Suite de l'aventure, en espérant que je n'ai par perdu trop de personnes pour l'instant ^^

Bonne journée et à très vite !


AIDONS L'HYDRE A VIDER SON BROUILLARD


2 : QUITTER LA TERRE

Le visage contracté par la fatigue, Lévi regarde par intermittence le jeune Eren plus bas qui a vite compris qu'il était observé.

Qu'est-ce que cet homme étrange lui veut ?

Ce n'est pas la première fois qu'il le surprend ainsi, à le regarder avec insistance. Du moins ses yeux ont l'air insistant. Mais dans sa manière de toujours revenir à lui, Lévi a aussi une sorte de lassitude unique, à faire pâlir le fils du médecin. Et plus Eren cherche à rentrer dans le jeu de Lévi, plus ce dernier se désintéresse et regarde finalement droit devant lui ou bien son image dans les flaques d'eau, en soupirant.

Tout près, les clapotis de la rivière forment une constante nouveauté et ravive pour un instant un petit plaisir dans le cœur d'Eren.

Il recule, rejoignant Armin et Mikasa qui étaient restés un peu en retrait. Il lance un dernier regard à Lévi qui semble perturbé par son repli. Une dernière joute mentale et les deux brisent tout contact.

Mikasa vient de recouvrir sa fine bouche d'une grande écharpe sang.

Eren lui a donné il n'y a pas si longtemps.

Sept ans.


Écouter : Garden 11 hours, with Cathedral Choir

Certaines images sont des moments que le cœur revit à chaque instant s'il le veut, tant elles n'ont perdues de leur force.

Des images inertes, d'une beauté immatérielles lui reviennent.

- Il fait froid ce matin, tu n'es pas assez couvert Armin...

La remarque de Mikasa fait sortir son ami des doux songes aquatiques. Il relève sa tête et sourit tout légèrement :

- Je n'ai pas voulu m'encombrer avec trop de vêtements… Et puis, je n'ai pas froid tu sais.

- Ou c'est moi qui suis frileuse…

Connie arrive derrière eux et pose son coude sur l'épaule d'Eren, comme si de rien n'était :

- Non, il fait vraiment froid aujourd'hui, et cela ne va pas s'améliorer.

- Dégage de là,toi ! Dit Eren en repoussant l'autre soldat avec son propre bras.

- Ah… ça va toi ! J'essaie de détendre l'atmosphère.

- Il n'y a rien à détendre ! Je suis très détendu ! Rouspète Eren.

- Oh, je vois ça… sourit l'autre.

Connie finit par taper légèrement sur l'épaule de son coéquipier et part plus en avant, faisant un clin d'œil au petit trio.

- Pourquoi il faut toujours que tu trouves un moyen pour te brouiller avec les autres ? Demande doucement Misaka.

Elle sait très bien qu'Eren ne répondra pas, que ce n'est ni la première, ni la dernière fois qu'elle lui pose cette question.

- …

- Autant se faire des alliés pendant le voyage. On a passé plusieurs années à s'entraîner et pourtant je n'ai presque jamais parlé avec eux. Remarque Armin.

- C'est vrai que nous sommes trop restés entre nous, ajoute Misaka.

- A quoi ça sert d'être avec les autres ? Lance Eren. Hein ? Si c'est pour discuter et perdre du temps, je ne vois pas où est l'intérêt !

- Eren…

Armin regarde son ami avec une peur grandissante, à mesure qu'il le voit cracher ses mots au sol détrempé.

- Et quand bien même… Je préfère rester avec vous deux ! Avec ce qui se passe en ce moment, plus on connaît de personnes, plus on a de chances de les voir mourir… Je ne veux pas pleurer comme un imbécile la mort d'autres personnes...

Misaka lance un regard noir à son ami, mais reste cependant silencieuse, continuant d'avancer à un rythme lent mais soutenu.

- Si tu le vois comme ça… murmure Armin.

- Tant que nous sommes trois les trois ensembles, rien d'autre ne m'importe.


