Bonsoir,
Je ne vous ai pas oublié même si j'ai mis énormément de temps pour écrire cet épilogue. Clôturer une histoire est toujours difficile et je dois avouer que celle-ci particulièrement.
Je tiens à vous remercier pour votre patience et vos encouragements. Je vous remercie toutes pour vos messages et reviews (une pensée particulière pour les anonymes a qui je ne peux répondre personnellement).
Je veux également remercie ma bêta, mon amie, ma Jess qui est toujours là pour m'aider, me booster quand la motivation me fuit et me pousser à aller jusqu'au bout. MERCI.
Je vous laisse avec, pour la première fois, un POV Jasper pour terminer cette histoire.
Bonne lecture.
Epilogue:
La maison était animée d'une effervescence rare. Des bruits de pas rapides agrémentés du tintement de vaisselles qui s'entrechoquent m'arrivaient, heureusement, étouffés par la porte. Afin d'éviter ce balai incessant, j'avais investi la bibliothèque depuis mon retour, recherchant la tranquillité. J'avais tenté de travailler un peu sur mon ordinateur portable mais l'envie n'y était pas. Je m'étais contenté de répondre à quelques mails urgents, laissant le reste pour plus tard.
Depuis, je tournais en rond, ruminant la soirée d'hier. Je l'avais attendue, cette réception. J'avais évidemment laissé la partie organisation à ma mère et ma soeur qui, il fallait bien l'avouer, étaient plus douées que moi. J'avais aussi pu compter sur l'aide de mes amis: Edward et Emmett. C'était même en grande partie grâce à lui que tout ceci était arrivé.
Quelques semaines plus tôt, alors que j'étais de retour auprès des miens et profitais d'un moment de détente en m'occupant de mon étalon Shadow, j'avais vu débarquer un Emmett furieux. Je l'avais déjà vu de mauvais poil mais, à ce point, jamais. Et il pouvait être effrayant. Je me souvenais encore de ses premières paroles.
"Toi! J'ai deux mots à te dire."
"Bonjour à toi aussi, Emmett."
"Laisse tomber les politesses, j'suis pas d'humeur!"
Un rapide coup d'oeil vers lui m'avait confirmé son état d'esprit. Je ne l'avais jamais vu aussi fermé et crispé qu'aujourd'hui.
"Je vois. Et que me vaut cette visite surprise?" avais-je demandé en l'emmenant vers la maison.
J'avais laissé Shadow aux bons soins d'un des palefreniers car la conversation qui s'annonçait ne concernait que nous.
"J'ai à te parler."
"J'avais bien saisi la première fois."
"Garde tes sarcasmes pour toi. Sois déjà bien content que j'utilise des mots et pas mes poings pour te dire ce que je pense."
Nous étions rentrés dans la bibliothèque par la porte-fenêtre. J'aimais cet endroit et, surtout, je savais que nous y serions tranquilles. Sur la droite, face à une cheminée à feu ouvert, ma mère avait installé un salon de style anglais.
"Installe-toi. Veux-tu boire quelque chose?" avais-je proposé, sachant que le bar était continuellement approvisionné.
"Une bière si tu as."
J'en avais pris deux et étais allé le rejoindre. Je m'étais assis face à lui, buvant une gorgée, lui laissant l'opportunité d'attaquer.
"Tu sais que tu es un con?"
"Merci pour le compliment."
"Arrête de faire le mariole, Jazz. Je suis trop énervé pour avoir envie de rire."
"D'accord. J'arrête. Vas-y, parle."
Emmett engloutit la moitié de sa boisson avant de prendre la parole.
"Tu es un con et surtout ne me contredis pas."
"Loin de moi l'idée de te contredire."
"Non, mais qu'est-ce qui t'a pris de partir ainsi? De disparaître d'un coup? Sans même un mot d'explication! Ca fait huit jours que je fais des recherches sur Jasper Whitlock. Imagine ma stupéfaction lorsque je n'ai trouvé aucune trace de ce nom à Houston ou nulle part ailleurs au Texas non plus."
"J'avais …"
"Tais-toi! Même Charlie m'a filé un coup de main. Heureusement que lui a plus de ressources que moi. Il a vite réussi à faire le lien entre Whitlock et Hale. C'est le nom de ta mère, n'est-ce pas?"
"Oui."
"A quoi riment tous ces mensonges, ces mystères? Je ne comprends vraiment pas pourquoi tu as joué la comédie. Et, plus encore ce que je ne comprends absolument pas, c'est le plaisir que tu as eu de faire souffrir Bella!"
