Bonjour,

J'espère qu'il y a encore un peu de monde de ce côté?

Je sais que l'attente a été longue et je le regrette. Mais les journée passent trop vite.

Comme je vous avais déjà fait attendre très longtemps, j'ai préféré vous livrer ce nouveau chapitre sans répondre aux reviews.

Je me rattraperai sur le prochain.

Sachez que je les lis toutes et qu'elles me donnent toujours l'envie de poursuivre.

Bonne lecture.


Chapitre 18:

"Bells, ça suffit maintenant."

Je gardai ma position, ce qui signifiait assise dans le rocking-chair de ma chambre face à la fenêtre, sans même lui jeter le moindre regard. Un faible rayon de soleil me réchauffait le visage. Ce dernier disparut lorsque mon ami se plaça entre la fenêtre et moi. Je soupirai bruyamment de frustration.

"Emmett, fiche-moi la paix."

"Oh, mais ça fait huit jours que je te fiche la paix. Huit jours que Charlie te laisse tranquille. Personne n'ose t'adresser la parole pour ne pas te brusquer. C'est comme si la maison était entrée en hibernation de peur de te déranger. Mais là, stop. Y en a marre. Tu entends?"

"Je suis pas sourde. Je veux simplement qu'on me laisse tranquille."

D'un mouvement brusque, mon meilleur ami saisit mon siège qu'il immobilisa en s'appuyant dessus. Il était excédé par mon attitude mais je n'étais pas prête à m'incliner. Le repoussant d'un geste, je me levai.

"Mais qu'attendez-vous de moi? Je ne dérange personne. J'effectue les tâches administratives que mon père demande et j'ai même abandonné l'idée de déserter la salle à manger. Je ne demande qu'un peu de temps libre."

"Bells, on veut que tu vives. Que tu sois la Bella vive et gaie que nous connaissons. Que tu … que tu avances."

"Mais je vis."

"A peine" répondit-il en s'approchant de moi lentement, ne voulant pas m'effaroucher davantage.

"Mais si!"

"Je sais que tu souffres. Je le vois. On le voit tous mais, contrairement à moi, les autres ignorent la raison et reportent tout sur ton agression et celle de Nettie. Je pense qu'il est grand temps de parler à ton père."

Je baissai les yeux qui s'embuèrent instantanément comme à chaque fois que mes pensées s'envolaient vers Jasper. Je posai la tête sur le torse d'Emmett qui m'enlaça me permettant de donner libre cours à mon chagrin. J'avais fait une erreur. Une terrible erreur en manquant de confiance envers le texan mais je le regrettais amèrement. Je ne comprenais toujours pas pourquoi il avait refusé de me laisser m'expliquer, d'essayer de me racheter. Il était monté dans ce taxi et m'avait laissée sur le trottoir sans un seul regard en arrière. Sans un seul regret. Comme s'il tournait la page, comme si ces derniers mois n'avaient aucune importance dans sa vie, comme si cette mystérieuse blonde venue le chercher fermait la parenthèse de notre histoire. Heureusement, comme à l'instant, j'avais pu compter sur mon meilleur ami.

Je m'étais écroulée dès que le taxi avait disparu. Je me souvenais d'avoir crié avant d'éclater en sanglots, pleurant sur moi, sur lui, sur ce nous qui n'existerait plus. Combien de temps étais-je restée ainsi? Aucune idée, mais ce dont je me souvenais, c'était des bras musclés d'Emmett qui m'avaient soulevée du sol et m'avaient portée jusqu'à la voiture. Il avait parlé mais je n'avais pas entendu. Il m'avait ramené à l'hôtel où je l'avais suivi tel un automate. C'était lui qui s'était chargé d'empaqueter nos bagages et de les charger dans sa jeep. Il m'avait ramenée directement au Ranch et installée dans ma chambre sans qu'aucun mot ne soit sorti de ma bouche. Durant près de vingt-quatre heures, seul Emmett avait osé s'aventurer dans ma chambre. Il m'avait apporté à manger et était resté auprès de moi, me parlant, me réconfortant, me consolant au besoin mais à aucun moment, il ne m'avait fait de reproches. Pourtant, je savais très bien qu'il me tenait responsable du départ de Jasper et, indirectement, de mon état.

Puis, les larmes avaient fini par se tarir. Poussée par mon ami, j'avais dû sortir de ma chambre et reprendre ma vie en main. Ou du moins, essayer. J'avais fui soigneusement les temps de repas, préférant éviter la salle à manger commune et le regard interrogateur des hommes et de Lucy. Emmett n'avait rien raconté concernant mes états d'âme liés au départ du blond et, de ce fait, chacun avait pensé qu'il s'agissait du contrecoup de l'agression. J'avais également évité de prendre mes repas avec mon père dont le regard scrutateur et désapprobateur m'horripilait. Il ne m'avait posé aucune question mais ce n'était pas l'envie qui lui manquait. Je m'étais contentée de descendre travailler quelques heures par jour avec lui comme je l'avais fait avant notre départ pour le Rodéo et, très souvent, dans un silence pesant. J'avais tenté d'en apprendre le plus possible afin de repartir bientôt avec lui pour Phoenix et commencer à travailler au journal à ses côtés.

