandes accolades et il sourit chaleureusement. Immédiatement, ils entreprirent de terminer leur préparation et entraînement. Jasper ne fit plus aucun cas de moi mais ne manqua pas de saluer à grands signes de la main Nettie et Lucy qui nous rejoignirent une demi-heure plus tard. Restant à l'écart appuyée contre la barrière, je l'observais discrètement. Une fois de plus, je devais reconnaître que j'avais exagéré. Mais pourquoi me laissai-je donc emporter par mes émotions? Ce n'était pas mon genre habituellement. J'étais plutôt quelqu'un de posé et de réfléchi. Alors, pour quelle raison Jasper faisait-il ressortir mes mauvais côtés?

Mon meilleur ami et Edward vinrent me parler plusieurs fois, me demandant pourquoi je restais dans mon coin, mais je gardai pour moi la raison de mon mutisme. Autant éviter d'éveiller des doutes dans la tête d'Edward ou de susciter des railleries de la part d'Emmett. Lorsqu'enfin, ils s'éloignèrent vers l'arène, je m'approchai des filles ... enfin pas trop près quand même. Bientôt, Jared et Paul nous rejoignirent. Ensemble, nous gravîmes les gradins en bois afin de nous trouver une place de choix non loin de l'entrée des participants. Très vite, les sièges furent assaillis et plus une seule place ne fut disponible. Un brouhaha épouvantable nous enveloppait. Les cris et les acclamations résonnaient de part et d'autre. Bien vite, entraînée par l'excitation environnante, je battis des mains avec l'assistance.

La première épreuve, et la seule de cette matinée, était la prise de veau au lasso. Cette discipline, où excellait Emmett chaque année, demandait une très bonne coordination et relation entre le cavalier et sa monture. De plus, les gestes devaient être rapides et, surtout, les participants devaient avoir une grande maîtrise du lasso. Le but était d'attraper un veau d'une centaine de kilos, de l'immobiliser et de lui attacher trois pattes en croisée à l'aide d'une corde de manille. L'épreuve était réussie lorsque le veau restait prisonnier minimum 5 secondes après que le cow-boy soit remonté en selle et que son cheval ait avancé d'un pas.

Les participants se succédaient. Le public scandait le nom des cavaliers. Tout à coup, ce fut au tour de Jasper d'entrer en piste. Notre petit groupe se leva et se mit à crier et siffler, battant en décibels le bruit des autres. Emmett et Edward, selon le tirage au sort, étaient passés dans les premiers. Leurs temps s'étaient avérés très bons. Je battis des mains et criai comme mes compagnons. Ma poitrine se serra à sa vue. Je ne pouvais m'empêcher de le trouver si beau, si fier et si sexy sur son étalon. Il avançait au trot pour se placer au fond de l'arène comme l'exigeait le règlement. Il balaya les gradins, sourit à notre groupe et s'attarda un moment sur moi avant de regarder devant lui, prêt à pourchasser le veau.

La cloche retentit et l'animal sortit de son box à toute vitesse. Jasper éperonna son cheval qui l'élança à la suite de la bête. J'avais été élevée en grande partie ici et, même si je venais très souvent les années précédentes, c'était la première fois que j'étais aussi acharnée à encourager notre équipe. Enfin surtout lui. J'avais acclamé Emmett et Edward mais ce n'était rien en comparaison de mes cris et encouragements actuels. Il était vraiment doué. Très rapidement, le veau fut attrapé et ficelé au sol. Jasper remonta en selle, recula et attendit. Comme nous. Quand le présentateur annonça qu'il avait relevé le défi, je relâchai ma respiration que je n'avais pas eu conscience de retenir avant ce moment. Jasper salua la foule mais ne manqua pas de me lancer un clin d'oeil avant de quitter l'arène. J'étais si contente de sa prestation et de son résultat que j'en avais oublié ma colère contre lui. Mais Nettie me rafraîchit immédiatement la mémoire grâce au coup d'oeil meurtrier qu'elle m'envoya. Je l'ignorai, gardant le sourire bête que j'affichais. J'étais, au fond de moi, heureuse qu'il ne me tienne pas rigueur de la mauvaise humeur que j'avais montrée en arrivant.

Les résultats récompensèrent nos cow-boys. Emmett remporta l'épreuve pour le troisième année consécutive et il ne manqua pas de se pavaner devant l'assistance féminine présente. On aurait dit un coq au milieu de sa basse-cour. Mais Jasper et Edward furent également très bien placés, respectivement à la troisième et sixième place. Comme quoi, même un avocat pouvait être un bon cavalier.

Les épreuves se succédèrent durant la journée et je ne pus croiser mon texan blond que de loin lorsque la faim se fit sentir. Je l'aperçus discutant et riant avec des gars du coin. On le sentait à son aise. Je le laissai tranquille et me régalai seule, assise sur une botte de foin d'un hot-dog gigantesque. La Bella sophistiquée, manucurée et jet-setteuse de Phoenix était bien loin en ce moment. Et je remarquai qu'elle ne me manquait absolument pas. Je commençais même à penser que, lorsque toute cette histoire de faux mariage serait terminée - d'après les dires d'Edward, plus rapidement que prévu - je changerais ma manière de vivre. J'intégrerais le journal de mon père abandonnant des études qui ne m'intéressaient que très peu et apprendrais avec lui les finesses et les secrets de l'industrie des médias.

"Bon appétit."

Surprise, je sursautai au son de la voix de mon amant, manquant de m'étrangler avec la dernière bouchée que j'avais en bouche. Je déglutis peu élégamment avant de lever les yeux vers lui. Il se tenait devant moi, mains dans les poches, l'air nonchalant comme toujours. Pourtant, son visage restait fermé. Mon attitude de ce matin n'était pas encore oubliée. Je souris timidement tant j'étais mal à l'aise de toujours m'emporter pour un rien avec lui. Je ne me comprenais pas. Je l'appréciais énormément et, pourtant, toutes les occasions étaient bonnes pour lui faire des reproches.

"Tu sembles bien loin."

"Oui, je pensais à … après."

"A après? Après quoi?" demanda-t-il en prenant place à mes côtés.

"Edward m'a annoncé que William rentrait la semaine prochaine."

"Oh! Et ça te perturbe?"

"Oui et … non."

Jasper m'observait, la tête légèrement penchée sur le côté. Il attendait simplement, arborant enfin un léger sourire, ravi que je veuille bien m'ouvrir à lui.

"William revient mais nous n'avons toujours qu'une vague idée de ce qui effraye Charlie, si ce n'est d'anciennes actions peu reluisantes et une dette envers le père décédé d'Alex."

"Hum. Es-tu vraiment certaine que c'était là les idées qui te passaient par la tête quand je suis arrivé?"