"Je n'ai jamais voulu la faire souffrir" m'étais-je écrié.
"Ah non? Et bien, c'est fait pourtant."
"Je suis désolé. Mais … mais je devais m'éloigner, faire le point."
"Pourquoi? Pourquoi l'abandonner ainsi alors qu'elle t'aime?"
Je m'étais immédiatement revu, quelques semaines plus tôt, montant dans ce taxi qui m'emmenait vers l'aéroport laissant une Bella en pleurs sur le trottoir. Ce jour-là avait certainement été le plus pénible que j'aie jamais vécu.
"J'ai été un parfait abruti, j'en suis conscient."
"Encore bien."
"C'est si compliqué ..."
"Alors, explique-moi."
J'avais posé la bouteille vide sur la table basse avant de me lever et d'arpenter la bibliothèque. Emmett m'avait observé mais n'avait rien dit. Je lui en avais été reconnaissant. J'avais besoin de mettre mes idées en ordre avant de parler. Pas que je ne sache pas quoi dire mais plutôt comment les énoncer.
"Pendant les semaines où j'ai vécu au Ranch, j'ai changé. Je me suis senti à l'aise avec vous et bien plus à ma place qu'ici, dans ma propre famille. Oh, j'adore ma mère et ma soeur. Et j'aimais aussi mon père qui savait être un vrai tyran parfois mais avec vous, je pouvais être celui que je rêvais d'être. Mais, plus que tout, je me suis rapproché de Bella. J'ai découvert une fille tellement différente de toutes celles que je côtoyais et qui m'appréciait pour moi-même."
"Mais alors, qu'est-ce que tu fais ici?"
"Le chemin entre elle et moi n'a pas été simple, tu le sais. Et quand enfin, je croyais que tout allait bien … tout s'effondre. Lorsque nous avons été réveillés par la police qui m'accusait à tort, je n'ai pas eu peur. Je savais que j'étais innocent, j'avais foi en la justice et en Edward, surtout. Mais, le plus difficile à vivre, ce fut le moment où j'ai vu le doute dans les yeux de Bella. Le moment où j'ai compris qu'elle croyait que j'étais coupable."
"Mais elle a vite changé d'avis."
"Je sais, Emmett, mais moi, quand je l'ai vue à la prison, je revoyais ce regard en permanence. Alors, lorsque Rosalie a débarqué pour payer ma caution, j'ai fui."
"Rosalie?"
"Ma soeur. Elle est venue dès qu'Edward lui a raconté les événements et m'a convaincu de partir avec elle pour faire le point et réfléchir à tout ce qui m'était arrivé."
"Et il te faut toujours autant de temps pour réfléchir?"
Sa réflexion me fit sourire. Il avait utilisé un ton qui me faisait passer pour un parfait idiot. Mais il n'avait pas vraiment tort.
"J'ai souvent eu envie de revenir. Mais comment tout lui expliquer, tout lui avouer? Et je doutais qu'elle m'accueille avec joie. Alors, j'ai reporté sans cesse."
"Est-ce que tu l'aimes?"
Je m'étais arrêté de marcher et avais plongé mon regard dans celui de mon ami. Je voulais qu'il lise autant ma réponse que les mots que j'allais prononcer.
"Oui, je l'aime."
"Elle aussi. Et elle souffre de ton départ. Si j'ai fait tout ce chemin à son insu, c'était pour te casser la gueule au départ mais, d'après Edward, tu es aussi malheureux qu'elle. Et je crois qu'il a raison."
"Je suis content que tu aies préféré la manière diplomatique."
"T'es passé à deux doigts de celui-là" avait-il répondu en levant son poing. "Comment faire? Si tu débarques maintenant, elle va piquer une colère dont elle seule a le secret."
"Je m'en doute. Peut-être pourrais-tu l'amener?"
C'est ainsi que l'idée d'organiser une rencontre lors de la réception annuelle donnée par ma famille avait germé. Ma mère avait été enthousiasmée par cette idée. Depuis mon retour, elle avait posé énormément de questions au sujet de Bella. Ma soeur avait été moins réjouie à la recevoir mais je pense que savoir qu'Emmett l'accompagnerait avait réussi à l'amadouer un peu. Ils avaient sympathisé lors de son passage chez nous. Oh Rosalie n'avait pas été très sympathique avec Bella qu'elle tenait responsable de tous mes malheurs mais la connaissant, cela aurait pu être bien pire.