Les jours s'étaient tous étirés sur le même rythme, me laissant de très longs moments de solitude. Celle-ci ne m'avait pas dérangée; au contraire, je l'avais recherchée. Dès que je le pouvais, je m'étais éclipsée pour des balades à cheval ou réfugiée dans ma chambre afin de lire. J'avais opté pour des classiques que j'affectionnais tels Emilie Bronté ou Jane Austen car reprendre la lecture des romans mettant en scène de beaux vampires sexys ne m'aidait pas à oublier mon bel amoureux texan.

Au milieu de la semaine, nous avions reçu des nouvelles d'Oro Valley par l'intermédiaire du père de Nettie. Notre employée se remettait de mieux en mieux et sa sortie de l'hôpital était imminente. Les douleurs s'étaient estompées et la parole était revenue. Elle avait même retrouvé la quasi-totalité de ses souvenirs. Les policiers étaient repassés l'interroger le matin mais à leur sortie de la chambre, ils n'avaient pas voulu donner de renseignements aux parents. Nettie leur avait dit, quand ils étaient rentrés dans la chambre, que Jasper n'avait rien à voir avec son agression.

Voulant en savoir plus, Emmett avait décidé de reprendre contact avec Edward dont nous étions sans nouvelles depuis son retour au Texas. Nous avions dû nous y reprendre à plusieurs fois mais en fin de journée, il nous avait enfin répondu. Nous avions téléphoné de ma chambre pour éviter les oreilles indiscrètes.

"Salut Edward."

J'avais regardé Emmett hocher de la tête pendant qu'il demandait à notre ami comment il allait. J'avais gesticulé sur mon siège, nerveuse de ne rien entendre. Mon meilleur ami avait dû le remarquer car il avait mis le haut-parleur de son téléphone afin que je puisse participer à la conversation.

"Edward, je mets le haut-parleur pour Bella."

"Ok. Salut Bella, comment vas-tu?"

"Salut. Ca va."

Je m'étais forcée pour donner à ma voix un ton ferme et enjoué mais d'après la grimace de mon ami, ça n'avait pas dû pas être très convaincant. J'avais dégluti avant de reprendre.

"Et toi? Tu es bien rentré?"

"Oui très bien. Mais une montagne de boulot m'attendait."

"Et … Comment va William?"

J'avais tendu l'oreille, attendant la réponse mais un lourd silence s'était installé. Après quelques très longues secondes, Edward avait soupiré.

"Il … il est bien rentré, comme tu le sais. Il reprend doucement ses marques mais après autant de mois, ce n'est pas facile."

"Oui c'est vrai que cela doit le changer. Je lui ai envoyé un message cette semaine car je n'arrive pas à le joindre sur son portable"

"Oui, il me l'a dit. Il a perdu son téléphone en Australie et a donc changé de numéro."

"Oh!"

"Il m'a informé que tu tenais à mettre un terme à votre accord. Nous n'avons pas encore discuté de la meilleure manière de rendre publique la fin de votre fausse union mais nous y réfléchissons afin que cela passe pour une rupture en bons termes. Sache juste qu'il a mis sa famille au courant et elle n'a pas ...vraiment bien accueilli la nouvelle."

"Je suis désolée."

"Ouais. Lui aussi doit l'être car sa sœur et sa mère lui mènent la vie dure depuis son retour. La situation n'est pas simple ici. Il a du mal à justifier son geste, son absence et ses mensonges. Et, comme toujours, il ne veut en faire qu'à sa tête. C'est une vraie tête de mule ce mec. Il ne veut rien entendre. Mais bon, après tout, c'est son problème, pas le mien."

"T'es sympa avec ton pote, dis donc. C'est pas pour ça que je te téléphonais" était intervenu Emmett.

"Tu as raison. Que me vaut ton appel?"

"Nous voulions savoir si tu avais eu des nouvelles concernant les poursuites à l'encontre de Jasper. Les policiers ont ré-interrogé Nettie mais nous n'avons pas réussi à en savoir plus. Maintenant que tu es reparti au Texas peut-être ne t'occupes-tu plus de cette affaire."

"Et on voulait savoir si tu avais des nouvelles de Jasper" avais-je eu envie de crier mais je m'étais abstenue de justesse.

"Bien sûr, je continue de défendre Jasper mais tu as raison: à distance, ce n'est pas simple. J'ai donc demandé à un avocat avec qui j'ai étudié et qui a un cabinet à Tucson de me représenter."

"Oh, et il a accepté?"

"Tu sais Emmett, avec de l'argent, on peut s'octroyer l'aide de presque tout le monde. Mais ce type me devait de toute façon un service."

"Ok. Et as-tu eu de ses nouvelles?" avait-je insisté en m'immisçant dans leur échange.

"Oui, durant la matinée. Nettie, qui a très bien récupérée, a déclaré aux policiers que son agresseur n'était pas Jasper. Elle ne l'a pas vu correctement et elle peut juste affirmer qu'il était grand, musclé et blond mais que sa voix n'avait rien à voir avec celle de Jasper. Elle a raconté qu'elle avait bien rencontré à plusieurs reprises notre ami et que, de ce fait, elle pourrait reconnaître sa voix entre mille."

"Elle n'a pas dit pourquoi elle l'avait vu?"

"Non, Bella. Ca n'intéressait pas les policiers."

"Ainsi, il est définitivement hors de cause?"

"Oui, Emmett. Ils avaient aussi effectué des prélèvements quand ils ont trouvé Nettie. L'ADN retrouvé l'innocente complètement."

"C'est génial" s'était écrié Emmett en sautant presque de joie dans la chambre.