Comment faisait-il pour toujours deviner quand je ne disais pas tout, quand je tentais de garder pour moi certaines émotions? Etais-je si transparente à ses yeux que je ne pouvais garder aucun secret vis-à-vis de lui?

"Mais peut-être tiens-tu à continuer à bouder?"

La manière moqueuse qu'il avait eue de dire ces mots me fit rire.

"Non, je ne boude pas."

"Plus!"

"Plus, si tu veux."

"Alors?"

"Je pensais à ma vie. Celle d'avant mon voyage et surtout toutes les futilités qui peuplaient ma vie. Je ne veux plus de tout ça."

"Et que veux-tu?"

"Je ne veux plus de ces sorties incessantes, de ces cours qui ne m'intéressent pas. Je veux prendre ma vie en main, aider plus mon père, travailler avec lui. Et revenir souvent ici. J'ai adoré ces dernières semaines passées au ranch."

"Normal, j'y étais."

Je tournai la tête vers lui, plongeant mon regard dans le sien. J'hésitai une fraction de seconde mais mon corps réagit avant mon esprit. Mon rythme cardiaque s'accéléra et ma main rejoignit, bien malgré moi, la sienne, posée près de mon genou. J'aurais pu poursuivre sur le ton de la plaisanterie mais ce qui sortit de ma bouche fut tout autre.

"C'est vrai."

Je vis bien la surprise s'inscrire sur son visage mais très vite, celle-ci fit place à un sourire radieux. Même si j'avais très difficile de l'admettre, sa présence était pour beaucoup dans la sérénité et le bien-être que je ressentais ici. La relation, car oui nous pouvions parler de relation, était devenue importante pour moi et j'espérais qu'elle l'était également pour lui. J'étais encore incapable d'exprimer avec des mots ce que je ressentais mais j'étais certaine de ne pas avoir envie qu'il s'éloigne. Il tenait à présent ma main dans la sienne, son pouce la caressant. Nos corps se rapprochaient.

"Je vous trouve enfin."

Nous nous écartâmes d'un bond, pris en faute. Heureusement, il ne s'agissait que de mon meilleur ami. Ce dernier avait vraiment l'art pour nous surprendre au plus mauvais moment. Mais un coup d'oeil à la ronde me rappela que nous étions dans un lieu public et, même si nous avions eu la chance de ne pas être vus, cela restait dangereux. Alors que moi, j'avais les joues en feu, Jasper ne semblait nullement perturbé par l'arrivée d'Emmett.

"Nous n'avions pas disparu."

"Pourtant, nous vous cherchons depuis un certain temps."

"Nous?" demanda Jasper en regardant autour de lui.

"Je connais suffisamment Bella pour avoir une idée des endroits où elle peut se cacher et chercher un peu de calme. Quant à toi, je commence aussi à te connaître. Quand je veux te trouver, je sais que je dois partir à sa recherche. J'ai donc envoyé Nettie et Edward fouiller l'autre côté."

"Trop aimable à toi."

"Ouais. Fais le malin, Whitlock. Mais n'oublie pas que le meilleur ami de son mari n'est pas loin."

"Je sais."

"Alors, c'est pas compliqué de laisser tes mains dans tes poches, pour ne pas dire autre chose, durant la journée. Faites un effort, les enfants, vous n'avez plus si longtemps à tenir."

"Moins que tu ne le crois" ajoutai-je ne relevant pas son allusion grivoise.

Emmett pivota vers moi, son regard signifiait clairement qu'il voulait que je poursuive.

"Edward m'a appris que William rentrait la semaine prochaine."

"Déjà?"

"Oui. Il va falloir tout avouer et plus rapidement que prévu."

"De toute façon, tu as failli tout révéler lorsque Charlie était à l'hôpital."

"Oui, mais…"

"Oui mais quoi? Tu seras libre de faire ce que tu veux. Je suis sûr que Charlie sera compréhensif lorsqu'il connaîtra les raisons de ton mensonge. Quant aux menaces contre lui, nous gérerons la situation comme nous le faisons maintenant. Personne, tu m'entends, personne ne te fera de mal tant que je serai près de toi. Tant que nous serons près de toi" déclara mon meilleur ami en jetant un coup d'oeil au blond et s'accroupissant face à moi. Ses grosses mains enserraient les miennes. Auprès d'eux, je me sentais vraiment en sécurité. Mais, Jasper resterait-il une fois tout révélé? Je ne serai plus Madame Halle aux yeux de mon entourage. Comment gérer cette situation?

"Bella? Ne réfléchis pas autant maintenant. Profite de ce week-end. Amuse-toi. Et lundi, tu prendras contact avec William pour organiser son retour. D'accord?"

Je soupirai en hochant la tête. Il était inutile de s'inquiéter maintenant. Je réfléchirai à tout cela durant la semaine. Je parlerai avec William. Nous trouverions ensemble la meilleure manière de révéler notre "séparation" et comment la gérer. Je discuterai avec Jasper de cet après-mariage, de ce que je n'avais pas su lui dire quelques minutes plus tôt, des sentiments que je ressentais et de la place qu'il avait pris dans ma vie. Lorsque je me levai, je leur souris, signe que j'étais à nouveau détendue. Chacun me présenta un bras que je saisis et, ensemble, nous rejoignîmes les autres qui avaient repris leur place sur les gradins. Edward leur tenait compagnie ainsi que Jacob.

Le reste du week-end se passa dans la bonne humeur et la gaieté. Nos cow-boys remportèrent pas mal de prix que ce soit en individuel ou en groupe. Les épreuves du dimanche avaient été assez éprouvantes pour nous spectateurs car les chevaux avaient été remplacés par des taureaux sauvages pesant tous près de 800 kilos. Voir mes amis chevaucher des étalons sauvages la veille avait été stressant mais je les savais bons cavaliers. Les regarder se faire secouer et éjecté des taureaux était nettement plus violent. Mon stress s'était mû progressivement en peur. L'épreuve demandait beaucoup de témérité de la part des participants. Et même si les règles étaient très simples puisqu'il s'agissait de se tenir au câble entourant le corps de l'animal durant seulement huit secondes. Durée qui, au premier abord, semblait courte; pour moi, les secondes me parurent durer une éternité. Je les observai, les uns après les autres. Jared, Paul et Jacob participaient eux aussi à cette épreuve. Et pour être bien certain que je sois presque morte d'inquiétude en fin de journée, Jasper passa le dernier. Quand son tour vint enfin, j'avais rongé la plupart de mes ongles. Ma gorge se noua dès qu'il pénétra dans l'arène et je bloquai ma respiration. A peine libéré, le taureau se mit à sauter dans tous les sens, arrondissant le dos et tentant par tous les moyens d'éjecter mon texan blond. Pourtant, ce dernier souriait et semblait même prendre plaisir à cette épreuve. Son bras gauche bien en l'air car il était totalement interdit de toucher l'animal avec celui-ci, il suivait les mouvements. Subitement, un coup de cul plus tard, Jasper se retrouva au sol. Le taureau, libéré de son cavalier, pivota sur lui-même et se serait rué sur lui si le clown de service n'avait attiré pas son attention. Mon regard ne le quittait pas tandis qu'il se relevait, dépoussiérait son jean et saluait la foule qui l'ovationnait.

