Bonjour/Bonsoir, heureux que vous poursuiviez l'aventure !

Je passe des remerciements bien mérités aux premiers reviewers (Swatchy8, Monkey D. Elena et bien sûr Vava).

Concernant les paring, tous mes regrets, mais je n'aime pas annoncer les couples... je trouve ça asse réducteur, mes histoires ne se résument pas aux couples qu'elles contiennent.

Pour Vava, effectivement, j'avais annoncé que ça serait un peu UA vu que je modifie un peu la hiérarchie, et également, comme l'a fais remarqué Monkey D. Elena, Berthol est assez différents ici... je vous le lâcher, j'ai toujours rêvé de le voir comme ça ^^

et PS : je précise bien que c'est ma première fic sur SNK, pas la toute première ici ;)

Enfin, bonne lecture ! Et désolé je publie tard X)


AIDONS L'HYDRE A VIDER SON BROUILLARD


4 : DELUGE

Deux yeux scintillent dans le ciel gonflé d'éclairs.

- Buttez-le ! Cris Jean, la voix détruite.

Aussitôt, Annie, Jean et Lévi se lancent vers le Titan et son large sourire maladif, regardant tous ces petits personnages tournoyer autour de lui telles des mouches en pleine panique.

- Il a…

Armin murmure des mots, même lui ne sait plus ce qu'il voulait dire à l'instant.

- Comment ? Comment il a fait pour ne pas qu'on l'entende arriver ? Eren est lui aussi sous le choc.

Les trois amis entendent à nouveaux les dents du titan transpercer leur ami, encore et encore, et son corps chaud s'écraser dans l'eau morte.

- Il faut qu'on abatte le suivant ! S'écrie soudain Mikasa, se lançant vers le monstre elle aussi.

La pluie s'intensifie et le vent redouble de puissance, si bien que les soldats qui couraient vers le Titan peinent à atteindre les hauteurs des branches, sans cesse rabattus en arrière.

- Le vent est conte nous ! Pleure Jean, fou de rage.

- Eh ! Calme-toi ! On va l'avoir celui-ci, mais je t'en prie ! Calme-toi !

Annie le supplie, retenant l'autre soldat conte elle et l'empêchant de valser sous la force de la tempête.

Lévi vient de se propulser avec une vitesse incroyable sur le Titan.

Les gaz de son attirail explosent littéralement contre la gueule de la bête, l'aveuglant le temps que le soldat ne se pose sur son crâne glissant.

Lévi plante alors sa lame sur un des flans et cours tout du long de la nuque du Titan dans un seul et même mouvement, avant de sauter à nouveau sur un arbre.

Eren, fasciné par la grâce folle avec laquelle Lévi vient de se débarrasser du monstre écarquille les yeux. De petites perles finissent par se rejoindre sur les côtés de ses pupilles et dévalent ses joues lentement.

Armin, à ses côtés, respire tant bien que mal et s'accroche soudain à son ami.

- Armin !

Le corps déjà en train de se décomposer sous la pluie diluvienne s'écrase en un grand claquement sinistre et un terrible silence battu par le tonnerre s'installe dans la clairière.

Lévi descend naturellement de son arbre avec une grande agilité, avant de venir observer le Titan de plus près, fixant l'horrible tête pourtant si humaine qu'il arbore.

- Merci Lévi… Soupire Annie.

Jean, horrifié, ne peut s'empêcher de crier encore, empoignant Lévi par son épaule :

- Putain, pourquoi tu nous nargues comme ça imbécile ? Berthold vient de crever et tu peux pas t'empêcher de faire ton intéressant ?

- Mets-là en veilleuse Jean et occupe-toi plutôt de tes blessures…

La réponse froide de Lévi vient d'un coup calmer le blond qui regarde d'un coup son corps, s'attendant presque à le voir fendu ou découpé, mais non…

Il ne sent rien...

Pourtant, sa jambe saigne abondamment…

L'homme soulève légèrement le bas de son uniforme et dévoile une cuisse éraflée sur une grande longueur.

- Mikasa a le nécessaire de soin… Remarque Annie.

- Merde ! J'ai dû me faire ça quand le monstre m'a repoussé… !

Jean rage contre lui-même et contre la pluie, il cris dans le tonnerre avant de gueuler pour que Mikasa se ramène.

- Mais… à la surprise de tous, Mikasa n'est pas dans les parages.

Sasha non plus d'ailleurs.

Alors qu'Eren allait lui aussi crier pour appeler les soldats disparus, une grande plainte perça le silence.

Une plainte, puis un long cri d'angoisse.

Tous les soldats sauf Jean et Annie accourent vers le cadavre du premier Titan.


Ecouter : The Host OST - Reunion

Tout près, Mikasa retient par la manche Sasha qui, les larmes aux yeux, tente d'ouvrir la bouche du Titan de toutes ses forces.

A leurs pieds, ce qu'il reste de Connie.

- Nooooon ! Enfoiré de Titan de Meeerde ! S'écrie Sasha.

Eren et Armin sont atterrés par la soudaine douleur de leur coéquipière.