Mais aujourd'hui, je n'étais plus si sûr que c'était une bonne idée d'avoir fait venir Bella sous un faux prétexte. Bien que j'aie senti qu'elle hésitait par moments, elle avait pris une décision qu'elle avait maintenue jusqu'au bout. Décision qu'à la base, j'avais prise moi-même en lui fournissant les documents du divorce. J'avais tenté de discuter, de lui exposer ma façon de voir les choses et surtout mon ressenti vis-à-vis des derniers évènements mais, à son tour, elle m'avait laissé. Seul.
Après son départ du Starbucks, j'avais regagné directement la maison, ne souhaitant voir personne. Et depuis plusieurs heures, je tournais en rond dans cette bibliothèque. J'avais tenté de travailler un peu mais pas moyen de me concentrer et de penser à autre chose qu'à elle. Tout un tas de souvenirs, bons et moins bons, me revenait en tête. Mais c'étaient les meilleurs qui me faisaient le plus mal. Notamment, nos longues balades qui se finissaient certes en querelles épiques, avaient toutefois permis de nous rapprocher
Las de me morfondre en vain, je m'installai dans le siège de mon père au bureau. Il était plus que temps de contacter Edward afin qu'il prenne possession des documents du divorce et clôture ce pan de ma vie. Même courtes, ces quelques semaines passées au Ranch m'avaient profondément marqué. Moi, qui criais haut et fort que j'aimais la liberté, m'amuser et surtout pas de contraintes professionnelles afin de ne pas ressembler à mon père, je prenais à présent le même chemin. Depuis mon retour, je me noyais dans le travail, apprenant tout ce que je devais savoir sur notre société afin de pouvoir la diriger aussi bien que lui. Je refusais régulièrement les invitations et sorties proposées par mon ancien groupe d'amis pour pouvoir passer plus de temps avec ma mère et ma soeur. Et surtout, ma sacro-sainte liberté ne m'attirait plus. A quoi bon être libre si c'était pour être seul? Enfin, pas si seul que ça quand on pouvait entendre la force mise dans les coups frappés juste à l'instant à la porte du bureau.
"Quoi?" aboyai-je.
"Heureuse de te voir de si bonne humeur mon frère" ironisa Rosalie en franchissant la porte de la bibliothèque.
Elle s'approcha avant de se laisser tomber sur le siège face à moi. A sa manière de me sonder de ses yeux perçants, je doutais qu'elle reste silencieuse et n'allait certainement pas apprécier les mots qui allaient sortir de sa bouche.
"Vas-y ..."
"Je n'ai rien dit".
"Non mais tu en meurs d'envie. Alors, vas-y."
Loin de la déstabiliser (évidemment, sinon ce n'aurait pas été pas ma soeur), Rosalie continua son observation quelques minutes. Alors que je m'apprêtai à m'énerver, elle prit enfin la parole.
"Tu as décidé de jouer au con encore combien de temps?"
Evidemment, je pouvais toujours compter sur elle pour m'apporter son franc-parler en toute situation.
"J'agis comme vous voulez que je le fasse. Je suis revenu, je travaille, je m'investis à fond dans l'entreprise, je reprends ma place au sein de la famille. Que veux-tu de plus?"
"Peut-être que tu sois heureux. C'est ce qui nous rendrait, nous, heureuses."
"Mais je le suis."
Rosalie s'enfonça un peu plus dans le fauteuil et croisa ses longues jambes. A sa posture, elle n'en avait pas terminé avec moi. Autant prendre mon mal en patience. Je fis comme elle: je m'installai confortablement sur mon siège attendant la suite.
"Ecoute, Jazz, je ne vais pas te mentir et dire que cette Isabella est la fille que j'avais rêvé pour toi."
Je voulus répondre mais elle leva la main qui m'intima le silence.
"Ce que tu as vécu par sa faute, j'avoue avoir du mal à le digérer mais, d'après Edward et Emmett, c'est une fille bien. Et notre mère est sous son charme, donc je peux faire un effort et lui laisser le bénéfice du doute."
"Rose, il n'y a aucun effort à faire. Elle est repartie, pour de bon."
"C'est vrai que, comme tout mec qui se respecte, tu es arrivé avec tes gros sabots et a pensé que en avouant tout, surtout tes sentiments, la belle allait te tomber dans les bras et tout te pardonner."
"Que voulais-tu que je fasse de plus? Je me suis excusé. J'ai essayé de lui expliquer."
"Je m'en doute mais c'est une femme."