Seule avec Nettie et Lucy, l'attente des résultats me parut interminable. Nous échangeâmes quelques mots mais la conversation de Nettie ne tournait qu'autour de Jasper qui ne lui prêtait pas assez attention ce qui m'énervait, et d'un homme mystérieux qui l'avait invitée à boire un verre les deux nuits précédentes.

La voix du jury se fit entendre ramenant la foule au calme. Après un discours de remerciement et d'encouragement pour les participants en vue du Rodéo de Tucson qui se déroulerait en février, ce dernier annonça les résultats. Une fois de plus, notre équipe était bien placée et, à ma plus grande surprise, Jasper remporta l'épreuve de la montée du taureau détrônant par la même occasion Emmett. J'applaudis énergiquement tant j'étais heureuse de sa victoire. Avec mes compagnes, nous ressemblions à trois groupies en concert, complètement hystériques en plus. Lorsqu'on remit son prix à Jasper, ce dernier rayonnait de joie mais également de fierté. Et il avait bien raison, sa prestation était exceptionnelle. Je ne le quittai pas des yeux qui s'humidifièrent doucement. Mon cœur se serrait aussi de fierté. Ma seule envie était de descendre de ces gradins et de m'élancer vers lui mais c'était impossible. La distance que je devais garder entre nous commençait vraiment à devenir insupportable. Invivable.

Ce week-end avait été difficile à vivre. Chaque occasion avait été bonne pour nous éclipser discrètement même si, très souvent, Emmett nous avait dérangés mais aussi sauvés en nous rappelant à l'ordre. Jasper s'avérait très ingénieux lorsqu'il s'agissait de trouver des excuses pour nous absenter ensemble. Heureusement que, dans moins de huit jours, cette situation serait terminée. La vie ne serait pas simple car je devrais affronter mes mensonges mais je serais libre.

Notre dernière soirée touchait à sa fin. Nous nous étions tous retrouvés au pub le plus proche de notre hôtel pour y boire quelques verres avant de prendre un repos bien mérité, surtout pour les hommes de notre groupe. La bière coulait à flot depuis plus de deux heures et son effet commençait à se faire sentir chez chacun d'entre nous. Les victoires de mes amis attiraient les félicitations de l'assemblée et l'attention sur nous mais également des tournées de bières supplémentaires. Cette soirée était sous le signe de la bonne humeur et de la bonne entente. A tel point que j'avais passé une partie de la soirée à discuter avec Nettie sans ressentir l'envie de l'étriper une seule fois. Lucy était quant à elle collée à Paul, ce qui me satisfaisait beaucoup. Il était un mec bien et il méritait d'être avec une chouette fille. De plus, cela me libérait de son obsession pour moi.

"Bells! Que veux-tu boire?"

"Plus rien, Em. Merci mais je vais me noyer."

"Oh, allez Bella, c'est notre dernier jour!"

Je ne pris même pas la peine de répondre, mon ami avait déjà repris sa discussion avec une grande blonde. Ses goûts ne changeaient décidément pas. Cette dernière était quasi assise sur ses genoux ce qui, j'en étais sûre, ne l'aurait pas dérangé. Mon attention se porta sur chaque personne de notre groupe avant que je ne revienne à Nettie qui venait de commencer une conversation animée avec Jacob. Elle vantait une fois de plus les mérites de son mystérieux visiteur nocturne. Ressentant une certaine lassitude, je décidai d'aller prendre un peu l'air, la température du bar devenant étouffante. Il fallait dire qu'il était bondé en cette fin de rodéo. Les gagnants voulaient fêter dignement leur victoire et les perdants voulaient oublier leur défaite.

Je m'éloignai du groupe tant bien que mal et dus jouer des coudes pour atteindre la sortie. Je poussai violemment les double-battants de la porte et inspirai à pleins poumons dès que je fus dehors. L'air était frais et vivifiant comparé au confinement du bar. Je frissonnai et réalisai que je m'étais aventurée à l'extérieur sans prendre la peine d'enfiler ma veste. Mais l'idée de retraverser une salle comble ne m'emballait pas. Tant pis pour le froid. Je croisai les bras et les frottai de mes mains pour me réchauffer tout en avançant le long de la route. Je n'avais pas de destination particulière, j'errais plutôt au hasard. Estimant que je m'étais assez éloignée du bar, je décidai en arrivant dans une zone sombre à la sortie de la ville qu'il était plus que temps de rebrousser chemin. Pivotant sur moi-même, j'allais avancer lorsque je me heurtai à quelqu'un.

"Oh, désolée, je ne vous avais pas entendu."

"Bella. Ne t'a t-on jamais dit qu'il était dangereux de se promener seule la nuit?"

Le ton de sa voix me glaça le sang. Toujours aussi distingué et maniéré dans ses mots mais le ton employé n'avait rien de chaleureux et d'amical. Rien de comparable à nos échanges habituels. Je frissonnai mais pas de froid cette fois. J'entamai même un mouvement de recul mais il me saisit fermement l'avant-bras.

"Où comptes-tu aller ainsi?"

"Lâche … lâche-moi" ne pus-je m'empêcher d'implorer tant il m'effrayait.

"Ho non."

"Mes amis m'attendent, Alex."

Son regard se fit encore plus dur et sa prise plus forte, me tirant un petit cri de douleur.

"Tu t'es tellement éloignée, Bella, qu'ils vont chercher un moment avant de te trouver. Mais je ne suis même pas sûr qu'ils vont remarquer ton absence. Ils semblent tous très occupés au bar."

"Je vais rentrer."

"Je t'ai déjà dit non. J'en ai marre de faire semblant. J'en ai marre de tes amis trop collants. J'en ai marre que tu me repousses sans arrêt. J'en ai marre d'attendre."

"Que me veux-tu? Tu … Tu me fais peur, Alex."

"Ce que je veux? Oh mais je pense que tu sais ce que je veux."

"Non, je t'assure. Laisse-moi."