- On peut encore le retrouver ! On peut le sauver ! Cris Sasha, redoublant d'effort, quitte à frapper la mâchoire en décomposition du monstre.

- Non ! Tu ne peux rien Sasha ! Calme-toi ! Répond Mikasa, serrée contre elle.

- On peut le réparer… On peut le réparer…

Sasha pleure de toutes ses larmes, telle une fontaine mortifiante.

- Le réparer… Il suffit de retrouver l'autre bout ! Aide-moi ! Regarde ! Le titan l'a coupé net… Si… !

- Tais-toi ! Tais-toi, je t'en supplie ! Mikasa la gifle.


A leurs côtés, les deux jambes de Connie remuent encore légèrement.

Les derniers spasmes du corps agitent les muscles dans une dernière danse.


Sasha finit par s'effondrer sur le sol, Mikasa la serrant contre elle, tremble avec elle en rythme, toutes deux secouées par la pluie.

- Il faut partir d'ici, d'autres Titans pourraient arriver d'un instant à l'autre ! Explique Mikasa, caressant légèrement la chevelure humide de son amie.

- Non…

Le visage préoccupé de Lévi vient à l'encontre de la jeune brune. Eren, essuyant ses larmes avec précipitation, se place aux côté de sa sœur adoptive :

- Comment il a fait ? Comment il a fait pour ne pas qu'on l'entende… le deuxième Titan ? Demande-t-il fébrile.

- Une embuscade…

Les mots d'Armin laissent place à un terrible sentiment d'insécurité.

- Oui, continue Lévi, cela ressemble bien à une embuscade. Les deux Titans devaient s'attendre à pouvoir nous écraser en nous prenant par deux côtés…

- Comment… ? Eren écarquille les yeux, apeuré.

- Les Titans deviennent plus dangereux près des murs. Il semblerait qu'ils peuvent apprendre des humains en les observant combattre, explique Armin.

- Je ne savais pas… Dis doucement Eren.

- Ce genre de découverte est assez récente, et je crois – Lévi range son épée d'un mouvement parfaitement fluide – que beaucoup d'instructeurs ne vous racontent pas tout sur eux…

Eren se lève :

- A quoi bon ? S'ils veulent nous protéger en faisant ça, alors ils se gourent complètement !

Mikasa relève péniblement Sasha qui continue de pleurer abondamment.

- Il faut trouver un abri, nous ne pouvons pas rester sous la pluie comme ça, ou des gens vont attraper froid, dit-elle doucement.

Sasha ne peut pas regarder autre chose que le sol, les yeux vides, vides, tellement vides.

- Continuons d'avancer vers les terres de l'est… Et restons bien groupés… Ordonne lentement Lévi, se dirigeant vers le Jean et Annie, toujours en retrait.

- Oui…

- Mais… Eren s'arrête d'un coup, qu'est-ce que l'on fait sans Berthold ? C'est lui qui était sensé nous guide, non ?

Lévi, arrêté, lance un regard presque désabusé au petit brun :

- Oui… Je n'en ai pas la moindre envie, mais c'est moi qui dois vous surveiller maintenant… Lévi repart alors. Et puis en même temps…

- Eh !

Mais Lévi ne se retourne pas, il incite au contraire les autres à le suivre et continue l'air de rien son petit chemin dans la boue de sang qui couvre la clairière.


- Connie…

- Allez Sasha, remets-toi… Il faut continuer, insiste Mikasa.

- Pourquoi on devrait continuer d'ailleurs ? S'énerve Eren. Deux morts ça leurs suffit pas ?

- Tu te souviens de ce que Berthold avait dit avant ce matin avant de partir ? Demande Armin. Il a dis que les terres de l'est étaient un endroit capital à explorer…

- Je m'en fous ! Ce que je veux c'est butter les titans près de la ville ! Pourquoi on reste pas ici pour tous les exterminer ?

- Parce que… Armin soupire, c'est inule… Les Titans sont bien trop nombreux…

- On vient d'en avoir deux !

- Nous aussi on a perdu deux soldats je te signale ! Et… Ce n'est pas la question Eren… Si on nous envois là-bas c'est qu'il y a bien une raison, non ?

Armin pose la question à ses trois amis qui restent d'un coup dans un étrange silence.

- Je n'en serais pas si sûre, dit pensivement Mikasa, portant sur son épaule la lourde Sasha qui n'arrive plus à poser un pied devant l'autre normalement.

- Eren a raison… Dit-elle doucement. Il faut rentrer… Rentrer annoncer aux familles que…

- On le fera quand on reviendra, Sasha, ne t'en fais pas…

Les derniers mots de Mikasa n'ont pas l'air de ravir la jeune femme, au contraire.

- Allez, il faut rejoindre les autres, dit doucement Armin, tendant sa main à Eren.

Ce dernier la prend quelques instants, avant de marcher aux côtés de son ami et de secouer sa tête pour chasser ses larmes.

Il ne peut pas s'en empêcher, l'eau coule encore de ses yeux.