Oui, mon meilleur ami avait raison. C'était génial. Mais ça signifiait aussi qu'aucune raison ne pousserait Jasper à revenir.

"Bella? T'es toujours là?"

"Oui, Edward. Je suis très contente pour lui"

Ma voix avait tremblé lorsque j'avais parlé et j'avais puisé au fond de moi pour ne pas éclater en sanglots.

"C'est tout? Tu ne voulais rien savoir d'autre?"

J'avais eu la nette impression que cette question s'adressait à moi et non plus à Emmett. Je m'étais alors demandée si j'oserais demander de ses nouvelles.

"Bella, Edward te parle"

"Oh! Non...Enfin, si."

"Oui?"

"As-tu de nouvelles de Jasper?"

" Oui. Je l'ai revu cette semaine. Il va … bien. Il a repris un boulot et se remet des évènements. Il réfléchit beaucoup, trop à mon avis."

"Il … il ne va pas revenir?" avais-je essayé de dire. J'avais dû déglutir à plusieurs reprises afin que ces quelques mots sortent de ma bouche.

"Je ne sais pas, Bella. Je crois qu'il ne sait plus trop où il en est. Ton manque de confiance l'a énormément blessé et il essaye d'avancer."

"Bien."

Au loin, un bruit de porte et des paroles chuchotées s'étaient fait entendre.

"Je regrette mais on a besoin de moi."

"Bien sûr. Merci pour tout et n'hésite pas à venir nous rendre visite."

"Merci Emmet, je n'y manquerais pas. Mais vous aussi, vous êtes les bienvenus."

"J'y penserai. Salut."

"Au revoir Bella."

"Au revoir Edward. Et si tu le revois, dis-lui que je regrette, sincèrement."

Avant de mettre fin à la communication, Edward avait repris la parole.

"Je n'y manquerais pas, Bella. Garde l'esprit ouvert et n'accepte pas les choses comme une fatalité."

"Que veux-tu dire?"

"Tu n'as pas renvoyé les documents, n'est-ce pas?"

"Non, pas encore."

"Si tu traînes, c'est qu'il y a une bonne raison. Alors n'accepte pas les choses qui ne te plaisent pas."

"Mais c'est trop tard. Il n'y a plus rien à faire."

"Si c'est ce que tu crois. Bon, je file, sinon je vais avoir des ennuis. A plus."

"Salut Edward."

Emmett avait mis fin à la communication directement après. Nous étions contents que les choses se terminent bien pour Jasper. Nous avions discuté quelques minutes de cette conversation et la même idée avait germé de nos esprits. Le mec blond qui avait agressé Nettie pouvait très bien être Alex. Même si elle ne l'avait pas reconnu, il correspondait à la description et nous savions tous comme il pouvait se montrer agressif. Emmett avait ensuite voulu me parler des documents de divorce qui traînaient sur le coin de mon bureau mais je l'avais coupé net. Je ne voulais pas en parler. Pas de suite, en tout cas. C'est en râlant qu'il avait quitté la chambre.

Et depuis ce jour-là, nous n'en avions plus reparlé. Emmett m'entourait de son affection même si celle-ci devait s'extérioriser sous forme de sermon. Mais je devais admettre qu'il avait raison. Tout le monde autour de moi se posait des questions et principalement mon père qui ne savait plus quoi faire ou dire pour ne pas me blesser. Il était plus que temps de vider mon sac et de tout lui avouer. C'était inéluctable de toute manière alors autant le faire directement. C'était une étape nécessaire pour avancer et prendre un nouveau départ.

C'est avec une boule au ventre que je descendis les escaliers et frappai à la porte du bureau où je savais qu'à cette heure, il se trouverait seul.

"Entrez"

J'inspirai à fond avant de pénétrer dans le bureau d'un pas tremblant. Je n'ai jamais été effrayée par mon père mais à cet instant, je savais que j'allais fortement le décevoir. Et c'est à cause de la peur de le blesser et de recueillir sa désapprobation que j'étais stressée.

"Ma chérie, c'est bien que tu viennes tenir compagnie à ton vieux père."

"Papa! Tu n'es pas vieux, voyons."

Je pris place en face de lui dans un large fauteuil de cuir. Je m'asseyais rarement à cette place, préférant rester autour de la longue table près de la fenêtre où j'avais une vue dégagée sur les prairies et les chevaux en pâture. Ce spectacle journalier m'apportait une sérénité lorsque je travaillais et qui me quittait dès que je regagnais ma chambre.

"Pourtant, je me sens vieillir ma chérie. Et toi, comment vas-tu?"

Il fallait toujours compter sur Charlie pour aller droit au but. Et avec cette question, il me tendait la perche dont j'avais besoin pour aborder ma confession.

"Pas trop bien, Ch … papa."

"Vas-y. Tu peux tout me dire."

"C'est ... C'est difficile."

J'avais les mains moites et, nerveusement, je triturais le bord de mon t-shirt. Je sentais même des larmes monter insidieusement aux coins de mes yeux.

"Bella, quoi que tu aies à me dire, je peux l'entendre."

"Mais tu vas être tellement déçu à la fin.

"Je n'en suis pas aussi sûr que toi. Je t'écoute."

Il était temps de me lancer. Plus les minutes s'égrenaient et moins je trouvais le courage de parler.

"Je t'ai menti."

"Oh! Quand?"

"Depuis trois mois."

"Ok... Et à propos de quoi?"