Je voulais être forte mais ma voix tremblait. Mon appréhension s'était transformée en peur et je ne voyais pas comment j'allais pouvoir m'échapper. Sa poigne se faisait de plus en plus forte. J'essayai de me dégager une fois de plus mais ce ne fit qu'augmenter sa rage et il me propulsa contre une palissade derrière moi. Ce coin était encore plus sombre et plus lugubre. Mais ce que je remarquai surtout, c'était le silence qui nous entourait. Alex avait raison, je m'étais vraiment trop éloignée et personne ne penserait à venir me chercher par ici. Je ne pouvais compter que sur moi-même pour me libérer et m'enfuir.

"Reste tranquille" vociféra-t-il en me malmenant.

J'allais lui obéir car, dans un premier temps, savoir ce qu'il cherchait et gagner du temps me semblait la meilleure solution.

"D'accord. Et si tu m'expliquais ce que tu veux."

"Isabella, faire l'idiote ne te va pas du tout."

"Mais je ne vois vraiment pas!" m'indignai-je, toujours calme pourtant.

"Je veux ce qui me revient."

"Ce qui te revient?"

"Tu n'es pas sans savoir que nos pères se connaissaient.

"Non, Charlie m'en a parlé."

"Donc tu connais leur arrangement?"

Je me remémorais en vitesse ma discussion avec Charlie après de son accident sur son lit d'hôpital ainsi que les révélations faites par Sam à Emmett.

"Oui, ton père a aidé le mien à un moment difficile. Et Charlie a commencé à te rembourser."

Je passai sous silence le fait qu'il avait été très gourmand dans ses demandes d'argent. Autant tenter de le calmer le plus possible si je voulais avoir une chance.

"Aidé? Oui, si on veut."

"Que veux-tu dire?"

"Ils étaient en affaires. Ton père, grâce à sa profession de journaliste, était d'une très grande aide."

"Quel genre d'aide?"

Tout en répondant à mes questions, Alex s'était détendu et l'espace entre nous s'était agrandi. Pas suffisamment que pour que je puisse filer mais bien assez pour me rendre un peu d'espoir. Les battements de mon cœur avaient même ralenti légèrement et ma voix était plus assurée.

"Mon père a créé son entreprise entièrement seul. Il était très doué en affaires. Les chiffres, c'était son domaine. Les chiffres et rien d'autre."

Le regard d'Alex s'était fait lointain pendant qu'il parlait de son père. Au ton employé, il avait dû souffrir de l'amour d'Andrew pour ses affaires. D'après Emmett, son paternel était un homme bien, intègre, généreux.

"Il ne voyait que sa réussite. Il a rencontré Charlie à ses débuts et ils sont devenus amis. Ton père était un bon, un très bon journaliste, mais il avait tendance à fouiner un peu trop et surtout dans des milieux peu recommandables."

"Mon père a toujours fait son travail au mieux. Je ne comprends toujours pas."

"Oh patience ma belle, j'y viens. A force de mettre son nez où il ne fallait pas, ton père a froissé et dérangé pas mal de monde. Il avait des tueurs à ses trousses mais mon père n'a pas accepté que son ami ait des ennuis. Je ne connais pas tout mais bref, grâce à une grosse somme d'argent, du jour au lendemain, Charlie a vu toutes ses emmerdes disparaître comme par magie."

"Ok et je sais qu'il t'a remboursé cette dette avec plus d'intérêts que nécessaires."

"Juste mais l'histoire n'est pas terminée."

Alors qu'il s'était radouci dans la première partie de son récit, son visage se ferma d'un coup, ses yeux s'assombrirent et ses lèvres se serrèrent pour ne former qu'une fine ligne. Il me plaqua contre la paroi et ses doigts s'enfoncèrent dans mes épaules. Pourtant, il semblait dans un autre monde.

"Nos parents, et oui même nos mères se connaissaient, sont restés très proches durant longtemps. Je me rappelle l'époque où tu es née. Tout le monde était en admiration devant toi. Tous. Je t'ai vue grandir car, même après la mort prématurée de Renée, ta mère, vous veniez souvent chez nous. Et chaque fois, mon père prenait le temps de rire et de jouer avec toi. Mais jamais il ne le faisait avec moi."

"Je … je ne m'en souviens pas."

"Oh mais tu étais petite et si adorable. Et même moi, je craquais pour toi."

J'avais beau creuser ma mémoire, je n'arrivais pas à me souvenir de cette époque. Je ne me souvenais de rien. Pourtant, j'avais des souvenirs de ma mère et donc plus anciens. Pourquoi ne pouvais-je pas me souvenir d'Alex, de son père ou de leur maison? La douleur dans mes épaules augmentait mais je n'arrivais pas à me dégager ni à le faire desserrer ses doigts. Il continuait à être comme en transe et ne me voyait pas.

"Tout le monde s'occupait de toi et t'accaparait alors que je voulais t'avoir avec moi. Tu étais à moi."

"Mais je n'étais qu'une enfant."

"Oui mais tu grandissais. Et on ne nous a pas laissés tranquilles."

"Que … que s'est-t-il passé?" bégayai-je, lamentablement.

" Je t'avais emmenée avec moi un soir d'été. Tu étais en sécurité mais personne ne l'a compris lorsqu'ils nous ont retrouvés."

"Nous … nous étions partis loin?"

"Je t'emmenais avec moi car tu étais à moi. Tu es à moi. J'allais prendre soin de toi et te protéger. Je t'aurais toujours protégée."

"Et ensuite?"

"Tout a changé. Mon père et Charlie se sont éloignés. Vous n'êtes plus jamais venus. On s'est perdus de vue durant des années. Des années interminables. J'ai tenté de renouer avec vous mais Charlie faisait barrage. Alors, quand mon père est mort, j'ai réfléchi et j'ai décidé de revenir. De reprendre contact. Mais ton père m'a empêché de te voir. J'ai insisté. Et quand j'ai enfin trouvé quoi faire et pu t'approcher, tu étais mariée. Mais c'est terminé. Tu es à moi."

"C'est impossible. Je suis mariée à William et il rentre la semaine prochaine."

Alex se mit à rire mais celui-ci n'avait rien de joyeux et d'amical. Au contraire, il me glaça le sang. Je n'avais plus devant moi l'Alex distingué et bien élevé que je connaissais mais un fou. Il avait développé une obsession à mon encontre et quoi que je dise, je n'arriverais pas à lui faire entendre raison. Je devais éviter de le brusquer, ses réactions étant imprévisibles.

"Comme s'il comptait."

Il me maintenait toujours contre la cloison par les épaules et ne semblait même pas se rendre compte que j'essayais de me dégager. Je devais changer de tactique si je voulais lui échapper. Je posai les mains sur les siennes et caressai ses avant-bras. Doucement, il se détendit et reprit la parole.

"Rien ne se mettra plus entre nous. Ton père a essayé et vois où cela l'a mené."