Les paroles d'Eren ont éveillé la curiosité de Sasha un peu plus loin, qui mange déjà ses premières vivres avec angoisse mêlée de plaisir coupable :

- Dites, vous pensez qu'on passera par des villages avant les terres de l'est ?

- Pourquoi ça ? Demande Misaka.

- Je me demandais juste si on pourrait prendre de quoi manger et se ravitailler en gaz pendant le voyage.

- Eh ! Sasha ! Nôtre chef a déjà évoqué tout ça ce matin ! Tu as déjà oublié ? S'énerve Jean qui a arrêté son cheval.

- Mais il n'a pas précisé si…

- Toi… Toujours en train de bouffer, la tête dans nuages ! Continue l'autre.

- Vous arrêtez vos disputes derrière ? Ou je vous cloue à tous vos sales gueules !

Les cinq soldats stoppent net toute activité et regardent avec appréhension Lévi qui a tourné sa tête vers eux.

Mais c'est surtout Eren que le soldat regarde.

Ses yeux sont des fossés d'une grande profondeur ; en sortent des lames aiguisées et des fils de fer coupants comme des rasoirs. Dans le même temps, une curieuse sensation vient se mêler à celles qui terrifient Eren : quelque chose de doux émerge également des abimes brunes de ces yeux là, quelque chose d'ancien, mais surtout, de captivant.

Eren se rend compte de ses divagations et secoue brièvement sa tête pour chasser ses visions. Il soupire amèrement et regarde le sol où des rocailles plus grandes apparaissent progressivement – un mont granitique est tout proche.

- Pourquoi ce gars me regarde comme ça… ? S'énerve Eren, sentant le sang monter à ses tempes.

Armin, qui avait plus ou moins perçu les échanges entre les deux hommes était fébrile :

- Lévi ? Demande-t-il.

- Ce mec est tellement bizarre ! Peste Eren.

Connie est revenu à leur hauteur, il sourit légèrement :

- Eh ! Lévi est comme ça avec tout le monde, ne t'en fais pas. Il n'est pas normal ce type de toute façon…

- Tu le connais si bien que ça ? Demanda Mikasa.

- Pas vraiment...

- … Qui le connait en fait ? C'est plutôt ça la question… Dit Eren, agacé.

- Ce n'est pas la peine de porter autant d'intérêt à ce gars. Croyez-moi ! Il est juste très fort, c'est tout ce que je peux dire.

Connie poursuit maintenant ses pas silencieusement aux côtés de Mikasa, lui lançant des petits sourires de temps à autre.


Pourquoi elle porte son écharpe de cette façon ?

On dirait qu'elle veut cacher sa bouche.

Ses deux croissants roses qui se rejoignent si parfaitement... Pourquoi faut-il qu'elle les cache ainsi ? La bouche de certaines femmes peut être si sensuelle.

Heureusement, heureusement Mikasa a toujours ses yeux d'une grande beauté, elle ne les cachera jamais. Ils sont si beaux, Connie voudrait les voir d'encore plus près. Si beaux oui, à rêver, à s'y perdre.

- Mikasa… ?

Elle tourne sa tête vers lui.

Soudain, Connie se braque et n'arrive plus à prononcer le moindre mot ; gorge percée. Le trouble gagne ses membres et il finit par éviter la jeune fille du regard en baissant la tête.

- Depuis combien de temps vous vous connaissez avec Eren et Armin ?

Mikasa apprécie l'intérêt que Connie lui donne, elle s'étire légèrement et ajuste son écharpe sur ses lèvres (elles sont fragiles, surtout en hiver) :

- Cela doit faire très longtemps… Il y a plus de sept ans. Je ne sais plus très bien.

- Ah… Vous êtes amis d'enfance... Connie semblait perdu dans ses pensées.

Eren et Armin qui écoutent la conversation ne disent pas un mot, profitant simplement du petit vent sur leurs visages.

- Nous sommes comme frères et sœurs, ajoute doucement Mikasa.

A ces mots, Eren et Armin se regardent un moment, avant de se tourner vers Mikasa, comme pour lui demander mentalement quelque chose.