- Bien… Je pense que personne n'a d'objection pour que Lévi, le plus haut gradé d'entre nous et aussi le plus expérimenté soit le nouveau capitaine ?

La question de Jean n'obtient qu'un vaste et morne silence fait de vent et pluie torrentielle.

- Nous continuons à pieds. Avec le pot que nous avons, les chevaux se sont enfuis juste quand les Titans sont arrivés et ils doivent êtres loin maintenant… Lévi gratte pensivement sa tempe droite avant de continuer d'une voix presque chantée, décidément, c'est notre journée on dirait…

Eren serait bien tenter de venir lui coller son poing sur la gueule, mais autant son corps ne lui répond plus très bien, autant il n'a plus envie de voir la moindre tache de sang, ni de sentir le moindre instant de violence autour de lui.

- Avançons… Dit faiblement Armin.

- Prions pour que les Titans nous laissent tranquilles, dit Jean, apeuré.

- Ce genre de choses ne se reproduira pas… Bien, allons-y maintenant, dit Lévi en prenant la tête de la marche.

L'orage continue toujours d'agiter les tenues trempées des soldats, gagnés par un profond mal-être alors qu'ils remontent une pente des plus ardues.

Sasha trébuche et il faut toute la force de Mikasa pour la remettre sur pieds.

Les muscles de la jeune recrue peinent à de nouveau se contracter et à la maintenir debout. Elle pleure sous la douleur que son corps lui inflige.

- Allez, tiens-bon ! Tiens pour les autres !

- J'ai envie de dormir, gémit-elle, les yeux perdus dans un brouillard de larmes.

Un peu plus en avant, Eren et Armin guettent tout autour d'eux.


Le paysage radieux du matin s'est changé en une sorte de grande plaine stérile, aucune plante ni arbre ne semble pousser dans un rayon de plusieurs kilomètres. Par moment des branches s'envolent et planent dangereusement dans les prés noircis, comme des mains de sorcières, portées par les vents déchaînés.

Le temps s'est encore refroidi, la chaleur qui les avaient envahit il y a quelques minutes déjà s'est estompée, les laissant en proie à un déluge glacial.

- Je ne laisserai plus ce genre de choses se produire sous mon nez… Les Titans verront de quel bois je me chauffe… S'assure Eren.

A ses côtés, Armin tend ses deux paumes contre le ciel et recueil l'eau de pluie, avant d'en boire une maigre gorgée.

- Lévi est un maître pour ce qui est de repérer les titans, s'il avait été là, les choses n'auraient pas été ainsi…

- Mais on était là ! Juste un peu trop loin… Tu te rappelles ? Lévi n'a pas fais grand-chose pour tuer le premier titan !

- Eren ! Il était en train de te sauver je te signale ! Évidement qu'il ne pouvait pas aller aider les autres…

Eren butte dans une touffe d'herbe rance et mugit :

- Il aurait mieux fait d'empêcher Connie de se lancer comme ça…

- Tu sais bien que c'est l'équipement tridimensionnel qui l'a perturbé, tu as vu comme moi…

- Ouais, justement… Si ça s'est produit avec lui et moi…, pourquoi pas avec les autres ? Pourquoi pas même avec Lévi ?

- Il ne semble pas souffrir du changement… Dit simplement Armin. Il s'est peut-être entraîné…

- Bah voyons… et nous qui les avons tout juste reçus ce matin… Génial…

- Ahhh... Calme-toi Eren…

La voix d'Armin vient piquer à vif le jeune soldat qui le regarde alors avec une mine fatiguée.

Puis, alors que la pluie continue de tambouriner contre eux, Eren souris légèrement.

Alors qu'il ne pense plus à rien, il entend soudain quelque chose courir, très vite tout près.

Il s'arrête.

Il est bien sûr d'avoir entendu quelqu'un courir à l'instant.

- Eren ?

- … Non… J'ai du rêver…

Eren reprend sa marche, pas plus rassuré.

Leurs pas se font plus rapides, ils tentent de rattraper les premiers qui marchent à grands pas.

- Dis Amrin… Qu'est-ce que… Qu'est-ce que Lévi t'a fais tout à l'heure ?

- …

Armin hausse les épaules :

- Je t'ai déjà que ce n'était pas important…

- Eh ! Tu pourrais quand même me le dire ! Pourquoi t'avais l'air chamboulé quand je t'ai retrouvé ? Dis-moi !

- Ah… Lévi avait remarqué mon… doudou tout à l'heure…

- Oh… Où est-il d'ailleurs ?

- Je l'ai jeté.

Armin sourit l'espace d'un court instant à son ami, hébété.

- Je l'ai jeté sous ses ordres…

- Pourquoi ? Pourquoi tu lui as obéis ?

- … Enfin, il me l'a dis assez froidement – tu sais comment il est – mais il n'y avait rien de menaçant dans sa voix… Je crois qu'il voulait juste que j'arrête de m'attacher à cet objet…

Eren regarde stupéfait Armin, continuer de parler avec une expression de plaisir évident sur son visage.