"C'est … C'est toi le responsable de l'accident?" m'écriai-je en élevant la voix.

"Disons que j'ai fait passer un message."

"Mais tu es complètement FOU."

C'est plus que ce que je ne pouvais entendre et supporter. Je commençai à me débattre, griffant ses mains pour qu'il me libère. Mais cela n'eut aucun effet. C'était comme s'il ne le remarquait même pas. Quand mes épaules furent libérées, je crus naïvement qu'il reprenait ses esprits et qu'il acceptait de me laisser partir. Grosse erreur. Il m'agrippa par la taille et plaqua sa bouche contre la mienne. Comme je bougeais la tête dans tous les sens, il empoigna mes longs cheveux, bloquant mes mouvements. Ainsi prisonnière, il n'eut aucun mal à me forcer à ouvrir la bouche pour m'embrasser. Ne m'avouant pas vaincue, je gesticulais énergiquement mais sans aucun résultat. Ni mes coups de pieds ni mes coups de genoux ne firent effet. En dernier recours, je serrai les mâchoires et mordis sa lèvres.

"Lâche-moi" crachai-je dès qu'il s'écarta, portant la main à sa bouche ensanglantée.

"Garce!"

Mon répit fut de courte durée. La main qui n'était pas dans ma chevelure voyagea sur mon corps et il recommença à m'embrasser. J'étais dégoûtée de ses gestes mais également apeurée de me savoir seule avec lui, dans ce coin sombre et si loin des autres.

"Elle t'a demandé de la lâcher."

La bouche d'Alex s'écarta de la mienne et il se redressa légèrement mais sans me libérer pour autant. J'étais toujours fermement maintenue par les cheveux et son autre main était glissée sous ma courte jupe en jean.

"Casse-toi, le palefrenier. C'est pas ton affaire." (NJess: GRMBLBLBLBLBL ! … SALE TYPE ! Tu vas parler autrement à mon Jasper d'amour, oui ?)

"Pour la dernière fois, lâche Bella."

La voix de Jasper avait claqué tel un fouet dans la nuit silencieuse. Son regard lançait des éclairs et, dans la pénombre, ses cheveux semblaient plus foncés. D'un coup, l'image que je gardais de lui lors de notre mariage s'afficha devant moi. Il était furieux mais, contrairement à quelques mois plus tôt, il ne m'effrayait pas. Et il ne fit pas peur à Alex non plus qui garda sa prise sur moi.

"Et moi je te dis d'aller te faire voir ailleurs. Tu voudrais être le seul à profiter de ses faveurs extraconjugales."

"Mais … non … je. Qui t'as dit cela?" bégayai-je à ces mots.

Alex ne ricana mais sans me répondre. Nous avait-il espionnés?

"Je t'ai dit de la lâcher" répéta Jasper en joignant le geste à la parole.

Il saisit Alex par l'arrière de sa veste et tira sur le bras posé sur mon ventre. D'un coup, je fus libérée et, dans le mouvement, je trébuchai et m'affalai à terre contre la paroi de bois. Jasper expédia le blond au sol mais ce dernier se redressa rapidement. Il se remit sur pieds et fit face au texan.

"On t'a jamais dit de rester à ta place? Barre-toi! Retourne t'occuper de tes chevaux et fiche nous la paix."

"C'est toi qui va te barrer, connard."

"C'est ce qu'on va voir."

Je poussai un cri strident en voyant Alex se jeter sur Jasper l'empoignant par la chemise et tentant d'écraser son poing sur la figure du texan. Mon amant riposta immédiatement et un échange de plus en plus violent de coups s'abattit entre eux. Je les entendais s'insulter entre chaque coup de poing. Moi, je restais tétanisée de peur. Je n'avais aucun de doute concernant les chances de Jasper dans une bagarre mais je devais reconnaître qu'Alex, tout fils à papa qu'il était, se défendait très bien. Trop bien même. Rapidement, je vis apparaître des traces de sang aussi bien sur l'un que sur l'autre.

"Ca suffit! Arrêtez !" m'entendis-je crier en m'avançant d'un pas.

"Reste où tu es, Bella" m'intima Jasper.

Les coups ne faiblissaient pas. Au contraire, j'avais même l'impression qu'ils ne faisaient qu'augmenter tant en nombre qu'en puissance. Puis, l'un des crochets au menton de Jasper envoya valdinguer son adversaire. Celui-ci s'écrasa et n'eut pas le temps de se lever que Jasper s'acharna sur lui. Les coups de pieds remplaçaient les coups de poing et Alex n'eut plus d'autre choix que de se protéger la tête. Je criai de le laisser, qu'il avait son compte mais il ne m'écoutait pas, ne m'entendait pas. Je m'étais rapprochée et tirais de toute mes forces sur le bras de Jasper pour le faire arrêter mais il était plus fort que moi. Alors, deux bras passèrent devant moi et arrachèrent Jasper à son adversaire.

"C'est tout, mec, il a son compte."

Reconnaissant la voix d'Emmett, je sentis mes forces m'abandonner et je craquai. Les larmes que j'avais retenues depuis ma rencontre avec Alex coulèrent librement sur mes joues. Je sentis deux bras m'entourer et, tandis que je sanglotais, j'entendis qu'on calmait Jasper et qu'on aidait Alex à se redresser. C'était Edward qui me réconfortait tout en fusillant mon amant du regard. Pourquoi réagissait-il ainsi alors que Jasper venait de m'aider et d'empêcher Alex de me faire du mal? Je devais leur expliquer. J'ouvris la bouche.

"Lâchez-moi, bandes d'abrutis" grogna Alex contre Paul et Jared qui l'avaient aidé. "Quant à toi, t'es un homme mort. T'aurais jamais dû t'en prendre à moi."

"Ce sont des menaces?" répliqua Jasper.

"Prends ça comme tu veux" ajouta-t-il d'un ton très sec où plus aucune émotion ne transpirait. Si ce n'est le filet de sang qui dégoulinait du coin de sa bouche, rien ne laissait transparaître qu'il venait de se battre. Il me jeta un dernier regard tout aussi froid avant de s'éloigner.

Je restai tremblante dans les bras d'Edward. Je sentis vaguement que l'on posait une veste sur mes épaules. Lentement, mes larmes se tarirent et je me détendis. Les bribes de conversation se firent plus nettes. Emmett et Paul s'énervaient sur Jasper. Ils voulaient savoir ce qu'il s'était passé mais, en même temps, lui reprochaient sa violence. Je ne pouvais rester silencieuse. Je me redressai et m'écartai d'Edward qui m'observait attentivement cherchant un signe de faiblesse. Il garda une main au creux de mon coude comme s'il avait peur de ma réaction.

"Mais qu'est-ce qui t'a pris?"