La jeune fille continuant de marcher hausse les épaules et d'un air confiant leur sourit.

C'est comme cela que nous sommes pour elle ? Frères et Sœurs ?

Eren n'en était pas vraiment sûr. Finalement, avait-il déjà même réfléchi avec des mots précis les relations qu'il mène avec ses deux comparses ? Seulement des amis d'enfance ? Qu'est-ce que les mots frère et sœur pouvaient ajouter ?

Et si ce la n'ajoutait que souffrance ?

Alors qu'il regardait un petit mont se dessiner tout proche, en couleurs cendres et en grandes taches orangées, ses mains se crispent et il revoit encore l'image spectrale de sa mère, entourée par les débris de bois.


L'infante écrasée, au creux des ruines de toute une génération. Le visage nu, le sien aussi, leurs yeux se fixant tour à tour, puis en faisant plus qu'un.

Mère et fils.

Quand Eren traverse à nouveau les champs aujourd'hui, qu'il peut même toucher avec son pieds des brindilles sur le passage, il revoit encore les tronçons de bois de son enfance resurgir en larges paquets bien ordonnés. La réserve aux sous-sols de sa maison, ces après-midi à récupérer du bois avec Misaka et les longues pentes qui fallait monter ou descendre – les branches à ramasser sans arrêt – et enfin les moments où ils toquaient fièrement à la porte pour rapporter leurs butins.

Chaque nervure, chaque petit bourgeon pourrait lui rappeler sa mère. Les images se nourrissent d'une sève sans fin dans son esprit, elles s'abreuvent de sa peine et de ses moments d'extase, comme si ses souvenirs n'étaient qu'images charcutées par le temps, et qu'il n'en resterait qu'une infinité de tableaux trop petits pour s'y glisser tout à fait.

Le temps avance et les mémoires changent, se font plus sereines, et à la fois plus lointaines;

Bien heureusement, les temps des bois découpés, broyés, déchiquetés par les mâchoires impitoyables des Titans ont régressé dans ses pensées. Elles sont toujours là (et les yeux, les yeux de sa mère surtout), mais n'apparaissent qu'en brume hétérogène, facilement épuisable. Le souvenir s'efface progressivement, bien heureusement.

Ainsi les échardes comme les troncs rutilants et doux au toucher, leurs odeurs comme leur matière même, toutes ces écorchures réveillent une matière ancienne en Eren – son enfance dans les bras de sa mère.

En regardant plus loin, plus loin encore que les monts à l'horizon, il y a des forêts – peut-être s'y rendront-t-ils – et ces forêts sont peut-être une nouvelle source de souvenirs ou même une image présente de sa mère.

Les gens le disent impulsif ?

Haha, ils n'ont pas du voir ni entendre le bois crier…


- J'imagine que nos rations de gaz sont prévues pour la semaine…

- Inutile de me demander, je n'en ai aucune idée. Ces nouveaux modèles d'équipement ne me font guère plaisir en fait. Répond Jean à Berthold.

- Je pensais que tu étais le plus doué pour ce genre de choses...

- Moi ? Non ! Je n'ai pas vraiment compris pourquoi ils voulaient que l'on change d'ailleurs. Même les harnais sont un peu différents. Espérons qu'ils fonctionnent correctement.

A côté d'eux, Lévi fredonne légèrement depuis plusieurs minutes.

- Oui, espérons-le… Finis par dire Berthold.

Lévi rapproche son cheval de celui de Berthold et fait comprendre à Jean de se retirer d'un regard menaçant.

Les deux chevaux avancent tous deux au même rythme, hésitant tout de même à certains passages où de larges marres d'eau trouble viennent à couvrir le sol.

- Tu penses qu'ils sont prêts ? Demande Lévi.

- Tu veux parler des nouveaux de cette année ?

- …

- Oui, peut-être pas tous, mais au moins nous avons de très bons éléments, doués en plusieurs disciplines. Leurs talents sont variés.

