Yo tout le monde ! Je m'incline devant votre persistance et vous souhaite une bonne lecture !

Au plaisir !


AIDONS L'HYDRE A VIDER SON BROUILLARD


3 : ORAGE

- Qui a la viande avec lui ?

- Moi !

- Et passez les légumes ici !

- Eh ! J'en ai pas eu moi !

- Ola… DU CALME ! Y'en aura pour tout le monde.

- Oh ! Touche pas, ce morceau était à moi !

- Vas te faire ! On sait tous bien que c'est toi qui te goinfres à l'insu de tout le monde !

- Elle au moins elle assume vraiment ses actes…

- Est-ce que, par le plus grand des hasards, il y aurait du poivre dans le coin ?

Pendant que les jeunes convives se partagent plus ou moins équitablement le repas dans un vacarme complet, les autres mangent dans un silence religieux. C'est tout juste s'ils ouvrent leurs bouches pour avaler la nourriture.

Lévi mâche le riz avec son énième regard de tueur tous les gens qui l'entourent, passant ses yeux avec une méticuleuse attention sur les détails que lui seul peut voir – depuis les étranges tatouages, les grigris, les boucles d'oreilles, voire ce morceau de tissu qui dépasse de la manche d'Armin – et fond ses impressions en une seule et unique envie de tous leur flanquer une bonne raclée.

Mais ce sont des nouveaux, des tous jeunes…

Pourquoi s'acharner sur eux ?

Mais justement ! Il n'y a pas de meilleure cible !

Ils sont tellement innocents...

Lévi ferme les yeux, réprimant quelque chose intérieurement, avant de soupirer et de compter à nouveau les doigts de sa main pour se calmer.

Un, deux, trois, quatre… dix… Il y en a bien dix, tout va bien.

- Oui, nous sommes bien dix mon cher Lévi… S'amuse Connie à ses côtés.

Le jeune soldat aux courts cheveux s'est un peu rapproché, tentant de commencer une conversation.

A sa grande surprise, Lévi ne semble pas furieux de son commentaire et tourne simplement la tête vers lui :

- Oui, nous sommes bien dix…

- Je remarque que tu fais souvent ça depuis que l'on mange… C'est une manie ?

- Ah… si tu savais mon pauvre.

Lévi soupire de nouveau et plante ses dents dans la chaire toute fripé d'un poulet pas assez cuit.


- Ah, non merci… Je ne mange pas de viandes… Dit simplement Armin.

- Quoi ?!

C'est Berthold qui vient de se lever, sous le regard surpris de Jean et de Lévi.

- Qu'est-ce que tu viens de dire, Armin ?

Le blond arrête de fixer Sasha qui lui proposait de la volaille et sent une nouvelle angoisse monter en lui à mesure que ses yeux sont attaqués par ceux du capitaine de l'escouade.

- Je…

- Répète un peu pour voir ? Il me semble que j'ai mal entendu…

Armin trésaille, touts son corps commence à être parcouru de chaleurs. Instinctivement, il agrippe le tissu qui dépasse de sa manche, et serre le plus fort possible.

- Je ne mange pas de viande ! Finit-il pas cracher.

Eren et Mikasa, voyant leur ami en proie à une réelle terreur avancent dans sa direction et fusillent du regard Berthold.

Ce dernier, après un petit moment d'absence, se rapproche lentement, pas à pas, du trio. Il vrille sur Armin, prend le morceau de poulet que Sasha venait de lui proposer et le tend vers la bouche du blond.

- Je n'ai jamais entendu quelque chose d'aussi stupide ! S'écrit-il.

- Je ne veux gêner personne monsieur…

- Non ! Tu vas me faire le plaisir de me manger ça ! Sur le champ ! Un vrai soldat se doit de manger des protéines s'il ne veut pas finir en charpie ! Berthold croise les bras, toujours en nette position de domination. Tsss… Pas étonnant que tu sois si faible physiquement, regarde-toi ! Une vraie fillette ! Comment veux-tu battre les Titans si tu ne fais pas ce qu'il faut dès les repas !

- Je suis… désolé, mais…

- Et en plus tu justifies tes idées débiles devant ton supérieur ? Tu m'obéis ! Tu as compris ? Si tu crois que cette expédition est une partie de cache-cache ou un jeu de gamin tu t'es gouré d'endroit et de métier ! Tu m'as compris ?! Hurle Berthold, galvanisé comme jamais.