Que c'était difficile d'être honnête et d'avouer de tout avouer à mon père. Surtout quand celui-ci me regardait avec le regard perçant qu'il utilisait déjà lorsque j'étais enfant. Regard qui m'intimidait au plus haut point. Comme à l'instant.

"A propos de … pff … de mon mariage, de William, de …"

"De ton mariage? Il est arrivé quelque chose? Ton mari a eu un accident? Tu n'es pas mariée?"

"Si. Bien sûr que je suis mariée. Enfin non, si … oh que c'est compliqué."

"Je veux bien te croire surtout que je ne comprends rien pour le moment."

Trop nerveuse que pour rester immobile sur le fauteuil, je me levai et arpentai le bureau de long en large tandis que Charlie m'observait, attendant patiemment que je daigne m'expliquer.

"J'ai épousé William parce que tu voulais que je me marie. Mais un faux mariage. Non vrai mais pas vraiment. Puis il est venu. Je ne voulais pas. Mais je l'aime et il est parti. Et il veut divorcer. Et…"

"Oh doucement. J'ai du mal à te suivre. Tu aimes William? Je vois pas où est le mal. Dis le-lui."

"NON, papa. Pas lui."

"Excuse-moi ma chérie. Je sais que je suis vieux et certainement lent pour décrypter ce que tu dis. Mais tes explications sont un rien embrouillées."

Je me cachai le visage dans les mains. Plus j'essayais de m'expliquer et plus je m'embrouillais. J'humectai mes lèvres avant de me tourner vers Charlie.

"Je vais reprendre depuis le début, ce sera mieux" déclarai-je en reprenant place face à mon père qui acquiesçait de la tête.

"Quand tu m'as parlé de mariage il y a plus d'un an, je me suis mise en colère. J'ai pesté et, sur un coup de tête, je suis partie en voyage."

"Ca, je sais. Je regrette tellement."

"Hum. Laisse-moi parler tant que c'est un rien plus clair dans ma tête. J'espérais que tu changes d'avis, que tu reconnaisses que c'était une bêtise de me demander cela. Mais quand Emmett est venu me rejoindre et m'a confirmé que tu tenais vraiment à ce que je me marie, j'ai su que je n'avais pas d'autre solution."

Charlie fronçait les sourcils mais il gardait le silence.

"J'allais te donner satisfaction. Emmett m'a même proposé de m'épouser."

A cette hypothèse, je vis mon père sourire et je ne pus réprimer un petit ricanement. J'adorais Emmett mais m'imaginer mariée à mon meilleur ami avait un côté hilarant que semblait partager mon père.

"Te moque pas. C'était peut-être pas une si mauvaise idée avec le recul."

" J'imagine d'ici" répliqua-t-il en réprimant son envie de rire.

" Oui, mais j'ai préféré une autre solution. Tu voulais que je me marie, je devais donc trouver un époux."

"Trouver un époux? Ne me dis pas que … ?"

"Je m'en suis trouvé un."

La bonne humeur de Charlie avait complètement disparu. Le regard qu'il posait sur moi, sans m'effrayer, me mit malgré tout très mal à l'aise. Il n'appréciait déjà pas les quelques mots que je venais de prononcer, la suite n'allait rien arranger.

"Comment?"

Alors, je commençai à tout raconter à mon père. De notre discussion à Emmett et moi sur mon besoin de trouver un mari de pacotille, nos recherches, notre découverte de William et ses démêlés avec la justice australienne à cause d'un Rocher sacré, jusqu'au mariage. Charlie était resté muet, grognant par moments.

"A mon retour, j'ai embelli la situation, te faisant croire que j'étais amoureuse de mon mari et qu'il viendrait bientôt me rejoindre."

"Tu m'as menti?"

"Oui parce que toi tu ne me faisais pas confiance et refusais d'être honnête avec moi."

Nous nous toisâmes un long moment mais ce fut mon père qui reprit la parole le premier.

"J'ai fait une erreur. Je suis bien forcé de l'admettre mais jamais je n'aurais imaginé que tu puisses te marier avec un illustre inconnu pour … pour m'obéir."

"Pourtant, je l'ai fait. Je préférais choisir moi-même que de me voir attribuer un inconnu que tu aurais choisi."

"Je ne serais pas allé jusque-là. Je voulais que tu sois en sécurité et te pousser à t'intéresser à quelqu'un. Une personne qui te protégerait car, moi, j'avais de plus en plus de mal. Mais surtout, j'espérais que tu tombes amoureuse. Pas que tu fasses un mariage de raison. Non pire, un mariage forcé. Je regrette ma chérie."

Il paraissait porter le poids du monde sur ses épaules tant il était affaissé sur son siège, la mine défaite et malheureuse.

"C'est fait, inutile de revenir là-dessus. "

"Soit. Puisque tout est faux, pourquoi es-tu si mal? Ne devrais-tu pas être soulagée? Et puis, tous ces messages de ton soi-disant mari, tu les as aussi inventés?"

"Oui, je suis soulagée que ce soit fini. Enfin, que les mensonges soient terminés. Quant aux messages, William me les envoyait bien pour s'informer de la situation et connaître l'évolution. Seule la partie "mots d'amour" était fausse."

"Bien. Je désapprouve entièrement cette initiative mais c'est fait. De plus, ce serait malvenu de t'en vouloir alors que je suis en partie responsable. Nous allons juste insérer un encart dans l'un de mes journaux disant que tu te sépares de ton mari, sans entrer trop dans les détails.