"Il s'en prenait à elle."

"OK MAIS…"

"Emmett, arrête" criai-je pour attirer l'attention du groupe. Ils parlaient tous en même temps, s'énervant et, surtout, malmenant verbalement Jasper. Et ça, je ne pouvais pas le laisser faire.

"Bells, c'est fini. On va rentrer et…"

"Arrête de t'en prendre à lui."

"Mais…"

"Non pas de "mais". Je croyais que personne ne me trouverait, qu'il allait…, il était comme fou. Il m'a dit tellement de choses et … laisse le tranquille. S'il te plaît."

Ma supplique se perdit dans un nouveau sanglot. Edward, qui me tenait toujours, me rapprocha de lui et passa un bras autour de mes épaules.

"Viens, je te raccompagne" déclara-t-il en me tirant vers la route.

"Bella" m'appela Jasper.

Mais je ne pouvais pas lui parler. Je lui étais plus que reconnaissante mais totalement incapable de prononcer le moindre mot. J'avais besoin de m'éloigner de cet endroit. Besoin de m'éloigner des souvenirs de ce qu'il venait de se passer. Besoin même de m'éloigner de Jasper car il avait été le témoin d'un moment que je voulais oublier et, malheureusement, tout en lui me renvoyait à l'agression d'Alex. Je levai les yeux vers lui, n'arrivant qu'à lui faire un faible sourire et un mouvement de tête signifiant que je ne désirais pas parler pour l'instant. Emmett aussi tenta de me parler mais Edward les convainquit de me laisser du temps. Du temps et de l'espace.

Edward m'avait raccompagnée dans un silence quasi total, ne parlant que pour s'assurer que j'allais bien, que je ne craquais pas. Il m'avait attendue pendant que je prenais une douche chaude, douche qui s'était éternisée. Je voulais retirer de ma peau la sensation des mains, de la bouche d'Alex sur mon corps. Lorsqu'après près d'une heure, je sortis enfin de la salle de bain, l'ami de William était toujours là, à m'attendre, l'air inquiet. Il m'avait commandé une collation. Je n'avais pas faim mais j'appréciais l'attention. Je me servis simplement une tisane que j'espérais relaxante vu mon état de stress. Je m'installai sous la couette pour la boire tranquillement. Je me sentais vidée, épuisée.

"Comment te sens-tu?"

"Bof. Pas trop la forme."

"C'est normal, Bella, après ce que tu viens de vivre. Mais ça va aller."

"Je sais mais…"

Les mots moururent dans ma gorge et je me remis une fois de plus à pleurer. Les émotions se bousculaient. La peur, la colère, le soulagement. Edward resta près de moi, attendant simplement que je me calme, que je me détende. Je lui en étais très reconnaissante. Puis les larmes se calmèrent enfin ne laissant place qu'à une très grande fatigue. Je baillai à m'en décrocher la mâchoire.

"Ca va aller maintenant?"

"Oui"

"Je vais te laisser te reposer. J'ai entendu Emmett rentrer. Veux-tu que je lui demande de venir près de toi?"

"Non, je … je préfère rester seule."

"Ok. On se voit demain avant mon départ. Et si tu as besoin de moi, ma chambre est un peu plus loin dans le couloir. Bonne nuit" répondit-il en se penchant au dessus de moi et déposant un baiser sur mon front. Il était presque arrivé à la porte lorsque je l'interpellai.

"Edward?"

"Oui?"

"Ne … n'en parle pas à William. Je préfère lui raconter moi-même."

Je le vis froncer les sourcils, ouvrir la bouche pour répondre. Alors que je pensais l'entendre discuter, argumenter, il acquiesça et sortit de la chambre.

Je fixai un moment le panneau de la porte puis je me réinstallai confortablement dans le creux des oreillers, prête à dormir ou du moins à tenter de trouver le sommeil. Je baillai à nouveau signe que j'étais fatiguée par les évènements que je venais de vivre. Je frissonnai malgré l'épaisse couette de plumes qui me couvrait jusqu'au menton. Je fermai les yeux, essayant de faire le vide dans ma tête mais les légers bruits provenant de la chambre adjacente m'en empêchaient. Mon esprit se réveilla complètement et le fil de la soirée défila sous mes paupières. Je revis Alex et tout ce qu'il m'avait raconté, je revoyais ses mains sur moi et le dégoût qui s'en était suivi mais surtout, je me remémorais l'arrivée de Jasper, sa bagarre avec le fou blond et la manière dont les autres s'en étaient pris à lui pour l'éloigner de moi. J'aurais dû plus le défendre. Le lendemain, j'allais parler à Emmett. Le lendemain, j'allais lui expliquer que l'arrivée de mon beau texan avait vraiment été providentielle.

Je ne me rappelais pas m'être endormie mais le bruit de la porte mitoyenne qu'on refermait me tira des bras de Morphée. Je restai sans bouger mais ouvrit les yeux. Ceux-ci s'adaptèrent péniblement à la pénombre mais la forme qui passa devant la fenêtre m'apprit qu'il s'agissait de Jasper. Les tentures étaient fermées mais l'éclairage extérieur pénétrait suffisamment dans la chambre pour me permettre de le distinguer. Il s'appuya contre le mur à la droite de la fenêtre et croisa les bras sur son torse.

"Jasper?" murmurai-je.

"Oui, c'est moi. Je voulais juste m'assurer que tu allais bien."

"Je vais bien."

"Parfait alors. Je te laisse."

Il se déplaça immédiatement vers sa chambre, ne déviant pas de sa trajectoire et ne tourna pas la tête. L'espace qu'il s'efforçait à mettre entre nous tant physiquement qu'émotionnellement me peinait.

"Jasper!"

"Oui?"

"Tu … tu ne restes pas avec moi?"

Il pivota enfin vers moi mais resta près du mur. Comme il restait silencieux, prêt à poursuivre son chemin et rejoindre Emmett, je rejetai la couette. Je savais qu'il me regardait. Alors, lentement, je sortis mes jambes nues du lit. Je ne portais qu'un t-shirt. Qu'un de ses t-shirts pour être précise. En me changeant à mon retour, j'avais eu besoin de réconfort bien qu'Edward soit là. Et je savais que son odeur m'aiderait. Je me redressai et avançai vers lui. A chaque pas, les battements de mon coeur se faisaient plus marqués. Je ne m'arrêtai qu'à deux pas de lui.

"Alors, tu restes?"

"C'est préférable que je dorme dans la chambre à côté."

"Je ne vois pas pourquoi. Tu es venu tous les jours et au ranch aussi. J'aime t'avoir avec moi."

"Bella ... Après ce qu'il s'est passé ..."

"Justement. Après ce qu'il s'est passé, j'ai besoin de toi."