- Oui… Armin baisse la tête et tremble de tout son être, roulé en boule.

- Ce n'est pas un voyage de plaisance ici, alors la princesse va arrêter de faire ses manières et elle va me manger cette cuisse au plus vite ! Sinon je l'envoie en éclaireur pour se faire déchiqueter ! Tu m'entends ?

- Oui capitaine ! Hurle Armin.

- Eh !

Berthold détourne son regard vers Eren qui s'est levé d'un bon puissant. A ses côté, Mikasa a les yeux révulsés devant ce qu'elle voit.

- Comment tu oses, enfoiré ? T'attaquer à lui juste parce qu'il ne mange pas de viande ? J'ai jamais vu un capitaine aussi débile !

- Quoi ? Qu'es-ce que tu viens de dire, marmot ? Berthold se détourne et plante ses yeux remplis de haine dans ceux d'Eren.

- Vous cherchez juste un prétexte pour faire d'Armin votre victime ! Mais c'est trop facile !

Eren avale sa salive et fait un mouvement de bras, comme pour prêter allégeance à quelque chose, ou à quelqu'un, la main sur son cœur battant :

- Armin a souffert de sa gentillesse toute sa vie à cause d'abrutis dans ton genre ! Ce n'est pas aujourd'hui que je le laisserai tomber !


Autours d'eux, tout le monde s'est arrêté de manger.

La cuisse de poulet que le capitaine tenait dans sa main – prêt à, s'il le fallait, forcer la bouche d'Armin pour qu'il mange enfin –, tomba parterre.

Un silence d'une grande gêne suivit les paroles d'Eren.

- Tu te rends compte, gamin, que non seulement tu tutoie un supérieur, mais en plus tu lui désobéis en protégeant ton incapable d'ami ?

Eren fronce les sourcils et, impassible, continue de regarder droit dans les yeux le capitaine de l'équipe maintenant immobile.

Lévi, vaguement intrigué, recommence à fredonner, ce qui finit par calmer un petit peu l'ambiance électrique.

- Eren a raison, vous ne pouvez pas en vouloir à Armin alors qu'il prend moins de nourritures que les autres… Commente Mikasa, doucement.

Berthold, frappant de son pied le sol avec rage, finit par faire demi-tour :

- Je veux que mes soldats soient prêts pour la bataille, c'est tout ! Quels crétins…

- Connard… murmure Eren, relevant le visage en larmes de son ami.

Berthold s'éloigne en fracassant par dépits tout ce qu'il trouve sur son passage. Il se rassoit en pestant les noms des trois jeunes recrues qui ont osé lui tenir tête.

Dire qu'il vient de vanter leurs mérites à tous les trois, à l'instant, à Lévi en plus !

Mais cet Armin… Il veut faire son intéressant ou quoi ?

Pourquoi il ne bouffe pas comme tout le monde et nous fait chier ?

Bordel…

Il ne tiendra pas un jour entier dans les conditions qu'il va connaître ici.

Berthold sort sa gourde et boit avec amertume l'eau de la source, avant de la recracher d'un coup sec.

Lévi le regarde, surpris et amusé.

- Pouah ! Qu'est-ce que c'est que cette eau de merde ? Quelqu'un a bu à la source ?

- … Oui, on en a tous pris… Dit timidement Connie.

- Mais vous ne l'avez pas goûté ? Berthold semble fulminer sur place.

- Si, moi… dit Eren, la mine grise.

- … Cette eau est vraiment dégueulasse ! On tentera de trouver un puits dans les prochaines heures…

Eren observe en silence le capitaine sortir des vivres et commencer à manger avec férocité.

C'était bien la pire personne à envoyer pour diriger une équipe.

Il peste même contre le sandwich qu'il est en train de manger.


Les jeunes soldats ont formé un petit cercle où ils discutent maintenant, plus ou moins insouciants. Ils sont assis ça et là sur le sol rocailleux et leurs jambes commencent déjà à les faire un peu souffrir.

Sasha se frotte le dos, se plainant pour avoir un massage.

- Tu as sentis qu'elle avait un goût étrange toi, Eren ?

- Non… L'eau était très bonne… Eren parle plus doucement, tout juste calmé. C'est cet enfoiré qui n'a plus de goût.

Sasha sors sa gourde et bois goulument. L'eau ruissèle avec passion dans sa gorge et vient refroidir ses poumons d'une douce brise de campagne.