- Si tu le dis…

- Quelque chose te pose problème avec eux ?

- Il me semble simplement que certains n'ont pas la carrure ni le mental pour se battre ici… Puis il dirige son regard une nouvelle fois vers le trio derrière eux.

- Si tu veux parler de ces trois là, je peux t'assurer que Mikasa compense bien les deux autres…

Le soleil éclaire maintenant avec plus de générosité les soldats, faisant plisser leurs petits yeux aux cernes marquées.

- S'ils ne savent pas se battre, je ne vois pas pourquoi ils ont été choisis.

- Ils se battront, ne t'inquiète pas. J'ai vu Eren au combat, il peut être impitoyable. Armin est quant à lui un excellent stratège, il est le meilleur pour établir les plans. A trois, ils forment un très bon groupe, dit Berthold en souriant.

- C'est lui qui a fini premier à toutes épreuves de réflexion alors ?

- Oui, le jury était assez impressionné.

- Eren a un talent quelconque ? Demande alors Lévi, la gorge sèche.

- … Je ne pourrais pas te dire cela, je ne les ai pas vu assez pour l'instant. Laisse-leur donc une chance.

Berthold sourit un petit instant.

- Cette année, nos recrues ont au moins l'avantage de plutôt bien s'entendre entre elles. Nous ne devrions pas avoir de problèmes de disputes.

- Mais les gens changent quand le danger vient… Dit doucement Annie sur un côté.

La jeune femme à la fine chevelure blonde les regarde avec un désintérêt confondant.

- Quand ils verront les Titans de près, s'ils ne s'enfuient pas, ils seront certainement tétanisés.

- Reste en dehors de notre conversation, tu veux bien ? Berthold lança un regard noir à Annie, avant d'accélérer le mouvement.

Lévi suit le mouvement et cris :

- Bougez-vous derrière ! Il faut avoir passé Maria avant midi !


Quelques soldats répondent en cœur à l'ordre et redoublent leurs pas.

Le petit trio s'abandonne à la douce chaleur qui vient enfin caresser leurs fronts.

- Ce gars est un vrai Narcisse, depuis tout à l'heure, il ne fait que se regarder dans les flaques d'eau… Commente Eren.

- Narcisse ? Répète Armin, comme piqué à vif.

- De qui tu parles ? Demande Misaka.

- De Lévi bien sûr ! Vous n'avez pas vu ?

- Tu sembles faire très attention à chacun de ses gestes… commente Connie.

- En même temps… Ce gars me cherche.

- Narcisse

- Qu'est-ce qu'il y a Armin ? Demanda Misaka au blond à côté d'elle.

- Ce nom me dit quelque chose. Pourquoi tu l'as utilisé Eren ?

Eren se retourne vers son ami d'enfance et balbutie :

- Je… Je ne sais pas, je crois que je l'ai lu dans un de tes livres…

Armin tente maintenant de percer un souvenir en lui, ce nom lui dit bien quelque chose, il l'a forcément lui aussi lu quelque part. Était-ce dans ce même livre, ce livre qui l'a tant marqué ?

Eren n'en a pas lu beaucoup après tout, ça ne peut-être que celui-là.

Eren n'est pas un grand lecteur, il n'a pas la patience d'un grand lecteur.

Cependant, il a une sensibilité exacerbée par moment, ce qui le rend très réceptif à ce que les textes peuvent lui raconter, Armin l'a bien remarqué.

Eren est bien un ami formidable… Il lui a sauvé la peau plus d'une fois, et ce qu'il préfère sans doute chez lui, c'est son assurance…

Ou ces moments où ses yeux brillent clair sous l'émerveillement.


- De quoi vous parlez devant ?

C'est Sasha qui vient de se joindre à eux, tentant de se faire une place entre les jeunes gens.

- Eh ! C'était privé avant que tu n'arrives ! Rouspète Connie.

- On parle de Lévi, dit faiblement Mikasa.

- De cette tête de mule ? Non mais, sérieusement, vous parlez de lui ?

- Oui… Ça te dérange ? Demande Eren, sous tension.