- Je devais le serrer trop fort depuis ces histoires avec Berthold… C'est idiot, mais ce petit truc ne me faisait pas que du bien… Je ne regrette pas de l'avoir jeté…

La voix du blond descend peu à peu, apaisé, toujours les yeux rivés vers le lointain.

- Je crois qu'il faut quitter le monde de l'enfance tôt ou tard de toute façon…

Eren ne répond rien, maintenant, son esprit est tourné ailleurs.


Qu'est-ce que Lévi lui avait dit déjà, dans cette étrange clairière ? Qu'est-ce qu'il lui avait dit avant de repartir ? Il avait parlé de doudou… Qu'Armin avait besoin d'un nouveau doudou ?

Alors qu'Eren ressasse les paroles peu rassurants du nouveau capitaine dans sa tête, une étrange sensation lui prend au ventre.

Devant lui, Lévi a tourné son regard et l'observe.

Il secoue sa tête et frotte son visage lentement, tentant de se concentrer sur autre chose, mais rien n'y fait :

- Pourquoi il me regarde comme ça, bon sang ?

- Encore Lévi ? Demande Armin.

- Oui… Il n'arrête pas depuis la mission… Je ne sais pas ce qu'il avec moi…

- Ce type est bizarre mais il semble très compétent… En tout cas, bien plus que Berthold…

- Ça, je m'en fous, j'aimerais savoir pourquoi il agit comme ça…

- Au pire… demande-lui…

La simplicité des paroles d'Armin fait légèrement trembler Eren.

- Il a peut-être appris des choses sur toi et cherche juste à mieux te connaître… Moi en tout cas il a l'air de me laisser tranquille… à ce niveau.

Pourquoi il s'intéresserait à lui ?

Au-delà de tous les autres recrues de cette années, pourquoi lui, et surtout,

Pourquoi de cette manière ?

Ça ne se fait pas de fixer les gens ainsi !


Devant, Annie soutient de temps à autres Jean quand celui-ci perd l'équilibre. La montée est ardue pour lui, d'autant plus qu'il ne parvient pas à bien poser sa jambe, qui ne lui répond pas vraiment :

- Ah… pourquoi il faut toujours que je me mette dans la merde come ça ? … sous les yeux de tout le monde en plus…

- Qu'es-ce que tu marmonne encore ? Demande Annie, tendant elle aussi sa main pour boire l'eau de pluie.

- Je… Je me sens faible.

- Tu t'es jeté sur le Titan sans vraiment prendre garde à toi, c'est normal.

- Eh ? Depuis quand tu es sympa avec les autres, toi ?

- … Depuis toujours. Mais je n'ai pas besoin de jouer à l'abrutie pour me faire aimer…

Jean perd à cet instant l'équilibre et il tombe sur le sol boueux :

- Ahhh… Merde…

Annie, d'un geste calme et mesuré, boit à nouveau de l'eau de pluie avant de sourire au soldat qui est toujours parterre :

- Mais je peux être moins agréable tu sais… Dit-elle d'une voix neutre. Il me suffirait d'y penser… et ma gentillesse s'évanouirait…

- Que…

Jean regarde inquiet la grande femme qui se tient devant lui.

Elle détache soudain ses longs cheveux blonds. Des éclairs fendent le ciel alors que ses mèches s'envolent dans le vent glacé.

Elle se met à rire.

- Haha, qu'ils viennent les Titans, je les attends ! Je ne fuirai pas devant eux, moi. Je ne serai pas celle qui se cache pour éviter la bataille !

- Tais-toi ! Tu vas nous porter la poisse avec ça…

Annie donne sa main à Jean.

Celui-ci hésite un moment avant de tenter d'attraper celle de sa coéquipière.

Mais Annie retire sa main au même moment et rit de nouveau :

- Eh ! Laissez-moi vous dire monsieur le caporal, que votre vaisseau est… totalement pris sous les océans…

Elle tourne sur elle-même, vacille dangereusement, et finis par se remettre à marcher en tremblant.

- Neuf ! Neuf ! Neuf ! Commence-t-elle crier en partant plus loin.

Jean, toujours à terre, est terrifié par les mouvements incontrôlés de la jeune femme. Il reste ainsi au sol à la regarder avancer en pas saccadés, jusqu'à ce que Mikasa arrive à sa hauteur, toujours accompagnée par Sasha :

- Jean… Tout va bien ?

- …

Il relève peu à peu sa tête, incertain.

- Eh ? Tes blessures se sont ré-ouvertes ! Dit soudain Mikasa, s'agenouillant près du soldat pour lui refaire un bandage.

- Je… Je suis tombé… balbutie-t-il.

Sasha s'agenouille elle aussi, face au blessé et le regarder avec amertume :

- Jean… Jean… J'ai froid…

- Moi aussi…


Le soldat finit par remercier Mikasa pour les soins qu'elle lui prodigue une nouvelle fois, avant de se lever non sans peine et de marcher aux côtés de Sasha, toujours aussi mal en point.

Bientôt, la petite troupe parvient au point le plus haut du mont et ils peuvent enfin souffler quelques instants. Lévi s'est arrêté pour que les autres le rejoignent.