"J'ai des papiers à renvoyer."

"Des papiers?"

"Oui, je … je n'ai pas encore tout dit."

Charlie souleva les sourcils et d'un léger signe de tête m'intima de poursuivre.

"Après le mariage, Emmett et moi sommes rentrés pensant trouver rapidement ce qui te tracassait et ainsi, pouvoir mettre un terme à ce mariage. William était d'accord. Mais … Jasper est arrivé."

"Mais que vient-il faire dans tes explications? Bella, tu n'es vraiment pas des plus claires."

"Bref, en réalité, suite à un échange de passeports, c'est Jasper qui s'est marié avec moi."

"Quoi? Mais comment?"

"Jasper et William se sont rencontrés lors de leur voyage et ils ont échangé leurs bagages par inadvertance. Lorsque Jasper a été arrêté, comme il ressemblait à William et que la photo était abîmée, les policiers là-bas n'ont pas cherché plus loin."

"C'est inimaginable une chose pareille."

"Oui mais ce n'est pas là que se situe le problème."

"Où alors? Tu divorces, un point c'est tout. J'ai de bons avocats si nécessaires pour arranger les choses. Et si c'est de l'argent qu'il veut, je …"

"NON! Jasper ne demande rien. Juste sa liberté. J'ai déjà les documents à remplir et signer."

"Alors c'est réglé. Tu avais peur que je sois fâché et je ne le suis même pas. Je peux comprendre tes raisons et, au contraire, je me sens le plus coupable dans cette histoire. Il reste plus qu'à tourner la page. Maintenant, je ne me laisserai plus intimider par Alex et, toi, tu vas retrouver ta liberté. Au diable ce que pourront dire les gens."

Je m'affalai, abattue, dans le fond du siège tant l'idée de tourner la page et de ne plus revoir Jasper m'étreignait douloureusement le coeur. Mes yeux s'embuèrent et c'est d'une voix enrouée que j'avouai mes sentiments à mon père.

"Oui je sais mais je l'aime et lui ne veut plus rien avoir à faire avec moi. Et c'est uniquement de ma faute. J'ai trop douté de lui."

"Ma pauvre chérie"

Mon père fit le tour de son bureau et vint, chose exceptionnelle, me prendre dans ses bras, tentant maladroitement de me consoler. Il murmurait des paroles réconfortantes à mon oreille. Nous restâmes ainsi un bon moment avant qu'il ne se redresse. Mon chagrin s'était estompé.

"Peut-être baisses-tu trop vite les bras. Laisse donc passer les fêtes et laisse-lui surtout du temps pour digérer les derniers évènements. Ensuite, tu pourras tenter de parler avec lui. Je pense que dans l'immédiat, le plus important est de clarifier la situation vis-à-vis de William Hale qui lui aussi doit souhaiter retrouver sa vie d'avant. D'accord?"

"D'accord" répondis-je en essuyant mes yeux rougis et quittant mon père.

Comme Charlie me l'avait conseillé, j'avais laissé le temps filer doucement. Temps que j'avais mis à profit pour clarifier la situation concernant William. D'un commun accord, nous avions décidé d'informer chacun de notre côté la fin de notre "mariage" par voix de presse. La nouvelle avait créé un peu de remous parmi nos connaissances mais, très vite, celle-ci était passée du stade de scandaleuse à totalement inintéressante, à mon plus grand soulagement. J'étais redevenue l'insignifiante Isabella Swan, fille du magnat de la presse dont la vie n'intéressait personne.

La période des fêtes était arrivée rapidement et grâce à l'acharnement d'Emily, j'avais été accaparée des heures durant. Je l'avais aidée à garnir la maison ainsi que la salle commune et nous avions élaboré ensemble le menu de Noël. Puisque nous le passions au Ranch, Charlie avait décidé que les hommes qui ne rentraient pas chez eux à cette période, passeraient le réveillon avec nous. Ce surplus de travail ne m'avait laissé que peu de temps pour penser à Jasper et pour me lamenter de son absence. Surtout qu'Emmett avait dû partir trois jours à la demande de mon père pour négocier l'achat de nouveaux chevaux. Du moins, le supposai-je étant donné qu'il était resté très discret sur son voyage. Je pense qu'il avait voulu m'éviter de la peine car il avait séjourné au Texas et il savait que ce sujet restait très délicat pour moi.

Au Ranch, tout le monde était à présent au courant tant de ma séparation d'avec William que de mon aventure avec Jasper. Qui en avait parlé? Je ne savais pas le dire avec exactitude. Mais ils savaient et chacun tentait de me divertir et de me changer les idées. Paul était particulièrement attentif à moi. Il venait souvent me tenir compagnie ou me raconter des blagues mais sans aucune arrière-pensée. Son histoire avec Lucy continuait et ils étaient très amoureux. Mais Paul, qui se doutait depuis très longtemps que Jasper ne m'était pas indiffèrent, voulait m'apporter son soutien. Il s'avérait un ami sur lequel je pouvais dorénavant compter. Ce qui m'étonnait le plus était l'absence totale de critiques ou de remarques désobligeantes au sujet de mon mariage ou de mon aventure avec le Texan.