Je haussai les épaules en même temps que je levai les yeux au ciel. Comme si je ne le savais pas. Je l'avais assez observée, tenue dans mes bras et caressée pour savoir que c'était une femme. Une femme magnifique que j'avais perdue.
"Je m'en suis rendu compte".
"Oui, je n'en doute pas. Comme je disais, c'est une femme et, par définition, elle est remplie de doutes, de contradictions."
"Pas Bella. Elle sait ce qu'elle veut et où elle va. Elle a décidé de partir et elle ne reviendra pas."
"Et moi, je te dis qu'à sa manière de te regarder, que dis-je, de te dévorer des yeux, cette fille est dingue de toi."
"Quand bien même. C'est trop tard. A l'heure qu'il est, elle survole le Nouveau Mexique."
Ma soeur soupira bruyamment en secouant la tête comme si j'étais le pire imbécile sur terre. Mais qu'attendait-elle de moi à la fin?
"Tu rentres peut-être dans le moule "Hale" à présent mais je commence à me demander si je ne préférais pas le sauvageon intrépide d'antan."
"Excuse-moi, Rose, mais je ne comprends rien de ce que tu me dis."
"Tu ne comprends rien, ça je le vois."
Cette fois-ci, c'est moi qui soupirais, voulant mettre fin à cette conversation inutile. Mais je savais également que tenter de faire taire ma soeur tant qu'elle n'avait pas été au bout de sa pensée était peine perdue.
"Ce que j'essaye de te dire, c'est que je t'ai connu plus combatif. Je me souviens des disputes interminables avec papa afin d'avoir gain de cause et de te voir le faire plier. Et aujourd'hui, cette fille te tient tête et toi, tu capitules de suite."
"Il faut savoir s'arrêter à temps."
"T'es vraiment qu'un imbécile."
"Merci!"
"Pas de quoi. Mais c'est la stricte vérité. Si c'était moi ..."
"Et d'après ta grande expérience, que devrais-je faire?"
Rosalie plongea son regard dans le mien et j'eus l'impression qu'elle arrivait à me sonder, à voir au fond de moi. Je détournai rapidement les yeux, mal à l'aise.
"L'aimes-tu?"
"Comme un fou."
"Alors, agis."
"Mais comment? J'ai tout essayé, crois-moi."
Elle secoua la tête en souriant légèrement.
"Surprends-la. Va la retrouver. Incruste-toi dans sa vie comme tu l'as fait il y a quelques mois."
"Elle va me jeter dehors."
"J'en doute."
Effectivement, Rose était convaincue de ce qu'elle me disait.
"Tu penses vraiment que…"
"Oui et, si j'étais à ta place, je serais déjà en train de fourrer quelques vêtements au fond d'un sac."
"Mais maman, la compagnie."
"Elles survivront encore bien quelques temps. C'est ainsi depuis plus d'un an et on s'en sort. Alors file."
Je me levai d'un bond aux paroles de ma soeur. Mon coeur s'emballa dans ma poitrine à l'idée d'aller la retrouver. Je m'élançais déjà vers la porte de la bibliothèque lorsque je m'arrêtai net. Je revins sur mes pas et enlaçai Rosalie dans mes bras.
"Merci."
"Tu as intérêt à réussir car je compte bien aller rapidement te rejoindre."
Je m'écartai légèrement et vis de petites rougeurs apparaître sur ses pommettes. Exceptionnel. Ma soeur n'était jamais intimidée ou gênée. Et je pensais ne jamais l'avoir vue rougir auparavant.
"Aurais-tu quelque chose à me dire?"
"Emmett m'a invitée à venir passer quelques jours à Oro Valley. Donc si tu y es aussi, j'ai une double raison de ne pas refuser."
"Oh!"
"File faire ton sac. Je m'occupe de te trouver un vol pour l'Arizona."
Je déposai un baiser sur sa joue avant de repartir vers la sortie de la pièce et de courir dans les escaliers vers ma chambre. J'ignorais si mon voyage allait résoudre nos différents et me permettre de me faire pardonner. J'ignorais la manière dont elle allait m'accueillir mais j'étais sûr d'une chose: je partais avec la ferme intention de ne revenir qu'avec elle. Sinon, j'allais prendre le temps qu'il faudrait pour la reconquérir. Je l'aimais et plus rien ne m'arrêterait.