- Ah ! Bof ! Vous faites ce que vous voulez ! Mais ce gars est quand même plus qu'inintéressant… Il a un don pour être d'une neutralité… Cet homme est une tombe !

Se faisant, elle grignote toujours un quignon de pain entre ses dents.

- Dis, tu pourrais ne pas parler et manger en même temps, la Patate ? Demande Connie, joueur.

- Oh toi ! Et Sasha vient frotter son poing contre le crâne du jeune soldat qui la repousse en riant :

- Pas touche ! Tu me fais mal en plus !

- Tu coupes tes cheveux trop court mon pauvre… Tu vas attraper un coup de soleil si ça continue… Dit Sasha avec sa sagacité légendaire.

- Oh… C'est pas avec ce soleil ridicule qu'on risque un mauvais coup, répond Connie.

- Il a raison, ce soleil est bizarre… Vous ne trouvez pas ?

La question de Mikasa fait s'arrêter le petit groupe d'amis et tous tentent de décrypter ce qui ne va pas dans le ciel.

Armin, parlant doucement, finis par répondre :

- La brume et les nuages se mêlent et forment des vapeurs autour du soleil. Ce n'est pas étonnant qu'il fasse froid avec autant de particules dans l'air aujourd'hui.

- Tu as sans doute raison, dit pensivement Sasha.

- On arrête de discuter beau temps derrière ! Interrompt Jean.

Silence.

- De quoi il se mêle celui-là ?! Depuis quand il se prend pour notre supérieur ? Demande Connie, rouspétant à voix basse.

- C'est vrai qu'il est un peu dans les mêmes draps que nous… Ajoute Mikasa

- Dites, les gens ? Vous n'avez pas faim là ? Demanda Sasha, soudain prise de violentes contractions à son estomac.

- Et celle-là qui ne pense qu'à son ventre ! On a vraiment une fine équipe ! S'amuse Connie.

- Il est environ dix heures si je ne me trompe pas… Tu as déjà faim ? Demande Armin.

- Eh ! Je vous rappelle que le petit déjeuner, c'est sacré !

- Le petit quoi ? Demande Mikasa, troublée.

- C'est vrai que tout le monde n'a pas connu ce genre de tradition… Dit lentement Armin.

- Une tradition de riches ouais… Plus personne ne peut s'offrir ça maintenant. Eren traîne des pieds.

- Mikasa ? Tu ne prenais jamais de petit déjeuner avant ? Demande Sasha.

- Non… Pas que je me souvienne… Fait-elle pensivement.

- Depuis l'attaque d'il y a cinq ans, les gens ont peut-être arrêté de prendre trois repas par jours, commente Armin. Et avant, je suppose que ta famille n'en avait pas les moyens.

- Oui… Fait Mikasa, pensive.

- C'est pas plus mal, rétorque Connie. On peut très bien vivre en mangeant léger ! Plus on s'empiffre, plus on est lent !

Sasha rigole et attrape l'oreille droite de Connie :

- Eh, je te signale que je suis la plus svelte d'entre vous tous ! Et l'une des plus rapides !

- La plus tarée surtout !


Des rires parviennent aux oreilles des premiers soldats, toujours sur les dos de leurs chevaux.

- Tu vois, ils s'entendent bien, la mission ne devrait pas poser de problème.

- Quelle mission ? Demande pensivement Lévi.

Il regarde d'un œil méfiant Berthold, avant de se tourner vers le petit groupe.

- Pourquoi faut-il que l'on envois des jeunes à l'abattoir… ?

- Les temps ont changé, les Titans aussi. Berthold caresse légèrement la crinière blanche de son cheval. Ils sont devenus très agressifs, et même, en un certain sens, plus intelligents. Mêmes les plus petits peuvent parfois se montrer habiles. Et on constate un nombre croissant de Titans déviants d'une grande dangerosité…

- ...Tu as entendu parler des Necros ?

Berthold avale sa salive et plante son regard dans celui de Lévi, incertain :

- Seulement auprès du gérant de la grande bibliothèque... Pas plus.