Edward n'avait repris contact qu'une seule fois après l'annonce officielle de ma rupture avec son meilleur ami. Il nous confirma ce que Nettie nous avait déjà annoncé. Les analyses de l'ADN prélevé sur elle avaient enfin parlé. Les résultats accusaient sans aucun doute possible Alex. Ce dernier, reparti pour New York, avait été appréhendé et moisirait longtemps en prison. Du moins, l'avocat ferait tout ce qu'il pouvait pour l'y laisser croupir éternellement. Nettie avait porté plainte tout comme moi. Il apparaissait que je n'étais pas la seule personne autour de laquelle son obsession tournait. Plusieurs autres jeunes filles s'étaient manifestées suite au battage médiatique que son arrestation avait engendré. Le plus troublant fut de constater que chacune de ces filles me ressemblaient. Par contre, le roux ne me donna aucune nouvelle de Jasper ce qui me frustra terriblement mais je ne posai aucune question.

C'est plus sereine que j'avais vu arriver la veille de Noël. Le sapin trônait majestueusement dans le salon. Un grand nombre de paquets cadeaux s'éparpillaient autour de lui attendant minuit afin que nous puissions les ouvrir. La dinde cuisait déjà et embaumait de son odeur toute la maison. Je venais de terminer la garniture des bûches que nous mangerions le soir-même lorsqu'on sonna à la porte.

"J'y vais, Emily"

Un coursier de chez FedEx me salua et me tendit une grande enveloppe sur laquelle mon nom était écrit.

"Pourriez-vous signer ici?"

Le garçon me tendait un appareil et un stylet. J'observais toujours la missive, cherchant à savoir de qui elle provenait mais aucune annotation ne s'y trouvait.

"Oui. De qui est-ce?" demandai-je en apposant ma signature.

"Désolé ma p'tite dame. Mais je sais juste qu'elle provient d'une société basée au Texas. Bonne soirée et Joyeux Noël."

"Merci. Egalement" réussis-je à dire tandis qu'il se dépêchait de rentrer dans sa voiture.

Je refermai la porte et allai m'asseoir dans le divan tout en retournant la missive sous toutes les coutures. Aucune adresse, aucun nom. Je la décachetai et retirai une seconde enveloppe, plus petite et de couleur beige. Dessus, mon nom était à nouveau calligraphié. La personne qui l'avait envoyée avait une très belle écriture. J'en retirai un carton d'invitation. Dès les premiers mots, je poussai un petit cri de surprise.

Madame Mélanie Hale

et ses enfants, Rosalie et William

ont le plaisir de vous inviter

à leur réception annuelle

à l'occasion de la nouvelle année.

Celle-ci aura lieu le samedi 2 janvier

en leur demeure de Dallas.

Nous comptons sur votre présence.

Le reste contenait les détails pratiques concernant le déroulement de la réception. Je relus le tout plusieurs fois afin de me convaincre que je ne rêvais pas. Malgré tous les mensonges et le fait que sa famille désapprouve ce que nous avions inventé, ils m'invitaient à une fête. J'étais perplexe. Pourquoi désirer me rencontrer? Et moi, qu'est-ce que j'y gagnerais? Plus je relisais cette invitation et plus j'étais convaincue que c'était une mauvaise idée que de me rendre là-bas. William souhaitait certainement, tout comme moi, laisser une bonne fois pour toute cette histoire derrière lui.

Je refermai l'enveloppe que je rangeai dans le tiroir du guéridon du hall d'entrée avant de repartir en cuisine terminer nos préparations.

Les fêtes de fin d'année s'étaient superbement bien passées. J'avais relégué l'invitation bien profondément dans ma mémoire afin de profiter au maximum de ce réveillon de Noël, entourée des personnes qui m'étaient chères. Le repas, succulent comme toujours, avait ravi chaque invité. Et à minuit, nous avions échangé nos cadeaux. Cela prit un temps fou car, en plus des innombrables paquets de notre part, à Charlie et moi, tout le monde avait ajouté sa contribution. Cette soirée de fête était l'une des meilleures que j'avais passée depuis longtemps, loin de l'agitation de Phoenix où nous passions le réveillon ordinairement.

Le reste de la semaine s'était écoulé dans une ambiance festive me permettant de sortir de ma phase "post-Jasper" et de reprendre lentement mes anciennes activités. Emmett m'emmenait souvent avec lui pour de longues balades dans les plaines mais je le trouvais taciturne depuis son voyage. J'avais bien tenté de lui tirer les vers du nez mais sans grand succès. J'avais juste appris le nom du marchand de chevaux qu'il avait rencontré et l'évolution de leurs transactions. Quant à savoir s'il en avait profité pour rencontrer Edward ou Jasper, rien à faire, il avait soigneusement éludé la question. Après tout, j'avais décidé de tourner la page, autant que ce soit le plus radical possible.

Au bout de la semaine, en cherchant un stylo-bille dans le guéridon de l'entrée, j'avais remis la main sur l'invitation de la famille Hale. Je m'apprêtai à la déchirer lorsque mon meilleur ami était apparu derrière moi.

"Qu'est-ce que c'est?"

"Oh, rien."

"C'est un carton d'invitation dirait-on. Montre."

"Puisque je te dis que c'est rien."

Plus prompt que moi, il m'arracha l'invitation des mains et se mit lire. Je tentai de la lui reprendre mais sans aucun résultat. Il était bien plus grand que moi et, même en sautant, je n'arrivais pas à la saisir.

"C'est sympa de t'inviter. Je m'en souviendrai."

"Peut-être mais je n'irai pas."

"Pourquoi?"

"Voyons Em. Tu me vois débarquer chez eux en pleine fête alors qu'ils seront entourés de leur famille, d'amis et de connaissances?"