Quelques vêtements jetés en vrac dans un sac de voyage et un passage éclair par la salle de bain plus tard, j'étais prêt à aller la retrouver. Je fouillai dans ma table de nuit afin de prendre mon portefeuille et mon portable. Je devais joindre Edward avant d'embarquer pour l'informer des derniers évènements et de mon intention de repartir pour l'Arizona. Je l'entendais déjà d'ici râler sur la somme de travail que j'allais lui laisser mais tout cela était secondaire pour moi. J'allais également prendre l'enveloppe contenant les documents du divorce avec moi pour éviter tout incident.
"Jasper!"
Pourquoi Rosalie m'appelait-elle? J'espérais qu'il n'y avait aucun problème avec la réservation du vol. Tant pis, s'il le fallait, j'irais en voiture. Après tout, ce n'était que 1700km. Je pouvais relier Oro Valley en moins de 20 heures par la National I-10. Ce serait un peu fatiguant mais j'en avais fait autant durant mon voyage en Australie. Je sortis de ma chambre et me penchai au-dessus de la rambarde.
"Qu'y a-t-il?"
"Peux-tu descendre une minute, s'il te plaît"
"J'ai presque terminé. Je n'en ai plus pour très longtemps."
Je commençais à me retourner quand Rose m'interpella à nouveau.
"Tu finiras après. Descends, c'est important."
Je soufflai mais, face à ma soeur, je savais qu'il était inutile d'ergoter. Elle finissait toujours par obtenir gain de cause. Je descendis pour la rejoindre dans la bibliothèque où elle était rentrée. J'ouvris la bouche pour lui poser des questions quand je vis Emmett à ses côtés. J'en restai bouche bée. Ce dernier me fit un sourire digne d'une pub, ce qui me surprit. Lors de notre dernière conversation qui ne datait que d'hier à la soirée, après le départ précipité de Bella, il m'avait apparu à la fois inquiet et triste de la réaction de son amie. Je cherchai immédiatement des yeux l'objet de toutes mes pensées. Celle-ci se tenait devant la cheminée, tête baissée et triturait ses doigts. Se sentant observée, elle leva timidement les yeux vers moi.
Une joie indescriptible naquit dans ma poitrine et me noua la gorge. Je n'arrivais pas à parler. Je ne pouvais que la regarder, tentant de me convaincre que je ne rêvais pas et qu'elle se tenait vraiment devant moi.
"Je pense qu'on va vous laisser discuter, seuls" entendis-je Rose dire derrière moi.
Ils quittèrent la pièce sans un bruit, nous laissant face à face, silencieux. Bella s'humecta les lèvres avant de mordiller celle du bas. Elle semblait si peu sûre d'elle contrairement à ce matin. Pourquoi était-elle là? Avaient-ils raté leur avion? J'aurais dû demander à Emmett.
"Bonjour, Bella."
"Bonjour" répondit-elle timidement en baissant de nouveau les yeux.
Je me rapprochai d'elle tout en lui laissant suffisamment d'espace. Hier, elle n'avait pas apprécié notre proximité dans le parc. Je ne voulais plus la brusquer au risque de la voir à nouveau prendre la fuite.
"Vous avez raté l'avion?"
"Oui … enfin non … mais oui."
"Ok! Je pense que c'est oui puisque tu es ici."
"Non."
"Bella, explique-toi. Que fais-tu là?"
Elle leva les yeux et mon coeur se serra. Ils étaient rougis et noyés de larmes qui ne demandaient qu'à couler. A la manière dont je la voyais déglutir, je pouvais voir son inquiétude à me parler. Ne résistant plus, je fis un pas vers elle, mais elle m'arrêta d'un geste. Elle inspira profondément en fermant brièvement les yeux. Lorsqu'elle les reposa sur moi, son regard était déterminé malgré la peine apparente. Je lui fis signe de s'asseoir en lui désignant le divan et je pris place face à elle. Je voulais pouvoir l'observer à mon aise. De plus, garder une certaine distance serait plus facile pour elle, pour me parler.
"Je … Nous sommes montés à bord mais un souci technique a retardé le départ. J'étais un peu en froid avec Emmett."
"Oh, pourquoi?"
"S'il te plaît, laisse-moi parler. Tu as eu ton tour hier et ce matin, maintenant c'est moi."
"Ok" répliquai-je en m'appuyant contre le dossier.