Le brouillard semble s'être levé sur les hauteurs où la végétation a repris ses droits sur de maigres parcelles de terrain. Il est chargé, pesant, il compresse les soldats dans leurs tuniques à tel point qu'Armin, aussitôt arrivé dans les hauteurs, commence à ouvrir son haut pour pouvoir mieux respirer :

- Ah… Ah… Qu'est-ce que…

- Armin ? Ca va ? Demande Eren, voyant son ami en train d'expirer l'air avec difficulté.

- Nous avons gagnés en altitude, c'est normal qu'il ait le souffle coupé, dit Mikasa.

Mais Armin ne sent pas vraiment les effets de la montagne sur sa respiration, ce n'est pas l'air qui est différent, c'est son cœur…

Son cœur bat anormalement, il se sent très bien.

Ses battements sont comme accentués, ils résonnent avec une puissance inhabituelle.

Il se met à genoux, le souffle court, inspire avec de plus en plus de mal. Eren se mets aussitôt à ses côtés et pose ses mains sur ses épaules pour le contrôler.

Lévi et les autres se sont approchés et forment un cercle autour de lui.

- Je... n'arrive pas à… M…

- Armin ! Calme-toi ! Respire normalement !

- Inspire Armin ! Inspire profondément et ça va passer ! Ordonne Mikasa.

Mais Armin a une teinte de plus en plus pâle au visage. La main d'Eren est en train de lui écraser son dos. Il sent tout le poids du monde sur lui d'un coup, son corps peine à effectuer le moindre mouvement.

Tous ces regards noirs autours, ces atroces visages de mort qui l'observent, des orbites creuses et des bateaux qui fondent sur l'eau comme pour un voyage aux enfers, tout le fait trembler et convulser violemment.

Je vais manquer d'oxygène.

Je vais m'évanouir...

- Laissez-moi ! Ecartez-vous ! Armin repousse violemment Eren qui est pétrifié.

Il cris encore et Lévi éloigne alors d'un geste les autres soldats.

- Laissez-moi respirer !

Armin se lève soudain et cours dans le lointain. Il fend la brume, comme habité par le diable et s'arrête plus loin, inspirant à grands coups.

Avant de s'effondrer sur le sol.

Plus loin, on peut entendre Annie rire d'une manière terrifiante.

Elle rit et répète le même chiffre en courant dans l'herbe depuis tout à l'heure :

- Neuf ! Neuf ! Ahaha, Neuf ! Neuf !

Elle s'élance dans la brume, commence à voltiger, à faire le poirier avant de retomber joyeusement sur le sol et de rire de plus belle.

- Occupez-vous d'Armin, je vais la calmer ! Lance Lévi.

Aussitôt, Eren fonce vers son ami, le cœur serré, comme s'il venait s'assister à sa mort.

Mais le blond respire encore. Sa face, exténuée, le regarde avec un air d'incompréhension. Il semble avoir retrouvé une respiration normale.

- Ne me refais plus jamais ça ! Tu m'a fais peur bordel… Lance-t-il.

Il serre son ami dans ses bras avant que Mikasa ne vienne le rejoindre, observant si le jeune soldat a l'air conscient de ce qui se déroule autour de lui.

Armin a le visage en sueur, ses yeux en larmes sont comme remplis de sang.

Et même si sa respiration est constante, il est clairement trop agité, il tremble, se contracte chaque instant, agité par une force inconnue.

- Merde ! Il est malade ?

- Ça ne ressemble pas à une maladie de chez nous… Vous avez vu ses yeux ? Demande Jean, apeuré.

- On va devoir rester ici pour la nuit… Sinon je ne vois pas comment on peut le transporter vu son état, dit Mikasa avec peine.

- Oui… reposons-nous…

C'est Sasha qui vient de s'allonger au sol, déjà en position pour dormir.

- Oh !

Lévi vient de leur crier.

Il indique du doigt un arbre plus loin de grande taille.

Aussitôt, Mikasa et Eren portent Armin tandis que Jean, bien malgré lui, traîne Sasha avec lui jusqu'à l'arbre.


D'autres nuages, d'un noir d'encre survolent maintenant les soldats jusqu'à leur nouvel arrêt. La plaine se voile d'un épais tissu gris et le soleil commence a effectuer sa lugubre descente au plus bas des collines.

Le panorama qu'offre le sommet de la colline est plus qu'inquiétant. Les couleurs de la nuit viennent se mêler lentement à celles de l'après-midi, les arbres perdent leurs dernières feuilles et le violet, le carmin, l'orangée viennent diffuser dans les buissons, renvoyant les palettes dont le ciel se mire.

- On ne peut pas trouver meilleur abri… Dit tranquillement Lévi.

- Neuf ! Neuf ! Neuf !...

Annie, accrochée à son veston glousse, sans interruption, elle se pose au sol, semble crevée par la fatigue mais rien n'y fait, elle continue de rire.

- Faites-la taire ! Comme si on n'avait déjà pas assez de problèmes ! Dit Jean, en posant Sasha à côté de lui sous l'arbre.