- Elle est très bonne… Malgré qu'elle ait un goût particulier.

- Idiote ! L'eau, ça n'a pas de goût !

Sasha s'apprête à, de nouveau, frotter son poing vengeur sur le crâne du jeune Connie quand Armin se lève – ou du moins tente de se lever.

- Lâche-moi Eren, je n'ai pas besoin d'aide !

- Qu'est-ce que… ? Qu'est-ce que tu fais ?

- Il faut que j'aille aux toilettes, laisse-moi.

Et Armin se débarrasse vite du bras prévenant de son ami pour aller dans les fourrés plus loin.

- Qu'est-ce qui se passe encore ? Demande froidement Berthold.

- Il va aux petits coins…

- Qu'il revienne vite, on ne doit pas s'attarder trop dans la région.

Quelques secondes passent en silence puis les conversations reprennent bon train entre les jeunes recrues. Lévi se lève doucement et d'un pas lent et mesuré s'éloigne du campement provisoire.

- Eh ! Tu vas où comme ça, Lévi ? Demande Berthold.

- Je vais faire un tour…

- Tsss… C'est pas croyable.

Lévi s'éloigne dans la direction où Armin s'est retiré un peu plus tôt. Aussitôt, Eren qui a veillé d'un œil inquiet les agissements du soldat commence à se poser sérieusement des questions.

Ce gars n'a pas intérêt à toucher, ne serais-ce qu'un cheveu d'Armin.

Ou il va connaître ce que c'est de vraiment souffrir…

- Eh ! Tu crois pas que t'as assez mangé comme ça ? Demande impatiemment Connie.

- Laisse-moi tu veux ? Va embêter Mikasa tiens ! Rétorque Sasha, joueuse.

- Eu…

Quand le prénom de Mikasa arrive aux oreilles du jeune soldat, celui-ci ne peut s'empêcher de légèrement frissonner gardant ses yeux troublés le plus bas possible pour ne pas éveiller les soupçons.

- Mais…

Il tente une percée au travers des mèches noires de la jeune fille qui l'observe avec cette même expression qu'elle porte toujours : plus ou moins neutre.

Jean, de son côté, assiste à la scène et sent clairement une douleur venir à son bas-ventre.

De quel droit ce gamin peut-il s'intéresser à Mikasa ? C'est lui qui l'a vu en premier ! Lui ! Retourne au bac à sables Connie…

Mais pour l'instant il se tait, mangeant silencieusement son riz aux côtés d'une Annie trop silencieuse à son goût.

- Pourquoi je l'embêterai ? Mikasa est sympa avec moi… Répond avec sa voix chevrotante Connie.

- Ah… Pourquoi tu la regarde avec ce sourire gêné toi ? Sasha semble avoir descellé toutes les sensations que Connie peine à garder secrètes.

- Toi ! Tu la fermes Patate ! Il s'étrangle tout seul avec du riz et menace Sasha avec ses baguettes. Arrête d'inventer des trucs !

Un petit sourire gagne le visage de Mikasa, observant Connie se justifier maladroitement.

Il est mignon…

Mais limpide. Bien sûr qu'elle a sentie son regard et ses sourires sur elle, depuis un bon bout de temps même. S'il croît que ses petits jeux étranges n'ont pas éveillé son attention. Tutut, Mikasa a tout vu et tout compris.


L'après-midi fouette maintenant avec ampleur les visages des soldats qui commencent à ressentir des bouffées de chaleur de plus en plus insupportable.

- Qui a dit qu'il ferait froid au juste ? S'amuse Connie.

- Aucune idée… On dirait qu'il y a moins de particules dans le coin… Dit lentement Sasha, sondant l'air.

- Le temps est changeant… Ça n'annonce rien de bon, déclare Jean.

Eren a toujours les yeux rivés sur le lointain, dans la direction où Armin et Lévi sont partis.

De lourds nuages commencent à apparaître au dessus d'un petit taillis de baies aux couleurs bien sombres. Sur les fruits charnus se posent des insectes tout aussi austères qui viennent s'abreuver des eaux environnantes, caresser les feuilles avec leurs grandes ailes noires et voleter au dessus des réminiscences acides de chaque grain éclaté.

Pourquoi ne reviennent-ils pas décidément ?

Les papillons s'envolent et le temps commence à sérieusement se gâter. Dans le ciel des roulements de tambours explosent tout autour de la petite troupe et des couleurs menaçantes surplombent les têtes.