D'un petit signe de la main, je lui proposai de poursuivre. J'en profitai pour l'observer et je remarquai quelques petites choses qui ne m'avaient pas frappée jusqu'à présent. En plus de ses yeux rougis, elle avait de grands cernes noirs. Ses joues étaient plus creusées qu'ordinairement et son teint, déjà pâle, semblait encore plus blafard. Je prenais pleinement conscience de tout ce qu'Emmett m'avait raconté sur les souffrances de Bella. Tout comme moi, notre séparation l'avait marquée. J'en avais les traces sous les yeux et mon cœur se serra à cette constatation.
"Donc, Emmett a profité que nous attendions l'embarquement pour me faire la morale. Il n'a pas hésité à me dire ce qu'il pensait de mon attitude."
"Et tu …"
"Tais-toi."
Le regard qu'elle me lança était déjà moins triste qu'à son arrivée et je ne pus m'empêcher de sourire. Le chaton se rebellait. Mon chaton voulait que je le l'écoute et j'allais, pour une fois, faire ce qu'elle souhaitait sans rechigner. J'acquiesçai donc simplement.
"J'étais furieuse contre lui, contre mon père qui était au courant mais ne m'avait rien dit, contre Edward qui avait lui aussi joué la comédie, contre ta soeur qui m'avait battue froid hier et contre toi qui m'avais abandonnée."
J'ouvris la bouche mais la refermai directement car j'avais accepté de me taire. Elle parlait mais ne quittait pas des yeux ses doigts qu'elle malmenait.
"Je ruminais dans mon coin tentant de l'ignorer. Et crois-moi, ignorer Emmett, c'est pas évident."
"Je n'en doute pas."
"Je n'attendais qu'une chose, que ce maudit avion décolle mais le temps passait et nous, nous restions au sol. Le pilote a fini par nous dire qu'il y avait un souci et que notre départ était reporté d'une demi-heure. Je pestais encore plus. Bref, je me suis mise à repenser à ce qu'Emmett venait de me dire, à repasser dans ma tête toute la soirée d'hier, notre rencontre de ce matin, ainsi que tout ce que tu m'avais caché."
Bella leva enfin le regard vers moi. Je me sentais nerveux. Mes mains devenaient moites et me démangeaient tant j'avais envie de la prendre dans mes bras. Mais je devais la laisser aller au bout de ses explications tout en décidant que quoiqu'elle dise et décide, je ne la laisserais pas s'enfuir une seconde fois. Ma soeur avait raison, je devais me battre pour elle.
"Puis, ce sont les derniers mois qui me sont revenus en tête. Notre rencontre mémorable, ton arrivée au Ranch, notre sortie à Tucson en tête-à-tête, notre voyage à Rose Canyon Lake, nos soirées, nos fous rires mais aussi la fois où tu m'as sauvée d'Alex. Tout se mélangeait. Je pensais t'en vouloir et surtout que rien ne pourrait plus changer. Tu m'avais menti et je souffrais. Mais …"
Elle s'arrêta, clignant des yeux pour empêcher les larmes que je voyais apparaître de couler. Je m'obligeai à rester tranquille, lui laissant le temps de se reprendre.
"Je me suis levée et j'ai quitté l'avion. J'ai vaguement entendu les hôtesses me demander si j'allais bien mais j'avançais droit devant moi. Je devais sortir de cet avion. Emmett me rattrapa lorsque nous arrivâmes dans le terminal. Je …"
Bella butait sur les mots. Elle déglutissait plus que nécessaire. J'aurais pu lui poser des questions pour lui faciliter la tâche mais j'attendis.
"On s'est engouffrés dans un taxi et on est arrivés ici."
Je patientai un peu mais le silence s'éternisa.
"J'ai bien compris que tu n'avais pas pris ton avion puisque tu es devant moi. Mais pourquoi?"
"Je ne pouvais pas."
"Pourquoi?" insistai-je en avançant au bord de mon siège et prenant délicatement ses mains entre les miennes.
"Je ne pouvais pas partir. Quand j'ai été assise, j'ai vraiment pris conscience que si je partais, je ne te reverrais plus. Et … je ne peux pas. Cette idée m'est insupportable" expliqua-t-elle en laissant enfin ses larmes couler.
D'un bond, j'avais pris place à ses côtés et l'avait attirée dans mes bras. Bella laissa libre cours à son chagrin et je la gardai précieusement contre moi, profitant simplement de son contact. Je lui caressai le dos, attendant qu'elle retrouve son calme. Je frottai doucement ma joue sur le sommet de sa tête. Au bout de quelques minutes, elle s'écarta, les joues rougies par les larmes qui avaient coulé.
"Ca va mieux?"
"Oui, désolée."