- Lévi ? Demande Eren, inquiet. Pourquoi on ne retourne pas à la ville, hein ? Tu vois dans quel état ils sont ?

- Oui… Je vois bien…

- Non ! Si tu comprenais vraiment tu arrêterais tout de suite ! Regarde un peu comment sont tes soldats après une journée de marche !

- La journée n'est pas terminée… Neuf ! Neuf ! Neuf ! Lance Annie avant de rire de nouveau.

- Tais-toi, sale folle !

- Oh, du calme Eren ! Tu vois bien quelle n'est pas dans son état normal…

- Avec elle on ne sait jamais ! Elle a le don de me foutre la trouille ! Dit Jean.

- Neuf ! Neuf ! Neuf ! Hahaha !

- Ta gueule ! Cris Eren, se rapprochant d'elle, poings serrés.

Lévi vient alors contre le jeune brun et lui assène un violent coup dans son ventre du poing droit. Il le retient en le prenant par ses cheveux et lui fait relever sa tête avec force :

- Toi la brute de service, tu vas te calmer ! On n'est pas ici pour jouer les durs avec les autres…

Eren, surpris, s'est statufié sous le regard perçant de Lévi.

- Annie est sous l'emprise d'une folie, je ne sais pas encore quoi, et Armin est fatigué, alors, continue-t-il, laisse-les tranquilles pour le moment et repose-toi !

Lévi balance ensuite Eren au sol avec ennui et s'éloigne dans la brume.

- Faites un feu !

- Mais… et les Titans ! Ils vont nous repérer ! Lance Jean.

- Crétin, ils n'attaquent jamais sous la pluie, et encore moins la nuit...

Et Lévi part dans le brouillard, avant d'y disparaître complètement.


Mikasa regarde avec insistance Armin qui s'est apaisé contre le tronc de l'arbre, il a presque l'air de dormir. Elle pose sa main sur son front et constate avec inquiétude qu'il est brûlant.

- Apportez de l'eau et un tissu s'il vous plaît !

Jean de son côté, a suivit le départ de Lévi avec attention :

- Dites… Pourquoi on se casserait pas tous d'ici maintenant… On est bien d'accord que ce fou peut pas nous laisser comme ça ici, hein ? Pourquoi on le suivrait, bordel ? Vous avez vu ce qui est arrivé à Connie et Berthold ?

- On ne pourra pas transporter Armin ou Sasha… Et toi aussi tu ne tiendrais pas Jean…

Les paroles d'Eren rendent Jean triste d'un coup.

Il se rapproche à contre-cœur des autres et commence à faire, en tremblant légèrement, un petit tas de bois.

Mikasa a pris son écharpe et l'a enroulé autour du crâne fiévreux d'Armin, avant d'asperger d'eau le tissu.

Annie de son côté, s'est visiblement endormie, mais un sourire continue de crisper sa mâchoire.

- Dites… Elle racontait vraiment n'importe quoi Annie, ou c'était sensé par moment ? Demande Eren.

- … Elle parlait d'un capitaine… Répond Jean. D'un capitaine, d'un navire et… de ce chiffre là… Neuf…

- Neuf… répète Armin, à moitié endormi.

Soudain il s'éveille, comme happé par le présent. Sa voix chevrotante perce le crépuscule :

- Ah ! Neuf ! Mais… nous étions Dix au moment de partir, non ?


Eren, Jean, Mikasa, même Sasha qui a ouvert l'œil le regardent sans comprendre…

- Quoi ?

- Oui, on était neuf. Dit doucement Jean.

- Mais…

Et Armin compte sur les doigts de sa main :

Eren

Jean

Mikasa

Sasha

Connie

Berthold

Lévi

Annie

Moi

Tous se regardent, soudain pris d'un grand trouble.

- Nous étions dix en partant ce matin ! Où est passé le dernier ?


Armin regarde autour de lui, comme pour tenter de retrouver la personne manquante autour d'eux.

- Ça veut dire qu'une personne a disparue depuis ce matin ?

- Impossible ! Cris Jean… Si on était vraiment dix, on l'aurait remarqué, non ?

- Ce matin, Berthold a fait son discours et je me souviens bien qu'il disait qu'on était dix… Pourtant…

- Je n'étais pas vraiment attentif, commente Armin. Vous vous souvenez… de qui aurait pu être là en plus ?

- Çà devait être quelqu'un de silencieux alors… Je n'en ai aucun souvenir, dit Mikasa.

Jean finit par créer une étincelle avec des silex bien affutés, une flammèche vient allumer les premières braises d'un petit feu.

- Il a dû nous quitter très tôt après le départ, dit doucement Armin.

- C'est insensé ! Pourquoi l'un d'entre nous serait parti sans même dire aux autres qu'est-ce qu'il fouttait ? Eren crache ses mots sur le feu qui comment à prendre vie au milieu du petit groupe.

- … En tout cas, je suis persuadé que quelqu'un manque à l'appel.