- Oh… Partons d'ici au plus vite ! Je ne veux pas rester sous la pluie ! Que quelqu'un aille chercher Armin et Lévi ! Hurle Berthold.

- J'y vais !

Eren profite immédiatement de la situation pour foncer vers le point qu'il ne cesse de fixer depuis tout à l'heure.

- Oui, nous n'avons que trop tarder…

Annie se lève, se débarrasse de la terre humide qui colle à son uniforme verte et semble somnoler quelques instants, dans l'orage naissant.

Connie et Sasha se sont eux aussi levés, impatients de continuer la route, malgré la fatigue qui leur vient aux muscles. Jean et Berthold se redressent péniblement.

Seule Mikasa, muette, est restée assise, le regard tendu vers son frère adoptif, courant dans le lointain.


Arrivé dans une petite clairière, juste à l'entrée d'un sous-bois de chênes dénudés, Eren voit la silhouette d'un homme approcher vers lui. Le soleil choisit alors ce moment précis pour se cacher derrière de gros nuages qui fondent lentement vers le fils du médecin, apeuré.

De silencieuses et de gigantesques ombres de nappes chargés de pluie passent sur les herbes menthe, laissant des lampées de lumières à certains endroits uniquement, perdues dans un espace d'une grande noirceur. Et, toujours au centre de cette vision, la forme humaine, toujours en train de se rapprocher à vitesse constante, gagne en taille.

Eren recule légèrement, tout tremblant.

L'uniforme d'un soldat de garnison apparaît quelques instants, révélés par une trouée de soleil, mais le visage de la personne, toujours plongée dans l'ombre, reste invisible.

- Qui… qui êtes-vous ?

La voix d'Eren tremble de plus en plus, peinant à articuler le moindre mot.

Il recule encore un peu, sentant l'ombre s'avancer d'un coup plus vite vers lui. De plus en plus proche, de plus en plus proche, jusqu'à ce qu'un petit sifflement ne fasse vriller les oreilles d'Eren.

C'est la voix de ce type, Eren l'a reconnue immédiatement.

Le gars siffle encore, comme si de rien n'était, passant à côté du jeune soldat, le regardant d'un œil absent :

- Je crois que ton ami a besoin d'être raccompagné…

Eren, frémissant à la voix discordante de l'autre soldat se rue sur lui en l'empoignant par le col de son uniforme :

- Qu'est-ce que tu lui as fais ? Hein ?

Lévi ne cherche pas à se dégager, seule sa fine bouche remue légèrement, avant que des mots d'une étrange tonalité n'en sortent :

- Armin a besoin d'un autre doudou…

Qu'es-ce que ce type vient de dire ? Eren ouvre grand ses yeux, comme si on l'attaquait en plein cœur. Un instant, il reste persuadé que Lévi vient de tabasser son ami, des images mortifiantes lui viennent à l'esprit, puis celle du tissu qu'Armin porte avec lui, déchiré, écrasé sur le sol boueux.

Mais, Eren ne peut pas s'empêcher, en regardant droit dans les yeux si particuliers de Lévi, que quelque chose d'autre s'est passé…

Son sang ne faisant qu'un tour, Eren lâche le col de son supérieur et court plus loin, sous le regard neutre de l'autre soldat.

Merde ! Pourquoi je n'arrive pas à le regarder quand il est à côté de moi ? Peste Eren conter lui-même.

Il voudrait courir plus vite, défoncer les végétaux pour mieux avancer, mais il se tord la cheville, manque de trébucher de nombreuses fois et finis par atterrir à l'orée du bois, où Armin est assis à genoux sur le sol.

- Armin !

Ce dernier se retourne, visage pâle.

- Eren…

- Il ne t'a rien fais ?

- Non…

Ne pouvant s'en empêcher, Eren parcours son ami du regard, tentant de voir si aucune blessure ne lui a été faite. Mais le garçon n'a rien.

- Tu as l'air d'avoir reçu un choc...

- … Ce n'est pas important…

Armin se lève, sous les yeux inquiets d'Eren.

- Il faut rentrer au camp je suppose, la pluie arrive, dit le blond passivement, regardant ses chaussures.

- Eh… Qu'est-ce qui s'est passé ? De quoi vous avez parlé ?

- De rien je t'assure… Rejoignons les autres, tu veux bien ?


Eren aide Armin à se relever et ils partent l'un à côté de l'autre vers le campement.