"Oui et alors?"

"Réfléchis. Je suis "l'ex" du fils de la famille. La nouvelle a été rendue publique que nous nous séparions. Je me vois très mal arriver, toute sourire."

"D'accord. Alors dis-moi pourquoi ils auraient tenu à t'inviter."

"J'en sais rien. S'il n'y avait que William, à la limite, j'aurais pu y assister. Tu sais, histoire de le rencontrer et de le remercier. Mais pas devant sa famille. Qui ne doit pas m'apprécier si je me remémore le mail incendiaire de sa soeur, il y a quelques semaines."

Emmett m'observait, les sourcils froncés.

"C'est peut-être l'occasion de t'expliquer et de lui montrer qui tu es vraiment."

"Non Em, je n'irai pas. Toute cette histoire est dorénavant derrière moi. Les papiers officiels seront bientôt validés et chacun de nous sera légalement libre."

"Mais …"

"N'insiste pas. Je n'irai pas. De toute façon, je dois effectuer un voyage à New York à cette date-là. J'ai un rendez-vous très important pour un stage au New York Time."

"Je persiste à dire que tu devrais y aller."

"Et moi, je ne veux pas y aller. Tout cela est TERMINE. Par contre, je serais très heureuse que tu m'accompagnes. Ca serait sympa et on pourra en profiter pour assister à un spectacle."

Mon ami avait haussé les épaules, pas dupe de me voir détourner la conversation mais il n'avait plus insisté. Cinq jours plus tard, nous montions ensemble dans l'avion.

Dire que j'étais nerveuse était un bien faible mot pour décrire l'état dans lequel je me trouvais. Je gesticulais sans arrêt sur la banquette arrière du taxi. Emmett m'accompagnait et je lui en étais très reconnaissante car jamais je n'aurais osé entreprendre ce voyage seule.

J'étais à la fois excitée mais également terrorisée face à ce rendez-vous. J'ignorais ce qui m'attendait à mon arrivée et bien que j'aie imaginé des centaines de fois notre entrevue, je l'appréhendais. Je repassais en boucle les mots que je désirais prononcer et les choses que je ne devais pas aborder.

"Détends-toi, Bells. Tout va bien se passer" tenta de me rassurer mon meilleur ami en posant sa main sur les miennes qui tremblaient.

"Comment peux-tu en être si sûr? Tu n'arrêtes pas de me répéter la même chose depuis notre départ de l'hôtel."

"Parce qu'il n'y a aucune raison que cela se passe mal. Que tu es attendue donc c'est qu'ils veulent te rencontrer. Que je suis avec toi. N'est-ce pas suffisant?"

"Si. Mais …"

"Non, Bella. Pas de mais. Tout va bien se passer. Ok?"

"Ok."

Je soupirai et regardai par la fenêtre du taxi. Je soupirai en me remémorant l'acharnement qu'avait déployé Emmett pour me convaincre. Bien décidée à ne pas répondre favorablement à l'invitation de Madame Hale, j'avais tenté au mieux d'oublier ce carton. Mais jour après jour, il était revenu à la charge trouvant de nouveaux arguments. Au bout de quatre jours, j'avais fini par craquer. Faut dire aussi que Charlie s'était joint à mon meilleur ami pour me faire changer d'avis. Face aux deux hommes important de ma vie, j'avais accepté de me rendre au Texas.

Nous avions quitté la ville et nous nous enfoncions de plus en plus dans la périphérie. Les buildings avaient laissé place à de jolies maisons d'un seul étage. Le quartier résidentiel s'estompa également. Nous roulions depuis près de trois quarts d'heure lorsque la voiture bifurqua et s'engagea dans une allée arborée. Le soir était tombé et les lumières de la maison apparurent au loin.

Devant nous, quelques voitures avançaient au pas vers la demeure. Lorsque nous nous arrêtâmes devant la maison, un homme vint nous ouvrir la porte. Emmett sortit en premier et me présenta sa main pour m'aider à m'extirper du taxi.

"Viens, rentrons à l'hôtel" chuchotai-je pour éviter qu'on m'entende.

"Non, Bells."

"S'il te plaît."

"Nous allons entrer, faire connaissance et nous repartirons dès que la durée minimale estimée par les convenances sera atteinte. D'accord?"

"D'accord" répondis-je dans un soupir.

Emmett m'offrit son bras et nous gravîmes les quelques marches menant à l'entrée. Ma main était serrée autour de la manche de mon ami. Ma nervosité n'avait fait qu'augmenter depuis tout à l'heure et s'il ne m'avait pas accompagnée, j'aurais rebroussé chemin depuis longtemps. Un majordome nous accueillit et nous indiqua le chemin à suivre. Une douce mélodie sortait d'un salon immense où se tenait une foule d'invités. Plus nous approchions de la porte et plus je ralentissais. Du moins, j'essayais car mon meilleur ami ne me laissait pas le choix. Il me tirait littéralement en avant. Sur le pas de la porte, il s'arrêta.

"Prête?"

"Non!"

"Bien alors, c'est parti."

J'observais les invités autour de moi et je remerciai intérieurement Emily qui m'avait aidée à choisir ma tenue. Toutes les femmes de l'assistance avaient revêtu des robes somptueuses. Et j'étais assez fière du modèle de la mienne. J'avais opté pour une robe longue en satin gris acier plissée au niveau du buste et des hanches et rassemblée sur le côté par une broche de brillants. Les mêmes pierres parsemaient les bretelles attachées derrière mon cou. J'avais longuement hésité à prendre ce modèle que je trouvais assez audacieux surtout au niveau de l'arrière puisque le bustier était retenu dans mon dos par un nœud. Emily s'était également chargée d'Emmett qui portait pour l'occasion un très beau trois pièces gris-bleu qui lui allait parfaitement.