"Tu ne dois pas. Maintenant, dis-moi pourquoi tu es ici exactement?"
Je voulais qu'elle me dise pourquoi ce changement, qu'elle s'ouvre à moi, qu'elle m'avoue ses sentiments. Du moins, j'espérais que je ne me trompais pas.
"Je … C'est ...Tu sais pourquoi."
Bella baissa les yeux sur nos mains, sur mes doigts caressant les siens. Elle semblait si vulnérable à cet instant. Rien à voir avec celle que j'avais quitté ce matin au Starbucks, celle qui était si sûre d'elle, celle qui m'avait quitté.
Je dégageai une de mes mains et pris son menton entre le pouce et l'index pour lui relever le visage. Je plongeai le regard dans le sien, l'incitant à me parler. Je ne la lâchai pas, nos regards soudés. Et j'attendis qu'elle parle.
"Je ne peux pas repartir. C'est … impossible. Je ne veux pas ne plus te voir. Je croyais que ce que je voulais le plus, c'était de reprendre ma vie d'autrefois, retrouver mes habitudes, redevenir Isabella Swan, la gentille petite fille riche. Mais … je ne peux pas. Je ne veux plus de cette vie-là."
"Hum. Et que veux-tu?"
"Toi. J'aimerais qu'on essaie une nouvelle fois."
"Essayerais-tu de me dire que tu me pardonnes?"
"Je n'ai rien à te pardonner. Moi non plus, je n'ai pas toujours été très honnête avec toi durant ces derniers mois. C'est toi qui devrais m'en vouloir. J'ai manqué de confiance."
Je souris en secouant la tête tant elle était adorable en faisant amende honorable. Elle babillait mais je m'en foutais des excuses. Je pris son visage dans mes mains et m'approchai plus encore.
"Laisse tomber les excuses. Je veux juste savoir si tu m'aimes encore un peu?"
"Je n'ai jamais arrêté."
Je fondis sur elle, écrasant mes lèvres sur les siennes. Elle était si douce et réagit d'abord avec réticence pour ensuite répondre avec ardeur à mon assaut. Je caressai du bout de la langue sa bouche et elle m'accueillit aussitôt. Notre baiser devint de plus en plus passionné. Lorsque nous nous écartâmes, à bout de souffle, je posai mon front contre le sien.
"Tu m'as manqué, Chaton. Tu n'as pas idée."
"Toi aussi."
Je la serrai dans mes bras et recommençai à l'embrasser. Je ne voulais plus la lâcher. J'avais besoin de sentir qu'elle était là, vraiment. Comme je venais de le lui dire, son absence m'avait affecté au-delà de tout ce que j'avais pu vivre auparavant. Je la serrai contre moi, sa tête appuyée contre mon épaule. J'étais bien. Nous étions bien, dans un silence serein.
"Et maintenant?" demanda-t-elle après un moment.
"Maintenant?"
"Oui. Que va-t-on faire?"
Je la serrai encore un peu avant de m'écarter pour la regarder. Elle était belle et je ne me lasserais jamais de la regarder.
"Tu vas rester avec moi. On va essayer d'apprendre à vivre ensemble."
"On ne se connaît même pas vraiment."
"Mouais. Je ne sais peut être pas quand tu as eu ton premier petit ami et c'est très bien, ni quand tu as eu ta première cuite. Je ne sais pas quelle est ta couleur préférée ou l'école où tu as fait tes études. Mais je sais ce qui est important pour moi. Je sais ce que tu aimes au petit déjeuner que je pourrais t'apporter au lit. Je sais que tu aimes les chevaux autant que moi. Je sais que tu as une famille autour de toi qui ferait tout pour toi comme me réduire en bouillie si je te faisais du mal. Mais effectivement, il y a une chose que je ne sais pas."
"Ah oui? Et c'est quoi?"
"M'aimes-tu et veux-tu vivre avec moi?"
"Oh Jasper. Je peux t'appeler ainsi?"
"C'est mon nom. On m'a toujours appelé ainsi. William c'était mon père."
J'attendis qu'elle réponde à ma question mais rien ne venait. Je commençais à stresser car le fait qu'elle renonce à prendre un avion ne voulait pas forcément dire qu'elle était amoureuse de moi.
"Alors?"
"Je t'aime Jasper et, oui, je veux vivre avec toi."
Que ces mots étaient doux à entendre! Je fondis sur elle et l'embrassai à nouveau, la faisant basculer sur le divan. Je glissai les mains sous son haut, caressant sa peau. Bella avait passé ses bras autour de mon cou.