Le blond regarde dans le vide. Eren, perdu, tente de desceller ce qui se trame en son ami mais ne parvient par à y voir un sentiment particulier. Sans doute Armin est simplement fatigué, mais les paroles de Lévi tournent dans sa tête et cette option n'est clairement pas celle qu'il privilégie.

- Les autres ont bien aimé le riz et les légumes…

- Oui, on a bien fais notre boulot ! Eren sourit légèrement.

- Tu penses qu'il nous laisserait faire à manger plus souvent ?

- Ça devrait les arranger à mon avis ! Et le brun rit de bon cœur.

Il se sent si bien avec Armin à ses côtés. Même si, tout autour, les champs ressemblent à des ruines grises et que le tonnerre amène avec lui un air suffocant, chargé de gouttes d'eau tièdes et de feuilles arrachées. Même si le sifflement de Lévi court plus vite dans la tête d'Eren et qu'Armin a toujours une expression étrange, Eren se sent mieux.

Glissant un regard hésitant, il voit que son ami n'a plus son doudou à portée de main… Il déplace son regard sur lui et reste muet, leurs pas faisant clapoter la terre aussi molle qu'une éponge.

Alors que le deux revenaient lentement sur leurs pas et que le coin où s'était posé tout à l'heure avec les autres était en vue, la terre se mets à trembler, à trembler de plus en plus fort.

Le sol semblait s'ouvrir sur lui-même, et l'orage avoir percé les frontières aériennes pour se fondre dans la terre et la faire résonner de ses cris.

- Qu'est-ce que… ? Armin a soudain une mine terrifiée.

- Un Titan ! Il y a un Titan au campement ! S'écria Eren.


Alors que les mots transpercent les arbres et les haies, des cris se lèvent dans la clairière et les deux amis reconnaissent de suite les voix de leurs amis.

Ils se mettent immédiatement à courir en direction des hurlements et arrivent à coté de Lévi qui s'est immobilisé.

Là-bas, entre deux grands saules, la tête d'un Titan d'une taille conséquente surgit soudain et son corps fumant s'approche des soldats apeurés.

Sasha, toute proche du Titan, se recule d'un bond et lance son crochet pour s'éloigner le plus possible du monstre. Jean et Berthold se lèvent rapidement et sortent leurs épées, la mâchoire serrée.

- Je savais qu'il ne fallait pas traîner ici ! Cris Jean, rageant contre les autres.

- Il fait au moins 7 mètres, ce n'est pas une catastrophe, rassure Connie, souriant même un peu.

Les soldats sont tous attroupés près de la marmite où le riz a cuit il y a quelques instants, tous, leurs armes sorties, parés.

- Occupez-vous de l'encercler et de le déstabiliser avec ce que vous trouvez ! Montez aux arbres pour tenter une attaque dans son dos ! Ordonne Berthold qui se rapproche de Lévi.

- Laisse-moi Eren ! Je veux me battre ! Lance Armin.

Le jeune brun a saisi son ami par la manche, l'empêchant de rejoindre les autres. Bien vite, le regard insistant du blond le fait lâcher prise et il court aux côtés d'Armin vers la masse imposante du Titan.

- Dis, ce n'est pas un Nécros ? Chuchote Berthold à l'oreille de Lévi.

- … Non… Ce titan n'a rien de particulier.

Eren, remarquant les messes basses des deux soldats, ne parvient pas à se concentrer sur la situation. Bientôt, c'est l'affreuse tête du monstre qui le retient : ses grands yeux globuleux, sa langue tendu vers eux, prête à râper leur chaire, et surtout, ses dents, ses dents qu'il dévoile en ouvrant sa gueule béante.

- Je me charge de lui ! Déclare Annie.

- Eh ! Si tu crois qu'on va te laisser faire ! Hurle Jean.

Sasha, Jean, Annie, Misaka, Connie et Lévi se lancent dans les arbres avec leurs harnais pour encercler le Titan qui ne sait plus où donner de la tête.

- Au moins, il est tout seul face à nous, c'est déjà ça… Murmure Berthold. Eh ! Qu'est-ce que vous faites vous deux là ? Vous ne combattez pas ? Hurle-t-il à Armin et son voisin.

Aussitôt, les deux amis, sortis de leurs visions tentent d'oublier l'immonde chose qu'ils vont combattre et s'élancent dans les airs.