Nous avions à peine fait trois pas dans le salon qu'une voix connue nous interpella.

"Bonsoir. Je suis content que vous soyez venus."

"Bonsoir Edward"

"Salut Emmett."

Mes deux amis échangèrent une poignée de main des plus viriles avant qu'Edward ne me prenne dans ses bras pour une accolade à la fois rassurante mais aussi encourageante. Et j'en avais bien besoin. M'extirpant de l'étreinte du Texan, je remarquai une petite brune à ses côtés. Elle arrivait à peine aux épaules d'Edward. De longs cheveux foncés encadraient un très joli visage au teint pâle assez rare dans le sud mis en valeur par la robe rose vaporeuse qu'elle portait. Mon ami suivit mon regard et un large sourire éclaira son visage.

"Laissez-moi vous présenter ma fiancée. Alice Brandon. Alice, voici Emmett et Bella, dont je t'ai parlé."

"Enchantée. Effectivement, j'ai énormément entendu parler de vous ces derniers mois et j'étais impatiente de vous rencontrer."

"Très heureuse de vous rencontrer aussi."

"T'es un cachottier, le Texan. Je suis également heureux de faire votre connaissance, Mademoiselle."

Emmett avait donné un coup de coude à Edward avant de s'adresser à sa fiancée. Ces deux-là s'entendaient vraiment bien et je n'avais jamais remarqué la complicité qui existait à présent entre-eux. Autant que celle qu'Emmett avait avec Jasper. Avant.

"Oh non, appelez-moi Alice. Vous êtes des amis d'Edward et donc destinés à devenir les miens aussi."

Un serveur passa près de nous et nous nous retrouvâmes une coupe de champagne dans la main. Nous échangions quelques mots tandis que nous avancions parmi les invités. Certaines personnes se retournaient sur mon passage, me dévisageant et murmurant. Je ne connaissais personne de l'assistance. Pourtant, eux semblaient savoir qui j'étais. Tout à coup, une femme se posta devant moi. Je dûs lever les yeux tant elle était grande à côté de moi. Je souris, prête à présenter mes hommage à la maîtresse de maison mais le regard froid qu'elle renvoyait me stoppa net. En plus d'être grande, blonde, impressionnante, je devais aussi reconnaître qu'elle était magnifique. Elle portait une longue robe rouge vif largement échancrée sur sa cuisse avec une petite traîne derrière partant d'un généreux dos nu.

"Ainsi, c'est vous?"

"Rosalie, s'il te plaît" intervint Edward mais elle leva la main pour le faire taire.

"N'aies crainte. Je ne lui veux aucun mal. Je désire juste saluer ma chère belle-soeur."

Je me sentais très mal à l'aise et mon envie de fuir revint aussitôt. Mais puisque j'avais pris la décision, certes fortement encouragée par Emmett, de répondre à cette invitation, je n'allais pas me laisser intimider par qui que ce soit. Je redressai la tête le plus fièrement possible.

"Bonsoir, Mademoiselle Hale."

"Très chère Isabella … Hale"

"Je vous remercie pour votre aimable invitation"

Du coin de l'oeil, je vis mes amis pouffer de rire et se faire fusiller du regard par cette … ma belle-soeur.

"C'est l'idée de ma mère. Si ça n'avait dépendu que de moi que de moi, je vous aurais rayé de nos vies depuis longtemps."

"Je n'en doute pas. Mais rassurez-vous, vous serez rapidement débarrassés de moi."

"Si seulement…"

Je me sentais bouillir et prête à riposter lorsqu'il y eut de l'agitation à l'entrée du salon. La plupart des invités, ou plus exactement de la gente féminine, s'amoncelait entre les deux battants de la porte. Comme tout le monde, je portai mon attention sur le nouvel arrivant qui, d'après les exclamations, ne pouvait être que William. Je n'arrivais pas à le voir et je me dandinai d'un pied à l'autre pour l'apercevoir. Je distinguai d'abord ses cheveux bruns ondulés. Les battements de mon coeur s'accélérèrent, appréhendant la rencontre mais je ne pouvais m'empêcher de sourire. Pour la première fois, j'allais voir et discuter avec mon époux. Enfin, celui dont je portais le nom. Celui qui avait accepté durant des mois de rester dans l'ombre en m'apportant son aide et son soutien à distance. Il avançait, noyé dans une mer de gens que je vis s'écarter lentement alors qu'il s'approchait. Je me figeai tout à coup lorsque William réussit à s'échapper et se retrouva face à moi. Ma gorge se noua, un hoquet de stupeur sortit de ma bouche et mes yeux picotèrent. Sans plus réfléchir, sous les regards médusés de mes amis, je pivotai et m'enfuis en courant. Des cris me parvenaient mais je ne pouvais pas m'arrêter.


Nous allons enfin découvrir William.

J'espère que ce chapitre vous aura plu. N'oubliez pas de me laisser un petit mot, c'est très encourageant pour les auteurs.

Sur ma page Facebook, je vais poster des photos des tenues et de la maison pour vous faire une petite idée.

A bientôt

Bisous

Eli