"Je t'aime" lui murmurai-je entre deux baisers.
Je délaissai sa bouche pour couvrir de baisers sa mâchoire, son cou. Je voulus poursuivre mon exploration mais Bella ne le voyait pas ainsi.
"Jasper, ta soeur."
"Elle doit être très occupée pour le moment."
"Elle ne m'aime déjà pas, alors je préférerais qu'elle ne nous trouve pas dans cette position."
"D'accord, viens"
Je me levai et lui tendis la main pour l'aider à se redresser. D'un petit geste sec, je la tirai à moi et la récupérai au creux de mes bras. Tel un drogué, j'avais l'impression de ne pouvoir me rassasier d'elle, de sa présence, de son contact.
"Viens avant que je ne perde à nouveau le contrôle. J'ai un sac à vider."
"Un sac à vider?"
"Hé oui. Lorsque Rose m'a appelé, j'étais en train de préparer un sac."
"Oh, tu partais?"
"Oui. Te chercher."
"Oh!"
" Oui oh! Je te l'ai dit. Je ne peux plus vivre sans toi, Chaton."
Bella me sourit, les yeux pétillaient. Elle serra ma main avant de la lâcher et de repartir en direction de la porte. Je l'observai avant de la rattraper.
"Attends!"
Je me sentais nerveux mais jamais je n'avais été aussi sûr de moi. Je lui pris le visage entre mes mains, captant son regard.
"Epouse-moi."
"Mais nous sommes déjà mariés!"
"Je sais mais cette fois-ci, épouse-moi. Le vrai moi."
Elle ne me quittait pas des yeux. Bella s'humecta les lèvres pour se donner le temps de réflexion. Mon coeur s'emballa et j'osai à peine respirer.
"Et qui est le vrai toi?"
"Je suis William Jasper Hale ou du moins j'essaye de le devenir. Je veux être le William que ma mère et mon père souhaitaient que je sois. Mais je suis aussi Jasper Whitlock. Celui qui a vécu avec toi durant des semaines. Celui qui a été à tes côtés durant ces moments difficiles. Celui qui t'a fait souffrir mais aussi celui qui ne demande qu'à t'aimer et te prouver chaque jour combien il t'aime et ne désire que te rendre heureuse. Es-tu d'accord?"
"Oui je suis d'accord. Je te veux. Toi."
Ses yeux s'illuminèrent et elle hocha frénétiquement la tête pour accentuer son oui. Elle avait accepté. J'étais l'homme le plus heureux de la terre en cet instant. Bella avait accepté de me pardonner et de recommencer une vie avec moi. Nous allions pouvoir laisser dernière nous notre mauvais départ, l'épisode "Alex", tous les non-dits qui avaient parsemé notre chemin depuis notre rencontre.
Je l'embrassai d'abord du bout des lèvres avant d'accentuer ce baiser pour sceller notre engagement. Bella y répondit avec passion et, une fois de plus, je dus m'écarter afin de reprendre pied dans la réalité. Nous étions toujours dans le bureau. Je caressai son visage, souriant comme un idiot. Terminée la tristesse qui l'habitait en arrivant. Elle croyait en moi, en notre amour. Plus rien d'autre n'avait d'importance pour moi. J'avais fait la paix avec mon passé et même s'il ne me restait plus que ma mère, elle m'acceptait tel que j'étais et je savais que mon père aussi aurait été fier de moi. Ma soeur me soutenait, comme toujours et je n'avais plus aucun souci à me faire pour elle car je sentais qu'elle aussi s'engageait dans un avenir heureux avec un homme merveilleux que j'avais la chance de compter parmi mes amis. Un avenir serein s'ouvrait à moi, avec une femme magnifique à mes côtés. Je lui pris la main et l'emmenai avec moi vers ma chambre mais également vers un futur, ensemble.
FIN
Et voilà, le mot fin est posé!
J'espère que cet épilogue a rencontré vos attentes et que l'ensemble de cette histoire vous a plu.
J'attends vos derniers messages avec impatience.
En ce qui concerne l'avenir, je ne sais pas de quoi demain sera fait. Nouveaux écrits, nouveaux projets?
Je ne sais pas encore.
J'avais écrit un OS pour un concours, il y a de très très longs mois. Je pense écrire un second chapitre pour la terminer correctement. Si vous avez envie de le découvrir, il s'agit "Et elle m'emmena dans les profondeurs".
A bientôt sur FF ou Facebook.
Bisous
Eli