La tempête s'accentue, les vents se font violent, à tel point que les harnais semblent vaciller dans tous les sens. Armin parvient à monter en haut d'un premier arbre, mais Eren, déstabilisé par les courants d'air qui l'ébranlent se cogne contre un tronc.

Le jeune brun se heurte plusieurs fois à de larges rameaux de saules et se rattrape comme il peut en s'accrochant à une branche.

- Eren ! Cris Armin, trop haut pour pouvoir aider son ami sur le champ.

Alors que les autres envoient des projectiles variés sur le Titan pour le déstabiliser, Lévi et Misaka ont tournés leurs regards sur Eren, hésitants.

- Le vent est trop puissant ! Hurle Armin, qui entreprend de descendre vers Eren en prenant garde à ne pas tomber de l'arbre.

- Laissez cet incapable ! Occupez-vous du Titans vous autres ! Hurle Berthold.

Annie, prêt à se jeter sur le flan du monstre, est vite interrompue par Connie, lui barrant le passage :

- Laisse-moi donc m'entraîner ! Berthold n'a pas confiance en moi ! Je vais lui prouver que je peux abattre un titan !

- Connie ! Arrête ! Celui-là est encore plus grand que dans l'entraînement, tu n'y arriveras pas ! S'empresse Sasha.

Eren, balloté par l'implacable force du vent, tente de tenir encore sa main sur la branche. Il plante ses ongles le plus profondément qu'il peut dans le bois mou, il plante, il plonge même ses doigts à l'intérieur mais tout l'arbre semble altéré, pourri, rien ne tient, il va tomber ! Et Armin est encore en train de descendre vers lui.


Soudain, une main puissante saisit la sienne et ses doigts sortent noirs du bois humide, pour se blottir dans les paumes sèches d'un autre soldat.

Eren, tiré du vide, atterrit sur la branche et, à quatre-patte, regarde la figure impassible de Lévi.

- … Merci…

L'homme le regarde, sans broncher, il le regarde toujours, soufflant légèrement.

Armin parvient à leurs hauteurs :

- Eh ! Eren ! Tu n'es pas blessé ?

- C'est ce foutu vent…

Plus loin, près du Titan, Connie lance un sourire aux autres :

- Ne me dites pas que je ne peux pas y arriver ! Je peux le faire, je peux enfin vous le montrer aujourd'hui !

Il rit et prend de l'élan.


Position parfaite, il ne peut pas tomber.

Angle et direction, parfaits. La nuque du Titan est dans sa ligne de mire.

Distance, parfaite aussi.

Seul le vent peut encore le gêner, mais Connie n'a que quelques mètres à faire et il découpera ce monstre.

Regardez-moi…

Regardez-moi faire.

Et surtout.

Regarde-moi, Misaka…


- Tu devrais faire attention, le temps ne va pas s'arranger dans les jours à venir, avertit Lévi.

Armin se pose à côté d'Eren, le relevant sur la branche et l'aidant à trouver l'équilibre. Se faisant, les corps des trois hommes se frôlent sous les grondements de l'orage.

- Ce n'est pas que ça, le nouvel équipement est bizarre ! Lance Eren. Je n'ai pas réussi à contrôler le harnais…

- Mais… c'est si différent ? Demande Armin, inquiet.

- Un peu oui… J'ai bien faillis perdre tout contrôle..

- Mais…

Leurs regards sont d'un coup rivés sur Connie.


Connie vient de s'élancer des les airs, dos au Titan.

Lames tendues au dessus de lui.

Prêtes à s'abattre à tout moment.

Il tire son crochet sur la tête du monstre et le mouvement le porte vers le corps ruisselant à une vitesse impressionnante.

Alors que Connie est à deux doigts de planter ses épées dans la nuque du Titan, il tente de freiner sa vitesse mais le harnais ne répond pas.

Les yeux de Connie se révulsent.

Son corps vient taper contre le dos du Titan.

Il tente de se rattraper avec ses lames, mais il ne fait qu'entailler la chaire superficielle du monstre qui se retourne lentement.


Connie tombe et atterrit lourdement sur l'herbe trempée.

- Non ! Hurle Sasha et Eren.

Le jeune soldat, à terre, tremble de tout son être.

Tous les regards rivés sur lui.

La bête-humaine se baisse légèrement et son ombre gigantesque grandit sur lui.

- Laisse-le tranquille ! Cris Jean, qui s'élance sur le titan avec Sasha.