"Tu n'as pas peur?"

"Peur? De toi? Oh non. Sans toi, je ne sais pas ce qu'il me serait arrivé. Tu m'as sauvée Jasper. Alors non, je n'ai pas peur de toi."

Jasper soupira mais resta, sans bouger, loin de moi. Mes paroles ne le rassuraient pas. Pourtant, jamais je n'avais eu aussi confiance en lui et jamais je ne m'étais sentie aussi en sécurité. Alors, je fis les deux pas et comblai le fossé entre nous. Dès que nos corps furent l'un près de l'autre, je posai mes mains sur sa poitrine, l'une au niveau de son coeur qui tambourinait fortement.

"Tu devrais. Tout le monde le pense en tout cas."

"Tu les as peut-être effrayés mais pas moi. Pas ce soir. Et quand le stress de cette soirée sera retombé, ils verront ce que tu as fait. Je suis sûre qu'Emmett comprend."

"Oui mais il préférerait que je reste éloigné de toi."

"Oui mais il n'est pas encore venu te rechercher par la peau du cou et, pourtant, il doit savoir que tu es ici."

"Oui, sûrement."

"Merci" chuchotai-je à son oreille en me hissant sur la pointe des pieds pour déposer un baiser sur sa joue rugueuse à cause de sa barbe naissante.

"Pourquoi?"

"Pour m'avoir trouvée et m'avoir porté secours."

Seulement à ce moment, il se détendit. Il m'enlaça et me plaqua contre lui, le nez enfoui dans mes cheveux. Seulement à ce moment, il prit la parole d'une voix éraillée où pointait un reste de peur mais aussi de soulagement et d'une tendresse inhabituelle.

"Oh, Chaton. Quand j'ai remarqué que tu n'étais plus avec nous, j'ai eu un très mauvais pressentiment. Je suis sorti immédiatement, jetant un coup d'oeil partout mais je ne trouvais aucune trace de toi. Je suis rentré pour prévenir Emmett qui a directement renvoyé les filles à leur hôtel tandis que nous partions chacun de notre côté à ta recherche."

"Je n'avais pas l'intention d'aller loin mais juste de prendre l'air."

"C'était tout de même imprudent. J'ai cherché pendant pas mal de temps, désespérant de te trouver quand des bribes de conversations me sont venues aux oreilles."

"J'essayais de le tempérer pour gagner du temps."

"Ca a fonctionné puisque je t'ai retrouvée. J'ai eu peur. Si peur quand je l'ai vu. Il semblait comme…"

"Comme fou? Je crois qu'il a vraiment un problème."

"Je le voyais te malmener. Il avait ses mains sur toi et … j'ai vu rouge. Je n'avais plus qu'une idée, l'éloigner de toi. L'empêcher de t'approcher, de te toucher. Et, même à terre, je voulais qu'il comprenne que, plus jamais, il ne devait t'approcher."

Je me serrai encore plus contre lui, appréciant qu'il veuille me protéger. Mais surtout qu'il le fasse parce qu'il le voulait et non parce qu'on lui avait confié cette mission.

"Mais tu as pris des risques. Tu t'es mis en danger."

"Je prendrais tous les risques nécessaires pour toi."

L'émotion que je ressentis à ce moment fut si intense que mes yeux s'humectèrent instantanément. Ma gorge était nouée car j'avais peur de mal interpréter ces mots. Je me sentais de plus en plus proche de lui au point que j'avais peur de ce qu'il se passerait dans huit jours quand toute la vérité serait révélée.

"Bella. Tu es devenue très importante pour moi. Je voulais juste te connaître car se marier comme nous l'avons fait me faisait me poser un tas de questions. Je pensais que j'allais trouver une peste de fille riche mais j'ai découvert une jeune femme merveilleuse."

Ces mots s'insinuaient en moi, lentement. Et je ne pus m'empêcher de rougir face à ces compliments. Jasper m'appréciait vraiment. Il avait dit que j'étais importante pour lui. Comme lui était devenu important à mes yeux. A cet instant, je ne voulus rien de plus que d'être la semaine prochaine pour que je puisse moi aussi lui avouer ce que je ressentais. Mais alors que les mots restaient coincés par l'émotion au fond de ma gorge, je ne résistai pas à l'envie de l'embrasser. Agir était plus facile que d'aligner des mots.

Jasper répondit à mon baiser qui, rapidement, s'enflamma. Il dévorait littéralement ma bouche et sa langue livrait une bataille acharnée avec la mienne. C'est seulement à bout de souffle que nous nous écartâmes, les lèvres en feu. Dans la pénombre, je vis ses yeux pétiller en plongeant dans les miens. Ses mains caressaient mon dos tout en descendant de plus en plus vers le bas du t-shirt et sa bouche picorait mon cou. Subitement, le visage d'Alex m'apparut et je me revis quelques heures plus tôt. Ce n'étaient plus les mains douces et attentionnées de Jasper qui voyageaient dans mon dos mais celles brutales d'Alex.

Pas à pas, Jasper me fit reculer pour m'amener au bord du lit où il s'arrêta. Passant sous mon haut, il remonta ses mains vers mes omoplates. Perdue dans mon souvenir, je me tendis et me débattis pour me libérer.

"Stop."

"Chaton, c'est moi. Jasper."

Le son de sa voix eut beaucoup de mal à trouver le chemin de mon esprit, tout accaparé par Alex et ce qu'il avait failli arriver. Ma respiration était haletante et je n'arrivais pas à calmer les petits tremblements de mon corps. Jasper avait pris mes mains dans les siennes et les caressaient des pouces. Il me parla doucement, cherchant les mots pour m'apaiser. Et il y réussit parfaitement. Lentement, je me détendis et repris ma place au creux de ses bras, la tête posée sur son épaule réconfortante.

"Tu es sûre que ça va?"

"Oui, excuse-moi."

"Tu n'as pas à t'excuser, Bella. Jamais. Pas pour ça en tout cas. Ce que tu as vécu ce soir est traumatisant et c'est moi qui suis une brute."

"Crois-moi, tu es loin d'être une brute. Et maintenant, j'en sais quelque chose."

"Oui mais j'aurais dû comprendre. Savoir que tu…"

"Chut. Il ne faut pas que cet incident me gâche la vie. Au contraire, j'ai besoin de toi. Je me sens bien et en sécurité auprès de toi."

Jasper déposa un léger baiser sur mes lèvres puis les fit courir le long de mon cou. Ses mains reprirent leur place dans mon dos et fit passer mon seul vêtement par dessus ma tête. Cette fois-ci, j'étais entièrement avec Jasper et aucune image d'Alex ne vint perturber notre moment. Mes seins déjà gonflés, pointèrent de plus belle lorsque la fraîcheur de la pièce me balaya le corps. Jasper les empauma délicatement et titilla avec douceur leurs pointes dressées pour lui. Je ne pus réprimer un petit gémissement.