A nouveau, seule la plainte du vent dans les branches de l'arbre ne vient caresser les oreilles des soldats, de plus en plus inquiets.

La sombre figure de Lévi choisit ce moment pour réapparaître.

- Qu'est-ce qu'on fait ? Demande Jean, en état d'alerte. On lui dit ?

- Non ! répond vivement Armin.

- Si ! Il faut qu'on sache qui devait être avec nous ! Scande Eren.

- Ohla… Pourquoi ces cris, on vous entend depuis le bas de la vallée vous savez … Dit paisiblement Lévi, déposant sur les feuilles mortes un sac.

Jean l'ouvre, dévoilant des grappes des framboises toutes rutilantes.

- Mangez, c'est tout ce que j'ai pu trouver en bas…


Aussitôt, Sasha se redresse sur ses bras et rampe vers le sac, commençant à manger à grandes bouchées les fruits qui explosent sur son palet.

- Oh… C'est tellement bon, s'écrit-elle.

- Eh… Doucement toi ! Prévient Jean, avant de manger lui aussi.

- Ah… Je meurs de faim, dis Eren doucement.

Mais Armin reste inquiet, il regarde fébrile les fruits rouges :

- Dites… Les framboises ne sont pas sensées poussées à la fin de l'hiver plutôt ?

- Le climat est changeant dans les terres de l'est… Je ne peux pas t'en dire d'avantage. Peut-être ont-elles juste de l'avance, répond Lévi avant de s'assoir lui aussi en croisant ses fines jambes.

- Alors nous sommes arrivés dans les terres de l'est ?

- … On peut dire ça oui…

- C'est passé si rapidement... Dit Armin, toujours le front en sueur.


Eren mâche les baies avec enthousiasme, mais par moment, Lévi peut desceller une sorte de grimace sur ses lèvres, comme s'il retenait quelque chose.

- Armin va mieux on dirait… Dit Lévi, observant le blond commencer à manger lentement.

- Oui, grâce aux soins de Mikasa.

Lévi pose son regard sur Eren, le regardant manger les fruits avec un air détaché.

Le jeune soldat s'arrête alors de mâcher et, gêné, tourne son regard vers le sol, prenant une poignée de feuilles mortes entre ses mains et les relâchant dans le vide.

- Qui est le dixième de l'escouade ?

La question fait cesser tout le monde de manger, à l'exception de Sasha qui s'empiffre encore, quitte à se salir la bouche.

Lévi se gratte la tempe, comme gêné, avant de compter sur ses doigts à nouveau.

- Eh ! Je vous parle !

Lévi relève la tête et siffle deux coups, avant de fermer les yeux :

- Nous ne sommes plus que huit à présent.

- Et le dixième ? Demande Mikasa. Nous devions êtres dix au départ, pas vrai ?

- Pourquoi on ne l'a jamais vu ? S'impatiente Jean.

- … Un dixième dans l'escouade… A vrai dire, c'est Berthold qui a monté l'équipe. Je ne sais absolument pas qui nous accompagnait et je m'en fiche.

- Donc nous se sommes plus que sept…

- Non, nous sommes bien huit, répond Lévi avec simplicité.

- … Mais…

- Vous n'avez pas remarqué ?


Tous les regards se tournent vers le chef de l'escouade, qui arbore un regard des plus inquiétants, relevé par un sourire inhabituel.

- Quelqu'un nous suit…

Tous se tournent alors vers Eren.

- Oui… je l'ai senti aussi, dis Lévi. Ce n'était pas un Titan, mais bien un humain.

- Quoi ? S'écrie Sasha.

- …

- Tu veux dire qu'on est suivi depuis le début ?

Jean écarquille ses yeux, complètement déphasé.

- Arrêtez de me faire peur… Laissez-nous dormir un peu… Supplie Armin, prenant sa tête entre ses mains.

- Armin a raison, ce n'est pas le moment de parler de ça… Dis doucement Mikasa.

- Quel moment alors ? Hein ? Vous voyez pas qu'on est en train de se faire espionner par on ne sait quel taré et…

- Chuuut…

Lévi vient de poser son index ganté sur sa petite bouche, dans un mouvement très discret.

- Maintenant dormez, je veille sur le feu… Dit Lévi.

Les soldats se mettent un à un en position allongée, plus ou moins facilement – Jean râle en étirant sa jambe gauche – et ferment tour à tour leurs yeux.

Autour, la plaine mugit comme une âme en peine, transportant feuilles desséchées et buissons, arrachées par les courants du nord qui soufflent sur chaque arbre, chaque plante, chaque petit cailloux.

L'orage s'est légèrement calmé, la pluie également.

Depuis leur petit camp de fortune, les soldats ne sont plus touchés par la pluie et peuvent enfin commencer à se sécher.

Jean a retiré sa tunique. Il la pose derrière sa tête pour se faire un oreiller.

Si seulement Marco était là…

Marco lui manque, bon sang…

Et cette Mikasa qui le snobe.

On dirait qu'elle n'en a rien à faire de lui.