Mais le Titan les repousse simplement d'une main et les deux soldats sont envoyés dans les airs, se cognant sur les troncs des arbres avec puissance.

- Tuez-moi ce Titan ! Qu'est-ce que vous attendez ?

- Non !

Le monstre a pris Connie dans ses mains.

Le brun se débat comme il le peut, secouant son corps minuscule dans les tous sens, implorant ses amis comme son bourreau.

La mâchoire brulante du Titan se rapproche de plus en plus de la petite tête chauve de Connie, les dents s'ouvrent et un four gigantesque se dresse devant lui.

- Non ! Aidez-moi bordel ! Aidez-moi !

Mikasa et Annie s'élancent sur les flans du Titan, laissant de côté toute stratégie, alors que la tête du jeune soldat atterrit sur la langue immense du monstre.

- Connie !

Eren et Armin, glacés par ce qu'ils voient, restent interdits.


La mâchoire se referme soudain avec le bruit d'une éclair et tranche en deux le corps du jeune garçon.


Sous les yeux de tous ses camarades, les jambes de Connie retombent au sol et le sang se mêle à la pluie qui vient de commencer à tomber.

- Saloperie ! Cris Annie, empoignant sa lame comme jamais.

Misaka finit par monter sur la nuque de la monstruosité et entaille avec force tout ce qu'elle peut, détruisant le cou du Titan à coups répétés.

Annie, montant sur son crâne dégarnis, plante son épée dans l'œil droit du Titan qui se met à hurler de douleur.

Ses cris résonnent dans la vallée et ses jambes fléchissent.

- Bande d'incapables ! Regardez ce qui arrive quand on en fait qu'à sa tête ! Hurle Berthold.

- Connie ! Cris Sasha, retombant au sol et allant chercher ce qu'il reste de son ami.

Le titan finis par tomber au sol lourdement et un nuage de fumée âcre sort lentement des pores de sa peau luisante.


Écouter : The Host OST - Running Lonely [version 1]

La pluie tombe maintenant en grandes trombes et les soldats s'approchent un à un du massacre au centre de la clairière, le regard dans le vide.

Les deux jambes de Connie sont éclatées au sol.

Le sang vient diffuser dans les marres aux alentours et les visages atterrés des compagnons se reflètent maintenant dans un bain rougi.

Annie tremble, se posant à genoux près de la dépouille.

- Connie… Imbécile…

Armin et Sasha s'agenouillent aussi, les larmes leur viennent.

Lévi ne peut s'empêcher de regarder avec inquiétude le corps qui gît devant lui, sentant son être légèrement trembler, lui envoyer des éclairs noirs.

Seul Berthold est en retrait. Il vocifère sur tout le monde, butant dans des morceaux de bous ou découpant de l'herbe :

- Idiots ! La coopération ! Une attaque ça se réfléchit ! Voilà ce qui se passe quand les gens font chacun leurs plans ! Connie a cherché à faire le solo et voilà ce qui arrive ! Hurle-t-il.

- C'est son équipement qui n'a pas bien fonctionné ! Répond en criant Eren, couvert d'eau, le visage contracté par sa fureur.

- Ta gueule toi ! Ta gueule ! Tu n'es pas capable de te réceptionner correctement alors tu la fermes, crétin ! Je vous préviens ! Je ne tolérai pas de nouvelles pertes : Si jamais…

Mais un nuage de fumée naît d'un coup derrière lui, brisant les herbes hautes et faisant voler des centaines d'insectes dans l'air chargé de sang.

Une main titanesque vient saisir Berthold de plein fouet.

- Lâche-moi ! Lâche-moi sale horreur ! Cris le capitaine, sentant son corps broyé.

La face amusée d'un Titan tout aussi grand que le précédent apparaît à lui.

- Qu'est-ce que… ?

Alors que tous les soldats, pétrifiés devant le spectacle ne bougent pas d'un pouce.

La main du titan s'élève en l'air, au dessus de la bouche rougeoyante du monstre et le corps de Berthold, se tortillant comme un petit verre, est littéralement éclaté. Son sang coule lentement dans la gueule béante du Titan, avant que le reste de sa carcasse ne finisse au fond de la gorge antique.

L'éther violet emplit le ciel, les courants calcinant viennent caresser les tenues des soldats dans un dernier silence. La cascade de sang dégouline à sa perte sur le corps chaire de la monstruosité.

Le monstre, dans l'après-midi, est une méduse qui rit.


FIN DU TROISIÈME CHAPITRE