J'aimais ses caresses et je voulais pouvoir lui prodiguer les mêmes attentions mais ses vêtements étaient une barrière dont je voulais me débarrasser. Je commençai à déboutonner sa chemise que je laissai glisser au sol dévoilant son torse doux et musclé. Lorsque je m'attaquai à son pantalon, il se déchaussa de deux mouvements brusques pour m'aider. Ses mains avaient quitté ma poitrine et tenait mon visage qu'il amena vers le sien pour recommencer à m'embrasser. Ses baisers déclenchèrent d'innombrables papillons dans mon ventre ce qui me déconcentra un moment. Pourtant, je réussis à ouvrir et descendre son jean qui me révéla sa nudité. Comme souvent, Jasper avait enfilé son pantalon à même la peau, ce que je ne pouvais m'empêcher de trouver sexy.

Je brisai notre baiser afin de m'abaisser emportant avec moi le jean et ses chaussettes. Je les expédiai plus loin puis fis le chemin inverse avec ma bouche. J'embrassai chaque centimètre carré de la peau de ses membres inférieurs.

"Chaton" haleta-t-il lorsque j'arrivai à hauteur de son sexe qui tressauta d'anticipation.

Je levai les yeux vers lui, souris avant de lécher toute sa longueur. Je le vis fermer les yeux et basculer la tête en arrière. Satisfaite, je le saisis à pleine main et le pris en bouche. J'alternai des va-et-vients de la main, tantôt lents, tantôt rapides tout en suçant l'extrémité avec délectation. Jasper grognait et avait posé sa main dans mes cheveux sans me forcer pourtant. Alors que son sexe grossissait dans ma main, je savais qu'il était proche. M'apprêtant à l'explosion, je fus relevée d'un coup et il m'embrassa passionnément.

Sans me lâcher, il nous entraîna sur le lit. Sa main trouva le chemin de mon intimité avec une très grande précision comme si elle l'attirait. Ses doigts câlinèrent mon bouton de plaisir avec dextérité avant de s'enfoncer l'un après l'autre dans la chaleur de mon sexe. Une boule de chaleur se forma dans mon bas-ventre au moment où Jasper s'installait entre mes cuisses. Nos regards s'accrochèrent et il caressa ma joue chaude et rougie tout en plongeant en moi. Ses poussées étaient lentes et profondes. Nous étions proches tous les deux et il ne fallait pas grand chose pour que nous explosions. Jasper prit mes chevilles dans ses mains et les souleva jusqu'à ses épaules. Je m'accrochai au drap tant les sensations étaient intensifiées par cette nouvelle position. Deux va-et-vients plus tard, nous fûmes emportés par un orgasme qui nous laissa, tous deux pantelants. Jasper s'affala sur moi et m'emporta dans ses bras pour ne pas m'écraser. Dans un silence seulement entrecoupé de nos halètements, nous récupérâmes blottis l'un contre l'autre.

Je ne savais pas quand je m'étais endormie ni combien de temps mais de forts coups sur une porte me réveillèrent. Je battis des cils pour voir que la lumière extérieure filtrait à peine au travers des épais rideaux, signe qu'il devait être encore tôt. Jasper s'assit également et sortit du lit juste au moment où Emmett entrait en trombe dans notre chambre par la porte communicante.

"Vite, habillez-vous."

"Qu'y a-t-il?"

"Des flics. Ils veulent te parler" expliqua mon meilleur ami en s'adressant à Jasper.

Mon amant enfila son jeans et sa chemise à la hâte et suivit Emmett dans la pièce à côté. Je sautai hors du lit et passai rapidement une robe de chambre que je trouvais accrochée à la porte de la salle de bain. J'entendais derrière la porte les policiers demander s'il était bien Jasper Whitlock. J'entrai dans leur chambre lorsqu'il acquiesça.

"Jasper Whitlock, nous vous arrêtons pour coups et blessures"

"Mais vous devez vous tromper. Si c'est Alex Walker qui a porté plainte, Monsieur Whitlock a simplement porté secours à Mademoiselle Swan qui était agressée" le défendit Emmett.

Moi, je regardais chaque personne présente sans vraiment comprendre ce qu'il se passait. L'un des policier tenait Jasper et le menottait tandis que l'autre se tenait devant Emmett pour l'empêcher d'approcher.

"Il ne s'agit pas de ça. Monsieur Whitlock est accusé d'avoir agressé Mademoiselle Nettie Brown."

"Quoi?"

Nous nous étions exprimés tous les 3 en même temps.

"Mais c'est impossible" s'écria Jasper.

"Niez-vous l'avoir rencontrée cette nuit?"

Aux paroles du policier le plus âgé, je fis un pas en arrière. Je me souvenais qu'alors que je somnolais après nos chaudes retrouvailles, il avait reçu un message sur son téléphone portable comme l'autre nuit et qu'il s'était éclipsé m'assurant qu'il n'y avait rien de grave. Il n'avait pas été long. Pas plus d'une demi-heure. C'était peu mais suffisant pour qu'un doute s'insinue en moi. Qu'avait-il fait durant ce laps de temps? Allait-il retrouver Nettie chaque nuit après m'avoir fait l'amour?

"Bien, votre silence en dit long."

"NON! Je n'ai rien fait à Nettie. Emmett? Je t'assure que je n'y suis pour rien."

"Monsieur l'agent, vous devez certainement vous tromper" tenta mon ami.

"Monsieur Whitlock nous expliquera tout au poste" ajouta le policier en le prenant par le bras comme son collègue.

Jasper, entouré de policiers et menotté, me renvoya instantanément à l'après-mariage en Australie où il s'était démené comme en fou. Ce matin, il se laissait emmené sans résistance mais, arrivé à la porte, il se tourna vers moi, obligeant ses deux geôliers à s'arrêter.

"Bella, ce n'est pas moi. Tu me crois?"

Je le regardais mais aucun mot ne sortait de ma bouche. Oh oui, je voulais le croire mais trop de questions et de doutes tournaient dans ma tête.

"Bella? Ce n'est pas moi. BELLA?"

Son appel et son regard paniqué furent la dernière image que j'eue de lui. Les policiers reprirent leur marche et, tournant sur la gauche vers l'ascenseur, Jasper disparut. Le silence revint dans la chambre d'Emmett me laissant désespérée.


Pauvre Jasper, n'est-ce pas? Je sais mais il fallait en passer par là.

Que va faire Bella? Que va-t-il arriver à Jasper?

On se retrouve bientôt pour le découvrir.

Biz