Tout ce qu'elle fait s'est s'occuper d'Armin et d'Eren…

Quand elle l'a soigné tout à l'heure, elle n'a pas posé un regard sur lui…

Mais cette personne qui manque l'appel, c'est bien ça le plus terrifiant...


Eren, allongé un peu en retrait du feu, sens son corps en ébullition. Il sue à grosses gouttes et ne parvient pas à fermer les yeux.

Ce n'est pas le moment de dormir. Trop de questions le hantent.

Il n'arrive pas à oublier un instant le visage de son ami, luttant pour respirer, ni même les cavalcades d'Annie dans la brume.

Plus il y pense, plus son sang se glace.

Il se lève et pars sans mot dire vers d'autres arbres plus loin.

Il a juste besoin de fuir, de fuir plus loin.

De prendre l'air.

Il marche rapidement, décontractant ses épaules et s'étirant un peu.

Il finit par rejoindre l'orée d'un bois et s'appuie sur le tronc d'un petit arbre, retenant son souffle.

- Haaa… Je…

Il n'arrive pas à se concentrer.

Toutes les images reviennent à lui sans arrêt.

Et bientôt, alors qu'il gratte légèrement l'écorce de l'arbre avec ses ongles, il sent une main se poser sur son épaule.

Il se retourne.

- Tu ne devrais pas trop t'éloigner…

- Je n'arrive pas à dormir…

Lévi est face à lui, son regard en lui.

Eren pourrait détourner ses yeux une fois encore, mais il décide de faire face, de ne plus se retirer. Il tremblotte mais soutiens son regard.

En face lui pourtant, Lévi n'a pas l'air de vouloir l'intimider.

Le capitaine a surtout l'air fatigué.

Ses yeux sont comme mi-clos et…

Il semble prit dans une sort de transe.

- Lévi… ?


Les deux hommes s'observent, pendant de nombreuses secondes, qui sait même, de nombreuses minutes peut-être… Eren n'en a pas la moindre idée.

De temps à autres, le vent vient bousculer les mèches brunes du capitaine.

Par moment aussi, il semble retrouver conscience du moment présent et se gratte fébrilement la tempe.

Puis il regarde de nouveau Eren.

Ils restent là, longtemps.

Et puis…

Lévi s'approche naturellement vers l'autre soldat.

Eren recule un peu, maintenant son dos pressé contre le tronc et plisse ses yeux, incertain.

La main droite de Lévi vient se poser à côté de sa tête.

Il s'attend presque à recevoir un nouveau coup, il se contracte.

Mais Lévi n'approche que son visage assombris par la nuit.

Et d'un petit mouvement, vient cueillir les lèvres du plus jeune avec les siennes.

Que le moment vienne, et Eren ouvre soudain grand les yeux, avant de poser ses deux mains sur les épaules de son supérieur.

Il appuie, tout légèrement, comme pour tenter de le repousser, mais n'y parvient pas de lui-même.

Toujours ses lèvres contre celles d'Eren, les yeux embués, Lévi se colle contre Eren.

Leurs deux tuniques humides se frottent doucement et le plus jeune pâlit à vue d'œil.

- Lév…

Eren repousse finalement l'autre, avant de s'écarter un peu sur le côté, malgré la force que Lévi emploi pour rester contre lui.

- Eh ! Qu'est-ce que tu fous là ?

Sa bouche reste close, affichant un léger sourire.

Puis, il vient poser son index contre ses lèvres, lentement, avant de repartir vers le campement.

Alors que Lévi s'éloigne, Eren est pris de violentes douleurs à la tête et de fièvre.

- Merde… Qu'est-ce qui m'arrive… ?

Lévi le regarde par intermittences, tout en rejoignant le feu plus loin.

Pourquoi Lévi me fait cet effet, bordel ?

Pourquoi j'ai l'impression d'être ailleurs d'un coup ?

On dirait que je suis suspendu dans les airs…

Il s'accroche à l'arbre, dans un sursaut, comme pour éviter une chute.

- Qu'est-ce qui lui prend de m'embrasser ce malade… ?

Pour qui il me prend... ?

Et j'ai… j'ai rien fait pour l'en empêcher…

Pourquoi… ?

Alors que le voile de la nuit tombe sur la plaine spectrale, Eren, tétanisé, se couche au sol et pose sa main moite sur son front.

Ses tempes battent anormalement vite, il peut sentir une grande chaleur le parcourir.

Est-ce que c'est la fatigue… ou… ?

Mais il ne peut plus rien, ses mots sont étouffés par le sommeil, il tombe presque aussitôt.

La brume autour de lui se dissipe peu à peu, les veines se gonflent de sang et le cœur s'accélère.

Il sent clairement des voix l'appeler, ou des mains tirer sur lui, des mains osseuses, des squelettes le regarder.

Des formes incertaines volent dans la plaine, planent au dessus des roseaux près d'un grand lac et se perdent dans l'infini des eaux stagnantes.

Et pour le temps d'une lueur, le mal vil,

Il le tient dans son cœur, l'onde semble comme un babil.


FIN DU QUATRIÈME CHAPITRE