Lévi hume l'air ; une paisible lueur sur son visage :

- Ces Titans dégagent des gaz d'une grande toxicité et ils ont été découverts récemment. Les nouveaux de cette année n'ont pas été mis au courant…

- Quels genres de gaz ?

- Neurotoxique…, certainement bourré d'éther-oxyde…

- Je n'y connais rien à tout ça…

- C'est très dangereux, c'est tout ce que je sais, continue Lévi.

- Pourquoi on devrait leur en parler, ces Titans doivent êtres très peu nombreux, non ?

- Peut-être, mais en attendant, il y tout de même une bonne raison pour les avertir.

Le soleil finit par se déterrer des grands courants miels du ciel. Ses rayons enfin libérés dansent sur la route et les portes en ruines de Maria sont presque à portée.

Dire que ces murs étaient entièrement fermés il n'y pas si longtemps…

- Le fait est que, les éclaireurs qui les ont observés se trouvaient dans les terres de l'est, à l'endroit même où nous allons…

Les paroles de Lévi résonnent dans le crâne de Berthold, au point de le faire cambrer légèrement sur son cheval. Instinctivement, il le met soudain au galop et cris :

- Le dernier hors des murs prépare à manger pour ce midi !

Sasha, impatiente de manger, se mets à courir au quart de tour et arrive bien vite à rattraper le cheval de Berthold, et même, à galoper d'égale à égal avec la bête.

Les autres, fatigués, ne font que vaguement trottiner et c'est finalement Armin qui arrive dernier, malgré tout ses efforts.

Comme toujours… Merde !

Alors qu'il va passer en dernier les portes Maria, Mikasa et Eren se retournent et reviennent sur leurs pas.

Le blond essuie ses yeux et lance des regards désespérés autour de lui.

La main réconfortante d'Eren se pose alors sur on épaule :

- T'en fais pas, on va préparer le déjeuner ensemble si tu veux.

Armin, sentant son cœur se soulever, inspire profondément. Accepte en hochant de la tête vivement. Regarde Mikasa lui sourire un peu plus loin.

Ils franchissent ensemble les derniers remparts de la civilisation.

- Alors, vous nous faites à manger tous les trois, c'est ça ? Demande avec un sourire malin, Berthold.

Annie, ayant observé la scène, est troublée par l'entraide qui unie les trois inséparables soldats.


Heureusement que l'eau coule avec tant de douceur dans les environs. C'est un nectar, un lait purificateur, ou bien même, un fluide séminal… Quelque chose qui devient sous les rayons du soleil, un sentiment sacré.

Armin ne peut s'empêcher de sourire et de marcher plus vite, en ayant presque hâte que l'heure vienne pour préparer le repas.

Maintenant, les voilà aux pieds des dernières murailles, des dernières terres où les humains avaient encore laissé quelques traces de leurs passages.

A l'extérieur, tous les champs comme les fermes ont été envahis par une puissante végétation à la croissance inhabituelle.

L'eau qui crépite tout autour est d'une vigueur splendide, rien ne semble l'arrêter dans sa course contre le temps.

Et quand on pense que quelque part, pas si loin, une étendue d'eau encore plus grande les attend.

La mer.

Quand on pense que ce genre d'entité existe.

Entité ?

Qu'est-ce vraiment ; la mer ?

Une unité ? Une infinité ?

Une pluralité ?

Où serais-ce, comme tout ce qui reste et les entoure, à l'instant présent, un paysage, une nature, un ensemble qui n'obéit à aucun maître sinon le temps qui passe ?

Ce même temps dont il faut se déjouer, se rire, dont il faut vanter les charmes – de l'épanouissement à la sagesse – et éviter les défauts criants – lorsque, plus tard, les rides se creuseront dans les vallées en pleurs –, ce temps impérial qu'il faut battre.

Et quelles armes ?

Avec quelles armes au juste ?

Sinon l'esprit ou le cœur ?


FIN DU SECOND CHAPITRE